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Full text of "Essais de sciences mandites"

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Essais de sciences mandites 

Stanislas de Guaita 




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ESSAIS DE SCIENCES MARLMTES 



| 



SERPENT DE L 




SECONDE SEPTAIN » 



(Livre II) 



LA. CLEF DE LA MAGi-^OIRE 



«Ot'V 



KAGK OR>É DE !SOMBKECSES GRAVURES) 



PAU 



Stanislas DE GUAITA 



PARIS 

.ii \ mi kl. s : ;prn:nî 

5, HUE DE SAVOIE, î> 
1897 




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LE SERPENT DE LA GENÈSE 



SECONDE SEPTAIXE 

IA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



v 



I 



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« Mcditatus sum graviter die ac nocte super liiscc 
(juin videram, legeram. audierain, didiceram.... 

« Audivi omnes, spernebani nulhiin... Non cniin 
scientia niali, sed usus damnai... » 

(IL K1IVNRATH, ex Amphilhratro 
Sapicntiœ retenue, pag. 146-147. passiui;. 



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ESSAIS DE SCIENCES MAUDITES 



iiSEUPENT DE LA GENÈSE 



SKCOXDR SRPTAIXK 



(Livre II) 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



(OUVRAGK ORNÉ DE NOMBREUSES GRAVURES) 



PAII 



Stanislas DE GUAITA 



PAKIS 

CA\.\ Ml KL. K DIT Kl.' H 

5, RUE DE SAVOIE, 5 

1807 



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AVANT - PROPOS 



i 



otre seconde Septaine a pour objet d'éclaircir 
et d'interpréter scientifiquement F ensemble 
des faits et des légendes produits au cours 
de la première. 

/-a Clef de la Magie Noire doit ouvrir aux curieux 
l'ultime sanctuaire de ce Temple de Salan dont ils ont, 
en notre compagnie, parcouru les parvis encombrés d'un 
bric-à-brac de fétiches sans nom, pêle-mêle avec d'étranges 
simulacres : 

As, nununos, lapides, cadaver, simulacra, nihiKpie... (1). 

Ils reverront au grand jour ce pandémonium qu'ils 
ont fouillé naguère à tâtons, ou munis seulement d'une 
lanterne sourde, jusqu'en ses cryptes hantées d'halluci- 
nantes ténèbres. 

Voir, c'est bien ; comprendre vaut mieux. — Close la 
fantasmagorie du Sabbat, place à qui veut connaître le 
démon tel qu'il est. 

(1) Tryphon, moine et poète du \W xiêc/e, cité par Victor Hugo, les 
Misérables lu, 




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8 LA CLEF DR LA MAGIE NOIRE 

L'heure a sonné de l'épiphanie satanique. Le taber- 
nacle s'ouvre, et voici que, révélant le suprême arcane de 
son inconscience meurtrière, l'Idole va s'éclairer du feu 
cosmique et omnilaient qui est sa substance propre et sa 
vie. 

Ce présent volume commente et corrige le précédent ; 
// en redresse les images, renversées ou falsifiées par 
l'artifice du Maître des enchantements ; il remet en leur 
place les horizons intervertis, substitue un jour probe au 
fallacieux éclat des torches infernales, si prompt à dé- 
praver les formes, à faire mentir les couleurs. Il rétablit 
en un mot la perspective normale, au lieu de celle sabba- 
tique (toute factice et clémente aux prestiges) dont 
s'épeuraient les yeux ensorcelés, sur la lande du bouc. 

Le parallélisme interprétatif des sept chapitres, d'un 
tome à l'autre, nous a paru une méthode servile, à 
quoi nous n'imaginons pas qu'il soit urgent de s'astreindre. 
Ce serait renoncer au système autrement fécond des cor- 
respondances larotiques. Il s'agit moins, comme on 
pense, de reprendre un à un, pour en démonter le méca- 
nisme, les phénomènes mentionnés au Livre précédent, 
que d'établir une théorie générale des forces occultes, 
décisivement synthétique, et dont l'intelligence permette 
à nos Lecteurs de découvrir par eux-mêmes — et, le cas 
échéant, d'inférer à priori — le comment et le pourquoi, 
non pas seulement des faits que nous avons choisis pour 
exemples, mais indistinctement de tous ceux, similaires, 
qui, chaque jour, défient la sagacité de l'observateur. 
Mous tenterons, du reste, pour quelques-uns des cas si- 



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AVA.NT-lMtOl'OS 



gnalés au ioim /, ce qu'il serait oiseux d'entreprendre 
pour tous : l'adaptation des principes aux faits. Bien 
plus, nous ne balancerons pas, en vue de rompre la mo- 
notonie des spéculations abstraites, à étayer nos théories 
d'un contrôle nouveau, moyennant de nouveaux exemples, 
proposés cà et là. 

La Sorcellerie ou Magie \oirc, qu'ailleurs nous défi- 
nissons * la mise en œuvre, pour le Mal, des forces 
occultes de la Mature, » diffère de la haute et divine 
Magif en trois points essentiels: elle s'en distingue 
d'abord par la diversité d'intention, puis par le degré de 
science ou d'ignorance des moyens employés, enfui par le 
contraste des résultats obtenus. 

Mais, — nous l'avons noté dans un autre livre et n'y 
saurions trop revenir, — Mage et Sorcier plient aux 
buts les plus discords, aux œuvres les plus disparates, 
un même agent qui leur est commun à tous deux — 
TAstral. 

Cest dire que notre deuxième Septaine (Clef de la 
Magie Noire) se réduira presque à une étude du plan 
astral ( I) : champ de bataille hyperphysique où se heur- 
Itut, en un cliquetis d'éclairs, la lumineuse fîamberge de 
Saint Michel- Archange et la fourche fulgurante de Satan- 
Panthée. Formidable duel! D'une part, le champion fati- 
dique d'ilylê, l'aveugle Instinct, monstre collectif réac- 
tionné par les dévorantes passions individuelles ; d'autre 
pm-t, la sainte guerrière tfArlié, l'Intelligence sereine, 



(1) Particulièrement dans $es raftporfs arec h plan matériel. 



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10 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



sciemment ralliée au plan providentiel : c'est l'Ange et le 
Démon légendaires, s escrimant à armes égales dans la 
région du feu cosmique! 

Voilà l % Astral — fourche ignée aux griffes de Satan, 
glaive de flamme aux mains du Kéronb. Sous pourrions 
ajouter, dans l'esprit d'une savante école de gnose : voilà 
V Astral — agent pantomorphe et convertible; tantôt 
Satan lui-même, lorsqu'il subit les forces collectives du 
Mal; tantôt, quand il est mu par les puissances provi- 
dentielles, lumière de gloire des élus et corps mgstique du 
Saint-Esprit, 

Vue étude consciencieuse de F Astral doit embrasser 
ces deux aspects contradictoires ; d'où il résulte que la 
Clef <le la Magie Noire ne donne pas seulement accès 
dans r édifice des sciences réprouvées, mais peut ouvrir 
aussi le temple — sinon le sanctuaire — de la haute et 
divine Magie. 

Pourquoi le temple et non le sanctuaire? — C'est 
qu'abstraction faite du plan astral, que nous savons 
commun par essence aux adverses milices du Ciel et de 
l'Enfer, le mage est actif sur d'autres plans encore, 
parfaitement inconnus des fauteurs de sortilège. De pa- 
reilles altitudes ne se révèlent accessibles qu'à l'essor de 
l'aigle ou de la colombe mystiques; mais, hiboux ou 
vautours de l'Arcanc, jamais les immondes cohortes n'en 
souilleront l'éther immaculé ( I). 



(I) C'est le vulgaire sorcier qu'ici nous désignons, et les forces mises 
m truri'e parlai. Le premier toaie da Serpent <lol;i (ionèse a fait anses 
voir m quels misérables bas- fonds d'abrutissement et d'esclavage morai 
se confinent les artisans de la (Joetie. 



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AVANT-PROPOS I l 



i» félonne donc point, Ami Lecteur, de rencontrer, 
presque à tous feuillets du présent tome, des théories qui 
intéressent également les hiérophantes de la lumière et 
ds la nuit. Sur toute chose, garde-toi de croire tous les 
principes étemels de la Kabbale et de la sainte Magic 
condensés en ce tome IL II ne renferme qu'en mode 
indirect leurs moins sublimes enseignements : nous n'ou- 
trepasserons guère à cette fois la zone temporelle, quen 
notre troisième Septaine il nous faudra délibérément 
franchir, pour élucider, dans la mesure permise à nos 
efforts, le terrible Problème du Mal. 

Mors même, tout sera loin dêlre exposé, i n autre 
ouvrage affrontera ultérieurement, s il plaît à Dieu, les 
suprêmes révélations de la science traditionnelle des 
mages ; du moins ce qui peut en être livré par notre 
humble intermédiaire paraîtra en temps et lieu. Persuade- 
toi d'ailleurs que le dernier mot de ces arcanes ne sera 
jamais dit, ni par nous, ni par aucun autre. 

En veux-tu savoir la raison profonde ? — Cesl que, 
même en supposant qu'un adepte intégralement initié 
consentît, par impossible, à dépouiller ^ Vlsis céleste de 



Toutefois, n'ayons garde d" oublier que Satan se métamorphose rotnm* 
il contient, pour venir infester le plan intellectuel même. Mat* nui- <*- 
niveau, il prend nom / Erreur (tome /, page lii). et sous cette forme 
métaphysique, il n'a plus rien a roir arec la sorcHlerie proprement dite. 

Si donc nous arons parlé (tome /, chapitre Vil) des magirirnn noir* 
de l'Art et de la Pensée, c e st dans une acception ésotecique plus large, 
et nos lecteurs déjà inities n'ont pu se méprendre sur C esprit gui non» 
dicta naguère cet aphorisme : — i // n'est jutint de mrxle ou tr /nr* 
r activité de l'homme, que le Satanisme ne sait susceptible d'enrahir et 
//" imprégner; comme il n'en est pas que l'inspiration dirine ne puisse 
erertuer et ennoblir » (Tome l,]*age .-,18». 



12 



LA CLEF DE LA MACHE .NOME 



son dernier voile, la main du profanateur, soudainement 
paralysée, serait impuissante au sacrilège. Les expres- 
sions feraient banqueroute à sa pensée; bien plus, dans 
V hypothèse même où il en trouverait d'adéquates, il 
s'expliquerait en une langue à toi inconnue. Trêve de 
métaphores. Ecoute ce que présage Vun des maîtres de 
l'ésotérisme, à l'égard d'un tel adepte : 

« Plus it s'élèvera (dit-il) dans ta sphère intelligible, plus 
il s'approchera de l'htre insondable dont la contemplation 
doit faire son bonheur, moins il pourra en communiquer aux 
autres la connaissance ; car la vérité, lui parvenant sous 
des formes intelligibles, de plus en plus universalisées, ne 
pourra nullement se renfermer dans les formes rationnelles 
ou sensibles qu'il voudra lui donner. C'est ici que beaucoup 
de contemplateurs mystiques se sont égarés Comme ils 
n'avaient point assez approfondi la triple modification de 
leur être, et qu'ils ne connaissaient pas lacomposition intime 
du qnatetmaire humain, ils ignoraient la manière dont se 
fait la transformation des idées, tant dans la progression 
ascendante que dans la progression descendante ; en sorte 
que, confondant sans cesse l'entendonent et l'intelligence, 
et ne faisant point de différence entre les produits de leur 
volonté, suivant qu'elle agissait dans Vune ou Vautre de ces 
modifications, ils montraient souvent le contraire de ce qu'ils 
voulaient montrer ; et que, de voyants qu'ils auraient été 
peut-être, ils devenaient des visionnaires (\). n 

Ces lignes de Fabre d'Olivet sembleront péremptoires 
à quiconque possède bien sa théorie de l'homme tri-un. 
Comme exemple à l'appui de la démonstration ci-dessus 
transcrite, le théosophe invoque les égarements notables 
du plus génial voyant des temps modernes, ce vertigineux 



(I i Vois dor.'s do Pylhajroro. /». :t:»9 3<i0. 



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AVA.NT-I'UOIHIS lo 

hicob Bœhmeque Suint-Martin, l'un des premiers mai très 
de Fabre d'Olivet, n'hésite point à proclamer « /// plus 
grande lumière qui ait paru sur la terre, depuis Celui 
qui est la Lumière même (1). » C'est qu'en effet il n'a 
reculé devant aucun arcane, cet artisan sans lettres 
» dont le regard audacieux {dit d'Olivet)a pénétré jusque 
dans le sanctuaire divin (2) ». Son content d'avoir 
plongé à l'abîme de W'odh sans en être anéanti, et vu la 
face fulgurante de lod-hévê sans en mourir, le grand 
mystique, ivre du feu-principe, a tenté le Seigneur! Jacob 
Hœhmea voulu tout dire, tout révéler à nu, — tout, jus- 
qu'aux racines anté-éternelles de la Sature et de Dieu 

même Alors, sa plume a été frappée d'impuissance et 

m langue de bégaiement. 

Sous ne saurions disconvenir, au reste, que Ha'hrne n'a 
pas payé trop cher sa témérité. Du moins nous semble-t- 
il ainsi, quand nous comparons ce Voyant à tant de pau- 
vres visionnaires frappé* d'aveuglement, de folie ou de 
mort, pour être descendus en un gaufre bien méprisable 
au regard du divin abîme; pour avoir consumé leurs pru- 
nelles au flamboiement de F Enfer; — enfin, (s'il faut tout 
dire), pour avoir épuisé leur substance à évoquer un être 
?w ne se manifeste point qu'on ne le crée de son désir, 
qu'on ne le pétrisse de sa chair et de son sang, qu'on ne 
l'anime et ne l'abreuve de sa propre vie : puisque Satan 
n'existe pas, au sens où se l'imaginent les agnostiques de 



l| Lellres à Kircliberger de Liebistorf, page 9 «I»' la (.'orrespondann' 
ladite de Saint-Martin, publiée par MM. Srliauer et ChuqiK l (ParK 
grand in-8'). 
(2) Vers dorés, p. 360. 



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14 



l orthodoxie étroite, incurablement férus du manichéisme 
officiel. 

Cet art suicide autant que meurtrier — Fauto-vampi- 
risme évocateur du Néant fait diable — rentre dans les 
mystères que ce présent volume entreprendra de résoudre. 

II 

Mais avant d'éclaircir les œuvres coutumières du Mage 
noir y en précisant à quelles armes, à quels auxiliaires , 
à quelle tactique son vouloir opiniâtre sait demander la 
victoire dans l'iniquité, il importe de déblayer le champ 
des folles hypothèses et des préjugés populaires, afin de 
ne plus laisser prise aux malentendus. 

Vue distinction peut y suffire, mais cette distinction 
s impose, et mal en a pris aux magistes qui ont cru pou- 
voir biaiser en face de la difficulté, trouvant sans doute 
moins compromettant de broder dans les teintes neutres 
leur canevas théosophique, sans avoir à débrouiller de 
prime abord un si délicat et si voyant écheveau. D'autres 
ont estimé plus commode de trancher ce nœud gordien 
par une affirmation ou une négation gratuites :mais, sui- 
vant qu'ils ont décidé dans un sens ou dans l'autre, ils 
ont vainement alarmé la conscience des simples, ou émis 
au gré des savants une allégation sans portée. 

Cet insidieux point d'interrogation qui se dresse au 
seuil des sciences naturelles et même mathématiques, 
comme au seuil de la philosophie et de l'histoire, le voici 
nettement posé : 

LE SVRNAWIŒL EXISTE-T-1LY 



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A VA M- PROPOS 



ir; 



Sous réserve de la distinction qui va suivre, notre réponse 
sera catégorique : — non, le Surnaturel n'existe point. 

Quon nous puisse objecter comme indéniables, et même 
expérimentalement vérifiés, des faits auxquels le lan- 
gage courant accole Vépithète de surnaturels, c'est ce qui 
ne saurait soulever le moindre doute. 

Le tout est de s entendre sur les mots. Or celui-ci 
prête à confusion, et, qui pis est, contribue au discrédit 
des doctrines théologiques, en favorisant, sous leur ga- 
rantie, une des opinions les plus choquantes pour la rai- 
son et injurieuses au sois commun lui-même, qui se soient 
répandues par le monde à la joie des fanatiques et des 
sots : la croyance à l'arbitraire divin, gouvernant l'uni- 
vers en dépit et souvent à V encontre des lois naturelles. 

Lorsqu'un vocable comporte ou semble comporter plu- 
sieurs sois disparates, ne convient-il pas de fixer sa pré- 
férence sur celui qui se réclame de l'étymologie radicale, 
sans préjudice des significations figurées qui en dérivent, 
par une sorte non plus de filiation légitime, mais d'affi- 
liation rationnelle, réglée d'après les lois invariables de 
l'Analogie? (Principe générateur de toute comparaison 
comme de toute synthèse, l'Analogie engendre en effet des 
séries successives de significations dérivées, qui sont, aux 
sens purement radicaux, ce que sont les fils d'adoption 
aux enfants nés dans le mariage). 

Revenons au mot surnaturel, qu'on entend communé- 
ment au propre, et non pas au figuré. Pressons- le; d'où 
dérive-l-il? — Sans conteste, du mot nature (1). 



(1 ; La racine de Nature est natus. En sorte que, si t on routait user 



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10 LA f.LKK l)K LA MAtilK .NOUiK 

Qu'est-ce donc que lu Suture? — Vue définition nette 
est moins aisée à fournir, qu'il ne peut paraître de prime 
abord. 

Est-il au vocabulaire des penseurs un mot dont on ait 
fuit un pire abus, nous en doutons fort. (Unique fois 
qu'un plumitif, s égarant aux dédales de l'ontologie (sort 
commun à quiconque prétend à bràle-pourpoini disserter 
du principe des êtres, ou de leur origine, ou de leur es- 
sence), chaque fois qu'un plumitif s est trouvé dans rem- 
barras, c'est immanquablement au mot nature qu'il a fait 
appel, pour couvrir la déroute de ses idées, et, sous un 
semblant de profondeur, déguiser le vague ou l'insuffi- 
sance de sa conception. Sature! voilà qui répond à tout ; 
à la faveur de ce substantif, on n'est jamais en passe de 
rester court. Aussi a-t-il perdu toute signification caté- 
gorique, tout caractère décisif, toute valeur précise; telles 
ces pièces de monnaie qui ont trop circulé : l'effigie n'en 
est plus distincte, à peine l'ébauche subsisle-t-elle d'un 
profil incertain. 

Grâce aux phraseurs d: la philosophie, Nature est une 
locution qui dit tout et ne dit rien, bans l'ombre d'ac- 
ception qui lui reste, on la qualifierait volontiers Ce qui 
existe» comme Dieu Celui <jin est. 



d'un raisonnement nueluue peu suspect de para'lo.ce, on pourrait déjà 
scandaliser les partisans du surnaturel, en déduisant de cette étf/mo- 
logie la conséquence une voici : 

La religion chrétienne elle-même est naturelle, puisi/ue le Christ est 
l'incarnation du divin Fi/s, si: du Père de toute éternité : « et e.r 
pâtre nafum, ante omnia strcula... beum de Dca. . » Voila donc un Dieu 
naturel? — Mais nous ne comptons pas pousser plus avant cette argutie. 

Dieu seul est <uriialtnv|, car if h axiale point, il csl. 



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AVANT-PROPOS 



Or donc , admettant pour l'instant cette vulgaire défini- 
tion, nous pourrions déjà dire qu'il est aussi absurde d'affir» 
mer V existence dune chose ou d'un phénomène au-dessus 
dô la nature, qu 'il serait chimérique de concevoir un être 
ou une Puissance au-dessus de Dieu. Si naturel veut dire 
qui existe, surnaturel signifie donc qui est au-dessus de 
l'existence, ce qui revient à dire qui n'existe pas. — Lon 
sortira difficilement de là. Le vocable surnaturel, appli- 
qué à des phénomènes de la nature, nous semble aussi 
bouffon que serait, attribué à des essences spirituelles, le 
vocable hyperdivin. 

Pour rendre le mot Nature à son sens véritable et lui 
restituer toute sa portée, il ne faut rien moins qu'enta- 
mer la révélation de quelques-uns des plus hauts mystères 
de la Science. C'est ce que nous tenterons au tome Itl 
( Problème du Mal), en recherchant ce qu'est la Sature 
dans son principe, dans son essence, dans sa substance, 
dans ses opérations; comment il faut la concevoir en 
son intégrité, avant la chute adamique; ce qu'enfin elle 
est devenue dans la matérialisation universelle, produit 
de cette catastrophe et de la sous-multiplication de l'A- 
dam céleste, à travers l'espace et le temps. Toutes ces 
questions s'enchaînent de la sorte la plus rigoureuse, et 
semblent appartenir exclusivement aux matières de notre 
troisième Septaine. 

Le programme de cette deuxième Septaine (Clef de la 
Magie noire) n'appelle en effet aucun de ces développe- 
ments. Les mystères dettlZ (Kadôm) — ou des principes 
originels, — ceux d'IZZ^y (Oùlam) — ou des destinées 
finales — n'intéressent notre thèse actuelle que d'une 

2 



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18 LA CLEF DE LA MAGIE N01UE 

i 

manière assez- indirecte. Nous prenons l'homme terrestre, 
au point dévolution où la vague de la vie l'a porte' sur 
notre planète ; et nous recherchons jusqu'où sa malice peut 
induire en complicité la Nature élémentaire, dont les lois 
fatales sont indifférentes à servir la perversité, comme à 
seconder le bon vouloir, des êtres habiles à mettre en 
œuvre cesdites lois, vers un but d'égoïsme à satisfaire 
ou de bien général à accomplir. 

Au contraire, notre troisième Septaine (Le Problème du 
Mal) comporte un tout autre cadre. Voyez comme s'élar- 
git le domaine qu'il doit embrasser : l'horizon mystique 
recule au levant, dune part, jusqu'à l'engendremenl de 
l'Éternelle Nature (I), à la promulgation du Décret fon- 
damental antérieur à la chute adamique; — au couchant, 
d'autre part, il se prolonge jusqu'à la consommation des 
siècles et la réintégration des sous-multiples dans l'Unité; 
jusqu'à l'apothéose d'Adam au giron du Verbe éternel! 

Quelques développements que requière V élucidation de 
ces arcanes, étrangers d'ailleurs à l'objet du présent tome, 
il va bien falloir en toucher un mot dès cette heure ; car 
il nous serait impossible de répondre, même sommaire- 
ment, à cette question — qu'est-ce au juste que la Nature Y 
— sans préciser, en quelques traits fermes et brefs, l'his- 
toire de la chute, conçue îion plus dans les termes d'une 
fable cosmogonique, mais dins l'esprit de la Synthèse 
ésotérique et traditionnelle. 

En dehors même de la question du naturel et du sur- 
naturel que notre silence en ces mitières laisserait pen- 



(1 ) (Uœhme). 



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4 



AVANT-PIIOPOS 10 



chinte y cet empiétement forcé sur le programme du Livre 
III présente encore l'avantage de jeter un clair sur /'ori- 
gine tk l'astral, qui, sans cela, fût demeurée fort obs- 
cure. Du même coup, la digression qu'on va lire nous 
permettra de mettre en lumière une divergence fonda- 
mentale entre les écoles théosophiques d'Orient et d'Oc- 
cident, — divergence dont il semble d'autant plus ur- 
gent de bien fixer les termes, quelle a été moins sentie 
jusqu'à ce jour. L'a-t-on seulement signalée avant nous? 
Espérons en tout cas que le Public saura apprécier V im- 
portance d'une distinction qui nous paraît essentielle. 

En effet, si nous interrogeons les différentes sources 
de renseignement occulte, nous voici en présence de deux 
courants très distincts, de traditions pour ainsi dire 
contradictoires (1). 

Le premier courant (qui est celui de l'ésolérisme mo- 
saïque, interprété par Fabre d'Olivet, et, en général, 
celui de la doctrine secrète en occident: soit qu'on s'en 
tienne à la tradition kabbalistique pure, ou qu'on suive 
celle des mystiques, depuis Alexandrie jusqu'à nos jours, 
en passant par la Gnose, les Templiers, les Rose y Croix, 
Paracelse, Fludd et Crollius, puis l'École des voyants : 
Itœlime, Gichlel, Leade, Martinès, Duloit-Mambrini, 
Saint-Martin et Molitor, etc.), — le premier courant 
nous amène tout droit à la conception d'un absolu de Vie 



(\) Contradictoires, quant au point de départ de leur Cosmogonie, 
roulons-nous dire ; nullement quant à l'enseignement des grandes lois 
de la Sature actuelle. Sur re point, il y a le plus murent parfait 
accord entre les deu.r Ecoles. 



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20 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



éternelle et de Nature-essence, dont la Sature sensible et 
contingente, dont V Univers matériel et concret ne se- 
raient qu'un produit en mode de déviation éventuelle, un 
accident passager. 

Conçue antérieurement à la déchéance, l'Éternelle 
Nature, épouse féconde de Dieu (quelle manifeste en 
mettant au jour son Logos), constituerait cette sphère 
de l'Unité divine (le Plérôme de Valentin) où se meu- 
vent harmonieusement tous les êtres iutra-émanés, 
dont la synthèse est Adam Kadmon (1), alias le Verbe. 
Le Verbe — engendré de l'indissoluble union de l'Es- 
prit pur et de Y Ame vivante universelle, ou, si l'on 
préfère, du Dieu mâle et de la Nature féminine ; — le 
Verbe, idéal Macrocosme, qu'à ce point de vue nous ap- 
pellerions encore Adam-.-Elohim (2),;>ar opposition à l'un 



(2) ÔmSn D7N. Mais le nom véritable dit Verbe éternel eut 
Ihôah /Elohim D\"iSn .TVP H'o//. la note que nous avons publiée 
dans un autre ouvrage : Au Seuil du Mystère, pages 112-114). 

Cette inexplicable identité de l' Homme conçu dans son essence uni- 
verselle, et de Dieu même en tant (pie. manifesté par son Verbe. — 
constitue le Grand Ârcane kabbalistique. 

• Ce qu'est Adam dans son essence universelle, ne peut pas être ex- 
primé sans une instruction préalable, attendu que In civilisation euro- 
péenne n'étant pas, à beaucoup près, aussi avancée que l'avait été celle 
d'Asie et d'Afrique avant Moïse, elle n'a pas encore acquis les mêmes 
pensées universel/ex, et manque par conséquent de termes pour les 
exprimer, a)... Ce qu'est Adam dans son essence particulière, peut 
être exprimé ; quoique cette idée, particularisée dans la pensée de 
Moïse, se présente encore pour nous sous une forme universelle. Adam 
est ce que j'ai appelé le Hëgne nominal, re qu'on appelait impropre- 
ment le genre humain ; c'est l'Homme conçu abstractivement : c'est-à- 
dire la nrisse générale de tous les hommes qui composent, ont compose, 
ou composeront l'humanité ; qui jouissent, ont joui ou jouiront de la 



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AVANT-PROPOS 



21 



de ses membres qu'on pourrait nommer AdanwEloha (1). 

Dans ce dernier, il faudrait voir Fauteur à la fois et la 
victime de V accident dont nous parlions tout à V heure. 

Cet accident, d'où proviendrait-il ? — De V imprudence 
d'Adam, considéré (au sens le plus restreint), comme un 
,£loha consubstantiel au Verbe — Adam sElohim — 
dont il serait en quelque manière à son origine un organe 
vivant. 

Au lieu de vivre heureux dans la substance maternelle 
de la divine Nature et dans l'Unité du Verbe, — Adam, 
incité par Nahàsh (l'Êgoïsme), veut connaître 

et saisir la Nature en elle-même (dans son essence radi- 
cale antérieure au divin baiser générateur de VÈtre, 
dans ce que Bœhme appelle sa racine ténébreuse : en un 
mot, dans sa matrice avant la fécondation). S'emparer de 
celte essence occulte, antécédente à Félémenlisation lumi- 
neuse; de ce pivot de la vie possible qui voudrait être, 
mais qui nest point: telle est l'ambition confuse d'Adam- 
JEloha. Il plonge éperdâment en ce barathre, y cherche 
lumière, vie autonome et toute-puissance ; mais il n'y 
trouve que ténèbres angoisseuses (2), appétentes et ton- 



ne humaine ; et cette masse ainsi conçue comme un seul être vit d'une 
rie propre, universelle, qui se particularise et se réfléchit dans les 
individus des dewr sexes. Considéré sous ce dernier rapport , Adam est 
mule et femelle, h). » (Caïn, pages 29-30). 

Dans cette citation très remarquable de Fabre d'Ofivet, il est 
d 'abord question du Verbe, Ihôah .Elohim, ou Adam Kadmôn, ou 
Adam .-Elohlm a): — puis d'un membre du Verbe, d'Adam-Ève, 
ou </\A<lam .Elolia b). 

(2) -jrn llosheck de Moïse, enveloppant DinnThôm; — et en 



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22 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIKK 



jours déçues, tourment stérile, effort aveugle.... Il s'en- 
gloutit dans un néant avide d'être, qui pompe sa vie et 
dont il va devenir la larve incessamment dévorée (\). 

Mais la Providence, intelligence supérieure de la Na- 
ture, a prévu cette lugubre possibilité : elle darde un 
rayon créateur dans l'abîme — c'est le Fiat de Varacelse 
et de Bœhme (2) — et le remède, préparé en puissance 
de toute éternité, va passer en acte pour le salut d'Adam. 

Les Ténèbres du limbe anU^éternel (ce fonds primitif 
où vient sélémentiser, en s'g réfléchissant, la Lumière 



correspondance avec lesotériMne hellénique : la Grande Nuit d'Or- 
phée, nuit- mère, matrice de Prothyrëe, (la Grande Déesse), avant 
(/ne, fécondée du Grand Etre, celle-ci n'engendre Primigènc, le Logos 
universel , d'où émaneront fous les dieti.r par couples (Cf. Hymnes or- 
phiques). 

(I ) .Votons ici deux mystères des plus profonds : 

a. — Jamais la Racine ténébreuse ne se serait produite au dehors, 
puisqu'elle est néant par elle-même, si Adam ne l'avait manifestée, en 
lui communiquant son être et en lui prêtant sa substance. Il l'a ainsi 
réalisée en s'y abîmant, d'où le Mal, produit de cette ex tériorisation ; 
— le mal, qui n'était point destiné à paraître dans ta Mature. 

h. — Ceci nom explique cette opinion, singulière en apparence, de 
Fahre d'Olivet commentant Moïse : a La vie d'Adam, qui s'avançait 
d'un cours majestueux etdou.r dans l'Eternité, s'arrêta tout a coup, et 
prit un mouvement rétrograde. Elle rentra donc dans la nuit d'où elle 
était sortie, et ce fut l'Espace; elle recula dans l'Éternité, et ce fut le 
Temps... » (Y. Gain. Ilemarques, page 202). 

(2) C'est par suite d'une confusion assec grave, que ces grands hom- 
mes ont pu professer cette opinion. Le Fiat lux, c'est l'éfémentisatian 
lumineuse, ta révélation de la .\a turc-essence, de la noire Déesse 
devenue l'Epouse divine, au premier regard de l'Époux'. Le Fiat est 
donc antérieur à ta chute. Ce qui a égare Paracelsc et litehme dans 
leur interprétation de ee verset mosaïque (Gênés»», /. H), c'est l'hypo- 
thèse /l'une chute antérieure a celle d'Adam (fa Chute angélique). 
Car , qu'il y ait eu, ou non, deux catastrophes successives, il est certain 
que Moïse n'en a connu ou admis qu'une, celle d' Adam-Eve, d'où 
découle toute manifestation sensible et tout ordre temporel. 



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■ 

AVANT-PROPOS 23 



invisible de l'Esprit pur), ces Ténèbres sont tissues de 
trois Forces potentielles, concaténées en pile pkysiogé- 
nique : une force compressée (mère de la densité), une 
force expansive (mère de la rarité), enfin une force rota-» 
toire, produit de la lutte des deux premières (et mère du 
feu-principe). Ce triple dynamisme, base occulte de toute 
vie créature-Ile, s empare d'Adam-Éve: la force expan- 
sée, dilatant la substance d'Adam, donne San Abel, 
l'Espace éthéré, centrifuge; la force compressée a donné 
Kaïn, le Temps diviseur, centripète. Car, devenu 
mnable, Adam commit le Temps ; devenu corporel, il va 
connaître F Espace. 

La* Temps compacte en nébuleuses la substance éthérée 
de V Espace; Gain accable Abel: d'où le monde matériel, 
qui s'organise sur la base de la troisième propriété de 
r Abîme (la force rotaloire), laquelle engendre TW Seth, 
la répartition sidérale de la substance adamique dans 
l'Espace, au moyen du Temps. 

Le Fiat de Bœlwie (1), ou le rayon dardé par la Pro- 
vidence a allumé la Lumière astrale dans l'abîme : les 
systèmes solaires s'organisent ... Désormais Adam se 
disséminera par sous-multiplication, au moyen du Temps, 
dans tous les mondes qui roulent à travers l'Étendue : 
jusqu'au jour de sa totale épuration et du retour à 
Unité, par intégration de l'Espace divisible, et rupture 
du moule du Temps diviseur. 

Telle est la substance de cet enseignement (2), soit 



ii ) Voir la note précédente. 

[i\ Les différente* écoles que nom avons rangées sous la rubrique 



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24 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



qiïon veuille, avec Bœhme et toute r école mystique, ima- 
giner deux chutes successives: celle de Lucifer-.Eloha y 
englouti le premier aux ténèbres abyssales de la Nature- 
essence (avant C illumination}, et s 1 enveloppant — pour 
séduire Adam-Eve — dans trilJ Nahàsli, la 3 e propriété 
de V Abîme ; dans cette Rotation angoisseuse (produit des 
deux forces compressive et expansive), qui est ta base 
latente de la double vie psychique et volitive de tous les 
êtres créés; — soit qu'on suppose, avec Moïse interprète 
par Fabre d' Olive l, que Nahàsh, force impersonnelle, a 
suffi pour déterminer la chute d'Adam-kve. 

Il importe d'ailleurs assez- peu qu antérieurement à la 
chute d'Adam, un autre .Eloha, — un Adam avant la 



générale de Doctrine Secrele en Occident, ont chacune, ou peu s'en fout, 
son langage propre ; et si te fond essentiel reste identique, /es symbo- 
les et les vocabulaires varient à l'infini. 

Dans notre exposé, nous adoptons le langage de l'Ecole que nous 
croyons la plus savante, celte qui va de Moïse à Fabre d'Olivet, en 
passant par la Kabbale et par Dœhme. 

Encore y a-til, au long de cette chaîne de transmission ésoterique. 
diverses opinions à sèlecter et plusieurs dialectes à unifier. 

Ces dénominations r/'orienlale et ^/'occidentale, par rapjtort à la tra- 
dition occulte, ne présentent rien d'absolu; elfes nous sont dictées par 
les circonstances... Plusieurs écoles asiatiques et même hindoues peu- 
vent enseigner une doctrine d'accord avec la nôtre, comme il se peut 
voir en Europe des èsotèriciens partisans de l'éternité de llnirers 
physique. 

Mais nous avons tenu à nous distinguer de certains occultistes, 
d ailleurs instruits, à tendance matérialiste et même athée, qui se 
donnent pour les disciples et les seuls représentants de la Sagesse 
orientale. La Société théosophique, fondre par eu.r à Madras, a ra/ti- 
dément propagé ses branches en Europe et en Amérique. C'est ce qui 
a décidé un grand nombre de Kabbalistes, d llermétistes, de Cuos- 
tiques, de flose-Croi.r, de Martinistes et de Mystiques européens, dont 
les doctrines concordent sur tant de points essentiels, à lever l'éten- 
dard spiritual iste delà Tradition occidentale. 



Goosl 



AVANT-PROPOS 



25 



lettre, nomme' Lucifer — ait, ou non, rompu le pre- 
mier l'équilibre céleste. Car, en admettant, avec l'École 
mystique, I hypothèse des deux chutes successives de 
Lucifer et d'Adam, le premier entraînant Vautre : il n'en 
reste pas moins certain que Lucifer, tout au moins, a 
succombé par lui-même, et sans que nul Esprit malin 
provoquât sa défaillance. Donc l'intervention d'un tenta- 
teur conscient ne s'impose aucunement pour expliquer la 
chute. Qu'un tel être s en soit ou non mêlé, c'est là une 
controverse d'un intérêt secondaire, et qui ne doit pas 
diviser des théosophes d'accord touchant le reste. 

Si laconique que soit notre exposé, nous en avons assez- 
dit pour caractériser le premier courant, celui de l'Occul- 
tisme occidental. 

L'autre courant (qui est celui de l'Ésolérisme bouddhi- 
que, et, nous semble-t-il, de toutes les Écoles ioniennes) 
nous conduit à envisager l'Univers matériel comme une 
manifestation éternellement renouvelée de l'Univers ar- 
chétype; — la Chute, comme une figure simplement allé- 
gorique de la descente de l'Esprit dans la matière ; et la 
liédemption, comme un emblème simplement mystique du 
mouvement évolutif inverse, qui sublime les formes pro- 
gressives de l'Être vers une spirilualisation en quelque 
sorte mécanique. Si bien que l'Esprit, s'irradiant sans 
cesse pour descendre dans la matière; et la matière, 
élaborée sans trêve en vue de la délivrance de l'Esprit 
captif, qui tend à remonter pour descendre encore, re- 
monter, redescendre et ainsi de suite indéfiniment : 
l'Objectif concret ne peut plus être conçu comme un dé- 



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2<> 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



bordement glacé, mais tarissable, du Subjectif potentiel ; 
car la Sature vivante (balancée en un perpétuel va-et- 
vient du pôle différenciation au pôle intégration, et vice- 
versâ) se réduit à un pur dynamisme : — où le Bien et 
le Mal, étant nécessités, ne sont plus imputables à la 
conscience de l'être moral ; — où Parabrahm, avec la 
même indifférence, envoie ses émanations peupler V enfer 
de la matière différenciée, et réengloutit au non-être 
abyssal de sa douteuse essence les sous-multiples rendus 
à sa dévorante unité : ces êtres qui ont en vain langui, 
souffert, désespéré; puis lutté, et conquis d'assaut Féqui- 
roque bonheur de Mrvânâ, pour le perdre encore (I) 
après un repos illusoire, et s'offrir derechef à la calami- 
tensc étreinte de l'indestructible Maïa, ogresse d'un 
étemel cauchemar, qui crée et dévore les apparences 
formelles sans pouvoir s en rassasier jamais, et qui peuple 
intarissablement les royaumes de la vie dolente et de la 
mort, sans jamais parvenir tout à fait elle-même ni à 
vivre, ni à mourir. 

Il nous répugne, en Occident, de faire de F univers une 
machine, de F homme un esclave à la torture, et d'un 
Dieu inconscient Fauteur du Mal éternel! Conséquences 



il) On nous objectera que les entités qui ont atteint .Virvànà ne 
quitteront plus leur Ciel d'oisive béatitude, pour redescendre dan* 
Carène de la vie cosmique. 

.\ous répliquerons que r'est un pur sophisme. Si, en effet, ces enti- 
tés, pleinement reintégrées en l't'nile divine, se fondent en elle à tout 
jamais, tout au moins participent-elles a la sous-multiplication inces- 
sante que subit et subira ladite t'nité.sansqu'il soit possible d'entrevoir 
la quérison de cette incontinence morbide, non plus chronique, mais 
éternelle. 



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AVANT- PROPOS 27 



extrêmes, qu 'il n'est que trop facile de tirer des prémisses 
de la Synthèse hindoue (I) : car enfin, V univers physique 
supposant V existence du Mal, éterniser l'un, c'est éterni- 
ser Vautre. 

Sur ce point-là, les sectes exotériques du Christia- 
nisme semblent elles-mêmes présenter une solution moins 
dommageable à l'homme et moins révoltante pour sa mi- 
son. En effet , si elles professent, à V égard des pervers, 
le dogme absurde des peines étemelles, du moins pro- 
mettent-elles justice aux justes, en enseignant la « fin 
du monde », c'est-à-dire, à tout prendre, le caractère 
accidentel et transitoire de ce monde physique, où le 
Mal sévit indistinctement sur les bons comme sur les mé- 
chants (2). 

Le parallèle que nous avons esquissé entre les deux 
ésotérisme* d'Occident et d'Orient suffit à en faire sen- 
tir le fort et le faible ; et il paraît presque superflu (ra- 
jouter que nos ouvrages se réclament expressément du 
premier de ces deux courants occultes. 

Que si nous remontons à l'origine de la digression qu'on 



{\) Voir la noto. page Si. 

it)Knce moment, nous raisonnons dans /'esprit très étroit de ce 
même exotérisme. oui n'admet pas ta grande loi de justice distribulire 
présidant aux incarnations ; — toi que les hindous connaissent en re- 
vanche parfaitement et qu'ifs enseignent sous le nom de Karma. Seu- 
lement ils ont te tort d'en e.ragérer la portée et d'en universaliser la 
norme inflexible . Rien n'est plus dangereuse que cette extension d'uni' 
doctrine correcte en elle-même. .Xous prendrons soin de préciser ail- 
leurs tes justes limites où il convient de la restreindre. 



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28 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



vient de lire, il nous sera plus facile de donner un sens 
au mot nature. 

Sous comprendrons mieux quon peut envisager la iV«- 
lure sous deux aspects : 

1° La Nature éternelle et céleste, qui est Hulen supé- 
rieur, le royaume de l'Unité. Les notions du Temps et de 
l'Espace y disparaissent dans le double concept de Y Éter- 
nel et dei Infini. Les âmes qui g sont réintégrées cessent 
d'être sujettes aux alternatives de la mort et des renais- 
sances ; car leur substance, tout à fait spiritualisée, n offre 
plus de prise aux vagues rétrogrades du torrent des gé- 
nérations..* 

2° La Nature temporelle et cosmique (I), ou de dé- 
chéance, triple comme Y Univers don t elle est la loi. Elle 
se subdivise : — 1° en Nature providentielle ou natu- 
ranle, qui est commune au Ciel et à la Terre; cest par 
elle que la Nature temporelle se relie à Y Éternelle nature, 
que V Univers aboutit à YEden et le Temps à Y Éternité'; 
2° en Nature nominale, ou psychique et volitive, inter- 
médiaire (2); — 3° en Nature fatidique ou naturée. 

Ceux qui voudraient quelques développements sur cette 
hiérarchie trinitaire, en trouveront d'admirables dam 
/'Histoire philosophique de Fabre d'Olivel, qui les a ex- 
cellemment distinguées et magistralement décrites. Quant 
à nous, il convient de nous en tenir là. Sous n'avons 



(1) La Nature temporelle est d'ailleurs contenue dans l'Eternelle 
Sature. L'immense l'uirers est comme une tache sur la blancheur de 
l'incommensurable Eden . 

[i) Ainsi l'homme dét ient le centre et le moyen-terme de l' Univers 
qui est le produit de sa chute. 



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voulu, pour l'instant, que prévenir un enchaînement de 
malentendus qui s'annonçaient à perte de vue, et souli- 
gner, — en précisant les différentes significations attri- 
buables au mot Nature, — ce qu'offre de ridicule et de 
chimérique celui de Surnaturel. 

Quant à nier les essences spirituelles , et même la pos- 
sibilité de rapports entre les êtres de cet ordre et les âmes 
descendues dans la déchéance de la chair; quant à con- 
tester la claire-vue, la bilocation, les apports, la commu- 
nication de pensée, /'envoûtement à distance et tant 
iC autres phénomènes psycho-fluidiques et mystérieux à 
des titres divers, — nous n'y pensons pas. S'il nous pre- 
nait fantaisie d'y contredire au mépris de toute évidence, 
nous n'écririons pas de gros livres à dessein de les ex- 
pliquer. Ce sont là des faits, que nous appellerons -pro- 
diges, miracles même, si l'on y tient. 

Il nous suffit d'avoir protesté contre l'interprétation 
irrationnelle et agnostique des exégètes qui veulent voir, 
dans tout phénomène de ce genre, une infraction aux 
lois de nature, une interruption arbitraire dans l'inces- 
sante filiation des causes et des effets ; — en un mot, la 
volonté actuelle de Dieu ou de ses anges, se substituant 
aux causes naturelles, pour produire sur la matière {ex- 
ceptionnellement soustraite aux lois qui la régissent) une 
action immédiate, directe. 

Voilà l'hypothèse absurde par excellence, et qui fait 
pendant (si f ose dire) dans l'ordre des idées, au mot non 
moins absurde, examiné plus haut. 

Lu Providence influe sans doute sur le monde physique, 



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- 



30 LA CLEF DE LA MAC.IE NOIRE 

en suivant lacJiaîne d'or des intermédiaires naturels, tour 
à tour déterminés et déterminants. Mais d'abord, c'est une 
grave erreur que d'assimiler à Dieu la Providence, laquelle 
n'est autre, en dernière analyse, que /'Intelligence de la 
Nature : nous espérons le rendre évident par la suite. Au 
surplus, cette faculté supérieure du vivant Macrocosme, la 
Providence, agit en mode physiologique, (ni plus ni moins 
que la faculté correspondante chez- un homme de chair et 
d'os : chez un écrivain, par exemple, saisissant la plume 
à l'instigation de son intelligence, qui, d'accord avec sa 
volonté, va lui dicter quelque note). Jamais la Providence 
ne bouleverse, ou même n'entrave dans leur mécanisme 
les grandes lois primordialement établies, comme des té- 
moins à jamais incorruptibles de l'Éternelle Sagesse. 

Que si Dieu pouvait troubler V harmonie de ces immua- 
bles lois, il en ferait de faux témoins, et, s'infligeant à 
lui-même un démenti solennel, il sèmerait la confusion, 
non pas seulement dans l'Univers sensible, mais encore cl 
surtout dans les mondes moral et intelligible. L'inacces- 
sible sphère des principes en serait elle-même ébranlée. 

Ce qui ne se peut. — l'n figuier qui soudain produirait 
des noix ne serait plus un figuier : de même un principe, 
coércible au point d'engendrer, sous la pression tfnne 
Puissance quelconque, des résultats contraires à ceux 
qu'il fournissait dans sa libre expansion, ne serait plus 
un principe. — Sous irons plus loin. L'ensemble des lois 
universelles (issues des mutuelles relations des Principes, 
tendant à se manifester en potentialités, puis en actes), 
l'ensemble des luis est comme un prodigieux engrenage, 
rigoureusement un dans sa raison d'être ; un mécanisme 



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* 



I 



AVANT-PROPOS 31 



où chaque pièee commande toutes les autres, et reçoit en 
retour, par une sorte d'action collective et réciproque, les . 
vertus de V Unité-principe. Cette réversibilité des plus di- 
verse* fonctions s'observe dans tout système cohésif et ré- 
ductible à une rigoureuse synthèse. 

Sous Pavons dit : l'idée d'un Principe susceptible d'al- * 
tération dans son entité ou de variation dans ses consé- 
quences est une idée radicalement fausse, en ce quelle 
implique, dans les termes même où elle se formule, une 
évidente contradiction (1). Mais en admettant pour un peu 
cette instabilité possible, telle est la vertu solidaire des 
premiers principes, que la moindre altération de l'un 
d'eux aurait son contre-coup dans l'univers intelligible 
tout entier : de là, le Chaos, se propageant au long 
de la chaîne de causalité, romprait d'emblée l'équilibre 
du Ciel et de la Terre; ce serait la fin du monde, telle 
que, vers Pan mil, les populations terrifiées se la figuraient 
imminente. 

La cause occulte en gît dans la nature de Dieu lui- 
même, qiii étant l' Absolu-conscient — Wronski dirait 
F Absolu-raison — ne se conçoit susceptible ni d'une er- 
reur, ni d'une hésitation, ni d'une variation quelconque 
dans ses volontés. Les lois préfixes sont l'œuvre de sa Sa- 
gesse; la Providence en règle l'emploi. Si Dieu violait 
une des lois qu'il a fondées dans le principe (Be-rœshith 
r*\TtfT2), il se nierait lui-même : car il manifesterait 
la mutation de l'immuable, l'imprévoyance de ïomni- 



(1) Tout principe e*t simple, radicalement un ; or un changement 
d'état tuppote le binaire. 



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scient, les hésitations de la suprême Pensée, les tergi- 
versations du Verbe absolu. 



III 

Xul ne s'est mépris sans doute sur la valeur des quel- 
ques axiomes énoncés dans la section II de cet avant- 
propos; leur portée est incalculable ; elle embrasse et do- 
mine tout cet ouvrage. 

Il convenait de les inscrire en tête de notre deuxième 
Septaine, au point précis où s'ouvre renseignement dog- 
matique de Haute Doctrine, après l'exposé pur et simple 
des faits qui intéressent notre sujet ( première Septaine : 
le Temple de Satan). 

Bien plus, {au risque d'anticiper formellement sur les 
matières du présent tome), il semble utile de courir, d'ores 
et déjà, au-devant des objections probables. 

A ces deux axiomes : — Le Surnaturel n'est point; — 
l'Etre absolu n'est susceptible ni d'hésitations ni de re- 
mords, — on opposera le récit du Déluge, d'une part, 
tel que le donnent les traductions officielles de la Bible ; 
et de l'autre, ce fameux verset de la Vulgate, où chacun 
peut lire que le Seigneur se repentit d'avoir créé l'homme 
ici-bas. Or Moïse étant, pour les fidèles, l'infaillible 
porte-parole de F Esprit-Saint, et pour les adeptes de 
l' Ésotérisme occidental une de leurs plus imposantes 
autorités, de telles objections paraissent asses graves 
pour requérir de noire part une réponse immédiate. 

Puissions-nous, sans être taxé de suffisance, affirmer 



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AVANT-PROPOS 



33 



ici que rien n'est plus facile au monde que de réduire à 
néant ces spécieuses difficultés. Prions le Lecteur dlêlre 
arbitre. 

V Le Déluge. — Que noire planète ait été ravagée à 
plusieurs reprises par des déluges formidables, encore 
que partiels, c'est ce que F Occultisme ne cojiteste pas 
plus que la science universitaire. Sachant même ce 
qu'ignore celle-ci, les causes géologiques (1) et méta- 
physiques (2) de pareils cataclysmes, il a pu formuler 
l'inflexible loi de leur retour périodique, déterminable 
à date fixe. — Quant à travestir, comme la Vulgate, le 
déluge universel en événement historique du cycle pré- 
sent, c'est une autre affaire. Le fait est très contestable 
et généralement contesté. Quoi qu'il en soit de ce point 
de controverse, qu'il n'y a pas lieu de débattre ici, il de- 
meure constant que Moïse admet en principe la possibi- 
lité d'un déluge universel (3). C'est assez pour qu'il soit 



[{) Voy. nommément Delormel, La Grande Période, Paris, 1789, m-8. 

(2) Voy. Fabred'Olivet, Langue hébr. restit., (t. Il, p. 474-237); Hist. 
philos., (t. Il, p. 188-194). 

(3; Ce qu'il importe de n'oublier jamais, c'est l'erreur grossière de 
ceux qui veulent voir dans la Genèse, suivant l'opinion malheureuse- 
ment accréditée, les Annales du peuple juif à l'époque patriarcale. Le 
Sepher de Moïse est, non pas le récit d'une série de faits historiques, 
accomplis dans le passé, mais le Livre transcendantal des principes 
cosmogoniques et androgoniques : principes dont les adaptations se sont 
profluites. se produisent ou se produiront dans le temps et l'espace. 

Xous jugeons utile de transcrire à cette heure quelques lignes de 
f Histoire philosophique du genre humain, où Fabre d'Olivet, par une 
double définition des plut précises, prévient toute éventualité de con- 
fusion et jusqu'à la possibilité d'un malentendu. 

«...// est deux espèces de déluges, qu'on ne doit pas confondre en- 
semble : le Déluge universel ; celui dont parle Moïse sous le nom de 

3 



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34 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



permis de raisonner sur le fait réputé possible, comme 
sur un fait accompli. Ainsi allons-nous faire. 

Le Déluge, comme tous les cataclysmes généraux ou 
partiels, est un effet rigoureusement logique des causes 
naturelles ; il ne se réalise en acte qu'en suivant la filière 
hiérarchique des causes mues et motrices. 

Le Verbe de Dieu, pour s'accomplir, peut providentiel- 
lement (1) influer sur les lois secondaires , sans les altérer 
dans leur essence. 

Soit donnée une roue entée sur un axe mobile ; cette 
roue tourne à dextre. Si nous la faisons tourner à sé- 
neslre y nous aurons modifié le sens de sa rotation, sans 
altérer sa nature intime, qui est de tourner. Sa fonction 
n'est nullement corrompue, pour inversée qu'elle soit (2). 



Maboul; relui que les Brahmes connaissent sous le nom de Dina-pra 
layam, est une crise de la Sature qui met un terme à son action ; c'est 
une reprise en dissolution absolue des êtres créés... Moïse en parle 
comme d'une funeste possibilité... La description de ce déluge, la con- 
naissance de ses causes et de ses effets, appartiennent à la cosmogonie. .. 
Les déluges de ta seconde espèce sont eewc qui n'occasionnent qu'une 
interruption dans la marche générale des choses, par des inondations 
partielles, plus ou moins considérables. Parmi ces cataclysmes, on peut 
considérer celui qui détruisit l'Atlantide comme un des plus terribles, 
puisqu'il submergea un hémisphère tout entier et fit passer sur l'au- 
tre un torrent dèrastateur qui le ravagea.*» (Hist. philos., tome//, 
p. i 01 -192, passim). 

(1) Voir ce que nous disons {page 30) sur le râle physiologique de 
la Providence, celte intelligence de la Sature. 

(2) Mous ne nous dissimulons point l'imperfection ni même le ridi- 
cule de rapprochements pareils : du particulier à l'unirersel, connue 
du nombre à l'unité, toute comparaison est inévitablement, ou défec- 
tueuse, ou du moins mesquine; et jtourtant 1rs analogies du sensible 
sont seules aptes à rendre à notre raison un compte indirect des véri- 
tés intelligibles. Résignons-nous donc à l'insuffisance du rapproche- 
ment, et le reprenons. 



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AVANT-PROPOS 



En fabriquant cette roue muable dans les deux sens, 
nous nous étions réservé a" en intervertir à notre caprice 
la rotation, de droite à gauche, ou de gauche à droite. — 
Ainsi {pour user d'un langage exotérique jusqu'à la tri- 
vialité), Dieu s'était réservé de dilater à son gré, ou de 
condenser les eaux. — Comment? 

Sous touchons à l'un des arcanes de l'initiation mo- 
saïque, et ceux-là seuls en auront l'intelligence pleine et 
entière, qui savent ce qu'il faut entendre par le fameux 
Roùach /Elohim D'nSfc* HT) , qui , dans le Principe 
JV& % tf"Q, se mouvait en puissance de fécondité 
PSrrra sur la face des doubles-eaux D>ï2n >JS S?. 

Par son essence, ce Roûach iElohim se rattache au 
Roùach Hakkadôsch ttfVipn mi, l'Esprit Saint, dont il 
est la manifestation première, édénale. En substance et 
dans l'univers, il constitue ce mystérieux agent que les 
hindous nomment Akasa (le fluide pur), lorsqu'une force 
intelligente le dirige; mais qui, abandonné à la fatalité 
de son mouvement propre, devient le cyclone de Nahàsh 
CTW, ou du serpent de la Genèse — en un mot, la Lu- 
mière astrale. Dans l'un et l'autre cas, il a été appelé 
l'âme du monde, comme on le verra plus avant. Il est le 
suprême fadeur de l'équilibre élémentaire, .Emesh^ON, 
et le glaive du jugement ou de l'équilibre moral, Hocq 
pn (l). Comme principe de la manifestation sensible, 
Moïse le fait couler à la région tfEden sous le nom de 
l'hishôn ]*WS, le fleuve producteur de la création ob- 
jective ou physique (2); comme expansion de la Faculté 

(1> Voy. le Scpher letzirah. traduit par Papus (Chap. II et III). 
(2) Gibôn, Hiddekel et Phrath. les trois autres fleures symboliques 



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36 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



plastique génératrice, et spécialement comme Puissance 
universelle d'individualisation vitale, ce théocrate le 
désigne sous V emblème de la colombe de Noé, Iônah 
H3V (1). Voilà ce que nous pouvons dire. 

Mais le détail de ces spécifications nous entraînerait 
trop loin. Le problème du déluge doit seul nous occuper, 
à celle heure. Tenons-nous-en, quant au reste, à des gé- 
néralités. 

Tous les termes ci-dessus^ énoncés, et d'autres encore 
qui seront ultérieurement définis, expriment la filiation 
occulte émanée de Rouâch Hakkadôsch, V Esprit Saint; 
soit une hiérarchie de Principes et de Puissances, hiérar- 
chie qui pour nous, sous-multiples déchus d'Adam, vient 
aboutir dans le monde astral, ou des fluides hyperphysi- 
ques. Déjà, Au Seuil du Mystère, nous avons éclairci, 
d'après la tradition constante des Maîtres de la Sagesse, 
la triple nature de V universel fluide, selon qu'il est con- 
sidéré dans son mouvement d'expansion, Aôd "lltf, dans 
son mouvement de restriction, Aôb ou dans le cycle 
intégral de son double mouvement, ascendant et descen- 
dant, Aôr T,S (2). — Si nous observons à celle heure 
que les eaux ont toujours passé, dans les sanctuaires de 
V ancien monde, pour l'hiéroglyphe matériel du principe 
passif et restrictif (3), nous ne serons pas surpris a"ap- 



du paradis terrestre, expriment également diverses modifications de 
V Agent astral. 

(1) Voi/. Langue hébr. rest. (t. II, p. 230). 

(2) La plupart des occultistes écrivent Aoûr "Vtf. — Avec Fabre 
d'Olicet. nous trouvons jdus précis de distinguer le feu (Aoùr) de la 
lumière (Aôr). 

(3) Le feu, par contre, était V emblème du principe d'activité expansive. 



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AVANT-PROPOS 



37 



prendre que ces eaux, dans leur état normal, sont 
comprimées, condensées et comme enchaînées (1) par 
une force victorieusement compressée, astringente et 
liante (2). Ce nœud statique venant à se dissoudre, il 
i ensuit que les eaux obéissent, dans la mesure de leur 
prodigieuse élasticité, à l'agent universel de fécondité et 
d expansion qui dynamise et distend toutes choses, selon 
la multiplication quateme propre au monde élémentaire. 
— Ce dernier agent, très voisin cTIônah, était bien connu 
des anciens Sages: ils lui avaient assigné pour emblème 
la pierre cubique, qui devient, au quatrième feuillet du 
Tarot, le trône où siégera F Empereur mystérieux, le 
Rhawôn de Thoth et le Moloch *]So des Phéniciens 
(substantif qui, par une simple mutation des voyelles 
latentes, donne en hébreu le mot Melech, qui veut dire 
Roi). 

Au retrait de C agent compressif qui neutralisait la force 
d'expansion, Veau se dilate donc avec une extrême vio- 
lence : c'est ce que Fabre d'Olivet traduit par la grande 
intumescence bmarrntf (3) ; c'est ce que Moïse lui- 



(1 j Se rappeler la chaîne symbolique que Xerxès (dit la légende tra- 
ditionnelle) fit jeter dans l'archipel indien, pour enchaîner la tem- 
pête.... Voir le Crocodile, poème épiquo-tuagique, par un amateur de 
ehos«s cachées (Claude de Saint- Martin). Paris, an VIII de la Répu- 
blique, i vol. 1/1-8 [p. 13-14). 

12) Hereb rtf. 

(3) L'adepte Saint-Martin a écrit d'étonnantes pages sur le déluge, 
qu'il traite en fait accompli. Il n'a garde de soutenir qu'une pluie 
tomba, assez abondante pour inonder toute la terre : version ridicule 
et contre laque/te s'insurgent à l'envi le simple bon sens et le texte 
«Urne du Sepher. 

• ... Le mot hébreu arubboth, quoique signifiant cataractes, 



38 



LA CLEF DE LA MAGIE NO! FIE 



même veut faire entendre plus au clair, quand il dit : Et 
furent ouvertes toutes les sources de l'Abîme poten- 
tiel (1), 

: binn wja" 1 ^ Wpaa 

Ainsi le Déluge s'opère par un phénomène d % ordre na- 
turel, — le retrait une force constrictive du Cosmos, et 
cause permanente de i affaissement des eaux. Entravée à 
point nommé dans sa fonction condensatrice, cette Force 
abandonne les masses liquides à la merci d'une force 
opposée, indéfiniment multiplicatrice et dilatante. 

Ce retrait décisif, qui en reste le provocateur immé- 
diat ? — Là encore, Dieu n'opère que par les principes 
préétablis; la liberté humaine est F un de ces principes. 
Ainsi que Fabre d'Olivet le laisse entendre à merveille, 
ce n'est pas le Verbe de la divine Volonté qui sponta- 
nément délie les sources de l'Abîme : Jod^hévê cède à 
V effort de l'Adam terrestre qui se débattait contre Lui; 
il le laisse choir du poids de son lourd destin ; voilà tout. 
L'hominalité luttait à outrance pour se rendre indépen- 
dante de son Principe céleste; le Créateur cède à regret; 
il s'éloigne, alors qu'on voulait s'éloigner de sa face; il 

selon la lettre, n'est il pas un dérive du verbe 221 rahab ou H2! 
raba, qui veut dire, il a été multiplié f Alors le texte présente l'idée 
naturelle d'une action plus étendue dans l'Agent qui produit l'eau, et 
nullement celle du simple écoulement d'une eau auparavant exis- 
tante... » (Saint-Martin, Tableau naturel, Edimbourg (Lyon), 1782, 
2 vol. iVi-8, p. 32 du second tome). 

Dans ce même ouvrage, Saint' Martin expose encore comme quoi le 
déluge est la conséquence naturelle et fatale de la corruption adami- 
que, et non point une punition divine, au sens coutumier du mot. Il 
laisse également entendre pourquoi le cataclysme, évoqué par la dépra- 
vation des hommes, a choisi l'eau comme instrument dévastateur. 

(I) Langue hébr. rest., tome II, p t 202 et 333. 



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AVANT-PROPOS 



39 



a/franchit qui tentait de s'affranchir. Toute négative, la 
condamnation qu'il prononce se réduit à un acquiesce- 
ment tacite. 

L'homme, abandonné au tourbillon de sa corruption 
croissante, a fait, sayis le savoir, un pacte avec la Mort : 
il appartient, dès lors, à la fatalité du suicide. Il appelle 
le cataclysme; il révoque en une langue à soi-même in- 
connue... Malheureux, il ignore que le Cataclysme va 
venir. — Fabre d' Olive t est formel sur ce point : « la 
véritable pensée de Moïse est que l'Être des Êtres ne dé- 
truit la terre qu'en l'abandonnant à la dégradation, à la 
corruption qui est son propre ouvrage : pensée déjà ren- 
fermée dans le renoncement dont il est question au ver- 
set 6. » (Chap. VI) (t). 

r C'est ce Renoncement que nous avons précisément 
choisi, comme deuxième exemple des objections qui pour- 
raient nous être faites. 

Ici, nous aurons recours encore à Fabre d'Olivct, dont 
les explications doctrinales, souvent bien sommaires, ont 
pour elles d 'être toujours d'une netteté et d'une correction 
parfaites. Les fioles qui criblent sa traduction du texte 
hébreu de Moïse répugnent aux commentaires proprement 
dits ; elles portent de préférence sur l'analyse grammati- 
cale et hiéroglyphique, — recherches qu'un vocabulaire 
radical, placé à la suite de son admirable grammaire, per- 
met de pousser assez loin... Penseur et savant dont l'éru- 
dition prodigieuse ne le cède qu'à une inodes lie et une 
conscience d'un autre âge, Fabre d'Olivet a su pénétrer 



(i) Lang. hébr. rest., tome II, p. 190. 



40 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



fort avant dans la crypte des sanctuaires écroulés (1), 
jusqu'au tabernacle des plus mystérieux arcanes. Maintes 
fois V occasion nous sera fournie de recourir à ses lumières; 
aussi avons-nous eu à cœur de le saluer ici, comme une 
autorité de premier ordre. 

Fermons cette parenthèse, pour retourner à notre con- 
troverse. 

La première objection supposée aurait eu pour but d'in- 
valider nos principes, en opposant à notre dénégation 
formelle un exemple évident des grandes lois naturelles 
violées. Le Déluge, en effet, tel qu'assez communément on 
se le représente, constituerait un cas d'impossibilité phy- 
sique ; mais nous croyons avoir montré, d'une sorte assez 
concluante, que, dans la production de ce phénomène ex- 
ceptionnel, rien n'autorise à voir une action directe de la 
Volonté divine sur l'univers sensible, mais un effet né- 
cessaire des causes naturelles, agissant, il est vrai, sous 
l'impulsion de la Providence, sans que les lois premières 
en souffrent nulle atteinte. 

C'est à la conception d'un Dieu invariable dans ses 
desseins, exempt de toutes passions, incapable de tout 
remords, que s'attaquerait la seconde objection élue pour 
exemple. Ici, comme tout à l'heure, les apparences mili- 
tent contre nous : et le texte sacré, tel que le traduit Saint 
Jérôme, légitimerait sans conteste l'idée d'un Dieu gros- 
sièrement anthropomorphe. Mais il faut voir quels îiiots 



(i) Pour plus de détails sur l'œuvre de Fabre d'Olivet, consulter le 
beau travail de Papus : Fabre d'Olivet et Saint- Yves d'Alveydre (Paris, 
1888, plaquette grand 1/1-8.). Voir aussi la troisième édition de notre 
livre: Au seuil du Mystère (Paris, 1890, in-8), p. 69-72. 



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AVÀKT-PROPOS 



41 



hébraïques le fougueux Père de V Église rend par : « pœ- 
nituit Eum quod hominem fecissel in terra : // (Iod-hévê) 
se repentit d'avoir créé V homme sur la terre. » 

Nette est cette traduction, mais le texte authentique 
de Moïse ne l'est pas moins, et malheureusement il ne dit 
rien de tout cela : 

c'est-à-dire, mot à mot([), selon le savant d'Olivct: — 
« Et il renonça entièrement (Use reposa du soin) IIIOAH, 
à cause de quoi il avait créé l'ipséité d'Adam (l'homme 
universel) en la terre. » Ou 9 en bon français (2) : * Et 
Ihôah renonça entièrement au soin conservateur qu'il 
donnait à l'existence de ce même Adam, sur la terre. » 

L'analyse radicale du mot Innachem UUT prouve en 
effet qu'il ne peut signifier se repentir qu'en un sens 
absolument détourné, pour ne pas dire bâtard, — contre 
lequel protestent à l'envi le contexte de Moïse et l'opinion 
très philosophique et très haute des initiés de Mitzratm 
et d'Israël, touchant F Étre-des-êtres : « le verbe rt!J, 
généralisé par le signe collectif D, signifie proprement 
renoncer entièrement, cesser tout à fait, se désister, dé- 
poser un soin, abandonner une action, un sentiment... 
Dieu ne se repent pas, comme le dit Saint Jérôme ; mais 
il renonce, il délaisse ; tout au plus, il s'irrite (3). » 

Si Fabre d'Olivet eut poursuivi la restitution raisonnée 

(1) Lang. hébr. rest., /. //, p. 183. 

(2) Lang. hébr. restit.. /. //, p. 330. 

(3) Lang. hébr. restit., /. //, p. 185-180. 

Dans la construction de cette dernière phrase, Fabre d'Olicet a, se- 
lon nous, te tort de laisser prise à un malentendu. Sa pensée — c'est 



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42 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



de la Genèse au delà du dixième chapitre, on se demande 
de quelle encre il aurait bafoué les interprètes à coup sûr 
plus mystificateurs que naïfs , qui, lors de V incendie des 
cinq villes immondes (1), métamorphosent à la lettre la 
femme de Lot en une statue de sel ! Il faut être bien 
généreux, vraiment, pour prêter à Moïse ces géniales 
trouvailles; mais alors qu'on jouit d'une aussi féconde 
imagination, se dérober de la sorte à la gloire de ses 
découvertes, voilà pécher par excès de modestie. 
Cest d'un saisisseme7it d'épouvante, mortel ou non (2), 



du moins notre conviction — n'est pas que l'Être des êtres soit sujet à 
s'irriter; mais bien que te verbe DTV52 pourrait à la rigueur, dans tel 
autre cas, revêtir cette extrême signification. La suite de la note le 
prouve bien; d'Olivet poursuit en ces termes : « Ce dernier sens (s'ir- 
riter) qui est le plus fort qu'on puisse donner au verbe OTVÛ, a été 
généralement suivi par les écrivains hébreux postérieurs à Moyse. 
Etc.. » 

(1) Là, comme partout dans la Genèse, l'intérêt se concentre sur 
l'intelligence des significations comparative ou symbolique, et superla- 
tive ou hiéroglyphique. Le sens direct ou positif du récit a trait à 
l'embrasement et à l'effondrement d'une vallée entière, qui recouvrait 
de véritables lacs de naphte et de matières bitumineuses. Le feu du 
Ciel (la foudre), communiquant l'incendie à ces formidables réservoirs 
de liquides inflammables ou explosifs, toute la rallée s'effondra dans 
de souterraines anfractuositès; le gouffre enfin fui noyé par une voie 
d'eau que Ve.rploxion avait ouverte, et le lac asphaltite ou mer morte 
recouvrit de son morne niveau les ruines de Sodnme et de Gomorrhe. 

La signification littérale semble, on le voit, d'assez mince coiisè- 
quence, — Ce n'est pas toutefois une raison suffisante pour autoriser 
le traducteur à enluminer sa version d'un merveilleux aussi grotesque. 

(2) Saisissement mortel sans doute, puisqu'on désert tes filles de Lot 
eurent peu après fantaisie d'enivrer le vieillard, puis de dormir à 
tour de rôle avec lui, afin de « susciter de la semence de leur père • ; 
petite escapade que ces demoiselles ne se fussent pas vraisemblablement 
permise, sous l'œil vigilant de Madame leur mère. — Dieu t la belle 
chose qu'un livre dicté par l Esprit-Saint, lorsque les hommes s* avisent 
de l'interpréter suivant la lettre!... 





AVANT-PROPOS 



43 



— qu'il s'agit dans ce verset (Genèse, xix, 26) : 

: rhz Mm mmo insw oarn 

gu* te* Bibles vulgaires rendent toutes à peu près comme 
suit : « La femme de Lot regarda derrière elle, et elle 
fut changée en une statue de sel. (Traduction Le Maistre 
de Sacy). » 

Par une métaphore aussi hardie qu'expressive, nous 
disons volontiers: pétrifié de stupeur ou glacé de crainte. 
Même il nous advient d'écrire, sans spécifier davantage : 
il ne bougeait plus... un vrai marbre ! ou encore : il resta 
pétrifié sur place ; ou même, à la rigueur : cette pétri- 
fiante nouvelle en fit une statue. Coutumières en fran- 
çais jusqu'à la banalité, de pareilles figures sont-elles 
jamais prises au pied de la lettre?,.. Cependant, il ne 
faut désespérer de rien : quand notre idiome sera passé 
à rétat de langue morte, les traducteurs à venir de nos 
livres d'aujourd'hui, s'ils ont un faible pour les récits 
meweilleux, pourront s'offrir à des milliers d'exemplai- 
res la réédition du miracle de la statue de sel ; à de légè- 
res variantes près, du moins : car ce sera de statues de 
pierre, de marbre ou de glace que parleront nos vieux 
textes français, dociles à l'art évocaleurde celte docte et 
infaillible exégèse. 

Ce rapprochement s'impose à tel point, que, voulu ou 
non, Caveuglemenl des interprètes de Moïse reste incom- 
préhensible. . . . 

Au demeurant, pourquoi ne pas semer l absurde à plei- 
nes mains ? Le doigt de Dieu n'est-il pas là pour légitimer 
limpossible, au gré des simples, et l'expliquer définitive^ 



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4'é 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



ment y en le proclamant à jamais inexplicable? Ce verset 
demeure fermé à ton entendement, cher commentateur de 
la Bible. Qu'à si peu ne tienne! Vite un petit miracle, et 
tout deviendra clair. Et béni soit-il, n'est-ce pas, ce Deus 
ex machina qui descend du Ciel à point nommé, pour la 
pleine satisfaction des esprits les plus difficiles à satis- 
faire ! 

Le Miracle ! au détour de toutes les pages de glose re- 
ligieuse, nous le retrouvons, invariablement revêtu de cette 
signification hybride et agnostique, si révoltante pour le 
bon sens, et si contraire à Vidée que les adeptes d'Egypte 
et de Chaldée s'étaient faite des phénomènes mystérieux, 
théurgiques ou magiques. 

Qu'était-ce qu'un prodige (1), aux yeux de ces sages 
du monde antique ? — Un effet naturel, dont la cause 
nous échappe ; un phénomène imprévu, qui ne viole en 
apparence une loi bien vérifiée, que pour obéir à une autre 
loi moins connue, d'un ordre supérieur et plus général. 

IV 

Les sciences naturelles nous fournissent de ces exem- 
ples à foison. 



(1) Nous employons indifféremment ici deux vocables qu'une nuance 
distingue : Prodige et Miracle. 

Le Prodige est laïque : Cagliostro faisait des prodiges. 

Le Miracle affecte un caractère religieux et plus grave: Jésus-Christ 
faisait des miracles. 

Quant au mot Prestige, il s'applique de préférence aux tours de 
passe-passe, aux trompe l'œil de pure adresse manuelle. Cependant 
Prestige s'emploie aussi comme synonyme de Prodige, mais toujours en 
mauvaise part. 



AVANT- PROPOS 45 



Lecteur ami, pour peu que tu sois chimiste à tes heu- 
I res de loisir, tu n'ignores pas le principe qui trouve au 
laboratoire une si fréquente application; nous voulons 
parler de la loi de double décomposition des sels : lorsque 
r acide de Vun peut former avec la base de Vautre une 
combinaison insoluble ou très peu soluble, il se produit, à 
Yinstant même du contact (1), un échange réciproque. 

Soient mélangées deux solutions filtrées, Y une d'acé- 
tate de plomb, Vautre de chromate de potasse. L'échange 
est immédiat : abandonnant la potasse, l'acide chromi- 
que se combine avec l'oxyde de plomb, pour former un 
chromate insoluble, qui se précipite instantanément, sous 
Y aspect d'une poudre jaune. — D'autre part, V acide acé- 
tique, saturant la potasse, engendre un sel hygroscopi- 
que, et qui reste en dissolution dans la liqueur. Soit, se- 
lon le système des équivalents (2) : 

PbO,C'H 3 0 3 + KO,Cr(P = PbO.CrO» + K0,C'H 3 O\ 
Jusqu'ici, nulle difficulté. — Mêlons celte fois une so- 
lution cYiodure de potassium à une autre de cyanure de 
mercure : Yiode, formant avec le mercure un protoiodure 
presque insoluble, il s'ensuit qu'aux termes de la loi ci- 
dessus énoncée, Y échange se devrait faire aussitôt. — // 
nen est rien: au lieu du précipité rouge éclatant que nous 



(i) // s'agit, bien entendu, de deux sels en dissolution dans l'eau ; 
* car ce n'est qu'à la faveur d'un véhicule liquide, ou d'une trituration 
fort intime, que deujc sels susceptibles de double décomposition peu- 
rent *e pénétrer moléculairement, en sorte que l'échange soit complet 
et non partiel. 

(if La notation atomique ne nous étant pas familière, nous avons 
recours à celle des équivalents. Nous réduisons d'ailleurs les formules 
a leur plus simple expression. 



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46 



I.A CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



attendions, une cristallisation spontanée, incolore, se 
forme sous nos yeux dans toute la masse du liquide, et 
dépose lentement au fond du vase ses paillettes nacrées et 
légères. 

Une loi supérieure est intervenue : celle de la formation 
des sels doubles ; loi d'une application moins fréquente, 
et dont l'examen, d'ailleurs hors de propos, nous entraî- 
nerait trop avant dans des digressions abstraites. 

Bref, l'échange ne se fait pas ; les deux sels se combi- 
nent pour n'en plus former qu'un seul : le cyanhydrar- 
gyrale d'iodurc de potassium : 

Kl +- HgC*Az = KI,IlgC*Az. 

])ans ce sel double, le cyanure de mercure joue le rôle 
d'acide complexe et l'iodure de potassium celui de base 
composée. Et il faut une goutte d'un acide quelconque — 
l'acide azotique, par exemple — pour rompre la cohésion 
chimique du sel double, et refouler (si l'on peut dire) les 
deux sels primitivemen t mélangés, dans la sphère d'action 
de la loi du double échange : 

Kï,HgC 2 Az + Az0 5 ,HO = KO,AzO* -f Hgl + HC*Az. 

Subitement oxydé, le potassium de l'iodure s'unit à 
l'acide azotique, avec lequel il a le plus d'affinité : l'iode, 
libre dès lors, attaque le mercure, pour former avec lui 
l'iodure écarlate qui se précipite au fond de l'éprouvette. 
Enfin l'odeur d'amandes amères qui se développe est due 
à la production de l'acide prussique, engendré par l'union 
du cyanogène avec l'hydrogène contenu dins l'eau d'hy- 
dratation de l'acide azotique, laquelle eau a déjà cédé son 
oxygène au potassium naissant, dont cet acide s'est 
emparé. 



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AVAXT-PROPOS 47 

» 

| Cet exemple est significatif : pour qui ne connaîtrait 
pas la formation des sels complexes, V expérience ci-des- 
sus paraîtrait une stupéfiante anomalie, une violation 
vraiment inexplicable de la loi de double décomposition 
des sels. 

Les prodiges sont tels : phénomènes d'exception, qui 
refusent de se ranger sous l'empire d'une loi donnée, 
bien connue des savants ; pour le motif assez simple qu'ils 
relèventcVune loi supérieure, ignorée ou méconnue desdits 
savants. 

! € Pas de loi sans exception... * Qui ne connaît ce pro- 
verbe, paradoxal en théorie, très juste en pratique ? Lin- 
tuitioti populaire ne se trompe guère au fond : elle for- 
mule parfois ses oracles en termes gauches et même 
inexacts ; mais cette phraséologie sentencieuse et poncive 
habille une pensée souvent profonde, et presque toujours 
juste. 

Toute importante découverte fait rentrer dans l'ordre 
des phénomènes rationnels quelque fait miraculeux au 
sentiment des naïfs, et que la science officielle niait obsti- 
nément jusqu'alors, faute de pouvoir l'expliquer. 

Il n est pas de science occulte, dit excellemment 
M. de Saint-Yves ; il n'y a que des sciences occultées. 

Un autre exemple, qui relève à titre égal de la chimie, 
de la physique et de l'histoire naturelle, paraîtra plus frap- 
pant encore : il s'agit d un phénomène dont la science des 
universités serait fort inhabile à justifier la production. 

Cest un fait tangible, patent, et que chacun peut véri- 
fier sans peine. Mais, pour en donner la raison, pour en 

» 




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48 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



démontrer le mécanisme, il faut, de toute nécessité, recou- 
rir aux lumières traditionnelles des Maîtres de la sa- 
gesse ésotérique... 

Nous allons surprendre et saisir sur le vif la force de 
création (1) : nous verrons la matière se produire de tou- 
tes pièces sous nos yeux, au grand jour de l'examen 
scientifique; et cela, dans des conditions de contrôle ex- 
périmenlal à confondre tout contradicteur par l évidence, 
et à paralyser toute velléité a" o ergotage », sur les lèvres 
du plus fougueux défenseur de l'apophtegme fameux : 
« rien ne se perd, rien ne se crée (2). » 

— Parlez-vous sérieusement? Ce serait à n'en pas croire 
ses yeux... 

— Libre à vous. 

— D'ailleurs, c'est impossible! 

— Notre réponse pourrait être celle de William Crookes, 
le grand chimiste, de qui l'on contestait, à priori et sous 
le même prétexte, les décisives et mémorables expériences : 



(1) Un bon prêtre, à qui nous faisions cette démonstration, s'écria 
dans tes transports d'une naïve allégresse : — Voila, qui s'appelle 
prendre le Non Dieu la main dans le sac ! L'exclamation nous parait 
belle en sa trivialité et digne d'être transcrite. 

(2) « Hicn ne se perd, rien ne se crée »... Cet apophtegme n'est faux, 
d'ailleurs qu'appliqué exclusivement à la matière sensible. « Ex nihilo 
nihil », disaient les anciens sages, et ils avaient raison : le néant n'en- 
gendre pas. — C'est-à-dire, que tout être sort d'un principe réel, posi- 
tif et non abstrait. Créer, c'est tirer d'un princijte occulte, comme nous 
l'e.rpliquons plus bas ; mais ce n'est pas faire de rien. Ex nihilo nihil. 

La substance cosmique absolue engendre éternellement la matière 
transitoire. Celle-ci se livre à d'innombrables métamorphoses, jusqu'au 
jour ou elle rentre dans son substratum essentiel : la matière physique 
(différenciée) redevient substance hvpcrphysique (homogène). 

En ce sens, — qui n est point celui de la science moderne, — l'axiome 
conteste se soutient. 



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AVANT-PROPOS 49 



« Je ne soutiens pas que ce soilpossible ; j'affirme que cela 
est. • A peu de frais vous pouvez vous en convaincre. 

Vn kilogramme de soufre en fleur, lavé avec soin; 
quelques litres d'eau distillée; quelques grammes de se- 
mences de cresson vous en fourniront l'irrésistible preuve : 
ce* objets peu cabalistiques vous pourront servir, au besoin, 
d'arguments péremptoires, pour réduire au silence les 
plus obstinés positivistes de notre monde occidental. Son- 
gez-y bien cependant, un tel honneur n'est pas sans péril : 
si loyalement que vous expérimentiez, ils vous traiteront 
d'escamoteur.... 

Etendez votre fleur de soufre (i) en une couche égale 
de moyenne épaisseur; semez-y vos graines et les arrosez 
exclusivement d'eau distillée : les semences ne tarderont 
guère à germer, les tiges à grandir, et bientôt vous pour- 
rez faire votre première cueillette de cresson. Quand un 
certain nombre de récoltes successives vous aura fourni 
tiges et feuilles en abondance, incinérez toute celte sub- 
stance végétale : vous obtiendrez facilement ainsi une 
quantité de sels fixes dépassant de beaucoup le poids des 
graines semées. Quelle ne sera pas votre surprise, en sou- 
mettant à l'analyse chimique cette cendre végétale, d'y 
trouver en proportions normales de la potasse, de l'alu- 
mine, de la chaux, des oxydes de fer et de manganèse, 
combinés pour une part aux acides carbonique, sulfurique 
et phosphorique, — à Vélal libre pour l'autre part! Ainsi, 
pour passer sous silence les corps volatils ou décompo- 

(\) L'espérience. réussirait aussi bien, si l'on remplaçait le soufre 
par de l'o.rt/de de plomb, de la si/ire pure, ou par toute autre substance 
poreuse, inerte et insoluble dans l'eau. 

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50 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



sables évaporés au cours de la calcination, vous y cons- 
taterez la présence d'un assez grand nombre de corps 
réputés simples, métaux et métalloïdes, — les mêmes exac- 
tement qui se retrouvent dans la cendre du cresson nor- 
mal (i), poussé en pleine terre et en pleine eau, et dont 
les racines adhèrent au lit même d'une source ou d'une 
rivière. 

La présence de V oxygène et du carbone s explique assez- 
par elle-même : gorgées d'eau distillée, les racines se sont 
assimilé l'oxygène ; les feuilles ont aspiré V acide carbo- 
nique de l'air et retenu le carbone. Quoi de plus simple ? 
— Mais le silicium? Le soufre n'en contient pas plus que 
Veau distillée. Serait-ce l'atmosphère qui aurait servi de 
véhicule à ce métalloïde? Cest bien improbable : abstrac- 
tion faite des poussières qui ne sont point assimilables, et 
des eaux de pluie dont la composition chimique assez- 
connue exclut la présence du silicium. Pair ne peut guère 
servir de véhicule qu'à des gaz, et je ne sache point que 
le silicium forme, si ce n'est avec le fluor, des combinai- 
sons gazeuses : le fluorure de silicium est un gaz. Mais, 
outre que lu nature n'est pas fort riche en foyers de réac- 
tion propres à lui donner naissance, il est très corrosif, 
désorganisateur des tissus végétaux, et toute plante aspi- 
rerait la mort avec ses effluves. — L'on ne justifierait 
pas avec un meilleur succès la présence, dans Vair, des 
composés volatils du soufre et du phosphore ; toutefois, il 

( \ ) Les garants Schrader, dreef et liraronnot ont vérifié le fait et le 
confirment. L'expérience nest donc pas de notre invention ; nous 
nous bornons à la commenter . (Voir le livre très remarquable de Chau- 
bard : L'Univers expliqué par la Révélation. — Paris, 1831, in -S, 
page 301). 



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AVANT-PROPOS 



51 



n'y a point là d'impossibilité matérielle, à priori. 

Mais ce qui semble une hypothèse bien ingrate et dure 
à admettre en ce qui concerne ces trois métalloïdes : soufre, 
phosphore, silicium, devient, en l'état actuel delà chimie, 
une supposition gratuitement absurde, pour expliquer la 
présence, dans les cendres du cresson, d'autres corps dits 
simples, tels que le fer, le manganèse, le calcium et l'alu- 
minium ; car ils n'entrent dans aucune combinaison 
gazeuse ou volatile à la température ordinaire. 

— !) accord, mais les graines en contenaient. 

— Je le veux bien, et j'attendais l'objection N'avons- 
nous pas dit que le poids des cendres, obtenues en calci- 
nant les liges et les feuilles, dépassait de beaucoup celui 
des graines semées dans la fleur de soufre? D'ailleurs, 
c'est cinq grammes de graines de cresson que vous aviez 
semé, n'est-ce pas? Eh bien, calcinez cinq grammes des 
mêmes graines et soumettez la cendre aux analyses qua- 
litative et quantitative : si vous y découvrez des traces des 
mêmes corps simples, sera-ce en poids égal à celui des 
éléments que nous offrent les résidus abondamment pro- 
duits par l'incinération des tiges et feuilles, récoltées à di- 
verses reprises sur les mêmes pieds? — Son, té est-ce 
point ?... 

Alors nom voici claquemurés dans ce dilemme : ou ces 
métalloïdes et ces métaux se sont formés inexplicable- 
ment de toutes pièces, — tranchons le mot : ont été 
créés sous vos yeux, — ce que votre science déclare 
impossible à priori ; ou bien vous en èles réduits à l'aveu 
du phénomène taxé par vous de suprême absurdité dans 
le magistère des alchimistes : la multiplication substan- 



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52 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



tielle des corps soumis aux lois de la densité (I). 

Nous serions fâché quon se méprît sur nos sentiments 
personnels : il en est dont V imputation nous serait dou- 
loureusement sensible. 

Nul ne professe plus que nous pour la science moderne 
une admiration sincère et à certains égards enthousiaste : 
et si ses méthodes d'induction nous semblent insuffisantes 
parfois, si ses divulgations sans réticences témoignent à 
nos yeux d'une téméraire légèreté, confinant au crime (2), 
la science nen est pas moins pour nous une des plus véné- 
rables déesses du monde intelligible. 

Exploratrice intrépide et sagace, dans la sphère positive 
dont elle s est tracé les limites à elle-même, là nul obsta- 
cle na pu rémouvoir, nulle puissance n'a été capable 
d'entraver son essor. Deux infinis s ouvraient devant elle: 
ni les scintillantes profondeurs de V empire des étoiles, 
ni Vimpénétrable et troublant mystère dont s" enveloppent 
les univers d'atomes organiques gravitant dans une goutte 
d'eau, n'ont intimidé son zèle; étoile par étoile, atome par 
atonie, elle a entrepris cette double conquête. Chaque jour, 



(1) Pour ta multiplication de la pierre philosophait, voir Huymond 
Lui le, Flomet et les autres alchimistes. 

Henri Khunrath est aussi clair que formel sur ce point, dans son 
Ampliithôùtrc do la Sagesse ôlornollu [paye 500). 

(2) S'agit il de théories métaphysiques, nous admettons toutes les 
franchises : d'autant plus qu'il est facile de ne rien céler au.r amis de 
la Sagesse, tout en demeurant impénétrable au.r profanes... Mais des 
lors qu'il est question de livrer a tout venant la préparation, souvent 
si simple, de produits formidables (nitroglycérine, acide ryanhydri- 
que, induré d'acofe, p/omatnes. cultures microbiologiques, etc.). la 
fameuse » probité scientifique * n'est plus a notre gré qu'une dange- 
reuse bavarde, et rien davantage. 



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AVANT-PROPOS 53 

elle s'enorgueillit (Tune victoire nouvelle; infatigable, elle 
refoule dans les deux sens la frontière de V Inconnu. 

Mais répétons-le; pour tout ce qui ne rentre pas dans 
sun domaine strictement positif, elle se déclare incompé- 
tente. Les faits seuls l'intéressent : elle les accumule sans 
discernement, parfois sans distinction ; fidèle à sa mé- 
thffde analytique, elle encombre des gerbes mêlées de sa 
moisson les greniers de la mémoire humaine. Mais jamais 
elle n atteint à la vraie synthèse ; car on n'y peut remonter 
qu'en pénétrant au delà du sensible, en allant plus ban 
que les faits. 

Cet archange du monde contemporain n'a pas d'ailes. 
Colosse invincible, comme Antée, quand ses pieds touchent 
à la terre, adieu sa force prodigieuse et sa pénétrante 
intelligence, et son initiative sagace, pour peu quelle s'é- 
lève à quelques pieds du sol. Sur ce champ de bataille 
élhéré, V adversaire la sait vaincue d'avance : en vain se 
débat-elle, défaillante, presque inanimée, dans une lutte 
inégale, faute d'avoir pu retremper son énergie au sein 
maternel de Démêler. — Sœur d' Antée, enfant de la Terre 
comme lui, la Science moderne attend son rédempteur, le 
second père de qui elle doit naître à nouveau, enfant du Ciel. 

En matière d'investigations positives, elle n'a point son 
égale : autant la dire infaillible. Mais on la voit soudain 
frappée d'impuissance, lorsqu'un problème d'ordre pure- 
ment intelligible se pose devant elle ; parfois même, 
comme nous venons de le voir, acculée à l'un de ces pro- 
blèmes mixtes (tels que la genèse de la matière, dans cer- 
tains cas anormaux de croissance organique, chez rani- 
mai ou chez la plante), elle se tait ou balbutie. 



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54 



LA CI.KF DE LA MAi'.IR NOIRE 



Mais où trouver une justification plausible de noire 
phénomène de prodigieuse végétation, puisque l'Académie 
des Sciences nous laisse en vain frapper à sa porte ? 

Peut-être serons-nous plus heureux en abordant, au 
seuil de leur humble retraite, ce rabbin décrié qu'on dit 
versé dans la sorcellerie, ou ce vieux chanoine sauvage 
et sédentaire qui passe communément pour un maniaque 
renforcé (I). Un même souci cloître l'Israélite et le Chré- 
tien dans une solitude laborieuse; une même réprobation 
les enveloppe dans un injurieux abandon. L'on tremble 
devant l'un, et Vautre fait pitié. Les bonnes gens les évi- 
tent tous deux ; mais l'un et Vautre s'en consolent : à 
vivre en un monde meilleur, ils ont perdu la souvenance 
des amertumes de celui-ci. Persécutés de leurs pairs connue 
de leurs supérieurs hiérarchiques, ils ont tu jusqu'au cri 
de la conscience opprimée, désappris jusqu'à la protesta- 
tion du dédain 

Que nous interrogions le sémite ou le chrétien, la doc- 
trine s affirmera la même, en un langage presque identi- 

{{) En crayonnant ces deur types d'adeptes, comme assec communs 
et significatifs an Panthéon (les sciences occultes, — nous disculpe- 
rons-nous ici de toute prétention à pour I rat r* telle ou telle individua- 
lité contemporaine? Ce soin nous avait semblé superflu, lorsquen 1888, 
le Lotus publia ces pages pour la première fois. 

Aussi ne fûmes-nous pas médiocrement surpris alors, de recevoir coup 
sur coup tant dp lettres et même de visites quasi-suppliantes... Signa- 
tures et visages inconnus, des amateurs de chimériques ressemblances 
s'évertuaient, en dépit de nos plus énergiques protestations, a nous ar- 
racher le nom et l'adresse imaginaires du rieu.r chanoine et du mysté- 
rieux rabbin! fJe fut peiti" perdue, comme bien on pense, et ce, pour le 
meilleur de tous les motifs. La présente note suffira t-elle enfin (nous 
en doutons fort) à désabuser les excellents badauds qui naguère, incri- 
minant notre prétendue discrétion, nous assiégeaient dans nos derniers 
retranchements ? 



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AVANT- PROPOS 



55 



que. Et ce sera Vflsolérisme vivant de l'antique tradition 
judéo-chrétienne qui par leur bouche nous répondra : — 
« Oui, la croissance du végétal, dans les conditions dlso- 
lement que vous dites, est un fait mystérieux pour la 
science positiviste, une idéalité inexplicable à jamais pour 
les philosophes qui soutiennent l'éternité de la matière : 
car nous sommes en présence d'un transfert de puissance 
en acte ; en un mot, il y a eu création. 

Chanoine ou rabbin, ainsi répondrait le vieux Kabba- 
liste, qui ne manquerait pas d'invoquer, à l'appui de sa 
thèse, la Doctrine secrète transmise jusqu'à nos jours 
d'adepte en adepte, et par voie strictement orale. Or, ce 
qu'il exposerait de vive voix, en termes généraux et peut- 
être sous la garantie du secret juré, le Lecteur va le trou- 
ver ici même, sans réticence et par écrit. 

Mous avons parlé de création. N'ayons garde d'attribuer 
à ce mot le sens irrationnel si cher aux théologiens d'un 
autre âge. Avec les initiés de l'ancien monde et les phi- 
losophes du nouveau, répétons encore : Ex niliilo nihil, le 
néant n'engendre pas. 

Moïse, au premier verset de sa Cosmogonie, ex- 
prime hiéroglyphiquement le vrai sens du mot créer : 
« C*rftS 5*"D rWîTQ — in principio creavit Deus 
deorum... » Le mot 502(1) (Barà, creavit), ouvert à l'aide 



(!) Ce mot NU est au prétérit. Généralisé et porté a /'infinitif, il 
détient 

Entre le 1 et l u, a trouvé place le signe convertible à son pôle de 
lumière, le Vaf*\ pointé en haut. Ce qui nous donne la même significa- 
tion, mais universalisée, mais soustraite a tout régime temporel, ac- 
quise a l'éternelle abstraction. 



56 



LA CLEF DE LA MAf.IE NOIRE 



des clefs de Salomon, manifeste le sens ésotérique suivant : 
« Paternité (2) duniiouvenient-actif-producteur p) » de 
l'existence potentielle-à-la-milliiîmc-puissance (tf); » c'est- 
à-dire : « Production du mouvement extériorisateur qui 
fait passer du principe absolu à V essence radicale, sus- 
ceptible à son tour de multiplication divisionnelle, dans 
la genèse des individus. » 

Tous les cires se créent donc par série d'extériorisations 
successives. 

t. L'irradiation féconde du Verbe les détermine en 
Principes, et c'est la première étape. 

2. Du Principe, ils passent à /'Essence ou Puissance 
d'être générique, spécifiée et spécifiante : seconde étape. 

S. (?est à ce degré de réalisation, c'est parvenu à ce 
moyen terme (1) entre la prineipialion et l'existence, que 
Vétre s individualise en centres d'activité potentielle ; 
c'est la Puissance d être germinale : troisième étape. 

Pour compléter ces données occultes si délicates à saisir, 
il nous reste à préciser le rôle maternel de la Vie, dans 
cette filiation d'êtres virtuels. Reprenons. 

Ainsi, dans l'expansion du Verbe créateur, la Vie (qui 
lui est indissolublement associée) ne se conçoit ^/'uni- 
verselle, et, si l'on ose dire, sans destination particulière. 



(I) X oublions pas qu'ici-bas nous sommes dans la foi de déchéance . 
Sous ret angle trompeur, la grande illusion matérielle nous semble 
réalité, tandis que nous ne parvenons a la réalité essentielle que par un 
effort de i intelligence. C'est un renversement des choses.... Les essences 
n'apparaissent un moyen terme qu'à notre point de vue terrestre ; elles 
ne sont puissances d'être (ou plutôt d'e.rister) qu'a ce même point de 
vue. Dans l'ordre primitif, antérieur à la chute, les essences sont réa- 
lités, et les choses physiques seraient illusion. 



i 

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AYANT-PROPOS 



Mais, à celte fin d'animer et d'évertuer les Principes des 
êtres, la Vie s'impose une première partieularisation. Elle 
épouse ces Principes ou Types radicaux, et de leur union, 
sont engendrées les Essences. 

Puis, pour vivifier à leur tour les êtres déterminés en 
Essences (ou Puissances collectives spécifiées) la Vie subit 
une deuxième partieularisation. 

Enfin les Puissances collectives de la vie spécifiée (ou 
Essences), se sous-multipliunt en d'innombrables (fermes 
individuels, génèrent ces centres d'activité potentielle dont 
nous avons parlé : troisième partieularisation. 

En chacun de ces centres, se manifeste alors un Moi 
plus ou moins défini, plus ou moins instinctif; perfectible, 
suivant son espèce, mais non encore conscient : ce Moi, 
c'est l'affirmation individuelle de chaque germe, son âme 
«le vie particulière (Y). 

Il va sans dire (pie ces doctrines n'impliquent rien con- 
tre la théorie traditionnelle de l Évolution. Indiquer les 
sttid s de l'Involution créatrice, ce n'est pas enseigner que 
tout être qui s'incarne vient immédiatement de les par- 
courir. Sous ne pensons pas, avec les théologiens primai- 
res du Christianisme, que, dans le règne hominal, par 



(!) Il est e.rpèdient de noter ici, pour l'édification des étudiants déjà 
avancés, que. dans /Vlat r<li'nal. toute cette genèse s'opérait intus cl in 
Ira : en sorte que chaque sous-multiple naissait à la rie individuelle 
au sein maternel d Adamah (l'élément homogène avec la substance 
d'Adam), sans renoncera la vie collective ni rompre le cadre mys- 
tique de la grande f'nité. — Depuis la chute, celte genèse s'effectue 
• vira forisqm-, hors du giron uni/aire. 



58 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



exemple, « Dieu crée les âmes à l'instant même de la 
conception charnelle. » 

En rappelant ici qu'il est une échelle de la vie descen- 
dante, comme il en est une de la vie progressive, et qu'un 
ordre hiérarchique répartit sur les échelons de cette der- 
nière les moules des différentes espèces, il convient encore 
d'ajouter que ces échelons sont gravis, ces moules occupés 
tour à tour par les monades individuelles en ascension, 
suivant les lois de V universelle métempsycose. 

Les races elles-mêmes s'élaborent et évoluent, comme 
les monades individuelles qui en sont les exemplaires. Ce 
sont deux modes de rédemption bien distincts (i). Il en est 
même un troisième, qui tient de F un et de Vautre; c'est 
ce que nous verrons en détail au Livre III : le Problème 
du Mal. 

Quand l 'intelligence lucide aborde ces profondeurs, il 
lui semble voir la vision d'Ezéchiel. L'engrenage univer- 
sel des vies est bien symbolisé par cet ensemble formida- 
ble de roues constellées, qui tournent les unes dans les 
autres: infinie complication de détails concourant à l'u- 
nité simple et grandiose du total Cosmos. 

Sous n'avions pas a/faire ci-dessus au problème de l'Évo- 
lution, inséparable de l'énigme des existences successives. 

Notre commentaire du mot création nous limitait à un 
autre point de vue : nous tâchions à esquisser le méca- 



{\ ) On caractériserait assez bien ces deu.r modes par une locution 
triviale : les individus peuvent avancer sur le chemin de la vie pro- 
gressive, soit en marchant pour leur propre compte, soit en se laissant 
traîner par la masse de leurs semblables. 



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AVANT-PROPOS 



nisme général de flnvolution, qui fonctionne sur le plan 
astral y ou hyper physique. 

Là est la genèse animique et biologique (I), /«genèse 
d'ordre intelligible. Est-il besoin dénoter que la genèse 
d'ordre sensible en est distincte, et affecte sur le plan 
physique une direction tout inverse ? — Le germe est le 
point de rencontre des dzux lignes (verlicale-active et ho- 
rizontale-passive) ; c'est le nœud d union de la matière et 
de la vie, du monde sensible et du monde hyperphysique ; 
cesl la cellule organique où s f emprisonne F âme vitale: 
c'est, en un mot, la molécule inerte qui tressaille et s'a- 
nime, microscopique sanctuaire, tabernacle d'amour où 
se célèbre et s'accomplit, des milliards de fois par seconde, 
U mariage vivificaleur de la Terre et du Ciel. 

Si nous examinons le germe (2) dans les phénomènes 
de sa production et de sa croissance, il est clair que nous 
le supposons placé dans des conditions de développement 
possible, et même favorable : car l'âme vitale où dort l'es- 
prit latent s'incorpore au milieu le mieux disposé pour 
la recevoir : et si, primordialemenl, lorsqu'il n'existait 
point encore de matière organisée, des âmes de vie ont du 
nécessairement féconder la matière inerte, pour créer la 
cellule, il n'en saurait plus être ainsi de nos jours, où ces 
énergies virtuelles infléchissent de préférence leur mouve- 
ment germinal vers des cellules organiques, élaborées ad 
hoc, cellules appartenant à un être de race identique à la 



(1) Toujours sous le bénéfice de la restriction formulée plus haut 
(p. â« et 57. en note). 

(2) Végétal ou animal. 



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I 



60 LA r.LKK DK LA MAfllK NOIRK 



leur(\). — (y est la loi de filiation, chez les animaux: comme 
ch ex les piaules : nous en négligeons à dessein ie.r po- 
sition raisonnéc, qui nous détournerait du sujet principal* 
pour nous entraîner hors du cadre de cet Avant-propos. 

Or d<nu\ étant données ces conditions de formation pos- 
sible, — dans un végétal, par exemple, — dès que Vàme 
a individualisé la molécule quelle anime et féconde, elle 
obéit à son instinct de conservation, en groupant autour 
de la cellule centrale d'autres cellules, dont l'agrégation 
forme une sorte de chrysalide protectrice : eu cet état, le 
germe cuirassé constitue la graim», qui tend à se détacher 
de la plante mère. — Vient le jour où, mure pour une 
existence individuelle, celle graine voit se rompre le der- 
nier lien qui, la rattachant à la tige maternelle, lu faisait 
participer encore, dans une mesure moindre de jour en 
jour, à la vie collective de la plante, 

(Sous passons, en tout ceci, les détails techniques et 
topiques ; nous omettons la description des phases décrois- 
sance, — variables d'espèce à espèce, — pour n esquisser 
que le schéma essentiel de la formation germinale. La 
première botanique venue suppléera copieusement ti ce que 
ces pages, trop délibérément synthétiques, peuvent pré- 
senter d'insuffisant pour les esprits méticuleux', ou même 
d'irritant pour les amateurs d'une analyse ponctuelle et 
suivie. — Le Lecteur est prié de ne point perdre de vue 
qu'il ne s agit de rien, pour le présent, sinon de quel- 
ques données très générales de biolorfie occulte, acei- 



(!) S'oubliait* fias </ue ces âmes de vie, étant spécialisées, appar- 
tiennent nécessairement a une race particulière. 



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AVANT-PROPOS (il 



dentellement tangentes à V objet de ces prolégomènes). 

En somme, que penser de cette force inconnue, qui, 
après avoir élu domicile dans une cellule organique, attire, 
groupe et s'assimile les atomes avoisinants, pour s en 
faire un corps de défense? Car, — chose bien digne de 
notre attention! — ce n est pas tant la plante fécondée qui 
concentre sa vitalité sur un point, afin de former la se- 
mence conservatrice de sa race (\) : ces! le germe (mi- 
mique de la future graine {énergie potentielle déposée, il 
est vrai, dans un terrain organique approprié pour la re- 
cevoir) (2), c'est ce germe, — aimant mystérieux et invi- 
sible, — qui centralise à son profit les éléments dont il a 
besoin , qui les distingue, les sélecte, sc ies approprie, pour 
se constituer lui-même en semence parfaite. 

Pareillement, chez ranimai, cest V œuf fécondé qui at- 
tire à soi, et non pas tant la mère qui fait affluer vers 
Vwuffô) les matériaux requis pour la formation de son 
corps de défense. 



\ ! ) Sans doute, il y a réciprocité harmonique dans les fonctions, mer- 
reil/eusement concordantes, de l'être qui veut perpétuer sa race et du 
germe fjui reut éclore ; mais le travail actif, et pour ainsi dire savant 
(srlectian, assimilation, répartition des mater iau.r, etc.), est /' œuvre de 
ce dernier. 

(2) Ou, pour préciser, flans l'ovaire «lotit le pollen a fïron<l« v les ovn- 
li'i. — <Y est donc en chaque ovuh' qu'il faut voir (après la fécondation). 
I* microscopique sanctuaire dont nous avons parlé', le nwud d'union 
de la matière et de la vie: le point d'intersection des deu.r lignes (ver- 
ticale-active et horiconta/e-passive). symboliques des deu.r genèses com- 
plémentaires : /'intellectuelle et la sensible. 

<;>) Mous entendons ici par œuf fécond»"' la volonté obtuse et ins- 
tinctive qui réside en lui ; comme nous avons entendu par «jenne ta 
force efficiente analogue, l'étincelle de vie spécifiée qui anime le germe. 

■ 

Tout cela se conçoit aisément. Soudeu r sur toute chose d'être intel- 
ligible au grand nombre, nous éludons le plus possible la terminologie 



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G2 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



// en est de même encore des kystes, cancers et autres 
excroissances de nature analogue : c'est d'eux-mêmes qu'ils 
se forment, dans les milieux idoines à subir leurs ravages ; 
leur développement matériel est actif, nullement passif. 

Germes végétaux ou animaux : la graine, le fœtus et le 
polype en voie de formation se façonnent eux-mêmes, se- 
ton le vouloir instinctif inné en eux, puissance efficiente et 
qui tend à se réaliser en acte, — sauf à emprunter autour 
d'elle tous les matériaux indispensables à celte réalisation. 

L'âme de vie collective, universellement distribuée aux 
êtres des trois règnes naturels (I), est nommée par Moïse 

coutumière a«.c naturalistes. Il serait très facile a ceux-ci de nous sus- 
citer mainte querelle fie mots; d'autant que la précision de notre voca- 
bulaire se doit ressentir beaucoup d'un pareil effort de vulgarisation. 

(1) Les minéraux ont également une vitalité, et même une dme la- 
tente : la cristallisation est un phénomène aussi fatalement instinctif 
que la croissance des végéfau.r. Nous n'avons gardé le silence sur la vie 
minérale, qu'en raison de l'étendue déjà excessive de cet Avant-propos. 
La biologie minérale eût nécessité des commentaires hermétiques très 
développés ; nous avons dû nous abstenir à l'égard de cet important 
problème, que nous aurons sans doute l'occasion de poser ailleurs. 

t'n seul mot à ce sujet. Nous disons que tes Energies virtuelles, au- 
tour de qui se groupent les matériau.!' nécessaires â la formation des 
corps, existent également chez les êtres des trois Règnes. Notons néan- 
moins que, dans les règnes minéral et végétal, ces énergies ne sont pas 
libres, ni vraiment volontaires ; mais soumises à la toute puissance du 
Destin : tandis que, dans le règne animal, le reflet de la volonté propre 
se manifeste déjà (quoique bien faiblement!) dans un sens qui n'est 
point toujours celui du Destin. — Enfin le règne hominul (qui vaudrait 
d'être classé quatrième, à part des trois autres), n'est plus que partielle- 
ment soumis à fa Puissance fatidique. Les Énergies virtuelles du genre 
humain sont libres dans une notable proportion ; elles jouissent d'une 
volonté propre, et qui. bien qu'actuellement inconsciente, apparaît tim- 
brée d'une originalité qui distinguera telle personnalité de telle autre. 
Les âmes humaines se constituent une enveloppe physique à leur image 
individuelle ; le Destin ne les lie qu'en les assujettissant aux formes gé- 
nérales de la race... La Providence elfe même peut avoir une influence 
sur le développement du fivtus humain, et cela est un grand mystère. 



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AVANT-PROPOS 



63 



nnn Nephesh-ha-haïah (l) en tant qu'on la consi- 
(1ère dans son essence homogène; et lônah, en tant 
que faculté génératrice, expansive, plastique; ou souffle 
biogéniqne de Sature , apte à se spécifier d'abord en essences 
génériques, puis à s'individualiser en d'innombrables 
sous-multiples, pour former ces potentialités d'assimila- 
tion et d'auto-création corporelle, qui sont l étincelle vi- 
vante et le vouloir instinctif de toutes les créatures en voie 
de se développer organiquement sur le plan physique. 

Mais sur quel modèle, sur quel patron, cette étincelle 
vitale et vivifiante façonnera-t-elle un corps qui lui soit 
approprié? Ceci, (comme nous l'avons vu) dépend de l'éta- 
lon spirituel, savoir du Principe, qui, modalisant la Vie 
universelle, l'a déterminée en telle ou telle Essence par- 
ticulière, ou Puissance d'être spécifiée. 

Ces Principes sont les formes pures, les archétypes 
immortels et préfixes de chaque espèce. Ce sont eux — 
nous ny saurions trop insister — qui particularisent et 
façonnent la Force universelle de tarification, lônah. De 
r union première du Principe radical et d'\àm\\, naît donc 
l'incorruptible essence de chaque espèce. Enfin cette Es- 
sence, ou puissance d'être collective, engendre la multipli- 
cité des individus virtuels instinctifs, auxquels il sera 



(\) Les Kabbalistes donnent aussi ce nom de CEI Nophrsh au corps 
astral ', par opposition à 7]M Roûach, l'âme, et à n^2CJ Neshamah, l'esprit 
ou V intelligence. Mais cet hiéroy ranime Nephcsh, que Moïse a forme 
par la contraction de trois racines : n2 _r l2 exprime dans le Sèpher 
la synthèse de ces trois facultés, instinctice, animirjue et mentale : « 
exprime la partie naturante de l'àme, H£ la partie naturée, la par- 
tie naturelle. » (Yoy. Fabre d'Olicet, Lang. Iiébr. rcstit., /. //, p. îii). 



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04 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



donné (V élire et d'agréger à soi, sur le canevas de le in- 
forme astrale, tous les éléments dont ils ont besoin pour 
se réaliser objectivement ici-bas. 

A ces types radicaux, à ces Principes spéeificateurs des 
races, d'autres Kabbalistes attribuaient le nom d'Imagi- 
nés, vocable dont l'interprétation s'altéra dans la suite ( 1 ). 

— Quoi que Von puisse penser de ces étalons des races, ce 
sont bien en effet les Images, les patrons intelligibles 
sur quoi se déterminent et se modèlent les exemplaires 
individuels.' 

llésumons-nous une dernière fois : le Type ou /'Image 

— force active de spécification — pénètre et féconde la 
Vie universelle hijpcrplujsique ou lonah, — force passive. 

— Les Essences spécifiées, qui résultent de cet hymen, 
engendrent à leur tour les germes virtuels, c'est-à-dire 
les individus déterminés en puissances d'être. 

Telle est, en ses principaux stades, la Genèse occulte 
et vitale des germes, bien distincte, encore un coup, de 
la Genèse apparente ou matérielle des semences. // faut 
de toute nécessité, si l'on veut prévenir les plus regretta- 
bles confusions et les malentendus les plus burlesques, 
avoir toujours présente à l'esprit la distinction fondamen • 
talc qui s'impose, entre les Principes d'ordre intelligible 



(\) Suivant les Katdml iules pfu< mode mes, le Type (inuujo), descendant 
du Ciel au montent /le lu conception, est imhudu caractère individuel. 
Ils le nomment HTIT Jchi.lali on principe <)'in<livnlualitt\ et renient 
;/ roir l'empreinte différentielle du sceau divin sur chaque exemplaire 
terrestre. 

Le Jivliidah de la nouvelle Ecole (Q^j Zcleni de Mosclic Corduerrr, 
équivaudrait en somme a l'émanation individuelle du principe nomme 
plus anciennement imup'. Le sens n'est donc jtas positivement altéré. 



I 

AVANT-PROPOS 65 



et les origines d'ordre sensible. Ce sont les deux sources 
inverses et complémentaires de V existence mixte : l'une, 
véri fiable expérimentalement, relève des sciences positives ; 
Vautre nest connue que par V expérience mystique et les 
inductions de rÊsolérisme;au dire de tels docteurs con- 
temporains, elle n'existerait même pas. 

Pour clore ce long et abstrait exposé de principes, qui 
nous ramènera naturellement à notre point de départ, — 
V examen du phénomène observé par les savants Schrader, 
Greef et Braconnot, — un mot nous reste à dire des 
plantes en général. 

Sous avons précisé comment le germe, énergie indivi- 
duelle en puissance d'être, a déjà accompli un premier 
travail d' auto-création, pour se déterminer en graine et se 
détacher à ce titre de la plante-mère : étape initiale de 
son développement matériel. On doit y voir une adapta- 
tion élémentaire, et, pour ainsi dire, la fixation d'une 
étincelle de vie spécialisée dans un corps de défense ; ou 
sa claustration, si l'on veut, dans un étui protecteur. 

En cet état, la semence n'est toutefois encore qu'un 
individu végétal embryonnaire, incapable de se développer 
en dehors de certaines conditions indispensables à révo- 
lution végétative, — exigences qui sont communes à toutes 
les plantes. Il lui faut : 1° une couche de matière poreuse 
où prendre racine (1); 2° une certaine quantité d'eau 



(l) Ce n'est la une condition sine quà non, que pour la grande majo- 
rité de* espèce*. Telle* plantes marine* ou paludéennes naissent, gran- 
dissent et meurent dans l'eau, sans avoir jamais adhéré au sol par leurs 
racines. 

5 



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I ' 
I 



66 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 

pour s'abreuver ; 3° une atmosphère normale (t) pour sa 
double respiration, diurne et nocturne. (Chacun sait en 
effet que les plantes aspirent de jour l'acide carbonique, 
dont elles expirent l'oxygène, après s'être assimilé le car- 
bone; tandis que de nuit leurs fonctions sont à l'inverse : 
c'est l'oxygène qu'elles aspirent alors, et elles rejettent l'a- 
cide carbonique, — produit de la combustion lente (dans 
l'oxygène) du carbone en excès, assimilé pendant le jour). 

m 

Telles sont les conditions générales de la germination 
des graines, — conditions, répétons-le, communes à tou- 
tes les essences végétales. Mais il est, en outre, des exi- 
gences particulières à chaque espèce : par exemple, la 
présence dans le sol de substances azotées, phosphatées, 
siliceuses, cakaires (2)... Car il faut apparemment que 
les végétaux à la composition chimique desquels ces corps 
sont indispensables, les puissent rencontrer dans le rayon 
de leur attraction nutritive, afin de les emprunter au sol 
et de se les assimiler, au gré de leur nature. Ainsi telle 
fleur croît abondamment sur les terrains siliceux, qui se 
refuse à pousser sur un tuf calcaire. 

En règle générale, la plante élabore, pour sa nutrition, 
les éléments assimilables que lui fournissent le sol et 
l'air ambiants ; elle décompose ou combine à son gré les 
oxydes, les sels, les gaz, simples ou complexes, et s'appro- 



(1) Normale, — non seulement en o.rygëne, acote, vapeur d'eau, aride 
carbonique, etc., mais encore en chaleur, lumière, électricité... 

(2) Quand tels de ces produits manquant à fa terre arable, et qu'on y 
veut semer des plantes, à la germination comme à la croissance, des- 
quelles ils sont indispensables, on supplée à l'indigence native du sol, 
par l'apport artificiel des substances requises, qui prennent alors les 
noms r/amendements et r/'engrai.s. 



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AVANT-PROPOS 



prie toutes ces substances, dans la mesure de ses besoins. 

Mais nous avons établi l'insuffisance de cette loi de 
nutrition, à justifier la présence du Fer, du Manganèse, 
de F Aluminium et du Calcium, dans les tiges et les 
feuilles d'un cresson semé dans la fleur de soufre, et 
arrosé exclusivement d'eau chimiquement pure. Cet 
exemple isolé suffit à établir la réalité d'un autre mode 
de nutrition. Signalées en effet dans les cendres dudit 
cresson, les substances ci-dessus n'ont pu provenir, ni de 
V atmosphère qui baigne sa tige et ses feuilles, ni du 
soufre en fleur où plongent ses racines, ni de l'eau dis- 
tillée dont U s'abreuve... 

Ces substances, où donc les a-t-il trouvées? — Mille 
part, nous l'avons vu: elles ont été créées pour lui, au fur 
et à mesure que ses besoins les réclamaient. 

Quand une graine fie trouve pas, dans le sol qui l'a 
reçue, non seulement les conditions nécessaires à la ger- 
mination des semences en général, mais encore toutes 
celles que requiert son espèce en particulier, elle avorte 
et pourrit : cest la loi commune. Cependant, il est des 
plantes si vivaces et d'un si rigide destin, que leurs 
graines s obstinent à germer dans un terrain apte en 
principe, il est vrai, à la germination des semences végé- 
tales, mais dépourvu, au cas particulier, des éléments 
chimiques qui entrent dans la composition spécifique et 
normale de la plante à naître. Alors, de deux choses 
l'une : ou le végétal se prive, dans l'évolution de sa crois- 
sance, des principes particuliers qu'il s'assimilerait dans 



«8 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIHK 



les circonstances ordinaires, et dont, pour cette fois, 
V analyse chimique établit l'absence (I), ou il a recours, 
afin de se les procurer quand même, à une voie extraor- 
dinaire et d'exception. 

Celte voie, inconnue à la science des Universités, est 
celle des fluides impondérables, ou plutôt de f Éther vital, 
— dont la lumière, la chaleur, le magnétisme et Vélec- 
tricilésont les quatre manifestations phénoméniques. 

Le végétal s'alimente des effluves créateurs de cette 
Substance première, que les anciens nommaient âme du 
monde, et sur la nature de laquelle roulera notre pre- 
mier chapitre en particulier, et tout notre ouvrage en 
général. 

Que fait la plante? — Le vouloir latent de son Moi 
biologique fait office d'aimant. Son organisme fait office 
à la fois et d'alambic et d'athanor: si bien qu'élaborant 
les fluides hgperphysiques, selon les exigences de ses fonc- 
tions naturelles, il les réduit de puissance en acte ; — et 
que, substance permanente et absolue, l'Aôr se diffé- 
rencie en tel ou tel mode de matière transitoire et contin- 
gente. 

Nous l'avons fait voir Au Seuil du Mystère (2) : F Ame 
du monde, ou Lumière asfrale, est le substratum insaisis- 
sable de toute existence physique; et, à un point donné 
de son évolution, l'âme du monde se compacte en matière 
pondérable et sensible. 



( 1 ) Dans ce cas, fa plante, après avoir poussé hâtivement une tige yréle, 
s'étiole le plus souvent et meurt de mort précoce, 
(i) rayes 8.>-86 delà 3« édition. 



M 



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AVANT-PROPOS 69 



C'est sur cette matérialisation de la substance, que 
repose tout l édifice spagyrique des alchimistes. La 
suprême ambition du fils d'Hermès consiste à déterminer 
le point précis où s opère cette condensation mystérieuse, 
à laquelle le Trismégisle fait une allusion directe, en son 
symbole de la Table d'Émeraude, lorsqu'il dit, du secret 
agent réalisateur de toute perfection corporelle (Telesma): 
< Vis ejus intégra est, si versa fuerit in terrain » ; sa foire, 
(d'extériorisation) est parfaite (révolue), quand elle s'est 
métamorphosée en terre (matière sensible). 

La Table d'Émeraude est une page magistralement 
initiatique, qui trouvera sa place au cours du premier 
chapitre. Xotts comptons traduire en entier ce testament 
sacerdotal d'un monde qui n'est plus ; peut-être confir- 
mera-t-il, dans son laconisme sacré, les principes que 
nous avons eu l'occasion d'émettre, — et foumira-l-il de 
fermes assises à notre explication de la grande théorie, 
traditionnelle en occulte, d'un agent universel des mira- 
cles, prodiges et maléfices. 



Le Surnaturel n'est point. \os Lecteurs conçoivent pré- 
sentement qu'en tête de cet avant-propos, nous ayons ar- 
boré cet axiome péremploire : — tout prêt que nous puis- 
sions être à confirmer l'existence, bien plus, à fournir 
l'explication de certains phénomènes con testés d'ordinaire, 
et qui trouveraient assez sceptiques tels défenseurs intran- 
sigeants du Surnaturel en général. Cest qu'il y avait là 



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70 



une notion essentielle à redresser, et, du même coup, tout 
un ordre de connaissances à garantir. 

En vus de ruiner un faux concept (si fâcheusement fa- 
milier au plus grand nombre de ceux-là, pour qui la matière 
tangible ne marque pas V ultime frontière du Connaissable), 
notre effort nous induisit en une prolixité de développe- 
ments préliminaires, qui empiètent quelque peu sur la 
substance même du livre. 

Ce luxe de détails anticipés s'adressait au public pro- 
fane, à dessein de mettre en garde les superficiels, — 
éventuellement curieux de jeter un regard dans ta lor- 
gnette ésotérique, — contre un angle de 'déviation du rayon 
visuel, imperceptible à l'examen de l'instrument, et qui 
n'en fausserait pas moins, de sorte irrémédiable, le champ 
normal de la vision. 

« À quoi servent les préfaces? A vider certaines ques- 
tions préalables, à lever certaines préventions qui empê- 
chent de lire, à écarter certains obstacles qui empêchent 
d'entrer. » — Voilà ce que nous pensons, avec le comte 
Agénor de Gasparin, l'auteur d'un très beau livre de 
recherches occultes, aujourd'hui presque oublié (1 ). 

Pour déférer à ce judicieux conseil, il nous reste à 
prévenir un second malentendu, corollaire du premier. 
Nous n'avons pas voulu qu'on se méprît sur la question 
du Surnaturel : à plus forte raison, ne faut-il pas qu'en 
des pages que la (Wélie va hanter par intervalles de ses 
ténébreux simulacres, une confusion devienne possible, 



(1) DcsTables tournantes, du surnaturel et des Esprits. Paris, Dentu, 
1855, 2 vol. izi-18. 



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71 



touchant V essence de la véritable Magie. Cette fois, nos 
éclaircissements sont dédiés aux étudiants déjà sur la 
voie, — en un mot, aux initiés. Le parallèle qu'on a 
pu lire 9 au début du présent discours t ne saurait satis- 
faire à les préserver des faux pas. 

Une conception des moins correctes court le public, 
accréditée par certains demi-érudits en la matière. On 
croit communément que la Magie réside, avant loul ? dans 
l'art de produire à volonté ce que les spirites appellent 
des phénomènes. Définir de la sorte la Magie, c'est voir 
dam V Adepte parfait, dans le Mage, une façon de Médium, 
habile à régulariser le jeu des manifestations (intermittent 
d'ordinaire) ; à mettre un frein au caprice familier des 
Invisibles ; tranchons le mot, — à domestiquer les « Es- 
prits » / 

En vérité, si la liaule Magie consistait en cela, conve- 
nons qu'elle se réduirait à bien peu de chose 

Rien n'est moins fixe et plus mal défini que ces mani- 
festations prétendues sensibles, qui s'ébauchent confusé- 
ment dans le nimbe élastique des médiums. 

Jouets de Larves dépourvues d'essence propre et sans 
trêve balancées du non-être radical à l'apparence physi- 
que, les Médiums offrent à ces formes lémuriennes un 
miroir paradoxal, où refléter leur semblant d'existence. 
Eux-mêmes font paraître à l'examen du psychologue une 
personnalité capricanle, absurde, protéenne, et qui porte 
la signature équivoque des soi-disant Esprits. 

Quels produits peuvent naître du concours éventuel de 
ces deux instables facteurs — Larve et médium, — on 



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72 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



V imagine aisément ; et nul ne s* étonnera de constater que- 
ce caractère fallacieux et trouble, qui leur est propre à 

tous deux, distingue à fortiori les phénomènes issus de 
leur collaboration. 

La curiosité du plus grand nombre se confine dans le 
spectacle amusant de ces phénomènes : manifestations 
fugaces, dont l'étude relève assurément du magiste et de 
sa compétence; mais Cou aurait tort de croire que le pro- 
gramme de la Magie (même déviée à gauche) se limite à 
cet examen. 

Ce qu'assez, pertinemment, bien qu'en un sens très res- 
treint, les spirites dénomment phénomène, n'intéresse 
F occultiste qu'à titre exceptionnel et en mode très indirect. 

Comment et pourquoi? — C'est le problème qu'il con- 
viendrait d'aborder sur l'heure, sauf à requérir de ceux 
qui veulent bien nous suivre, en ce dédale d'explications 
préliminaires, une attention quelque peu soutenue. La 
question en vaut la peine; car, s'il nous est donné de met- 
tre en lumière une fondamentale distinction, aussi wr- 
gente à bien établir que délicate à bien pénétrer, peut-être 
aurons-nous dit une chose assez neuve, — et même fourni 
à la sagacité des chercheurs l'une des maîtresses-clefs de 
l'Ésotérisme. 

Supposons la soudaine production d'un phénomène bien 
évident, bien incontestable, devant un nombreux concours 
de spectateurs de toute classe. D'ores et déjà, nous pou- 
vons mettre à part trois catégories de témoins, que le mys- 
tère de ces manifestations, si surprenant soit-il, n'in- 
triguera guère. C'est d'abord le dévot étroit, qui porte à 



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AVANT-PROPOS 73 

fictif du Diable tout incident de cet ordre... Puis ces 
bonzes de V orthodoxie officielle, dont remploi est de pon- 
tifier scientifiquement, l'œil clos à toute lueur suspecte 
a* hérésie, les oreilles bouchées à toute voix qui ne sonne 
point à l'unisson du concert académique. Ces deux sortes 
de témoins ont leur siège fait d'avance : F un a vu V ombre 
des cornes de Béehébuth ; Vautre nu vu goutte, et savait 
de reste, en venant à la séance, qu'il se dérangeait pour 
rien... Éliminons enfin cette triste variété de non-valeurs, 
pantins du scepticisme à la mode, imperméables à tout 
noble souci, dont le tic est de ricaner leur vie : devant 
eui\ véritables eunuques de l'intelligence, V adorable Vé- 
rité pourrait s'épanouir dans le resplendissement de sa 
nudité céleste, sans les émouvoir d'un frisson, ni réveil- 
ler en eux Vapparence même d'un désir. 

Ces trois types écartés, reste l'homme de bonne foi, le 
U ; moin pur et simple, sans parti pris, qui en est pour ce 
qu'il a vu et s'ingénie peut-être à en découvrir la cause... 
Pour celui-là, — soit chercheur consciencieux ou simple 
badaud, — le phénomène dûment constaté revêtira une 
importance capitale. Badaud, ce miracle à proportions 
bourgeoises, réalisé dans un cadre bourgeois, le trouble 
et le ravit... Esprit sérieux, il n'est guère moins cap- 
tivé par l'évidence d'un fait inaccessible aux lois delà 
science contemporaine, cette Révélatrice qu'il avait pris 
l'habitude d'envisager comme universellement compétente 
et infaillible sur son trépied . Aurait-il fait fausse route ? 
Façonné au moule de l'école positiviste (où Von n'admet 
(f autre critérium de la réalité que le témoignage de ses 
cinq sens), voilà qu'il se heurte àl' évidence d'un fait hos- 



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74 LA CLEF DE LA MAGIE NOIHE 



tile, du moins il le croit, à /' esprit de la science positive, 
et ses sens même lui en attestent à Venvi l'authenticité ! 
Va-l-il renier ses dieux, ou saura-t-il pousser jusqu'au 
bout les conséquences logiques des prémisses qui s infligent 
à son assentiment?.. En toute hypothèse, converti à lu 
mode de saint Thomas, nul doute que, pour lui, le phéno- 
mène énigma tique ne prenne une valeur et une portée 
excessives. 

Il n'en saurait être de même pour l'occultiste, à qui la 
Salure universelle offre, au delà même du plan physique 
(seul accessible aux moyens de recherches et de contrôle 
de la science dite positive), trois autres plans d'investi- 
gation et d'expérience : 

i° Le plan astral, monde inférieur des énergies poten- 
tielles : c'est le royaume de la Nalure-naturée , où domine 
le Destin ; 

2° Le plan psychique, monde passionnel, intermédiaire: 
cest le milieu propre de la Substance adamique, où se 
meut Vàme vivante universelle, athanor de la Volonté; 

3° Le plan spirituel, monde supérieur, intelligible : 
cest réden de la Nature-naturante, où règne la Provi- 
dence. 

Sur chacun de ces trois plans, l'initié peut avoir accès ; 
nous verrons ailleurs sous quelles conditions, et par 
quelles issues. 

A même le monde spirituel, il peut étudier la généra- 
tion des principes, dans l'ordre préfix de l'absolutisme 
divin ; — à même le monde psychique, il peut surprendre 
V élaboration des vies, au creuset delà tourmente passion- 



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AVANT-PROPOS 



nelle [où s'affirme, jusque dans la lutte intérieure, l'an- 
tinomie des âmes et des volontés (1) ; — à même le monde 
astral, il peut connaître le substralum de toute manifes- 
tation sensible, et déchiffrer cette mystérieuse langue des 
signatures, où s inscrit la genèse dynamique des formes. 

Inutile d'ajouter que le monde matériel et tangible 
présente à V initié, comme au profane, un champ physique 
^expériences, meneilleusemenl défriché du reste et mis 
en valeur par les pionniers du positivisme contemporain. 

Voilà donc quatre ordres de réalités , (matérielles, 
astrales, psychiques et spirituelles), que l'adepte ésoté- 
ricien peut observer à loisir sur les divers plans qui leur 
sont propres. Quel intérêt relatif et secondaire présen- 
teront pour lui, dès lors, les phénomènes aussi éphémères 
qu'illusoires, également déplacés sur tous ces plans, el 
qui n'appartiennent en propre à aucun d'eux ? 

Car, il importe essentiellement de s'en rendre compte, 
— et c'est là le nœud gordien du problème qui nous 
occupe, — le phénomène, conçu dans le sens de manifes- 
tation fugace de l'Invisible (2), ne présente ni existence 



H) Dans relie antinomie réside le principe de la perfectibilité, — 
Cf. r admirable page de Lacuria, De lame et de la volonté, ou «le la 
double vie de l'homme (Harmonies de l'Être exprimées par les nom- 
bres ; Paris, 1847, 2 roi. in-%, tome I, ch. XVIII, pages 3 1 o-3 19). 

(5) Sou* visons principalement ici les apparitions (luidiques d'êtres 
rivants ou de parti f s d'êtres, telles que mains, pieds, etc., qui se dissi- 
pent après s' être un instant condensées. Quant aux définitives matéria- 
lisations (dont il faut se défier, car elles se réduisent le phis souvent à 
de simples apports), elfes constituent, quand elles sont réelles, une caté- 
gorie à part et d'exception ; elles relèvent de la haute magie propre- 
ment dite. 



76 



LA CLRF DE LA MAGIE NOIKE 



physique, ni virtualité astrale : c'est une sorte d'illusion, 
un mirage résultant d'un compromis anormal entre ces 
deux classes de réalités. Il ne se produit que par l'inter- 
section (si Von peut dire) tout accidentelle des plans 
phtisique et astral. 

Dans une phase d'instabilité, dans un instant de dé- 
sordre, les deux lignes naturellement parallèles viennent 
à se couper sur un point, — où le phénomène se produit f 
fallacieux, paradoxal. Mais bientôt la norme rétablit son 
empire, et sitôt que les deux plans ont repris leur niveau 
parallèle, le phénomène a disparu. 

Est-ce à dire quil n'y ait point de relations légitimes, 
normales, entre le monde astral et le monde matériel ? — 
Nul doute quil ny en ait, puisque ce dernier n'est que 
l'expression de l'autre, sa résultante, son effet. La subs- 
tance astrale s est manifestée en engendrant la matière 
physique, et celle-ci retournera en temps voulu à son état 
premier. Jusque-là, elle est incessamment élaborée par 
1 influx du monde astral, qui subit en revanche une ré- 
percussion constante des phénomènes du monde physique. 
Voilà qui suppose, d'un monde à l'autre, un double courant 
descendant et ascendant, comme t'enseigne la Table 
d'Émeraudc. // s'opère là une véritable endosmose d'in- 
fluences. Mais les deux grandes portes de communication, 
entre le monde hyperphysique ou astral et le monde phy- 
sique ou matériel, sont les portes de la Naissance et de 
la Mort ; ou, pour plus de précision, celles par où s'effec- 
tuent, d'une part, l'incarnation des âmes, — et leur 
désintégration posthume, de l'autre. 

C'est même en faussant ces rapports normaux quil 




AVANT-PROPOS 77 

; — — — — — — - — - 

devient possible de provoquer cette phase de trouble (assez 
1 rare en l'état ordinaire des choses), phase où V intersection 
fortuite des deux plans engendre la fugace illusion. 

Ceci est très remarquable. A part certains cas peu frè- 
quents, où la nature fait elle-même tous les frais de ces 
fantasmagories ( [); si Von excepte encore telles œuvres de 
haute Magie, quand le Thaumaturge crée la matière hors 
de lui-même, soit en extériorisant sa propre substance, soit 
en compactant VAôr par l'intermédiaire de son médiateur 
plastique ; — on peut dire à coup sûr, partout où se ma- 



(\) L'occasion nom sera fournie, ultérieurement , de signaler 
quelques-uns de ces cas. 

Mais on nous saura grè de transcrire, sous toutes reserres, un pas- 
sage très singulier de Saint Martin, touchant les caprices anarchiques 
des Puissances naturelles. « Ce n'est (dit il) qu'en agissant dans leur 
desordre et dans leur dèsharmonie, quelles (les Puissances) produisent 
ces formes monstrueuses que l'on remarque dans les différents règnes 
de la nature; de même que ces formes de bêtes, et ces voi.r animales 
qui se manifestent quelquefois dans les orages et les tempêtes, et qu'il 
n'est pas nécessaire d'attribuer à l'intervention des Esprits.... Les Puis- 
sances de la Sature sont contenues les unes dans les autres, quand 
elles jouissent de leur harmonie Leur frein se brise dans les temps 
aV orage, et comme elles portent en elles-mêmes les germes et les prin- 
cipes de toutes les formes, et surtout le son ou le mercure, il n'est pas 
étonnant que quelques-unes d'entre elles, se trouvant alors plus frac- 
tionnées que les autres, elles produisent à notre rue des formes carac- 
térisées, et à nos oreilles des voir d'animaux à nous connus. Il ne 
faut pas être surpris non plus de ce que ces voix et ces formes n'ont 
qu'une courte durée et qu'une existence éphémère ; elles ne peuvent 
avoir ni la vie, ni les qualités substantielles dont elles jouissent, quand 
elles sont le résultat de l'union harmonique de foutes tes Puissances 
génératrices. » (Le Ministère île l'Honunc-Esprit, Paris, 1802, in S, p. 
i 12 143). 

Ces lignes, prises au pied de la lettre, semblent au moins contesta- 
bles; mais qui nous garantira que Saint-Martin les entendit exclusi- 
vement de la sorte ? Elles offrent, en tous cas, un symbole frappant et 
suggestif, dont notre Lecteur saura faire profit. 




78 



LA CLEF DE LA MAGIE N01IIK 



nifeste le phénomène, qu'il y a perturbation, profanation, 
viol en quelque manière, ou des arcanes de la naissance, 
ou des arcanes de la mort. 

L'immoralité des médiums est passée en proverbe dans 
les milieux où ils sont connus. Beaucoup d'entre eux, 
sinon tous, paraissent les irresponsables victimes d'une 
dépravation toute pathologique. D'aucuns sont génitale- 
ment des monstres, et nous jugeons inutile de revenir sur 
les révélations que nous avons faites à cet égard (pp. 406- 
À07 du Temple de Satan). D'autre part, nous verrons en 
ce présent tome [notamment au chapitre II, Mystères de 
la Solitude), le rôle efficace attribué au sperme dans les 
maléfices des nigromans de toute époque et de tout pays. 
— Voilà pour la profanation des mystères de la naissance; 
quant à celle des mystères de la mort, il suffit de nommer 
le Spiritisme, cette doctrine si répandue de nos jours et 
qui élève à la hauteur d'une religion l'antique Nécroman- 
cie, dépouillée de toute science (expérimentale ou tradi- 
tionnelle) de la vie posthume, comme de tout souci des 
rites psychurgiques, qui, dans le culte des ancêtres, appa- 
raissaient jadis la garantie et V honneur mutuels des 
vivants et des morts. 

On doit mieux sentir à cette heure l'importance secon- 
daire du phénomène, dans les enseignements de la Syn- 
thèse ésolévique. Si les manifestations de cet ordre sont 
tout dans le Spiritisme ; si .elles ont une valeur encore 
prépondérante, quoique déjà partielle, dans la Sorcellerie 
ou Magie Noire, qui est avant tout l'art des illusions et 
des prestiges ; — on concevra sans peine que la haute et 
divine Magie, qui peut se définir la Science de l'Être, élu- 



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AVANT-PROPOS 



79 



dit sous tous ses aspects de réalité, d'essence et de prin- 
cipe, relègue au second plan d'illusoires artifices. Prendre 
essor à travers tous les mondes, pour aller étudier les 
merveilles de FEtre sous toutes latitudes, et cueillir les 
fleurs du Vrai et du Beau, les fruits du Bien et du Juste 
sans tous les climats du vivant Univers, — et jusqu'en 
Eden perdu et reconquis, — telle doit être surtout l 'ambi- 
tion de Vadeple. 



La Science ésotérique nous propose donc un triple objet 
d'étude: la Nalure-naturante, la Nature psychique et vo- 
litive (V homme) et la Nature-naturée. L'on est convenu 
de dire, en termes moins exacts, mais aussi moins 
abstraits: Dieu, V Homme et P Univers. 

Le Temple de Salomon s'appuyait sur deux colonnes : 
Iakin et Bohaz, V Actif et le Passif, l'impulsion et la ré- 
sistance, la Liberté et la Nécessité, le Moi et le Non-moi. 
Ces deux mêmes colonnes décorent le péristyle du temple 
de la Science; elles symbolisent F Expérience et la Tra- 
dition. 

L' Expérience n'est pas tout : à s* aventurer sans guide 
en pays inconnu, Ton s'égare infailliblement. — La Tra- 
dition n'est pas tout; elle devient lettre morte, pour qui- 
conque ne prend point l'initiative d'en contrôler l'oracle. 

Beaucoup ont le tort de s'en tenir à ce mode tout passif 
d'acquérir la Vérité. 

La méditation des ouvrages d'occulte absorbe exclusi- 
vement la plupart des chercheurs que préoccupe le pro- 




80 



LA CLEF DE LA MAGIE N01P.E 



blême mystique ; — nous disons des plus sérieux, (les plus 
futiles, véritables badauds en foire, se traînant volontiers 
dune baraque à Vautre, en quête de phénomènes). Comme 
si le labeur de s'initier se bornait à des eff orts d'assimi- 
lation doctrinale! L œuvre écrite des maîtres n'est pas 
impunément négligeable, — qui en doute ? — et nous fai- 
sons peu de cas de tel présomptueux novateur, qui se tar- 
gue de suppléer, par V exubérance de sa propre imagina- 
tion, à l'étude approfondie des classiques de l'Ésoté- 
risme. 

Mais cette étude ne saurait suffire. Il faut encore payer 
de sa personne et s'aventurer résolument à la conquête 
du vrai, à travers les ténèbres d'un monde inconnu. C'est 
par là que, se distinguant du simple érudit, qui nest sou- 
cieux d'intervenir que dans les batailles d'opinions, V oc- 
cultiste tend à pénétrer l'essence des choses, et va déchif- 
frer à même la grande stèle de la nature, qui est écrite 
au dedans comme au dehors. 

Imaginez* une feuille de parchemin, couverte d'hiéro- 
glyphes sur ses deux faces, mais adhérente à un tableau 
par lune d'elles. Les caractères du recto, — qu'on les sa- 
che ou non interpréter, — apparaîtront visibles aux yeux 
de chair ; tandis que les signes tracés au verso ne seront 
perceptibles qu'à l'organe visuel de l'àme, ce qui revient 
à dire qu'un bon lucide pourra seul les distinguer. 

Ceci n'est qu'une métaphore, — -cl le néophyte ferait 
fausse route, s'il ail lit en conclure que la lucidité magné- 
tique est la faculté maîtresse à développer en soi, la su- 
prême prérogative de l'adeplal. Il y a plusieurs degrés 
de voyance, comme il y a plusieurs x-ones de vision. Que 



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AVANT-PHOPOS 



81 



d'illustres voyants n'ont été aucunement lucides sur le 
plan physique! Tel , en revanche , peut être un merveilleux 
lucide, au se?is démotique et cher aux somnambules, qui 
n'en est pas moins un imbécile accompli : ces deux qua- 
lités ii ont rien qui s'exclue, et V expérience Va maintes 
fois prouvé..*. 



Si, indépendamment du inonde physique^ dont Inobser- 
vation relève des sens charnels, l'Univers comporte trois 




plans de réalité ou mondes hiérarchisés, — l'âme humaine 
possède trois étages aboutissant à ces trois plans : 
Nephesch ou le corps astral, correspond au monde hyper- 
physique; TVT\ Roùach ou /'Ame passionnelle, au monde 
psychique ; HS^J Neschamah ou /'Intelligence (réceptive 
de l'Esprit pur), au monde intelligible. 

Ces trois centres principaux, comme l'a péremptoire- 
ment établi Fabre d'Olivet, possèdent chacun une sphère 

G 




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82 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



d'action qui lui est propre : et ces trois sphères étagées 
s enchaînent de telle sorte, que la circonférence déployée 
par le centre inférieur, Nephesch (Instinct, vie sensitive y 
corps astral), atteint le centre médian, Roûach(/lm^^a.s- 
sionnelle, vie psychique)', et que la circonférence déployée 
par celui-ci touche au point central de la circonférence 
supérieure, Neschamah (Intelligence, vie spirituelle). — 
Enfin, ce ternaire est tonalisé par une unité relative, qui 
en fait un quaternaire ; en d'autres ternies, ces trois sphè- 
res sont enveloppées par une quatrième, d'un rayon dou- 
ble d'étendue, la sphère volitive, dont le point central se 
confond nécessairement avec celui de la sphère psychique , 
médiane. 

Le schéma ci-contre permettra de saisir d'un coup d° œil- 
ces rapports de V homme triple, avec le triple univers. 

L'être humain (soit individuel, soit collectif) peut être 
conçu comme englobant et maîtrisant, sous V empire de sa 
volonté souveraine, une portion des trois essences cosmi- 
ques, — Esprit, âme, fluide astral, — qui le font parti- 
ciper à la triple vie de l'Univers. 

Par son intelligence (réceptive de V Esprit pur), l'homme 
confine à l'unité des choses, à la Nature-naturante, à la 
Providence divine. Par son corps astral, il touche à l' in- 
finie divisibilité, «m Destiné /« nature physique, naturée. 
L'âme intermédiaire de l'homme est la substance propre, 
passive de son être ; enfin sa volonté incline cette âme à se 
mettre d'accord, soit en haut, sur le plan spirituel, avec la 
Providence ; soit en bas, avec le Destin, sur le plan astral. 

Aussi doit-on concevoir la volonté comme /'essence 
propre de l'homme : car elle le constitue ce qu'il est, en 



trtiif : ' i. ^g^^^^^mà^mHà^HL Digitized by Google 



f 



AVANT- PROPOS 83 



bien ou en mal, selon qu'elle gouverne, soit à dexlre, 
soit à senestre, sa substance propre, qui est F Ame. 

C'est ce que Fabre d'Olivet a éclairci le premier, avec 
cette lucidité géniale qui caractérise le grand métaphysi- 
cien de rflsotérisme au XIX e siècle. Envisageant l'homme 
mis son aspect d'universalité transcendante, il désigne la 
Volonté humaine comme lune des trois grandes Puissances 
reclrices du Cosmos; la Providence et le Destin sont les 
deux autres. Dans le règne hominal, dit-il, « le lieu pro- 
pre de la Volonté est l Ame universelle. Cest par V Ins- 
tinct universel de V homme qu'elle se lie au Destin, et par 
son Intelligence universelle qu'elle communique avec la 
Providence : la Providence n est même, pour l'homme in- 
dividuel, que cette Intelligence universelle, et le Destin, 
que cet Instinct universel. Ainsi donc le règne hominal 
renferme en lui tout l'Univers. // ny a absolument hors 
de lui que la Loi divine qui le constitue, et la Cause pre- 
mière d'où cette Loi est émanée. Cette Cause première 
est appelée Dieu, et cette Loi divine porte le nom de 
Sature (I). » 

Ces généralités bien comprises, nous retrouvons le 
néophyte au seuil du sentier mal aplani qui mène au Tem- 
ple de la Science. 

Désireux de s initier, non seulement par Y élude des 
maîtres, dépositaires de la Tradition, mais encore par sa 
propre expérience ; résolu d'étendre ses investigations 
partout où le pourra conduire une volonté ferme, enlraî- 



(I) Hist. philos, du genre humain, tome II. p. 1 0.-i 106. 



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84 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



née par de persévérants efforts; il demandera peut-être 
quelles portes donnent accès aux différents étages de 
l'être humain, sur les plans qui, dans l'univers invisible, 
leur correspondent ; il demandera le secret de la détente 
par quoi s'ouvrent ces portes, et le mot de passe encore, 
pour être admis à les franchir... 

Mais ce sont là trophées de victoire, que chacun doit 
personnellement et progressivement conquérir. Si parfaites 
qu'apparaissent ses intentions, si noble son but, si ar- 
dent son courage, l'Initiable s'attend-il, en vérité, à d'aussi 
brusques révélations ? Pense-t-il qu'on va placer ainsi, 
dans sa main novice et mal affermie, toutes les clefs du 
sanctuaire ?... Pourquoi ne demander point à l'hiérophante, 
en l'abordant, les formules dénonciation et de mise en 
œuvre du Grand Arcane? Les deux demandes, d'une naï- 
veté congénère, équivaudraient l'une à l'autre* 

Voilà ce qu'auraient répondu à de pareilles questions 
les Maîtres de l'antique Sagesse... Dans les cryptes de 
Memphis, d'Êleusis ou de Thèbes, on n'allait pas si vite 
en besogne. 

Ils ne sont plus, ces temples grandioses d'un monde 
aboli, derniers asiles et témoignages adéquats d'une doc- 
trine surhumaine, expérimentale et traditionnelle tout 
ensemble; les monuments de pierre et de métal sont 
écroulés, mais le sentier étroit et glissant, qui, de chaque 
côté, surplombe un abîme, aboutit toujours au sanctuaire 
idéal de la Vérité. 

Sans doute il appartient aux aînés de mettre sur la 
voie leurs frères plus jeunes. Mieux expérimentés, ils 
sont tenus d'encourager les novices par la parole et par 



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AVANT- PROPOS 85 



t exemple; ils doivent encore les prémunir de leurs con- 
seils, contre les embûches d'une route qu'ils connaissent, 
pmr Favoir eux-mêmes parcourue. Mais là doit se bor- 
ner leur concours tout indirect. 

Sul ne parfait son initiation que de soi-même. Cest 
un aphorisme fondamental de la Magie. 

Ce qu il importe de préciser (Tores et déjà, tout en ren- 
voyant pour le surplus aux notes sur T Extase, incluses 
en notre chapitre 1/(1), — notes révélatrices dlwrizons 
peu fréquentés, et grosses de profitables renseignements 
sur la question des arcanes à découvrir par T expérience 
directe et T essor de V initiative personnelle, — ce qu'il 
importe de préciser, le voici. 

Cest que T homme astral, l'homme psychique et T homme 
spirituel, destinés à connaître et à dominer les mondes 
divers qui leur correspondent, sont pourvus à cet effet 
oT organes spéciaux de réceptivité (astrale, psychique et 
mentale), aussi réels que les organes physiques des sens. 

Ces subtils organes, très généralement ignorés, sont 
fort inégalement développés chez T homme de chair et 
dos; mais ils existent, au moins à Tétai rudimentaire, — 
il serait plus exact de dire, à Télal (T atrophie par suite 
de non-usage : car il s'agit moins d'évoluer les sens 
internes, que de les réveiller petit à petit. 

Quiconque est rentré en possession des facultés récep- 
tives de son âme sur tous les plans (2), celui-là peut se 



(1) Mystères de la solitude, p. 202-21 G. 

(2) Nous coulons dire: autant que faire se peut ici-bas. — Nous 



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86 



LA CLEF DE LA MAGIE NOHIE 



dire réintégré dès ici-bas à V Unité de la Nature céleste. 

Chez quelques rares hommes, tels sens internes peuvent 
avoir gardé presque toute leur acuité de perception ; la 
déchéance de la chair où ces hommes sont descendus 
semble n'avoir altéré, que d'une façon minime, F intensité' 
fonctionnelle des facultés de leur âme. Ces privilégiés 
sont, en mode conscient, les Voyants des différents or- 
dres ; en mode de relative inconscience, ce sont les Ins- 
pirés de toute classe. 

L'homme de génie n'est autre, en dernière analyse, 
qu'un adepte intuitif et spontané, magnifiquement in- 
complet, mais riche de ces dons si rares et qui manquent 
trop souvent aux plus sublimes mystiques : les facultés 
de transposition esthétique de l' Intelligible au Sensible, et 
de convertibilité du Verbe divin au Verbe humain. 

Dé pareilles facultés d'expression ne s'acquièrent point ; 
elles sacreront toujours l'homme de génie, de droit divin 
et de grâce antérieure ; tandis que l'adepte est de droit 
humain et de conquête ultérieure, les efforts de sa libre 
volonté l'ayant élaboré tel. — Cette distinction fonda- 
mentale une fois établie, l'analogie peut et doit se pour- 
suivre. 

Le Génie consiste dans la faculté de réintégration 
spontanée, (plus ou moins consciente et sujette à inter- 
mittences ), du sous-multiple humain dans la patrie céleste 
de l'Unité, Adamah. 



n'avons jamais pensé que l'homme déchu puisse soustraire absolument 
ses facultés au marasme qui est la conséquence fatale de son incarna- 
tion terrestre la répercussion du corps physique sur l'âme ne peut 
être tout à fait amortie. 



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AVANT-PKOPOS 



87 



Aussi les poètes, peintres, musiciens, sculpteurs, et 
en général tous les artistes qui se croient, — à tort ou à 
raison, du reste, — des génies, emploient-ils la même 
locution que les mystiques, pour caractériser les périodes 
de facilité à produire. Us ont, ou non, /'inspiration. Cela 
est remarquable,.. 

L oeuvre capitale de V initiation se résume donc, si Von 
veut, dans Fart de devenir artificiellement un génie (1); 
à cette différence près, toutefois, que le génie naturel 
donne V inspiration à de certaines heures, plus ou moins 
souvent, lorsque l' Esprit veut bien descendre ; tandis que 
le Génie acquis serait, à son plus haut stade, la faculté 
de forcer V inspiration et de communiquer avec le Grand 
Inconnu, toutes et quantes fois on le désire. 

Il est, à cette différence, une raison vraiment assez 
simple: c'est que le Dieu descend vers l 9 homme de génie, 
tandis que le Mage monte jusqu'au Dieu. 

L'homme de génie est une sorte d'aimant, attractif par 
intermittences. — L'Adepte est une Puissance conver- 
tible, un lien conscient de la terre au Ciel : un être qui 
peut, à volonté, rester sur terre, jouir de ses avantages 
et cueillir ses fruits, — ou monter au Ciel, s'identifier à 
la Nature divine, et boire à longs traits la céleste am- 
broisie. 

Le Génie, force naturelle d'attraction, établit par pé- 
riodes avec l'Unité une corrélation plus ou moins éphé- 
mère. — L'Adeptat, passeport illimité pour l'Infini, im- 



(1) Le* facultés de transposition esthétique mises à part, bien entendu : 
nous avons dit quelles ne s'acquièrent pas. 



88 



LA CLEF DE LA MAGIE N01KE 



plique un droit de réintégration, en quelque manière ad 
libitum. 

Aussi /'Adepte (1) prend-il dans Vlnde le nom signifi- 
catif de Yoghi, — uni en Dieu. 

Expérience et Tradition, voilà donc les deux colonnes 
du Temple ésotérique. La vérité peut se transmettre, 
comme un héritage; elle peut s'acquérir par V initiative 
de V homme, sur tous les plans. 

Mais, nous V avons dit, la science transmise resterait 
lettre morte sans V expérience personnelle ; de même que 
celle-ci pourrait conduire à sa ruine l'aventurier témé- 
raire de rArcane, à défaut de cet héritage sacré : la Tra- 
dition. 

Entre ces deux modes, actif et passif, intelligible et 
sensible (2) d'acquisition de la Connaissance, vient se pla- 
cer une méthode intermédiaire, très féconde, qui concilie 
les autres, les complète et parvient d'aventure à leur 
suppléer : c'est la méthode analogique; elle relève à la 
fois de la Sagacité et de la Raison. 

L'homogénéité de la Nature, ce principe fondamental, 

(1) .Vous nommerons ainsi le hiérarque parvenu à cumuler la su- 
prême sagesse et la suprême puissance, dont la nature humaine peut 
devenir réceptive, — par opposition à l'étudiant qu'on a seulement mis 
sur la voie, et que nous qualifierons d'initié. 

Celui-ci est initiatus, c'est-à-dire commencé. L'autre est Arieptus, 
ayant su par lui-même acquérir (adipisci) la Doctrine et la Force. 

On est convenu pourtant de qualifier aussi d'Adeptes, les magistes 
parvenus à la maîtrise purement spéculative. 

'2) On conçoit dans quel esprit nous employons ce mot : sensible. 
y'avons-nous point parlé tout à l'heure des sens propres (ou facultés 
réceptives) de l'homme astral, de l'homme psychique, de l'homme spi- 
rituel f 



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AVANT-PKOPOS 



89 



qui s'inscrit au fronton de tou te synthèse magique, a pour 
premier corollaire un aphorisme, dont Hermès Trismé- 
giste a donné la formule: Ce qui est en haut est comme 
ce qui est en bas ; ce qui est en bas, comme ce qui est en 
haut . Là se fonde en droit la méthode analogique, qui 
permet d % inférer du connu, pour déterminer F inconnu. 

La méthode analogique est double, inductive et déduc- 
tive; elle s exerce de bas en haut, comme de haut en 
bas : soit quelle parte des faits constatés, pour aboutir 
à la loi qui les régit, ou au principe dont relève celte loi ; 
soit qu'elle s' étage d'une loi déjà admise, d'un principe 
déjà fixé, pour conclure à des faits non vérifiés encore, ou 
simplement pour motiver le triage et la classification 
(les faits connus. 

Un exemple n'est pas inutile. 

Si le magiste, analysant les facultés de l'Ame humaine, 
découvre en celle-ci, d'une part, trois modifications prin- 
cipales, hiérarchiquement réparties sur trois plans d'acti- 
vité; et, d'autre part, une force synthétique (la Volonté), 
qui, englobant ce triple dynamisme, le maîtrise et le ra- 
mène à l y Unité ontologique : il pourra en induire par 
analogie, que le triple dynamisme correspondant de l'Uni- 
vers invisible est enveloppé, régi, unifié, par une Puissance 
synthétique (la Volonté divine créatrice), qui est, à l'Uni- 
vers conçu dans son ensemble, ce que la volonté humaine 
est à l'homme conçu dans son ensemble; savoir : son agent 
d'unification, son essence propre (1). — Méthode analo- 
gique inductive. 



(1) Voy. pages 81-83. — A un autre point de vue, on peut induire 



90 



LA CLEK DE LA MAGIE NOIKK 



Si le même mugiste, à l'inverse, reporte sa vue men- 
tale du Cosmis intégral sur l'homme individuel :il pourra 
déduire par analogie, vu i identité de constitution, que 
V homme est y à vrai dire, un petit monde, un microcosme ; 
par opposition au macroeosme, ou grand monde. — Mé- 
thode analogique déductive. 

Sous avons montré le contrôle réciproque où l'Expé- 
rience et la Tradition s'évertuent et se confirment à l'envi. 
L étude exclusive des maîtres n'aboutirait qu'à engendrer 
des érudits en mysticisme ; et In seule pratique de l'extase, 
qu'à produire des visionnaires : l'une et l'autre doivent 
concourir à former le véritable Adepte.... Eh bien, le rai- 
sonnement par analogie peut suppléer dans une certaine 
mesure soit à l'un, soit à l'autre de ces modes d'acquérir 
la Connaissance ; il le peut, en fournissant la contre- 
épreuve des données traditionnellement transmises, comme 
aussi de celles expérimentalement obtenues. 

En conséquence, l'Analogie sera surtout précieuse à 
l'initié sur la voie, qui ne sait pas toujours où saisir le fil 
d'Ariane de la tradition ésotérique orthodoxe, et sent 
fondre parfois ses ailes d'Icare, lorsqu'il veut planer aux 
régions supérieures de l'expérience mystique. Reste-l-il 
pour lui des lacunes dans renseignement des Maîtres? 
Entrevoit-il des escarpements inaccessibles à son essor 
personnel ? — Il trouvera dans l'Analogie un double cri- 



encore, gîte l'univers matériel, sensible, (qui fréquemment usurpe le 
nom de Cosmos), est nu total Cosmos, ce que la bâtisse de muscle, de 
chair et d'os (qui souvent usurpe le nom d'homme), est a l'homme indi- 
viduel : savoir, son corps matériel, sensible. 



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AVANT-PROPOS 91 

térium un instrument à l'aide duquel combler les unes, 
et (jravirles autres. 

VII 

Le moment est venu de conclure. 

Résolu démettre un terme à cette introduction déjà trop 
dense et qui déborde son cadre normal, ce n'est point à 
dire que 7ious regrettions ces pages, — préventives, nous 
r espérons, de méprises funestes et d'imminents quipro- 
quos. 

Nous nous flattons qu'au point où nous voici, l'assidu 
Lecteur s'est fait de la haute Magie une idée claire, pré- 
cise et correcte, qui exclut en lui toute velléité de confu- 
sion, soit avec la Sorcellerie proprement dite,soit avec cette 
pitoyable mystification à quoi se réduit l'Êsotérisme, tel 
que se le figurent les profanes et aussi nombre de soi- 
disant Mages, toujours prêts à s'intituler, en quatrième 
page du Gil-Blas ou du Figaro, professeurs de Sciences 
occultes. 

Une distinction péremptoire importait d'autant plus, 
entre la Haute Doctrine et la Sorcellerie, que le présent 
ouvrage doit parallèlement traiter de l'une et de l'autre, 
ou du moins de théories applicables à toutes deiuc, 
comme nous l'avons marqué dès l'abord. 

Voici l'arbre de la Science du Bien et du Mal ; son 
tronc bifurqué s'élève sur une seule racine. 

Voici la vierge symbolique qu'Apollonius a rencontrée 
sur les bords de l'Hyphasis : son corps est mi-partie, noir 
et blanc. 




AVA3T-PR0PUS 



93 



Voici le mystérieux losange du pentaele de Trithème : 
dans le triangle supérieur rayonne le schéma divin, le 
Tétragramme incommunicable ; el V image de Satan ricane 
dans les ténèbres du triangle inférieur. 

Ce dernier emblème sert de frontispice à notre Clef 
de la Magie noire ; nom ne Pavons pas choisi sans in- 
tention. 

M. Oswald Wirth Va reconstruit sur la description 
quen donne Êliphas, d'après un spécimen qu'en passé- 
dait son élève, le comte Alexandre Brauitzki ; car ce des- 
sin est d'une insigne rareté, et ne se trouve que dans 
quelques exemplaires manuscrits du Traité des Causes 
secondes (l). 

// se compose, dit Éliphas Lévi, « de deux triangles 
U7iis par la base, F un blanc et l'autre noir ; sous la pointe 
du triangle noir est couché un fou qui redresse pénible- 
ment la té te et regarde avec une grimace d* effroi dans 
F obscurité du triangle où se reflète sa propre image ; sur 
la pointe du triangle blanc s'appuie un homme dans la 
force de l'âge, vêtu en chevalier, ayant le regard ferme, et 
F attitude du commandement fort el paisible. Dans le 
triangle blanc sont tracés les caractères du tétragramme 
divin (2). 



{i) Ouvrage lui-même peu commun, de l'abbé Jean Trithème. Il a 
été imprimé en 1567, à Cologne, sous ce titre : De septem Sccundeis : 
sivc de spiritibus orbem post Deum moventibus. reronditissinue scien- 
t'iw et eruflitionis libellas, etc. — Colonie, apudlohan. Birkmannum, 
pet. in-S (avec une vignette sur le titre et sept gravures sur bois, très 
remarquables, d'après Sebald lieham). 

(2) Éliphas Lévi, dans une lettre adressée à un autre de ses disciples. 



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94 



LA CLEF DE LA MAf.lE NOIRE 



« On pourrait expliquer ce pentacle par cette légende : 
le Sage s'appuie sur la crainte du vrai Dieu, l'insensé est 
écrasé par la peur d'un faux dieu fait à son image. C'est 
là le sens naturel et exotêrique de V emblème ; mais en 
le méditant dans son ensemble et dans chacune de ses 
parties, les adeptes y trouveront le dernier mol de la 
Kabbale, la formule indicible du Grand Arcane : la dis- 
tinction entre les miracles et les prodiges, le secret des 
apparitions, la théorie universelle du magnétisme et lu 
science de tous les mystères (1). » 

Sans ouvrir à nos lecteurs d'aussi gigantesques aper- 
çus, ni flatter personne d'illécébrants espoirs y ne ba- 
lançons point à faire Vaveu, que, dans i intelligence du 
pentacle de Tri thème, il peut être donné à plusieurs de 
saisir sur le vif la pensée-mère qui présida constamment 
à la genèse du présent livre. 

Stanislas de Guaita. 



M. le baron Spédalieri, donne du même pentacle un croquis s'èloignant 
fort de la description ci-dessus transcrite. Il faut que l'auteur de l'His- 
toire de la Magie ait vu deux exemplaires très différents du symbole 
de Trithème. 

Le chevalier est devenu une sorte d'Hercule, accoudé sur un ècu de 
guerre, au sommet duquel s'inscrivent les quatres lettres HTP. Ver* 
le milieu du bouclier, on remarque l'étoile à six pointes, le sceau de 
Salomon, où se mire le fol, sur qui pèse la pointe inférieure de Vécu. 
La tète diabolique apparaît dans l'entrelacement des deux triangles, au 
centre même de l'étoile (Voir le dessin ci-contre). 

(I) Èliphas Lcvi, Histoire de la Magie, p. 345-346. 



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LE SERPENT DE LA GENÈSE 

SECONDE SF.PTAINE 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



(Section 8) 



La Justice (huit) = Équilibre = Balance 
Harmonie... L'Équilibre et son Agent. 

Chapitre I 

L'ÉQUILIBRE ET SON AGENT 




Couvrez le Livre de Thoth au huitième feuillet (1). 
Thémis qui, trônant entre deux colonnes, 
tient ferme en sa droite le glaive et les ba- 
lances dans sa main gauche, vous révélera l'arcane de 
l'universel équilibre. 

Les deux plateaux qui se font contrepoids symbolise- 
ront pour vous : 

1° — Dans le monde divin,\es nuptiales harmonies de 
la Sagesse et de l'Intelligence (2) ; 



(1) Huitième clef du Tarot : la Justice. 

12) Le français n'étant pas une langue sacrée, la plupart des mots 
de cet idiome sont arbitrairement dévolus aux genres masculin ou fé- 
minin : or le hasard et l'intuition vague ne peuvent toujours tomber 
juste. 

Il ne faut donc pas trop s'étonner qu'il soit question des noces de la 



100 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



2° — Dans le monde psychique, l'union salutaire et 
féconde de la Miséricorde et de la Justice ; 

3° — Enfin, dans le monde hylique (1) ou astral 
(substratum du monde matériel), ces deux plateaux se- 
ront pour vous l'emblème des deux Puissances mâle et 
femelle génératrices du Cosmos, lui-même androgyne ; 
c'est à savoir d'ilereb et dlônah (2), principes des deux 
forces centripète et centrifuge, qui se manifestent : la 



Sagesse et de Y Intelligence, et plus bas, de l'union féconde de la Misé- 
ricorde et de la Justice. 

Ce sont la termes kabbalistiques. Or, dans la classification des ter- 
naires séphirothiques polarisés, que nous visons en ce passage, Hoch- 
mah, ITD^n (la Sagesse) est marquée du signe mâle et positif, comme 
aussi Hesed (la Miséricorde); — et ce, par opposition à Binah 
nj^Z (l'Intelligence) et à Geburah 7\yo.l (la Rigueur, la Justice), qui 
sont marquées du signe féminin et négatif. (Voir n'importe quel traité 
de Kabbale). 

(1) Ésotériquement, Ilyléne veut pas dire _ matière brute, sens très 
restreint qui lui est vulgairement dévolu. — ï)*i des philosophes grecs, 
fr'J et ">Svn des rabbins initiés, signifie : substance en fermentation, 
matière subtile en travail.(Consulter Fabre d'Olivet, la Lang. hébr. rest., 
II, 77 ; — Drach : l'Harmonie entre l'Église et la Synagogue, I, 564 ; 
— et l'Hist. du Manichéisme de Beausobre. II, 268). 

(2) Pour rester fidèle à la terminologie des Kabbalistes zoharites (en 
suspendant la balance séphirothique dans le troisième inonde au clou 
de Yésod comme nous l'avons fait dans les deux premiers aux 
clous do Kether iro et de Thiphereth DINSD), il nous faudrait 
écrire Hod 7 ; n et Netsach nif:, au lieu d'Hereb yyj et d'Iônah 

Mais aux mots sacrés de la Kabbale, nous préférerons toujours, 
quand l'occasion se présentera d'en faire usage, les hiérogrammes ori- 
ginaux de Moïse, d'une précision ésotérique bien supérieure. Ne met- 
tons jamais en oubli ce fait, que le Zohar, livre fondamental et sacré 
de la Kabbalah, n'est (si sublime soit-il et révélateur) qu'un humble 
commentaire du Pentateuque mosaïque, et principalement de la Genèse. 
Il est écrit d'ailleurs en dialecte de Jérusalem, c'est-à-dire en hébreu dé- 
généré. 



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l'équilibre et son agent 



101 



première, par le Temps, créateur et dévorateur des formes 
transitoires; l'autre, par l'Étendue éthérée. L'Étendue 
est Rhéa, (épouse de cet implacable Kronos, dont le rôle 
est d'évertuer sans trêve la substance plastique qui est en 
elle, de l'élaborer et de la condenser en d'éphémères 
modes de matière diversement spécifiée, vivante et pro- 
téenne à l'infini). 

Ce que de pareilles notions peuvent offrir d'étrange et 
d'énigmatique à l'esprit, sera tiré au clair par la suite. 

Quant au glaive qui charge la main droite de Thémis, 
il symbolise la Puissance et ses moyens d'action, à tous 
les degrés et dans tous les Mondes. — Pour nous en 
tenir au plan astral, qui nous occupe surtout en ce tome, 
ce glaive est celui du collectif Kéroubim, image de l'É- 
ther instrumental et potentiel, qui détermine et maintient 
l'équilibre cosmique. 

Ce mystérieux agent compte ses noms par centaines. 
— C'est, au dire des Kabbalistes, le serpent fluidique 
(T Asiah. — Les vieux platoniciens y voyaient l'âme phy- 
sique du monde, qui tient enclose la semence de tous les 
êtres, et les Gnostiques Valentiniens le personnifiaient 
en Démiurge, « l'ouvrier inconscient des mondes d'en 
bas. » — Au gré des hermétiques* c'est, suivant le point 
de vue, la Quintessence des éléments, YAzoth des Sages 
(ou \4 fécondé par le A,) ou encore le Feu Secret, vi- 
vantet philosophai. — C'est, pour les magiciens, V In- 
termédiaire des deux natures; c'est le Médiateur conver- 
tible, indifférent au Bien comme au Mal.etqu'une volonté 
ferme peut plier à l'un comme à l'autre. — C'est le 
Diable enfin, si Ton veut; c'est-à-dire la Force substan- 



102 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



tielle que les sorciers mettent en œuvre pour leurs malé- 
fices. 

Puissance inconsciente par elle-même, mais propre à 
réfléchir toutes les pensées ; Puissance impersonnelle, 
mais susceptible de revêtir toutes les personnalités ; 
Puissance envahissante et dominatrice, que l'adepte peut 
néanmoins pénétrer, contraindre et subjuguer, — et ce, 
dans une mesure plus stupéfiante encore que ne l'imagi- 
nait le populaire superstitieux, au beau temps desLancre 
et des Michaëlis : c'est, en un mot, la Lumière astrale, 
ou Médiateur plastique universel (I). 

Ce chapitre d'ouverture, — qui, par intervalles, sem- 
blera peut-être à plus d'un traiter de tout autre chose, — 
fera connaître au Lecteur averti la nature déconcertante 
et les modes d'activité de cet agent effectif de l'équilibre; 
de ce mysticum robur que les scélérats de la Goëtie ont 
personnifié monstrueux à leur propre image, avec les 
stigmates distinctifs de l'animalité, vers laquelle eux- 
mêmes régressent. Si bien que le poêle Piron a pu, pour 
leur plus grande joie, crayonner, en huit vers drolati- 
ques, le portrait du Diable d'enfer, — sans le flatter, il est 
vrai; mais sans qu'il ait droit aussi de récuser la ressem- 
blance : 

Il a la peau d'un rôt qui brûle, 

Le front cornu, 
Le nez fait comme une virgule, 

Le pied crochu, 



(1) Voir Au seuil du Mystère (3e édit.). pp. 83-92, 145-147, et le 
Temple de Satan, passim. 



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Le fuseau dont filoit Hercule 

Noir et tordu, 
Et, pour comble de ridicule, 

La queue au eu. 



l'équilibre et son agent 



103 



C'est un axiome, en Magie, que tout verbe crée ce qu'il 
affirme. Or donc, à force d'évoquer le discourtois per- 
sonnage, les imbéciles ou les coquins qui l'imaginaient 
sous cet aspect traditionnel mais peu hiératique (1), — 
type fixé depuis des siècles par le consensus de leurs 
semblables, — ont, petit à petit, réalisé leur rêve en 
astral. 

Ajoutons que chaque fois qu'un nouveau goëtien fait 
appel à la hideuse Image, l'évoquant avec toute l'énergie 
créatrice de la foi et le cri des mauvaises passions à leur 
paroxysme; non seulement l'Image lui apparait, mais en- 
core il ajoute à l'esquisse fluidique un nouveau trait de 
vigueur et précise l'existence du monstre, en le nourris- 
sant de sa propre substance hyperphysique. 

Ceci n'est point un paradoxe, comme on le pourrait 
croire; c'est une vérité qui sera mieux sentie plus loin, 
quand nous aurons fait connaître la nature équivoque, 
inqualifiable, de certains spectres sans consistance ontolo- 
gique, sortes de compromis entre le néant qu'ils mani- 
festent et 1 être qu'ils blasphèment. L'occultisme les 
nomme des Larves(se référer particulièrementau Chapitre 
II : Mystères de la Solitude). 

Mais trêve d'anticipations d'un pareil genre. Nous n'a- 
vons point affaire, pour l'heure, au Satan fantastique et 



(1) Tout au moins, d'un hiératisme singulièrement dépravé. 





104 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



burlesque, ambigu, malingre et falot, — vain reflet im- 
primé par les imaginations malades sur le miroir psy- 
chique de notre planète. Fi du simulacre blême qui se 
rétracte devant un souffle d'air, se dissout au moindre 
effort de la volonté humaine, et qu'un éclair d'intelli- 
gence foudroie !... Non, ce croqucmitaine n'est qu'une 
Larve, entre combien d'autres (1) ! Le démon positif et 
formidable nous réclame, celui-là qui sert d'enveloppe à 
Nahàsh wru et de substratum à la matière; l'universel 
Atlas qui soutient les mondes en équilibre; le dispensa- 
teur delà vie et de la mort physiques ; le Démiurge aux 
mille noms, dont quelques-uns nous sont déjà connus : 
c'est le Feu panthomorphe; c'est l'âme plastique et ima- 
ginative du monde ; c'est le dragon de l'Astral. 

Le dragon de l'Astral est le symbole absolu de la lumière 
du même nom, envisagée dans son double mouvement 
cosmique et dans la synthèse de ses opérations. 

Or, si nous avons laissé pressentir jusqu'ici la nature 
et le rôle de ce grand agent, ce que nous en avons dit ne 
doit guère s'éclairer d'un jour précis et satisfaisant qu'en 
faveur des fidèles de nos précédents ouvrages, ou des 
chercheurs déjà sur la voie, ou des érudits en mysticisme. 

Pour entrer au cœur du sujet, abordons d'emblée la 
Table d'émeraude, cette page révélatrice que le monde 



(i) Uno Larve, dans l'acception la plus large de ce mot (Voyez la 
fin de notre chapitre III : la Houe du Devenir). 

A proprement parler, le Diable est une Image astrale vitalisée. 



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1 



L'ÉQUILIBRE ET SOS AGENT 105 

antique nous a léguée. — L équilibre universel et son 
agent y sont magistralement décrits. 

Ne déchiffre pas qui veut ce vieux texte des Mystères 
égyptiens. Très propre à dérouter les profanes, son laco- 
nisme étrange et premier ravit le chercheur studieux des 
causes, en proposant à sa persévérante sagacité plus de 
sens profonds que de vocables. Il les découvre tour à tour. 
Ainsi les successives énigmes se dépouillent de leurder- 
nier voile, comme les déesses rivales de beauté, devant 
le royal pasteur du Mont Ida. 

En interprétant dans son entier l'inscription de la 
Table (TËmeraude, nous tenons simplement parole, aux 
termes de Y Avant-propos qui précède. 

Mais ici, traduire ne suffirait point ; il importe de 
commenter. On trouvera, dans le texte même, tels mots 
d'éclaircissement, — intercalés entre parenthèses, comme 
il sied aux fins de prévenir toute confusion. Puis, à la 
suite du texte, quelques développements plus étendus 
permettront au Lecteur d'en mieux scruter l'ésotérisine 
médullaire. 

LA TABLE D'ÉMERAUDE 

PAROLES DES ARCANES D'HERMÈS (I). 

IL EST VRAI (en prinripe)ll EST CERTAIN (en Ihéo- 

(i) Verba secretorum Hermetis. — « Vcrum sine mendaoio, certum 
et verissimum : quod est inferius est sicut quoil est superius ; et quod 
est superius est sicut quod est inferius, ad perpetranda miracula rci 
unius. 

« Et sicut omnes res fuerunt ab uno, mediatione unius, sic omnes 
res natœ fuerunt ab hac unà re, adaptationc. 



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m 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



rie), IL EST RÉEL (en fait, en application) (1) : QUE 
CE QUI EST EX BAS (le inonde physique et matériel) 
EST COMME CE QUI EST EN HAUT (analogue et pro- 
portionnel au monde spirituel et intelligible) ET CE QU ï 
EST EN HAUT COMME CE QUI EST EN BAS (récipro- 
cité complémentaire) : POUR L'ACCOMPLISSEMENT 
DES MERVEILLES DE LA CHOSE UNIQUE (loi suprême 
en vertu de quoi se parfont les harmonies delà Création, 
omniverselle (2) en son unité). 

ET DE MÊME QUE TOUTES CHOSES SE SONT 
FAITES (accomplies, réalisées) D'UN SEUL (en vertu 
d'un seul principe), PAR LA MÉDIATION D'UN SEUL 
(par le ministère d'un seul agent) : AINSI TOUTES 



« Pater ejus est Sol. mater ejus Luna ; portavit illud Veutus in ven- 
tre suo ; nutrix ejus Terra est. 

« Pater ouinis Telesmi totius mundi est hic. 

x Vis ejus intégra est, si versa fuerit in terram. 

« Separabis terram ab igne, subtile à spisso, suaviter, cum magno 
ingenio. 

« Ascendità terrà in crelura, iterumque descendit in terram, et re- 
cipitvim superiorum et inferiorum. 

« Sic habebis gloriam totius mundi. Ideo fugict à te omnis obscu- 
ritas. 

«< Hic est totius fortitudinis fortiludo fortis : quia vincet orancm rem 
subtilcm, omnemque solidani penetrabit. 

« Sic mundus rreatus est. Hinc orunt adaptationes mirabiles, quarum 
inndiis est hic. 

« I laque vocatus sum Hermès Trismegistus, habens très partes phi- 
losophie totius mundi. 

« Completum est quod dixi de operatione Solis. » 
(Version latine de Khunrath). 

(I ) Textuellement : « Il est vrai sans mensonge, certain et très véri- 
table ». — Cette triple affirmation correspond évidemment aux trois 
mondes de la magie. 

(2) Néologisme assez heureux, nous scmble-t-il, créé par un mysti- 
que de nos jours, Louis Michel de Figannières. 



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l'équilibre et son agent 



107 



CHOSES SONT NÉES DE CETTE MÊME UNIQUE 
CHOSE, PAR ADAPTATION (ou par une sorte de copu- 
lation)^). 

LE SOLEIL (condensateur de V irradiation positive ou 
delà Lumière au rouge, mu Aôd, Od) EST SON PÈRE 
Miment producteur actif de cet agent, [ce qui n'est vrai 
qu'à notre point de vue terrestre]) ; LA LUNE (miroir de 
k réverbération négative ou de la Lumière au bleu, 
A5fr, Oh) EST SA MÈRE (élément producteur passif 
[même remarque]) ; LE VENT (atmosphère éthérique 
ambulatoire) L'A PORTÉ DANS SON VENTRE (lui a 
Hrvi — Qu lui sert — de véhicule). LA TERRE (envisagée 
comme type des centres de condensation matérielle) EST 
-A NOURRICE (Vathanor de son élaboration), 

C'EST LA LE PÈRE (élément producteur) DE L'UNI- 
VERSEL TÉLESME (2) (perfection, but final à atteindre) 
M! MONDE ENTIER (de l'Univers vivant). 

SA PUISSANCE (force d'extériorisation créatrice, le 
fleuve Phishôn ]W2 de Moïse) EST ENTIÈRE (parfaite, 
accomplie; intégralement déployée, jusqu'au total épa- 
m'memenl) QUAND ELLE S'EST MÉTAMORPHOSÉE 
'mot à mot : quand elle s est tournée) (3) EN TERRE 
(Areh yitf de Moïse, substance condensée et spécifiée; 



'l) « PtM- conjunetionem », variante de la version Glauber (Miraculum 
Xmdi,de merrurio philosophorum, Amstel., 1653, in-8, p. 74). 

<-) Autre version : Thétèrne, OcXiifia, volonté. Cette version admise. 
'' faudrait restreindre l'acception symbolique du mot père au sens 
élément de manifestation. 

< 3 ) * Si venta fuerit » (version Khunrath) ; — • Si mutetitr * (ver- 
R. Glauber). 



108 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



forme ultime de l'extériorisation créatrice, matière sen- 
sible). 

TU SÉPARERAS LA TERRE (ici, dans un sens plus 
général, la Terre signifie ce qui appartient au monde 
matériel et tangible, au monde des effigies) DU FELJ 
(Principe d'action; ce qui appartient aux mondes moral 
et intelligible); — LE SUBTIL DE L'ÉPAIS [sens analo- 
gues) (1) AVEC DÉLICATESSE ET UNE EXTRÊME 
PRUDENCE. 

IL (le fluide pur, universel, médiateur, et — d'après 
tels gnostiques — Corps du Saint-Esprit) MONTE DE 
LA TERRE AU CIEL (courant hémicyclique de retour (2), 
ascendant; reflux de Synthèse) ET DERECHEF (par un 
mouvement à la fois alternatif et simultané), IL DES- 
CEND DU CIEL EN TERRE (courant hémicyclique dé- 
mission, descendant; influx d'analyse), ET IL REÇOIT 
(// se charge, il s imprègne tour à tour de) LA FORCE 
(les vertus, les propriétés, les influences) DES CHOSES 
D'EN HAUT ET D'EN BAS (des mondes physique ou 
matériel et hyper physique, ou astral; et encore, à un au- 
tre point de vue, des sphères sensible et intelligible). 

AINSI (cest par ces principes que) TU AURAS (tu ac- 



(1) C'est-à-dire, envisagés du même point de vue, comme antithèse 
du spirituel au sensible. Mais nous ne pensons pas que ces mois, sub- 
tile à spisso, forment pléonasme avec le membre de phrase précèdent ; 
on pourrait préciser nombre de significations différentes, toutes rigou- 
reusement exactes. A l'égard des opérations du grand œuvre, par 
exemple, le subtil et l'épais signifieront le volatil et le fixe. 

Cette Table d'Èmeraude recèle plus de sens que de mots. 

(2) Hermès parle du retour, avant de parler de l'émission ; par là il 
veut faire entendre qu'il s'agit d'un double mouvement incessant. 



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l'équilibre et son agent 



109 



querras, tu t'approprieras) LA GLOIRE (la souveraineté, 
rempire) DE L'UNIVERS ENTIER ; PAR LA TOUTE 
OBSCURITÉ {toute impuissance, toute indécision, toute 
erreur. Vhiérogramme mosaïque *]^n lloshek exprime 
ésotériquement toutes les idées négatives, symbolisées 
par le cône d'ombre de la terre) S'ENFUIRA DE TOI. 

LA RÉSIDE LA FORCE FORTE DE TOUTE FORCE 
(le principe mutuel d'activité; le potentiel de toute mani- 
festation, le support de toute action, la base immanente 
de tout ordre phénoménal) QUI VAINCRA (s emparera de, 
coagulera, fixera) TOUTE CHOSE SUBTILE (volatile, 
fuyante, insaisissable, — (luidique) ET PÉNÉTRERA 
(s'immiscera dans, décomposera, — dissoudra) TOUTE 
CHOSE SOLIDE (cohésive, dense et permanente, — con- 
crète). 

AINSI (par cet agent, ou encore, — par cette voie), 
L'UNIVERS A ÉTÉ CRÉÉ [réduit de principe en essence, 
d'essence en puissance sementielle, de puissance en acte ; 
en un mot, — réalisé). DE LA PROVIENDRONT (là trou- 
veront leur origine, leur principe) DES ADAPTATIONS 
(des applications, ou des productions) MERVEILLEUSES, 
DONT LE MODE (la manière a"étre,le type de formation) 
EST ICI (indiqué, révélé, exposé). 

C'EST POURQUOI JE FUS APPELÉ HERMÈS 
(HPMHS, Mercure, mythe complexe-, au cas présent, em- 
blème de la Malhèse, science intégrale vivante, dont le 
caducée de Mercure (1) symbolise le double courant : in- 
tuitif-synthétique et analytique-expérimental) LE TRIS- 



(1) Voyez plus loin, page 148, le commentaire du mot HPMHE. 



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110 



LA CLEF DE LA MAGIE NOII'.E 



MÉGISTE (trois fois très grand ou le plus grand), 
POSSÉDANT (pour avoir acquis) LES TROIS PARTIES 
DE LA PHILOSOPHIE (la totale connaissance des trois 
mondes : divin ou intelligible, psychique ou passionnel, 
naturel ou sensible) (1) DE L'UNIVERS TOUT ENTIER. 

CE QUE J'AI DIT (mon enseignement, mon verbe) EST 
COMPLET (consommé, intégralement proféré) SUR LE 
MAGISTÈRE (2) (ou l'opération, le Grand Œuvre) DU 
SOLEIL (mille significations : le Magistère du Soleil peut 
désigner tout travail conduit à sa perfection ; Von peut y 
voir In Genèse intellectuelle ; la source et le rôle des cou- 
rants fluidiques universels ; l'évolution de VAôr androgyne 
ou Lumière engendreuse ; enfin le Magistère des alchi- 
mistes, à proprement parler, dont le secret, disent-ils, se 
trouve à découvert dans ce texte de la Table smaragdine). 

Nous ne chicanerons point sur l'authenticité, l'attribu- 
tion et la date de l'un des monuments les plus magistra- 
lement initiatiques que nous ait transmis l'antiquité gréco- 
égyptienne. 

Les uns s'obstinent à n'y voir que l'œuvre amphigou- 
rique d'un rêveur alexandrin, d'autres taxent même ce 
document d'apocryphe du v e siècle. Quelques-uns le 
veulent de quatre mille ans plus ancien... 

Que nous importe ? Découverte ou non par Alexandre- 
le-Grand dans la sépulture d'Hermès, gravée ou non sur 



(1) Le momie astral peut rtre rattaché, soit au monde psychique, 
soit au monde sensible (Voy. Au seuil du Mystère, p. 87-89, en note). 

[2) « De magisterio Solis » (version tilauber). 



f 

l'équilibre et son agent I 1 1 

\ une tablette d'émeraude, il est certain que cette page 
( résume les traditions de l'antique Égypte. Or l'Egypte a 
été, de nombreux siècles durant, la dernière citadelle de 
rÉsotêrisme intégral : ses sphinx ont été les gardiens du 
trésor légué aux temps futurs par plusieurs cycles de 
civilisations, tellement lointaines et refoulées dans la 
nuit préhistorique des temps, que ces foyers aveuglants 
de lumière intellectuelle ne dégagent plus une lueur qui 
les dénonce à nos archéologues. 

Les quelques mots explicatifs d'analyse, intercalés dans 
notre version, exigent un commentaire général et synthé- 
tique. Nous pourrions dire que ce commentaire doit 
s'étendre à tout le présent volume, puisque la Table 
dÉmeraude va servir de point de départ à nos dévelop- 
pements sur les merveilles de l'Astral. 
! Mais nous tâcherons d'être, dès l'abord, aussi expli- 
cite qu'il se pourra. 

L'initiateur, — quel qu'il soit, il mérite bien ce nom, — 
promulgue en premier lieu la grande loi d'analogie her- 
1 métique : elle domine sur tous les mondes, et met l'intel- 
ligence armée du compas de la logique à même de for- 
muler des inductions, en procédant du connu à l'inconnu, 
du sensible à l'intelligible et du particulier à l'universel. 

Nous offrir ce fil d'Ariane, voilà le premier souci 
de l'Hermès hiérographe. 

i 

Puis il passe à la description du Lien qui rattache ces 
extrêmes ; du grand Médiateur des êtres et des choses, 
ce Père de l'universel Télesme, dont il est question jus- 

> 
1 



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112 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



qu'au bout. Voici l'agent essentiel de l'art royal, et le 
Trismégiste prend soin de nous prévenir qu'en décrivan t 
sa nature, il nous fournit la clef mystique du Grand — 
Œuvre et nous enseigne le magistère du Soleil. 

\e Grand-Œuvre se peut concevoir à divers points de 
vue ; il se peut réaliser sur divers plans. Mais il reste 
toujours la Ckysopée, ou l'art de tirer le pur de l'impur 
et l'or des viles scories. 

L'Alchimiste cherche l'or métallique ou terrestre. 

L'Adepte de la Maîtrise vitale cherche la Médecine 
universelle, ou l'or physiologique. 

Le Magicien cherche l'or thaumaturgique ou la Puis- 
sance. 

Le Mystique cherche l'or moral ou la Sainteté. 

Le Théosophe enfin cherche l'or spirituel, l'identifica- 
tion de l'intelligence humaine et de l'essence divine : en 
un mot, il cherche la Vérité absolue, la Science. 

Tous veulent acquérir la Lumière sous ses différents 
aspects. Car l'or physique n'est, au dire desSpagyristes, 
que lumière condensée ; — la médecine universelle réside 
en une quintessence vitale de l'or ; — la puissance ma- 
gique reste acquise à qui saura diriger la Lumière astrale 
ou l'or hyperphysique ; — la communion des saints reçoit 
dans son giron quiconque a transmué sa substance ani- 
mique en or moral ; — et la Vérité-lumière des théoso- 
phes n'est autre que l'or spirituel et divin. 

Mais nous traiterons principalement ici de l'or hyper- 
physique : c'est lui que l'auteur de la Table d'Êmeraude 
désigne comme engendrant le Télesrne (ou la perfection 



l'équilibre et son agent 



113 



des choses corporelles). Il est d'ailleurs le moyen-terme 
de tous les autres ors. 

La dans son principe, androgyne (c'est-à-dire double 
et triple) dans sa nature, quadruple dans ses modalités 
raanifestatives (les quatre éléments occultes), — cet être 
protéen se révèle multiple à l'infini dans ses ultimes 
réalisations. Car il constitue la substance cosmique non 
différenciée, dont la matière polymorphe présente à nos 
sens les spécifications éphémères. 

C'est lui l'universel Médiateur; l'Éther instrumental, 
convertible, omnilatent ; le Serviteur de toutes les Puis- 
sances, bonnes ou mauvaises ; la Splendeur équivoque 
des Cieux, apte à revêtir alternativement d'une appa- 
rence plastique et à draper dans son manteau d'étoffe 
sidérale le dragon Xahàsh ou l'ineffable Rouach Hakka- 
dosch (I). 



(1) Peut-être sera-t-on surpris de nous voir recourir de préférence au 
vocabulaire hébreu, en des commentaires qu'a motivés un monument 
d'origine égyptienne. 

Nous permettra-t on de rappeler que la langue hébraïque pure, telle 
que l a mise en œuvre l'auteur du Berœschith, n'est autre précisément 
que l'idiome le plus occulte des sanctuaires de Mitzraim? C'est ce que 
Fabro d'Olivet a victorieusement établi. 

Moïse, prêtre d'Osiris, a tracé son livre des Cinquante Chapitres en 
hiérogrammes (du troisième degré), intelligibles seulement, dans leur 
ésoténsme, aux adeptes memphites du plus haut grade. Ce livre, vul- 
gairement la Genèse, parait le seul qu'on ait transcrit au temps d'Es- 
dras, sans en altérer l'esprit, ni même la lettre. 

La doctrine secrète de Moïse constitue ce que nous appelons la 
Kabbale primitive, laquelle s est matérialisée parallèlement à la lan- 
gue même du sanctuaire. L'enseignement de Shiméon-ben lockaï est 
à celui fie Moïse, ce quo le dialecte syro-chaldaïque, qui se parlait ù 
Jérusalem sous les Césars, est à l'hébreu primitif de Moïse. 

Nous n'avons recours à la Kabbale Zoharite (ou du moins ne fait-elle 

8 



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114 



LA CLEF DE LA MAGIE N01P.K 



Sous l'empire et l'influx des Principes d'En Haut, cet 
agent remplit l'espace des Shamaîm d'une irradiation 
céleste et bienfaisante : on peut alors le considérer com m e 
la lumière mystique où s'incorpore le Saint-Esprit. — 
Mais abandonné à lui-même, ou lorsqu'une Volonté per- 
verse s'empare de sa direction, il devient fatal et démo- 
niaque : c'est le corps même de Satan. 

Avec Paracelse, Kliphas Lévi, Keleph-ben-Nathan, 
Martinès et toute l'école ésotériquc d'Occident, nous rap- 
pellerons de préférence lumière astrale. 

La lumière astrale constitue le support hyperphysique de 
l'Univers sensible; le virtuel indéfini dont les êtres corpo- 
rels sont, sur le plan inférieur, les manifestationsobjectives. 

Qu'on aitqualifié d'âme cosmique cette lumière secrète 
qui baigne tous les mondes, il n'y a rien là pour nous su r- 
prendre. L'on a pu légitimement encore l'appeler sperme 
expansif de la vie et réceptacle aimanté de la mort : 
puisque tout est né de cette lumière (par matérialisation 
ou passage de puissance en acte), et que tout s'y doit 
réintégrer (par le mouvement inverse, ou le retour de 
l'objectif concret au subjectif potentiel). 

Comme l'électricité, la chaleur, la clarté, le son, etc., 
(ses divers modes d'activité iluidique), elle est à la fois 
substance et force. 

Ceux qui ne voient en elle que le mouvement tombent 
dans une grave erreur: comment imaginer un mouve- 
ment effectif, à défaut de quelque chose qui soit mû? Le 

autorité pour nous) que subsidiairement, à défaut de l'ésotêrisme plus 
pur et plus profond des livres mosaïques, dont le Zohar n'est qu'un 
tardif commentaire. 



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l'équilibre et son àgeyt 115 

néant ne vibre pas. Concevoir une agitation quelconque 
ou toute autre qualité dans le vide absolu, c'est manifes- 
tement absurde. — Et réduire Ja lumière astrale à 
Y abstrait du mouvement, c'est en faire un être de raison, 
ce qui revient à nier son existence, même latente. 

L'on est donc obligé de la définir: une substance qui 

m 

manifeste une force ; ou, si l'on préfère, une force qui 
met en œuvre une substance : les deux inséparables. 

En tant que substance, nous l'avons dit, il faut envi- 
sager la lumière astrale comme le subslratum de toute 
matière ; le potentiel de toute réalisation physique ; 
l'homogénéité, racine de toute différenciation. — C'est 
l'expression temporelle d'Âdamah *T2"TX, — cet élément 
primordial d'où, selon Moïse, l'universel Adam a tiré 
son être : ou, pour emprunter le langage de l'exoté- 
risme, cette terre dont le Très-haut façonna le premier 
ancêtre humain. 

En tant que force, l'Astral nous apparaîtra comme 
évertué par l'influx et le reflux de cette vivante essence 
que nous avons nommée, à l'instar de Moïse, Nephesch- 
ha-chaiah rvnn le souflle de vie (I). 

Pour motiver ce flux et ce reflux de l'âme vivante, il 
suffit de la peindre tiraillée, pour ainsi dire, entre deux 
aimants : en haut, Roûach /Elohîm, souffle vivificateur de 
la substance collective, homogène, édénale ; . en bas, 
Xahàsh, agent suscitateur des existences individuelles, 
particulières, matérialisées. C'est le principe de la divi- 
sibilité en face du principe de l'intégration ; c'est le 



x i) Avant -propos, p 63; — cf. aussi Au seuil du Mystère, p. 140. 



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116 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



morcellement des Moi naissants ou à naître, qui s'op- 
pose à l'unité du Soi éternel. 

De cette opposition résulte un double dynamisme de 
forces hostiles, qu'il convient d'étudier l'une et l'autre 
dans leur nature propre et dans la loi de leur mutuel 
mécanisme. Puis, revenant à Nahàsh (le dragon de 
l'Astral), nous surprendrons plus aisément le mystère du 
fluide lumineux de même nom, avec le contraste de ses 
courants opposés et son point central d'équilibre. 




La lumière astrale est, somme toute, la substance 
universelle animée, mue en deux sens inverses et 
complémentaires, par l'effet d'une polarité double, du 
pôle intégration au pôle dissolution, et vice versa. 

Elle subit en effet deux actions contraires : la puis- 



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l'équilibre et son agent 



117 



sance d'expansion féconde, la lumineuse lônah HJV, 
effective des générations et dispensatrice de la vie, d'une 
part; — et de l'autre, la puissance de constriction des- 
tructive des formes, le ténébreux Hereb yTJ, agent 
principal de la mort, et par là de la réintégration (retour 
des individus à la collectivité; de la matière différenciée 
et transitoire, à la substance une, permanente et non 
différenciée) (l). 

Ces deux hiérogrammcs, Hereb et lônah, que nous 
empruntons à Moïse, reviennent à plusieurs fois dans le 
texte hébreu de la Genèse, et notamment au VHP cha- 
pitre, qui traite du déluge (V. 6 à 12). 

Tous les traducteurs officiels rendent Hereb et lônah 
par corbeau et colombe : sens que ces deux vocables 
peuvent en effet revêtir, dans l'acception la plus circons- 
crite et matérialisée dont ils soient susceptibles. 

Nous résumerons pour mémoire le récit qu'on prête à 
Moïse. 

Le déluge a fait son œuvre, et les eaux se desséchant 
petit à petit, le sommet des montagnes commence à pa- 
raître. — Noé laisse quarante jours s'écouler, puis il 
ouvre la fenêtre de l'arche, et donne l'essor à un corbeau 
(Hereb), qui s'envole pour ne plus revenir (2). Sept jours 
après, Noé met en liberté une colombe (lônah) ; mais 



(1) La force d'expansion, en agissant sur YAâr, engendre le courant 
de la lumière positive, Aôd ; et la force de constriction, celui de la lu- 
mière négative, Aâb. 

(2) Les Septante traduisent ainsi; mais S. Jérôme est plus exact : 
le corbeau, dit-il, sortait et rentrait alternativement (egrediebatur et 
revertebatur). 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



celle-ci revient, n'ayant point trouvé où prendre pied (I), 
et Noé la réintègre dans l'arche. Une semaine s'écoulo 
encore; il lâche à nouveau la colombe qui lui revient lo 
soir du même jour, mais portant en son bec un rameau 
d'olivier... Enfin, après sept nouveaux jours d'attente, 
Noé l'ayantlaissée partir pour la troisième fois, la colombe 
ne reparait plus. 

Telle est, du moins en substance, la version commu- 
nément accréditée. 

Mais il suffit de recourir à la traduction littérale de 
Fabre d'Olivet, soutenue de notes étymologiques déci- 
sives, pour entrevoir, sous les puérils emblèmes de la 
Vulgate et des autres versions reçues, toute la portée 
ésotérique et grandiose d'un texte aussi pitoyablement 
travesti. Sans entreprendre un commentaire général qui 
serait un hors-d'œuvre en ce chapitre, et d'ailleurs né- 
cessiterait à lui seul un chapitre de développements, — 
précisons, avec le précieux appui du restaurateur de la 
langue hébraïque, le vrai sens attribuable aux deux hiéro- 
grammes en litige. 

« Il est bien vrai, dit Fabre d'Olivct, que le mot hébreu 
ï"UV signifie une colombe; mais c'est de lambine manière que 
le mot 2")? signifie un corbeau: c'est-à-dire que les noms de 
ces deux oiseaux leur ont été donnés, dans un sens restreint, 
par une suite des analogies morales et physiques qu'on a cru 
remarquer dans la signification primitive attachée aux mots 
yyj et HJV, et les qualités apparentes du corbeau et de la 



(I) Même au sommet des montagnes, qui émergeaient déjà 47 jour? 
auparavant? Telle est la logique du sens admis des théologiens. 



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I l'équilibre et son agent 119 

eolombe. La noirceur de YErèbe, sa tristesse, l'avidité avec la- 
quelle on croyait qu'il dévorait les êtres qui tombaient dans 
*on sein, pouvaient-elles être mieux caractérisées que par un 
oiseau ténébreux et vorace tel que le corbeau? — La blan- 
cheur de la colombe, au contraire, sa douceur, son inclination 
à l'amour ne semblaient-elles pas inviter à la choisir pour être 
l'emblème de la faculté génératrice, de la force plastique de 
la Nature?... La colombe fut le symbole de Sémiramis, de 
Derceto, de Mylitta, d\\phrodite,de Vénus, de tous les person- 
nages allégoriques auquels les anciens attribuaient la faculté 
génératrice, représentée par cet oiseau... 

Il est évident que le nom de Tlonie, le nom de cette contrée 
fameuse, que l'Asie et l'Europe réclament également, découle 
de la même source que le mot qui nous occupe, H3V (1) .. » 

On le voit, l'antithèse est rigoureuse entre Hereb et 
lônah. Celle-ci désigne en effet la faculté d'expansion, gé- 
nératrice des êtres corporels; celui-là exprime la force de 
compression destructive, qui pousse tout ce qui vit vers 
la décrépitude et la mort, puis dissout et engloutit la 
dépouille de ce qui a vécu (2). Hereb exprime aussi le 



(1) langue hébr. restit., tome II, pages 231-232, passim. 

[2) Cette antinomie des deux Agents prêterait à une foule do paral- 
lèles fort étranges, et d'intérêt majeur pour ceux dont l'œil s'exerce à 
sonder certains mystérieux abîmes de la Nature et de la Vie. 

Ainsi, nous pouvons dédier aux étymologistes le contraste que voici : 
d'une part, la racine sur laquelle s'élève Y lônah mosaïque (cette faculté 
génératrice dont la colombe est l'emblème), — la racine ion se retrouve 
intacte aux Indes dans le vocable Vont, par quoi les Brahmes dési- 
gnent l'organe sexuel de la femme ; — d'autre part, la racine consti- 
tutive (V Hereb se retrouve à peine altérée (l s'est adouci en 1) dans 
Herwah, (au pluriel Herwath rTO), le mot dont se sert Moïse 
(ftenrthith, IX. 22) pour désigner cet objet de scandale, que Noé,dans 
son ivresse, avait laissé découvert, à la joie sacrilège de Cham, et que 
Saint Jérôme qualifie sans ambages de « verenda nudata ». 

Remarquons encore que les Sémites, — arabes et hébreux, Harbi 



120 



LA CLEF DE LA .MAGIE N01KE 



champ d'action où domine par l'univers cette force cor- 
rosive. 

C'est plus particulièrement dans celte dernière accep- 
tion que l'ont connu les grecs, héritiers de la Cosmogo- 
nie d'Orphée. Ce théocrate, contemporain de Moïse, avait 
puisé aux mômes sanctuaires que lui la notion de son 
Erèbe Épeft;, le gouffre d % Hécate ou de la Lune infernale, 
le champ de Proserpine, le séjour des ombres, enfin... 

VHereb mosaïque, que Ton pourrait rattacher à Kaia 
|*p (principe du Temps), pactise en tous lieux avec l'obs- 



'21? et Ilebri "H2!? — cos Apres adorateurs du Dieu mâle, unique, 
portent un nom notoirement formé d'Hereb, (le nom du }&o.roc,. \faugreb, 
en dérive aussi); — tandis qu'fànah sen\blc avoir nommé cette molle 

* 

lonie, lama, le type des contrées où l'on adorait la Nature féminine 
et plastique, sous ses innombrables et éblouissantes incarnations. 

Les curieux se demanderont enfin, par quel chassé-croisé d'in- 
fluences, le maie Hereb gouverne le courant de la lumière négative et 
sélénique -^dô • — cependant que la féminine lônah domine 
sur le courant de la lumière positive et solaire (•"), Aôd, "PN. 

Observons à cet égard, que la plupart de ces attributions sont, non 
point arbitraires, mais relatives. — Absolument parlant, il n'y a qu'un 
Principe mâle, qui est Dieu ; qu'un Principe féminin, qui est la Nature. 
— Dans le monde subjectif, il n'y a qu'un Principe mâle, qui est l'Es- 
prit universel, et qu'un Principe féminin, qui est l'Ame vivante ; dans le 
monde objectif, enfin, qu'un Principe mâle, qui est la Force, et qu'un 
Principe féminin, qui est la Matière. — Mais, sur ces divers plans, il 
est loisible de qualifier de masculines ou de féminines, les diverses 
modifications, facultés, énergies, etc., qui ressortissent à l'un ou à l'au- 
tre de ces Principes : ainsi avons-nous qualifié lônah de féminine, 
parce qu'elle appartient plutôt à la Nature et à la substance plastique; 
et Hereb de masculin, parce qu'il constitue une Force, et que, par son 
office de compacter la substance, ildovienten quoique sorte le véhicule 
de la Forme, laquelle relève de l'Esprit. 

Qu'il nous suffiso d'avoir attiré l'attention sur ces singularités occultes, 
dont la raison d'être, si elle était connue, pourrait conduire assez 
loin.,... 



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l/ ÉQUILIBRE ET SON AGENT 



121 



curité, Hosheck y&H ; — Ylônah, qui déploie son énergie 
dans le royaume d'Abel San (principe de l'Espace 
éthéré), montre partout l'affinité la plus intime avec 1 e- 
lément lumineux, Aôr Tltf. 

L'une est la colombe de la lumière et de la vie; l'autre, 
le corbeau des ténèbres et de la mort (1). 

La douce colombe fait l'amour et bat des ailes partout 
où s'irradie la clarté sidérale à travers l'espace; mais où 
l'obscurité domine, c'est le fief de l'âpre corbeau carnas- 
sier. 

Disons, pour préciser le point de vue spécial à notre 
planète, que le soleil darde l'influence tflônah sur l'hé- 
misphère qu'il baigne de ses rayons, — et que l'influence 
d flereb, liée aux phases de croissance et de déclin lu- 
naires, se localise dans le cône d'ombre que la terre traîne 
à sa suite, en gravitant par les cieux. Nous reviendrons 
en détail sur cette organisation physique et hyperphysique 
du système planétaire, — à laquelle sont subordonnés le 
voyage cosmique des âmes et toute la biologie de notre 
monde, non moins que l'existence positive et la localisa- 
tion strictement déterminable des séjours d'épreuve et do 
félicité posthumes, connus ou soupçonnés sous les noms 



(t) Le même symbolisme préside à la terminologie des philosophes 
hermétiques. Us nomment Tête de corbeau la stase de dissolution, 
quand la matière, réduite en noir, semble toute décomposée et perdue 
(c'est le Sigrum nigro nigrius) ; — et colombes de Diane, la stase de 
régénération de ladite matière, l'ablution du fixe par les larmes du 
volatil, quand la couleur blanche va paraître. Les colombes annoncent 
et préparent le régime de Diane : alors naît la terre blanche feuillée 
(où germe la semence de l'Or vif). 



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122 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



de paradis, de purgatoire et d'enfer (voy. chap. VI, lu 
Mort et ses Arcanes). 

Ainsi, la substance universelle est réceptive d'une in- 
fluence géminée : Iônah la rend fertile, plastique et con- 
figurative ; Ùereb lui communique une force compressive 
et dévorante. 

D'où, deux propriétés contraires dans la lumière as- 
trale : l'une qui tend à volatiliser le fixe, l'autre qui tend 
k fixer le volatil. 

Dissoudre ici, pour concréter la(I)... L'électricité nous 
offre, dans ses adaptations à l'art galvanoplastique, une 
image sensible de cette double propriété : tandis que le 
métal se corrode, au pôle positif de l'appareil, les parti- 
cules qui s'en détachent vont, charriées par le courant, 
s'accumuler, se répartir et se fixer à la surface du moule 
ou de l'objet quelconque suspendu à l'électrode négative. 

Cependant, par un mystère admirable — qui contri- 
bue à confirmer la grande loi de l'harmonie par l'antago- 
nisme des contraires (2), — la lutte même des deux 
principes devient féconde. Tous deux concourent, nous 
Talions voir, en dépit de leur hostilité apparente, à la 
génération, à la croissance, à la succession des formes 
corporelles. 

Ùereb, agent centripète, se manifeste, avons-nous dit, 



(1) Solce, Coagula...,. C'est l'inscription double qui se lit sur les 
deux bras du Grand Androgyne d'Henry Khunrath, magnifique pentacle 
que nous avons reproduit et commenté, au .S>mi7 du Mystère (pages 
127-1.Ï0). 

(2) Voir Éliphas Lévi, qui énonce et démontre cette loi (Dogme et 
Rituel, passira). 



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l'équilibre et son agent 



au cours du temps, — et lônali, agent centrifuge, se déploie 
à travers l'espace. Or le temps et l'espace ne sont-ils pas 
les conditions essentielles de toute existence physique? 

< Ces deux actions, dit Fabre d'Olivet, selon la forme des- 



sont ennemies dès leur naissance. Pilles agissent incessamment 
l'une sur l'autre, et cherchent à se dominer réciproquement, 
et à se réduire à leur propre nature. L'action compressée, plus 
énergique que l'action expansive, la domine toujours dans 
l'origine, et l'accablant pour ainsi dire, compacte la substance 
universelle sur laquelle elle agit, et donne l'existence aux 
formes matérielles qui n'étaient pas auparavant (t). » 

Ce qui est vrai pour la condensation des nébuleuses, 
l'est aussi pour toute formation corporelle. 

La force coërcitive, subjuguant sa complémentaire, 
condense la substance originelle, selon tel type généri- 
que, dans la sphère d'action de tel règne. 

Si nous examinons les règnes végétal et animal (où les 
individus, mieux définis, naissent, croissent, déclinent et 
meurent en des conditions cycliques plus accessibles à 
notre observation si bornée), la victoire première de la 
force compressive se manifestera évidente dans l'exemple 
de la semence, qui tient prisonnière en un si petit espace, 
et, pour ainsi dire, à haute tension, la potentialité d'un 
être; lequel, sous l'empire de la force inverse, va passer 
en acte, s'organiser, grandir, etc.. A l'action succède en 
effet la réaction : c'est le tour de l'agentexpansif, qui sus- 
cite 1 être à son plein développement, pousse à la crois- 
sance du dedans au dehors, et favorise ainsi la bâtisse 



(1) Gain, Lettre à Lord Byron, page 31. 





124 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



progressive d'un corps matériel, qui s'édifiera sur le pa- 
tron du corps astral, et selon l'estampille individuelles 
imprimée à celui-ci par la faculté plastique, efficiente» 
de l'être en voie d'incarnation. 

Cependant la force compressive, centripète, s'exerce 
toujours du dehors au dedans : après avoir participé à la 
création de l'être matériel (1), en compactant la substance 
éthérée, — il faut maintenant que cette même Force ac- 
cable son ouvrage, et agisse sur lui à l'instar d'un fer- 

■ 

ment dissolutif. Le dynamisme convergent d'Hereb n'a 
pas varié; mais il produit des effets inverses, selon qu'il 
opère sur la substance non encore condensée, ou sur la 
matière physique : dans le premier cas, l'action est créa- 
trice; elle est plus ou moins promptement destructive 
dans le second cas. 

Rien n'est plus mystérieux, quand on y songe, que 
cette propriété inhérente au Temps, de tout modifier, 
altérer et dissoudre, d'une sorte lente, parfois insensible, 
mais inéluctable et sans remède. Pourquoi cette fatale 
décadence des choses, cette usure progressive des formes 
matérielles? Pourquoi (précurseur d'une totale dissolu- 
tion), ce déclin qu'inflige le vieux Saturne à tous les êtres 
qui peuplent l'Étendue? Enfin, pourquoi la vieillesse et 
la Mort, inversement complémentaires de la Naissance 
et de la Jeunesse? — C'est la réplique d'Hereb au verbe 
universel dlônah. 

Que la substance expansive, vivante, soit liée au prin- 
cipe de l'Espace, l'esprit humain le conçoit sans peine; 



(1) Et, par conséquent, collaboré avec lônah. 



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l'équilibre et son agent 125 

mais il se persuade moins aisément de l'affinité secrète 
qui rattache au principe du Temps, l'insaisissable facteur 
de la décrépitude et de la mort. 

Le Temps lui-même est fort difficile à saisir dans sa na- 
ture, comme à représenter par une image sensible : « com- 
ment pourrait-il affecter nos organes corporels, puisque 
passé , il n'est plus; que futur, il n'est pas ; que présent, il 
est renfermé dans un instant indivisible ? Le Temps est une 
énigme indéchiffrable pour quiconque se renferme dans 
le cercle des sensations, et cependant les sensations seules 
lui donnent une existence relative. Si elles n'existaient 
pas, que serait-il? — Ce qu'il est : une mesure de la vie. 
Changez la vie, et vous changerez le Temps. Donnez un 
autre mouvement à la matière et vous aurez un autre 
Espace (1). » 

Ainsi donc, comme Fabre d'Olivet le donne à entendre 
avec sa profondeur accoutumée, le Temps procède de la 
Vie en fermentation, comme l'Espace, de la Matière en 
travail. — Traduisons en hiérogrammes mosaïques : 
Kaïn s'apparie à Nephesh-ha-Chaïah , comme Abel à 

iletz yy (2). 

On peut voir, dans le principe du Temps, la règle de 
succession cosmique des formes éphémères, où viennent 
s'élaborer les âmes en voie de rédemption, — ou d'évo- 
lution, car c'est tout un. 

Plus la vitalité des êtres s'affirme intense, plus il 
semble que le Temps ait de prise sur elle, pour la tarir, 



(il Fabre d'Olivet, Langue hébr. restit., tome I, pages 114-115. 
(2) y?, identique au Moulé ^VH rabbinique, et àlf).tj des grecs. 



126 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



en altérant, puis en ruinant les organismes qui consti- 
tuent les foyers de son élaboration. — L'action corrosivo 
du Temps, très lente sur les minéraux, dont l'âme de 
vie est à peine éveillée, se fait sentir davantage sur les 
exemplaires végétaux ; cette action, plus intense encore 
sur la moyenne des êtres du règne animal, devient fou- 
droyante pour tels d'entre eux. 

Et cependant, les âmes de vie distribuées à tous les 
êtres n'en sont pas moins les éléments de conservation 
temporaire des organismes où elles s'incarnent. 

11 semble que ce soit là une contradiction, mais elle 
n'existe que dans les termes. 

Nous savons qu'en tout être organisé, il y a plusieurs 
vies : depuis la vie universelle, à quoi l'individu se rat- 
tache par l'intermédiaire de l'Espèce, jusqu'à la vie 
(réfractée) des cellules constitutives de son corps (1). 
Ces extrêmes, qui touchent à l'absolu de l'unité d'une 
part, à l'infini de la divisibilité de l'autre, n'appartien- 
nent point en propre à l'individu : dans l'intervalle se 
place logiquement sa vie personnelle, — synthétique par 
rapport aux vitalités cellulaires, mais subdivisionnelle 
par rapport à la vie collective des êtres. Cette vie 
moyenne, la sienne propre, la vie de son âme (b*ifi) est 
triple et quadruple, comme cette Psyché même. 

Supposons-la intégralement développée, chez l'homme 
parfait, par exemple; elle se manifestera sous trois mo- 
difications : intellectuelle, passionnelle, instinctive. La 



llj Et jusqu'à la vie chimi.iuo des atomes dont les cellules sont for- 
mées. 



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l'équilibre et son agent 



137 



vie passionnelle, médiane, d'un individu constitue en 
effet le foyer central de son existence proprement dite. 
Par sa vie intellectuelle, supérieure, cet individu confine 
a la vie collective de l'espèce ; par sa vie instinctive, in- 
férieure (vie du corps astral), il maîtrise les vitalités 
subdivisées des cellules de son corps physique. Une qua- 
trième vie, qui a sa racine dans le foyer central de 
l'àme, la vie volitive, englobe enfin les trois modifications 
susdites, pour les ramener à l'unité. 

D'ailleurs, la vitalité cellulaire n'est point elle-même 
le dernier terme de la subdivision, pas plus que la vie 
collective de l'espèce ne constitue le dernier terme de 
l'intégration : cette vie collective aboutit à la vie univer- 
selle, intégrale ; et pareillement, au-dessous de la vita- 
lité des cellules, se place la vie atomique, dont témoi- 
gnent les affinités comiques des atomes. 

Cela posé, l'apparente contradiction ci-dessus se résout 
d'elle-même. Nous avons dit, en effet, que — règle gé- 
nérale — le Temps exerce ses ravages en raison directe 
de l'activité vitale des êtres, et qu'on doit nonobstant 
considérer les âmes de vie, comme les palladia d'éphé- 
mère conservation des corps. Mais nous désignons alors 
par àme de vie la Psyché elle-même, la substance propre 
de letre individuel; et par vitalité, la synthèse de ces 
énergies biologiques réfractées, qui sont comme les âmes 
des cellules. 

Hé bien, la force hérébique du Temps fomente la vie 
chimique des atomes, — et ce, en tendant à relâcher, 
puis à dissoudre le lien sympathique qui tient groupées, 
suivant une loi de hiérarchie unitaire, les vitalités innom- 



128 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



brables et infimes des cellules constitutives de l'orga- 
nisme. Voici comme. 

Le lien sympathique mentionné n'est autre que le corps 
astral. Sa rupture occasionne la libération de la Psyché, 
autrement dit — la Mort, dont la prime conséquence est 
Panarchie déchaînée parmi les vitalités moléculaires. Mais 
ces vitalités de cellules, n'étant que le produit d'une ré- 
fraction de la vie générale individuelle, ne tardent guère 
à s'éteindre, à l'instar de cette dernière : rien ne maitrise 
plus, dès lors, ce que nous avons appelé la vie chimique 
des atomes ; bref, le jeu des affinités, (qu'asservissait ou, 
pour mieux dire, que réglait naguère le principe aggré- 
gatif des vies), s'exerce enfin sans nulle contrainte : d'où 
la décomposition organique, que certaines Larves (1) 
lluidiques viennent activer encore, on y développant des 
ferments spéciaux de putréfaction... 

Toutes ces ruines seréfèrentau mystérieux Aôb de 
la primitive Kabbale; elles jonchent le domaine delà lu- 
mière négative, laquelle reçoit son impulsion d'Uereb, le 
principe universel constrictif (Vastringence de Jacob 
Bœhme). Aussi les adeptes de certaine école désignaient- 
ils Hereb sous cette mystique dénomination : c'est le bras 
de Mouth (le bras de la mort) ; c'est l'agent du retour à 
l'unité. 



(1) Le mot Larve s'emploie souvent en magie comme synonyme do 
Lé mure, c'est-à-dire dans un sens plus large que celui de notre défini- 
tion au chapitre II. — C'est ici le cas. Cf. chap. VI, fa Mort et sr>s 
Arcanes. 




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I 

L ÉQUILIBRE ET SON AGENT 129 

Quant à la lumière positive, Àôd TX, nous l'avons vue 
gouvernée par le principe expansif de l'universelle vivi- 
fication, lônali (y amertume de J. Bœhme). 

Enfin, ces actions opposées se balancent et se tempè- 
rent Tune par l'autre, dans les effluves de la lumière 
astrale équilibrée, Aôr litf . 

LWôr génère intarissablement les formes matérielles, 
qui naissent, prennent leur développement, puis décli- 
nent, passent et se succèdent, grâce au concours des 
deux Puissances hostiles, dont l'éternel conflit a la fécon- 
dité d'un embrassement d'amour. 

Cette mutualité (créatrice et destructive tout ensemble) 
apparaît réglée par l'empire qu'exerce sur VAôr certain 
agent occulte, Nahàsh, qui est le principe même de la 
divisibilité indéfinie et de Végo-isme à outrance : attribu- 
tions qui semblent s'exclure, et s'unifient néanmoins en 
lui. Cet agent n'est pas moins que le Diable, au sentiment 
de plusieurs mystiques. 

En tout être qui s'incarne ici-bas, il fomente un Moi 
terrestre, inférieur, passager, exclusif et ambitieux de 
s'étendre aux dépens d'autrui. Pareillement, il dote 
d'une tendance féroce à l'autonomie (nous allions dire 
qu'il revêt d'un simulacre de Moi) chacune des cellules 
constitutives de tout corps organisé, chacun des atomes 
groupés pour former ces cellules. D'où, un résultat que 
nous avons signalé plus haut: tant que le corps astral, 
ou frein aggrégatif des vies, déploie la puissance de 
maîtriser toutes ces vitalités fragmentaires, non seule- 
ment elles restent soumises ; bien plus, elles concourent 
harmonieusement à l'existence commune. Mais que ce 



130 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



frein vienne à faiblir, et l'anarchie se déclare parmi ces 
infimes vitalités : la mort s'ensuit, et la décomposition 
commence. En un mot, l'Agent qui nous occupe multi- 
plie sous toutes les formes et attise chez tous les êtres le 
sauvage instinct du struggle for life.... Si le démon n'est 
pas un mythe, en vérité, voilà bien son signalement. 

— « Crée encor pour détruire, et détruis pour créer, » 

clame vers Dieu le Lucifer de Lord Byron. Lucifer se 
trompe d'adresse. Ce n'est point Dieu, c'est lui-môme 
qu'il devrait interpeller ainsi, — lui-même, aveugle Dé- 
miurge du monde inférieur, despote de l'Astral, impla- 
cable de fatidique inconscience, et dont l'instinct seul 
vivace s'agite et se multiplie, indifférent au mai comme 
au bien. 

Fauteur de toute division, n'est-il point cet Antéchrist 
virtuel, que le Fils de l'homme est venu combattre et 
terrasser? Notre Seigneur Jésus-Christ le nomme posi- 
tivement le Prince de ce monde: « Confidete! Ego 
vici mundum!... Princeps hujus mundi ejicietur foras ! » 

Nos Lecteurs savent déjà son vrai nom : ttttia Naliàsh. 
C'est par de poétiques fictions qu'on l'a personnifié sous 
les appellations de Satan, de Lucifer, du Diable, etc.. 

Il n'est point une personne distincte, mais une Puis- 
sance impersonnelle, au contraire, un agent occulte de 
la création. 11 domine d'en bas sur YAôr, de même 
qu' Iônah et ([ii'Hereb, ses termes de polarisation (i) 



(i) L'on ne saurait s'étonner qu'a défaut d'un vocabulaire adéquat, 
et lorsque nous traitons un sujet inouï (au sens radical de ce terme», 
nous soyons contraint à quelques à peu près d'expression. 



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l'équilibre et son agent 131 

(relatifs aux flux et reflux de Nephesch-ha-chaïah y famé 
universelle vivante) dominent de droite et de gauche sur 
Aôd et Aob, les courants de lumière positive et négative. 

Sahàsh, dragon-sphinx, proposant l'énigme de son 
inqualifiable essence aux Œdipe du mysticisme, offre à 
leur sagacité un sujet de constante méditation. Son ori- 
gine, — dont nous traiterons au tome III, — se réfère 
aux plus vertigineux arcanes de la Nature et de la Vie. 
Faire la lumière intégrale sur Nahàsh, équivaudrait à 
résoudre le problème du mal. 

l'n théosophe allemand a eu l'audace d'affronter le 
monstre dans sa caverne originelle. Jacob Bœhmea per- 
scruté la « racine ténébreuse » des choses ; il en a 
décrit le pivot, qui est Nahàsh. Mais Bœhme ne le connaît 
pas sous ce nom: il l'appelle le vortejcou\e tourbillon 
d'angoisse, et en fait la troisième propriété de son abime 
virtuel. Les deux premières propriétés ennemies dont 
étreinte réciproque engendre la troisième, sont les po- 
tentialités comprcssive et dilatante (1), où Ton ne peut 
se défendre de voir les principes radicaux d'iîereb et 
«Hônah. Ces trois vertus combinées (2) concourent à un 
ensemble que Bœhme qualifie de racine ténébreuse de 
1 Être, antérieure à toute manifestation d'icelui : c'est la 
matrice occulte de l'éternelle Nature (3), tourmentée d'une 



(1) L'attringence et l'amertume, selon la terminologie étrange que lui 
1 fidèlement conservée son traducteur français, le marquis de Saint- 
Martin. Mais le théosophe d'Arnboise est loin d'avoir toujours compris 
son « divin Bœhme .>. 

(*) « Les trois propriétés du Désir» (Bœhme). 

(3) L'enfer est la matrice du Microcosme (Paracelse). 



132 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



appétence à générer la vie, appétence qu'il définit VAL— 
tract originel. Singulière rencontre! Ce sont les propres 
termes que choisira Fabre d'01ivet,pour traduire l'hiéro- 
gramme hébreu wnï ... Mais elle se tordrait à jamais 
stérile, cette angoisse magique du possible qui voudrait 
être, elle s'épuiserait en efforts impuissants, si Dieu n'y 
dardait un ravon de sa lumière invisible : le RoùacFi 

m 

jElohtm de la Genèse. Sous l'influx divin, la roue d'an- 
goisse s'allume (l), et le désir devient plaisir : de là s'en- 
gendre le feu-principe ou médium universel du théosophe 
allemand. 

Nous empruntons en passant ces quelques traits 
fragmentaires au système deBœhme, parce qu'ils offrent, 
avec l'objet de ce chapitre, des rapports frappants et 
d'intérêt majeur. Cependant, s'il y a correspondance 
analogique, il n'y a point identité. On fera bien d'y 
prendre garde. Le feu-principe, notamment, n'est pas la 
lumière astrale, cosmique ; mais sa source universelle, 
céleste (2).... 

Retenons seulement que le principe originel de Nahàsh 
tient au mystère de toute génération ontologique, — et 
que, dans les profondeurs du limbe potentiel, Nahàsh est 



(1) TIN (Klémentisation lumineuse). 

(2) Ainsi du reste. — Le grand mystique traite des principes de la 
céleste Nature, conçue antérieurement à la déchéanco (Voy. notre Avant- 
propos, page 20) Ce décor éternel une fois posé, Bœhmo passe seule- 
ment aui drames de la chute des anges et du péché originel. — En ce 
tome, au contraire, nous acceptons la chute comme un fait accompli : 
nous traitons de la Nature déchue, sans chercher ce quelle pouvait être 
avant la catastrophe. 



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l'équilibre et son agent 133 

encore le point de soudure entre l'Homme et le Cosmos, 
à naître tous deux. 

Au demeurant, c'est surtout Moïse qu'il faut interroger, 
touchant Nahàsh. Le théocrate d'Israël n'est point seule- 
ment l'éditeur (l'auteur peut-être) de cet hiérogramme ; 
historien, par surcroit, de l'Être ambigu qu'il nomme 
ainsi, Moïse a Iracé une page décisive de sa légende 
ésotérique, au troisième chapitre du Berœshith. 

Ildésigne sous cette appellation, ttfllJ, l'Agent primor- 
dial de la chute, le Tentateur édénal ; — sous ce même 
nom, les Bibles vulgaires désignent « un serpent, subtil 
animal des champs (1) », et le scoliaste agnostique ajoute 
en marge : c'est-à-dire le Démon, déguisé sous cette appa- 
rence. 

« Nahàsh, écrit Fabre d'Olivet, caractérise proprement ce 
sentiment intérieur et profond qui attache l'être à sa propre 
existence individuelle, et qui lui fait ardemment désirer de la 
conserver et de l'étendre. Ce nom, ( que j'ai rendu par celui 
d'attract originel, a été malheureusement traduit dans la ver- 
sion des hellénistes par celui de serpent ; mais jamais il n'a 
eu ce sens, même dans le langage le plus vulgaire. L'hébreu 
a deux ou trois mots, entièrement différents de celui-là, pour 
désigner un serpent. Nahàsh est plutôt, si je puis m'ex primer 
ainsi, cet égoïsme radical qui porte l'être à se faire centre et à 
loul rapporter à lui. Moïse dit que ce sentiment était la pas- 



(1) Lo3 modernes traducteurs, qui n'y voient point malice, suivent 
la remorque de saint Jérôme mystifié et des Septante mystificateurs. 

Chacun peut se reporter à Y Introduction générale du Serpent de la 
Genèse Home I, page 20*21), où nous avons transcrit le toxte hébreu 
du verset en litige, avec les deux traductions, — exotérique et ésoté- 
rique, — en regard. 



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134 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



sion entraînante de l'animalité élémentaire, le ressort secret 
ou le levain que Dieu avait donné à la nature. Il est très re- 
marquable que le nom employé ici par l'écrivain hiérographe 
pour exprimer cette passion, ce ressort ou ce levain, est Harytn, 
le même que Zoroastre, parmi les Perses, avait employé pour 

désigner le Génie du Mal Ainsi, d'après l'esprit du Sepher 

et la vraie doctrine de Moyse, Nahàsh Harym ne serait pas un 

être distinct, indépendant mais bien un mobile central 

donné à la matière, un ressort caché, un levain agissant dans 
la profondité des choses, que Dieu avait placé dans la nature 
corporelle pour en élaborer les éléments (1). » 

C'est de ce levain, inséparable pour nous du fluide 
universel qui constitue sa base de manifestation, — c'est 
de ce levain que parle Quantius Aucler, l'hiérophante 
païen de la Thréïcie, dans une page étonnante, où il 
effleure le grand problème de la biologie sidérale. 

c Vous avez des idées bien grossières : vous pensez que ces 
globes lumineux, qui gardent toujours leurs places dans un 
fluide qui ne peut les soutenir ; qui, dans des oppositions et 
divers aspects, ont des marches toujours régulières, ont été 
placés sur vos tètes pour amuser vos yeux et les calculs de vos 
astronomes ! Il n'y a dans la nature que des corps morts ou 
vivants; tout ce qui est mort n'est pas vivant ; tout ce qui est 
vivant n'est pas mort. 

o II y a un ferment qui est l'esprit (2) qui joint l'àme au 
inonde : son action est continuelle ; il change tout, c'est le 
grand Protée ; il dissout les êtres morts, et il les prépare, en 
les dissolvant, à être le lieu où de nouveaux êtres, d'une ma- 
nière que vous ne pouvez pas même maintenant soupçonner, 
viennent du grand abîme de la Nuit pour se corporifier. Si 



(1) Caïn, p. 34-35, pa«sim. 

(2) Esprit ost employé par Aucler dans le sens de spiritueux, et non 
pas de spirituel. 



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l/ÉQUILIBRE ET SON Àf.RNT 



vous savez interpréter l'Hymne à la nuit d'Orphée, vous aurez 
uodes premiers points de la Doctrine: vous saurez comment 
tout se forme, vous pourrez voir vos yeux sans miroir, et 
ébranler les cornes du taureau. 

« Ce ferment n'agit pas sur les corps vivants (1), parce que 
1.4 nimus qui les informe, les maintient, est plus fort que le 
ferment qui tend à les dissoudre, étant d'une nature supé- 
rieure. Si le ferment pouvoit quelque chose sur les êtres, il 
les disposèrent à recevoir de nouveaux Animiis, qui de l'abîme 
de la Nuit, viendroient se corporilier ; ainsi il les dissoudroit. 
Il faut donc qu'ils aient quelque chose en eux qui repousse les 
atteintes du ferment et qui soit supérieur à cet esprit ; il faut 
donc qu'ils aient en eux chacun un animus qui les informe, 
qui maintient leur forme et qui repousse l'action du ferment: 
ainsi ils vivent donc. Si la terre n'étoit pas animée, le ferment 
aussi la dissoudroit, et la disposeroit à recevoir de nouveaux 
êtres qui rongeroient les récoltes, tourmenteroient les espèces 
primitives, leur nuiroient, les détruiroienl ; et elles ne seroient 
plus alors une simple altération, mais ne ressembleroient plus 
aux idées archétypes. 

« Le propre du cadavre est de tomber; c'est de là qu'il est 
appelé cadavre à cadendo ; le propre de l'être vivant est de se 
dresser et de se soutenir, parce qu'il a le principe de son mou- 
vement et de sa vie en lui. C'est ainsi que je soutiens mon 
^as, que je dresse ma tète î — Si les astres n'étoient que des 
cadavres, ils tomberoient ; c'est-à-dire qu'ils se rassemble- 
ment dans un même lieu, selon les lois de la pesanteur (2) i> 



(1) Ceci n'est point tout à fait exact. Le ferment agit sur les corps 
v,v ants : il les vieillit et tend à les dissoudre, mais à la longue... C'est 
^ que nous avons tAehé de faire comprendre plus haut. Nous avons 
*]<>uté que cette immunité relative et temporaire «Hait due à 1 énergie 
réactive des âmes de vie. 

(2ï La Thrèïcie. ou la feule voie des Sciences divines et humaines, 
PafQuantius Aucler. — Paris, an VII de la République, in-8 (pages 
228-230). 

Si cet ouvrage n'était écrit d'un style inculte, rocailleux jusqu'à de- 
VCQ ' r insupportable par endroits, il mériterait à coup sùr les honneurs 



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136 



LA CLEF DE LA MAf.IE N01IIE 



L'opinion qu'exprime Aucler ne doit point surprendre, 
bien que le sentiment contraire ait prévalu. Elle est con- 
forme à la doctrine secrète de tous les Sages de l'anti- 
quité. 

L'on enseignait partout dans les temples que l'Uni- 
vers est animé. Sur ce point tombaient d'accord les deux 
Écoles rivales, — théosophique et naturaliste, — que di- 
visait pourtant la question fondamentale de la Divinité. 
Soit que les penseurs ne reconnussent point de Cause 
première en dehors de la Nature productrice, immanente 
à l'Univers qu'Elle engendre éternellement; soit qu'ils ad- 
missent l'existence indépendante d'un Être ineffable qui, 
principe de cette Nature, en demeure néanmoins distinct : 
le Macrocosme était pour eux un être vivant, dans son 
ensemble comme dans ses parties. 

Tous les initiés du monde antique, — Hermès, Zoroastre, 



do la réimpression, dont on se montre si étourdiment prodigne de nos 
jours : d'autant plus qu'il est devenu fort rare. 

Le fragment que nous reproduisons là peut compter parmi les moins 
mal écrits ; encore avons-nous dû amender la ponctuation de l'hiéro- 
phante. 

Kliphas [Ln Science fies Esprit*, page 242) a eu le tort de ridiculiser 
Qiianlius Aucler. La Threïcie constitue, telle quelle, un traité de paga- 
nisme occulte, tout à fait unique en son genre, et dont on ne saurait 
trop recommander la lecture aux amateurs de mysticisme. Ils y trou- 
veront de piquants détails, et. qui mieux est. quelques vues infiniment 
précieuses et qu'ils seraient fort empêchés de découvrir nulle autre part. 
La doctrine ésotérique y est présentée sous une forme polythéiste, «l'un 
archaïsme étrange, et savoureux. L'ouvrage n'est pas moins singulier 
que remarquable et diflicile à trouver en librairie. 

Ln Threïcie était un dos livres de chevet du noble poète des Chi- 
mères. On peut consulter la notice qu'il a consacrée à son auteur (Les 
Illuminés, par Gérard do Nerval, Paris, 1842, in-12, p. 318-354). 



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Pythagore, Platon, les Kabbalisles, les Alexandrins, etc., 
— pensaient ainsi. Mais n'allez pas en induire que Py- 
thagore, par exemple, s'il revivait de nos jours, s'ins- 
crirait en faux contre Newton, et le système de l'attrac- 
tion universelle. De ce que les corps célestes s'attirent 
mutuellement, en raison directe des masses, et en raison 
inverse du carré des distances, il ne résulte pas qu'ils 
soient inanimés. Le mécanisme invariable de leur gravi- 
tation n'implique rien contre l'hypothèse en litige. Vie et 
Liberté ne sont point synonymes. — Ce chêne, de l'aveu 
de tous, est vivant : mais sa croissance n'en est pas moins 
soumise à des lois fixes; il se revêt de son feuillage et 
s'en dépouille, selon les alternatives des saisons. — Cet 
homme est vivant : mais une loi indépendante de sa vo- 
lonté n'en règle pas moins chez lui la circulation du 
sang; il n'est point libre d'arrêter les battements de son 
cœur... 

Les Maîtres de l'antique Sagesse contesteraient d'au- 
tant moins le mécanisme de la gravitation universelle, 
que nécessairement ils furent amenés à en construire la 
théorie, par suite de la connaissance très certaine et très 
approfondie qu'ils avaient acquise, non seulement des 
forces centripète et centrifuge, mais encore, comme 
nous l'avons laissé entendre, des essences occultes dont 
ces forces ne sont que la résultante sur le plan physique. 

Que si notre assertion semblait téméraire, et qu'on 
supposât les anciens théosophes trop arriérés en cosmo- 
logie pour se pouvoir élever à de pareilles notions, il nous 
serait facile de prouver aux incrédules, que la doctrine 
secrète des temples comportait les théories le plus en fa- 



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138 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



veur aujourd'hui, — théories dont la science se fait gloire 
comme de récentes conquêtes, et que ses Aristarqucs 
ont enregistrées depuis deux ou trois siècles à peine, 
après lesavoir revêtues deleur haute sanction. Les Pytha- 
goriciens n'enseignaient-ils pas ouvertement, au grand 
scandale des profanes, que la Terre gravite autour du 
Soleil? Aristote nous en est garant. Ne lit-on point dans 
le Zohar « que la Terre tourne sur elle-même en forme 
de cercle; que les uns sont en haut, les autres en bas;... 
qu'il y a telle contrée de la terre qui est éclairée, tandis 
que les autres sont dans les ténèbres; que ceux-ci ont le 
jour quand pour ceux-là il fait nuit ; et qu'il y a des 
pays où il fait constamment jour, où du moins la nuit 
ne dure que quelques instants (1)? » 

Voilà cinq lignes qui, connues ou ignorées de Coper- 
nic, réduisent à peu de chose son mérite d'inventeur. 
Du reste, les témoignages que nous avons produits sont 
loin d'être des faits isolés. Le système anticipé de Coper- 
nic se trahit sous la plume d'un grand nombre d'auteurs 
grecs ou latins, initiés à la tradition ésotérique. C'est au 
point qu'on a lieu d'être surpris, avec Dutens, « qu'un 
système si clairement enseigné par les anciens, ait pris 
son nom d'un philosophe moderne. Pythagore, Philo- 
laus,Nieétasdo Syracuse, Platon, Aristarque et plusieurs 
autres parmi les anciens, ont, en mille endroits, parlé 
de cette opinion : Diogènc Laërce, Plutarque et Stobbée 
nous ont transmis avec précision leurs idées là-dessus; 



(I) Le Zohar, c\U> par Adolphe Franck (la Kabbale, 1813, in-8, p. 
i02). 



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l'équilibre et son agent 139 

et si on ne Ta pas admis plus tôt, cela ne doit s'attribuer 
qu'à la force du préjugé (1)... » 

Ces choses notifiées pour mémoire, nous n'insisterons 
pas davantage sur l'identité des théories astronomiques 
anciennes et modernes. Le présent chapitre fait con- 
naître les principes de Y équilibre magique, dont nous dé- 
crivons l'Agent. L'équilibre matériel des mondes n'en 
est qu'une conséquence, facile à déduire au même titre 
que plusieurs autres; une adaptation secondaire sur le 
plan objectif. 

En insistant sur les influences peu connues qui s'op- 
posent, se croisent et se marient dans les ondes fluidi- 
ques de l'Astral; en précisant plusieurs notions assez 
neuves, sinon insoupçonnées, sur la genèse des divers 
courants qui s'y forment et sur les Agents occultes dont 
ils procèdent, — nous estimons avoir été plus intéressant 
et plus utile que si, prodigue de développements descrip- 
tifs, nous eussions ressassé ce que d'autres ont déjà dit, 
et très bien dit. 

Éliphas Lévi est particulièrement à consulter, au sujet 
de l'équilibre des mondes, que nous n'avons (ait qu'ef- 
fleurer. Nous emprunterons seulement à ce magiste une 
page remarquable, interprétative de la Table d' flmeraude : 
il y décrit la Lumière universelle, au point de vue spécial 
à notre planète : 

« L'âme de la terre, dit-il, est un regard permanent du so- 
leil, que la terre conçoit et garde par imprégnation. 



(1) Dutens. Origine des découvertes attribuées aujc modernes, Paris, 
1776, 2 vol. in-8 (t. I, p. 205-206). 




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140 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



a La lune concourt à cette imprégnation de la terre, en re- 
poussant vers elle une image solaire pendant la nuit, en sorte 
qu'Hermès a eu raison de dire, en parlant du grand agent : 
le Soleil est son père, la Lune est sa mère. Puis il ajoute : le 
vent l'a porté dans son ventre, parce que l'atmosphère est le 
récipient et comme le ereuset des rayons solaires, au moyen 
desquels se forme cette image vivante du soleil, qui pénètre la 
terre tout entière, la vivifie, la féconde et détermine tout ce 
qui se produit à sa surface par ses effluves et ses courants con- 
tinuels, analogues à ceux du soleil lui-même. 

« Cet agent solaire est vivant par deux forces contraires : 
une force d'attraction et une force de projection, ce qui fait 
dire à Hermès que toujours il remonte et redescend. 

< La force d'attraction se fixe toujours au centre des corps, 
et la force de projection dans leurs contours ou à leur surface. 

c C'est par cette double force que tout a été créé et que tout 
subsiste. 

« Son mouvement est un enroulement et un déroulement 
successifs et indéfinis, ou plutôt simultanés et perpétuels, par 
spirales de mouvements contraires qui ne se rencontrent ja- 
mais. 

c C'est le même mouvement que celui du Soleil, qui attire 
et repousse en même temps tous les astres de son système. 

« Connaître le mouvement de ce soleil terrestre, de manière 
à pouvoir profiter de ses courants et les diriger, c'est avoir ac- 
compli le grand œuvre, et c'est être maître du monde (1). . » 

Nous l'avons dit ailleurs : ce qu'Éliphas Lévi appelle 
courant de projection (actif), c'est YAôd Ttf ou le Soufre- 
principe des alchimistes; — courant d'attraction (passif), 
c'est YAôb SIS ou Mercure-principe des alchimistes. — 
Enfin, ce qu'il nomme mouvement équilibré, c'est YAôr 
Tï* ou l'Azoth des Sages : c'est le foyer de la quintes- 
sence, où réside la force de leur dissolvant universel. 



(1) Dogme et Rituel de la Haute-Magie, t. I, p. 1521 53 




l'équilibre et son agent 



1U 



Aôd, Aôb, Aôr : positif (+), négatif (—), intégral (oo). 
— Sommes-nous curieux de voir quel sens Fabre d'Oli- 
vet, dans son vocabulaire radical, assigne à ces trois ra- 
cines hébraïques? 

Consultons-le; sa réponse semblera peut-être énigina- 
tique et déconcertante, à l'abord. Mais qu'on y veuille 
bien réfléchir, premier que de se croire déçu : car nous 
protestons ici, qu'à la faveur des trois lignes qu'on va 
lire, studieusement rapprochées de nos explications sur 
les Puissances motrices de l'Astral (savoir liereb, Iônah 
et Sahàsh), il deviendra loisible aux amateurs de théo- 
sophie d'entrevoir l'essence môme de Y Anima mundi, et 
de surprendre, non point seulement le quomodo, mais le 
quia de l'Équilibre universel : 

c iïh Le Désir, agissant à l'intérieur. 
« VIN Le Désir, agissant à l'extérieur. 

c tm Le Désir, livré à son mouvement propre, pro- 
duisant l'ardeur, lout ce qui enflamme, ce qui brûle, etc. (I). » 

Sans commenter outre mesure un texte dont il con- 
viendrait que chacun saisit par soi-même et appréciât 
toute la portée, quelques observations n'en seront pas 
moins de mise, qui aideront à y parvenir... 

Le théosophe Jacob Bœhme, cet explorateur enfiévré 
des suprêmes arcanes, nous dénonce le Désir comme la 



(t) La Langue hébraïque restituée, t. 1, p. 8 du Vocabulaire radical. 
— Rappelons-nous que Bœhme appelle les trois formes de son Abîme 
potentiel « les trois propriétés du Désir », et que la Racine ténébreuse 
des choses, que nous avons qualifiée de pile physiogéniuue, est formée 
de ces trois éléments. 



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H2 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



racine première de tout être, et de la Nature productrice 
elle-même. 

Le Désir est plus spécialement la Puissance magique 
devocation aux mirages de l'existence objective, sensible. 
11 s'affirme créateur comme la Volonté, dont il n'est peut- 
être qu'une forme obscure, rudimentaire ou dégradée (l). 

11 se diversifie d'ailleurs, selon les milieux où il se dé- 
veloppe. Simple conséquence de la chute et répercussion 
de la chair sur l'âme, quand il fermente au cœur humain, 
— le Désir prend un autre caractère chez tous les êtres 
qui vivent de la vie céleste: il témoigne d'un acquiesce- 
ment de la sensibilité aux suggestions tacites de iVa- 
hàsh. 

Dans le monde des âmes, il incite les monades à dé- 

* 

choir, et les fait rouler sur la pente de l'incarnation ; — 
au royaume de la vie et de la mort physiques, il pousse 
les incarnés à perpétuer leur race : 

Efficil ut cupide (jeneralim sœcla propagent. 

Le Désir apparaît donc à la base de toute manifestation 
objective. Le Feu secret constitue le lien, l'instrument 
médiateur entre le Désir et l'objet désiré ; enfin la matière 
marque le terme, la limite, l'aboutissement infime du 
Désir réalisé. 

La Forme spirituelle, que le Désir a fait descendre du 
Ciel empyrée, se fixe un instant dans la matière qu'elle 
pétrit à son image ; puis, ses potentialités taries, la Forme 



{{) Imaginons la Volonté qui s'éveille, inconsciente et despotique, 
aux limbes des vies instinctive et passionnelle ; la Volonté aveugle, 
acoquinée aux séductions de la vie physique, — le Désir serable t-il 
autre chose ? 



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L'ÉQUILIBRE ET SON AGENT 



fait retour à l'occulte, par l'entremise de ce môme Feu 
secret, qui avait servi naguère à la manifester. La terrestre 
dépouille de la Forme spirituelle envolée en garde la fu- 
gitive empreinte: c'est la signature, ici-bas, d'une Énergie 
réintégrée à sa source d'en haut. Mais la signature va 
s'effacer graduellement, l'empreinte disparaître, sous l'ac- 
tion du ferment universel, c'est-à-dire encore et toujours 
du Feu secret!... 

L'on serait fort en peine de rien expliquer de la nature 
ni de l'origine du Cosmos, sans recourir à la connais- 
sance de cette mystérieuse Lumière, invisible aux yeux 
charnels ; car c'est d'elle que tout est sorti, et rien ne 
subsiste encore que par elle. 

Indépendamment des matérialisations objectives dont 
l'ensemble constitue l'univers physique, la lumière astrale 
se spécialise encore et se fixe partiellement, selon les 
milieux : elle forme ainsi le corps sidéral, et par suite le 
nimbe de tous les êtres qu'elle baigne de ses ondes. 

Ainsi chaque astre est enveloppé d'une atmosphère 
hyperphysique appropriée à sa nature : c'est son âme vi- 
tale et inférieure, ou son corps aromal et supérieur. Cette 
atmosphère, réserve virtuelle et milieu nourricier, s'éla- 
bore et s'entretient elle-même, en aspirant et en expirant 
tour à tour la substance universelle, ou Lumière astrale 
non spécialisée, non fixée. 

Il en est de même de tous les êtres, quels qu'ils soient ; 
tous ont leur corps astral ou médiateur plastique. 

Le Lecteur pourra bientôt comprendre à quels trou- 
blants mystères la connaissance positive des corps sidé- 



I u 



LA CLEF DE LA MAGIE N01KE 



raux(ei particulièrement du corps sidéral humain) peut 
servir de clef. Nous nous contenterons d'observer, en ce 
chapitre, qu'il n'est point de peuple sur la terre, dont les 
traditions mystiques se taisent sur ce point. 

Si la Lumière astrale compte plusieurs centaines de 
noms, le corps tluidique peut lui faire concurrence sous 
ce rapport. La liste énumérative en serait fastidieuse ; 
nous y mettrons quelque discrétion, et nul ne songera 
peut-être k s'en plaindre. 

L'idée même du fantôme, si universellement reçue des 
hommes à toutes les époques de l'histoire, traduit en mode 
exotérique l'occulte notion de cette réalité : le corps as- 
tral. 

Qu'on l'appelle avec les brahmes Linga Sharira, Ae- 
phesh avec les Kabbalistes, Eidôlon avec l'école helléni- 
que, Houeti avec les magistes chinois, — c'est toujours ce 
double mystérieux, dont Psellus enseigne qu'il tient le mi- 
lieu entre le corps physique et l'àme spirituelle. C'est 
VAngoëidé d'Origène et le Simulacrum des latins (1). 



(1) Oswald Oollius, élève de Paracelse, énumèrc quelques autres 
noms, coutumièremcnt attribués au corps astral par les adeptes de son 
Kcole. Après avoir parlé du corps physique (dans l'introduction de la 
ttoyalle Chymie), le célèbre Docteur poursuit en ces tenues : « ... Quant 
à l'autre partie de l'homme, c'est-à-dire le corps syderique, appelé le 
Génie de l'homme, d'autant qu'il tire son origine du firmament, les la- 
tins l'appellent encore Pénates, à cause de la proximité qu'il a de nous 
et vient encor au monde avec nous, Ombre visible, Esprit domestique, 
Homme ombrayeu.r, petit homme familier des Philosophes. Démon ou 
bon Génie, Adech interne de Paracelse, Sjtectrelumière de nature, Eues- 
tre prophétique en l'homme. Outre ces noms, il s'appelle encore Ima- 
gination, qui enclost tous les astres dans soy... L'imagination est comme 



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l'équilibre et son agent 145 

Virgile en fait mention plus d'une fois ; il le montre 
survivant au cadavre de chair : 

« Et nunc magna met sub terras ibit imago... » (1). 

Saint Paul écrit hardiment: — « S'il y a un corps ani- 
mal, il y a aussi un corps spirituel (2). » 



la porte, la fontaine et le commencement de toutes les opérations ma- 
giques : et sans le détriment ou diminution de l'Esprit astral ou syde- 
rique, elle a la puissance de produire et engendrer des corps visibles ; 
voire (ce qui surpasse l'entendement humain), soit qu'elle soit présente 
ou absente, elle peut mettre au iour toutes les plus admirables opéra- 
tions.... L'imagination de l'homme est un vray Aymant, lequel a puis- 
sance de tirer à soy de cent lieues D'où le sage ou vray magicien 
peut attirer l'opération des astres, et la ioindre aux pierres, images et 
métaux, lesquels par après ont le mesme pouuoir que les astres... tout 
ce que nous voyons au grand monde peut estre produict par lo moyen 
de l'Imagination ; d'où s'ensuit que toutes les plantes, métaux, et tout 
ce qui a les vertus crescitiues, peut estre produict par l'imagination ou 
la vraye Gabalie ; et cecy est la partie de magie appelée Cabalisti- 
que, appuyée sur ces trois colomnes suiuantes : premièrement, aux 
vrayes prières, faictes en esprit de Vérité, où se faict vnion de l'es- 
prit créé auec Dieu.... Secondement, par la foy naturelle ou sapience 
ingeneree tiercement par la forte exaltation de l'imagination, les 
forces de laquelle sont manifestement demonstrees tant par le baston 
de Iacob, duquel Moyse faict mention, que par les marques imprimées 
aux en fans dans le ventre maternel : donc l'imagination ou fantaisie en 
l'homme est semblable à l'Aymant... » (La Royal le Chymie de 
Crollius, traduitle en françois par I. Marcel de Boulene (Lyon, 1624, 
in-8). Préface admonitoire, p. 74-76 et 80-81, passim). 

Ces lignes surprenantes de Crollius donnent, par anticipation, un aperçu 
des magiques merveilles qui peuvent s'accomplir à la faveur du corps 
astral, évertué ad hoc. L'auteur de la Basil ica Chymica était profondé- 
ment versé dans les arcanes de la Science. 

(1) Enéide, livre IV, v. 654. 

(2) Corinth., XV, 44. — Peut-être saint Paul fait-il allusion, non 
point au Corp» astral proprement dit (expression terrestre de la fa- 
culté plastique de l'àme), mais bien au Corps glorieux (son expression 
céleste). Cette distinction sera tirée au clair dans les chapitres qui vont 
suivre, particulièrement au lV'e ot au Vie du présent tome. 

10 



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146 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



« Les âmes, dit Saint Hilaire, qu'elles soient ôu non 
incarnées, possèdent en outre une substance corporelle 
inhérente à leur nature (1). » 

On pourrait multiplier les citations, mais il n'importe. . . 

Le corps astral, — qui n'est autre que le Périsprit des 
Kardécistes, —double exactement le corps physique, don t 
il se peut séparer sous certaines conditions, comme nous 
le verrons au chapitre II. 

Distinct de Y énergie vitale passive qui réside dans le 
globule sanguin (2) et qui entretient la subsistance des 
cellules, le périsprit a pour siège le système cérébro-spi- 
nal et le grand sympathique : toute fibre nerveuse, si 
minime soit-ellc, sert de véhicule à sa force élastique, 
invisiblement diffuse en toutes les parties du corps visible. 

Cette substance insaisissable se répare et se renouvelle 
par un phénomène en tout point analogue à celui de la 
respiration pulmonaire. Mais le produit de Pexpir fluidi- 
que forme, autour du corps astral, une sorte de halo d'é- 
ther spécialisé, atmosphère individuelle de pureté ou de 
corruption, de vertu ou de vice, dans laquelle vivent et 
se meuvent les êtres potentiels générés par la volonté uu 
par les passions (Voir le chap. II). 

Chez l'homme et les animaux, même chez les plantes, 



(1) In Matth , V, 8. — Même remarque qu a la note précédente. 

(2) Voyez Papls, Traité méthodique de Science occulte, pages 182- 
186. 

Cette force vitale dos cellules est le Jiva des hindous. Inséparable du 
corps, la vie durant, elle forme après la mort cette silhouette, vague- 
ment phosphorescente parfois. qui se décompose très vile, après avoir 
erré quelque temps autour de la dépouille mortelle, dont elle ne s'éloigne 
jamais. 



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l'équilibre et son agent 



147 



le nimbe est très distinct du corps astral, auquel il sert 
d'enveloppe, de vêtement fluidique. Dans le règne miné- 
ral, au contraire, les deux termes se confondent en quel- 
que sorle ; du moins la ligne de démarcation semble- 
t-dle vague et malaisée à définir. 

Il en est de même pour la vie des astres : le corps 
Quidique et le nimbe y paraissent intimement combinés, 
comme ailleurs il sera dit. 

Mais le présent chapitre doit se limiter à l'examen de 
l'Équilibre et de son Agent, c'est-à-dire à l'élude de la 
Lumière astrale, envisagée dans l'antagonisme de ses 
principes moteurs et dans la synthèse de ses mouvements. 
C'est ce que nous avons tâché de mettre au jour, en in- 
sistant sur les ressorts trop ignorés qui commandent le 
dynamisme universel. Que si nous avons pu paraître obs- 
eur, on daignera nous excuser en faveur de l'aventureuse 
audace qu'il y avait, peut-être, à scruter l'essence même 
des Puissances cosmogéniques, au lieu de nous en tenir 
à la description, souvent produite et reproduite, du monde 
astral, soupçonné d'après l'étude de ses phénoménales 
manifestations, — reflets fugaces qu'if jette sur notre 
monde matériel. 

Dans tous les sanctuaires du vieux monde, la substance 
universelle, avec son double mouvement, a été représen- 
tée par le signe symbolique de Mercure ^ . 

Nous sommes heureux d'offrir au Publie, à ce propos, 
la primeur d'une note entièrement inédite, due à l'obli- 
geance de l'emiiient apôtre des Missions, le marquis de 
Saint-Yves d'Alveydre. 



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148 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



3. Esprit universel. 
2. O Mouvement. c yj 
1 . -|- Amour, conjonc- \ -r 
tion. 



« Vedha, Boudha, Hermès 

sont synonymes. — O , dans 

j j -t- 

la langue sacrée de l'an- 
cienne race rouge, écrite de 
bas en haut, ce signe signi- 
fie : Ki-va-t : — Ki (amour), 
Va (mouvement), T (esprit 
universel). 

« C'est le Savoir, ou la ! 
Connaissance, dans son es- 
sence cosmique (1). 

« Le mot HPMHS est le 
commentaire du signe hiéro- 
glyphique et atlantique V, 
et doit se lire de gauche à 
droite pour le sensapparent, 
et de droite à gauche pour le 
sens caché : 

« S, H (=a-\-i), M{sy\- 
lahique ma), R, H (=a+i)« 
— Total : Si (conjonction, 
lien) la ou Ya (mouvement 
circulaire double de va-et- 
vient), Ma >ty ya (mère de 
Mercure et de Boudha). 

« Donc, lien du double mouvement T de la Nature 

universelle. » 



+ =2 = K== Hh = H = 
È= A. 

Q=u = v=va=w = 

boù = bou. 
^ ■= t, substitutif de d. 



Telle est l'explication donnée par M. de Saint-Yves. 

L'hiéroglyphe mercuriel H comporte une autre analyse, 
familière aux alchimistes. Il peut se décomposer en trois 
termes, comme suit : 



(1) Saint- Yves fait ici allusion à un ordre do concepts que nous ne 
pouvons, ni ne voulons aborder en ce volume. 



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l'équilibre et son agent 



149 



1 . Le signe du Soleil (Q ou O) » image du Principe mâle, 
spirituel et fécondateur de l'Univers vivant, d'une part ; 

2. Et de l'autre, le signe de la Lune O ou W), em- 
blème de la Faculté féminine, réceptive et morphogéni- 
que; 

3. Ce principe et cette faculté sonl nuptialement com- 
binés à la faveur de |a croix (+), représentation lingha- 
mique du Thau Sacré (n ou j), qui symbolise lui-même 
tout Agent de Synthèse, de réciprocité, de mutuelle réac- 
tion : tout lien agglutinatif et cohobant. 

Ce n'est pas tout : le pentacle 9 souffre une troisième 
décomposition : n'y peut-on voir Yastérisme zodiacal du 
taureau (tf), dominant le quaternaire des éléments + ? 

Rien n'est arbitraire en Kabbale hiéroglyphique : le si- 
gne du Taureau marque en effet l'action, également ré- 
partie, des influences phébiqueet isiaques éparées (1). 



(1) Nous défendrons-nous du grief d'avoir, en cette phrase, placé le 
Taureau sous la dépendance du Soleil et de la Lune f En d'autres ter- 
mes, d'avoir soumis la synthèse zodiacale de plusieurs univers loin- 
tains, à l'influence d'une modeste étoile de troisiémo grandeur, et d'un 
infime sous-satellite: l'un négligeable, l'autre parfaitement impercep- 
tible dans l'immensité cosmique? Le Lecteur voudra bien, du moins 
l'osons-nous croire, nous faire grâce d'un pareil soupçon de surpre- 
nante naïveté ! 

Les qualités positive et négative, irradiante et absorbante, mâle et 
femelle, se répartissent et se localisent dans les astres de toutes les ré- 
gions du Cosmos ; elles s'équilibrent et s'opposent harmonieusement 
Tune à l'autre, selon des lois préfixes. Les astrologues tirent grand parti, 
pour leurs calculs, de ces contrastes bissexucls des corps célestes. 

Le Soleil et la Lune étant, à notre point de vue terrestre, les types 
locaux de ces deux vertus opposées, nous avons qualifié celles-ci de 
phébif/ue et d'isiaque, — au même sens où Moïse, pour figurer cette gé- 



■ISO 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIKK 



— Faites dominer ce signe sur celui de la Croix (emblème 
binaire de la conjonction des deux lignes, verticale-active 
et horizontale-passive, — ou, si Ton préfère, emblème 
quaternaire des Éléments occultes, qui sont les fruits de 
cette conjonction même) : et vous aurez la représentation 
parfaite des vertus latentes du Mercure des Sages ou de 
VAnima mundi. 

Quelquefois, pour préciser certaines spécifications du 
Mercure des Sages, les alchimistes l'ont figuré par cet 
hiéroglyphe ^f, substituant au signe féminin du Taureau 
(symbole de l'humide radical) le signe mâle du Bélier 
<® ou (expressif du feu-principe). 

Nous sommes entré dans ces détails, pour fournir un 
exemple frappant de l'inflexible logique déployée par les 
adeptes, dans la formation et l'emploi du verbe hiéro- 
glyphique. On a pu voir trois méthodes d'analyse assez 
différentes, donne]' trois résultats absolument concor- 
dants. 

Notre livre II, — Clef de la Magie Noire, — est édifié 
tout entier, répétons-le, sur la connaissance de la Lu- 
mière secrète et de ses principales modifications. Mais 



initiation d'influences, et signifier le type de leur répartition, écrit au 
premier chapitre de la Genèse, y. 16 p : « Et -il-fit, Lui-les-Dieux, cette 
duïtt'— de-clartés-cxtérieures, les-grandes : l'ipseïté-dc-la-lumiore-cen- 
trale, la-grande, pour-représentcr-symboliqueraent-le-jour, ct-l'ipseïté- 
de-la-lumi^rc-centrale, la-pelile, pour-représenter-symboliqueinent la- 
nuit... » (Version Fabre (iOliret). — La Bible d'Osterwald traduit : 
«Dieu donc Ut deux grands luminaires, le plus grand pour dominer 
sur le jour, le moindre pour dominer sur la nuit. » Autant dire : le 
Soleil et la Lune. Était-ce bien là toute la pensée de Moïse ?? 



l'équilibre et son agent 



un aveu s'impose, par quoi l'on nous saura gré de cou- 
clan'. 

Sans doute aurons-nous, au cours de sept chapitres, 
le loisir et l'étendue nécessaires à 1 elucidation des pro- 
blèmes qu'il nous sera permis d'aborder. Il en est quel- 
ques-uns, pourtant, sur le voile hiératique desquels nous 
ne saurions porter la main, sans nous voir taxé par nos 
pairs de témérité sans exemple (I). 

Il est bon que nul n'en ignore : bien que n'étant lié 
vis-à-vis d'aucun maître, puisque le peu que nous sa- 
vons est le fruit de nos seules études, — nous entendons 
néanmoins respecter les traditions séculaires de l'occul- 
tisme et la majesté des symboles religieux. 

Cela posé, prévenons les chercheurs consciencieux, 
que, tout en épaississant sur certains mystères une 
obscurité imperméable aux yeux profanes, il est un souci 
qui ne nous quitte point: en toute occurrence, nous nous 
ingénions à marquer la voie aux initiables. Pour peu que 
ceux-ci s*appliquent à confronter les diverses notions 
que nous aurons pris soin de répartir par tout cet ou- 
vrage, rien au monde ni personne ne pourra mettre 
obstacle à leur opiniâtre volonté de lire entre les lignes. 

— Cherchez, a dit le grand Maître, et vous trouverez: 
frappez, et il vous sera ouvert. 



(1) Quoi qu'il en soit, nous osons bien augurer quo, lecture faite, il ne 
viendra à l'esprit de personne, que nous ayons mal tonu notre engage- 
ment, de faire un coup de jour sur l'idole de la CJoétie, réfugiée dans 
son ultime sanctuaire. — Mais autre chose est d'expliquer aux cher- 
cheurs studieux les arcanes du Mal, autre chose, de fournir aux mala- 
visés tous les moyens de le commettre... Non enim scientia Mali (dit un 
grand Kabbaliste), sed mus damnât! 



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(Section 9). 

L'Ermite (neuf) = Isolement = Puissance 
sur l'Astral (Mystères de la Solitude). 

Chapitre II 

LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



a neuvième clef du Tarot ouvre à l'intelligence 
affranchie les mystères de la solitude. 
Un ermite à barbe inculte, la main gauche 
appuyée sur sa canne, se guide aux clartés d'une lan- 
terne qu'il soulève de la droite et dissimule un peu sous 
les plis de son large manteau. — Voilà l'emblème. 

Le sens en est multiple, comme celui de tous les hiéro- 
glyphes. Nous nous attacherons à la signification moyenne, 
celle qui se propose naturellement à l'esprit. Néanmoins, 
dans la sphère môme où notre interprétation se limite, 
le pentacle peut s'éclairer de deux jours très différents, 
selon qu'on l'envisage de deux points de vue opposés. 

L'ermite symbolisera toujours le solitaire ; mais cet 
ermite peut être un sage, — ou un fou. 
Sage, il s'isole dans sa science et sa pureté ; drapé de 




- 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



la bure de sa vertu sereine, il brave toutes les conta- 
gions du dehors. Mais plein de sollicitude envers ce 
monde imparfait d'où il s'exile, et par égard pour les 
yeux faibles qu'aveuglerait une trop éblouissante lumière, 
il cache aux trois quarts le flambeau du Vrai sous son 
manteau de prêtre, qui n'en laisse prudemment filtrer 
que des rayons affaiblis. Son bâton à sept nœuds, — 
emblème du critérium infaillible que confère à l'initié 
l'intelligence du Grand Arcane, — son bâton représente 
la verge de Moïse, la baguette des miracles, la crosse du 
parfait épiscope : c'est le sceptre de l'unité-synthèse. 

Autre version : le fou protège à grand peine la flamme 
vacillante de sa pauvre lanterne, lumière illusoire et dé- 
cevante, qu'éteindrait le moindre souffle de cet instinct 
collectif des foules, qui a nom le sens commun. C'est que 
l'insensé a peuplé sa solitude d'hallucinations fugitives 
comme le rêve, et de mensongères créatures, auxquelles 
son vouloir peut seul prêter un semblant d'existence, 
son obstination une apparence de durée... Il végète ainsi, 
cloitré dans un séminaire de formes vaines et vides, qu'il 
prend pour la réalité ; se fiant au faux jour de son 
système à priori, dont la lanterne est le symbole. La 
canne ? ne figure-t-elle point sa logique de maniaque, 
puissante encore que dévoyée; sa déraison toujours systé- 
matique, et les artifices où son imagination se dépense, 
sans s'épuiser jamais, pour prolonger l'illusion et pou- 
voir se mentir à elle-même avec une conviction de jour 
en jour plus affermie?... 

Parlons du fou d'abord, nous voulons dire— du sorcier. 



LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



157 



Cet homme vit seul d'habitude. Redouté des uns, ba- 
foué des autres, odieux à tous, la vie commune lui est un 
supplice ; il s'en affranchit le plus qu'il peut. 

Mais l'état de société étant pour l'homme une condi- 
tion normale, organique, presque absolue de l'existence, 
le sorcier ne fuit guère sés voisins, parmi lesquels il 
serait une exception monstrueuse, que pour se créer à 
l'écart une compagnie d'êtres décriés, suspects et hideux 
comme lui. 

Là se révèle la raison majeure de ces assemblées tou- 
jours excentriques, parfois criminelles, que nous avons 
dépeintes d'après la légende (t). 

On ne saurait mettre en doute l'effective réalité de ces 
nocturnes réunions de malfaiteurs et de nigromans; 
maintes fois la sorcellerie y servait de prétexte et de 
couverture à des forfaits moins pittoresques, ainsi qu'ail- 
leurs nous l'avons noté (2). Mais les adeptes qui ne 
pouvaient se rendre en corps à la synagogue y allaient 
en esprit : tel sorcier fréquentait communément les 
sabbats, sans quitter son lit ou son fauteuil. 

A l'appui de cette opinion, le philosophe Gassendi nous 
a conservé le souvenir d'une aventure bien remar- 
quable (3) et dont la portée n'échappera sans doute à 
personne. 

Comme il se promenait par la campagne, il aperçut un 



(1) Le Serpent de la Genèse, t. I, le Temple de Satan, p. 151-166. 

(2) Au Seuil du Mystère, p. 49-50. 

(3) Cf. Gassendi (Physique, liv. Vllf , ch. vm) cité par Debay, His- 
toire des sciences occultes, Paris, 1883, in-18 (pages 422-426). 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIKE 



groupe de manants furieux qui traînaient brutalement 
un malheureux berger, ligotté dans d'étroites courroies. 
Gassendi s'en émut et s'informa. — C'est un sorcier, lui 
dit-on, redouté de tous pour les maléfices qu'il exerce 
sur les hommes et sur les troupeaux. Nous l'avons sur- 
pris en flagrant délit de sortilège ; de ce pas nous Talions 
livrer au magistrat. 

L'homme de science les en dissuada vivement : — 
Conduisez le gaillard chez moi : je veux voir... je veux 
l'interroger seul à seul. 

Les paysans vénéraient Gassendi, connu pour ses bien- 
faits dans tout le pays d'alentour. Ils n'eurent garde de 
rien objecter à cet ordre, et quand ils se furent retirés : 

— Fais ton choix, dit Gassendi : tu vas tout avouer et 
je te baille la clef des champs. Si tu refuses, la justice 
aura son cours... 

L'homme, tout tremblant d'une si chaude alerte, ne 
témoigna nul goût à lier connaissance avec Nosseigneurs 
du Parlement: on brûlait encore, à cette époque-là, pour 
crime de sorcellerie. Il commença donc, sans hési- 
ter, la plus étrange confession. 

— Je suis sorcier depuis trois ans, Monsieur, et deux 
fois la semaine je me rends au Sabbat... C'est affaire 
d'avaler si peu que rien d'un extrait balsamique. Vers 
minuit, parait le Malin, sous l'apparence d'un bouc 
monstrueux ou d'un chat géant aux ailes de ténèbres; il 
s'envole par la cheminée, après vous avoir chargé sur 
ses épaules... 

— Tu me donneras de ce baume, répliqua Gassendi 
sans s'émouvoir. L'expérience parait originale ; j'en veux 





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LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



courir la chance... bref, je compte te suivre au Sabbat. 

— Qu a cela ne tienne, mon maître ! J'y dois aller ce 
soir même ; nous cheminerons de compagnie. 

En attendant l'heure fatidique de la médianoche, le 
berger, plus à son aise, fit au savant la description cir- 
constanciée des lieux incultes où Satanas convoquait ses 
féaux ; il avoua les plus innommables débauches, peignit 
d'ignobles accouplements et de sauvages agapes. Nous 
ferons grâce au Lecteur des détails qu'il a pu lire au 
chapitre II du Temple de Satan : une réédition de ce 
genre parait inopportune ; c'est vraiment assez d'une fois. 
Au sabbat, — et surtout dans l'imagination polluée de 
ceux qui s'y rendent, de fait ou en esprit,— l'obscène le 
dispute au grotesque et l'horrible au pitoyable. 

A l'heure dite, le sagace philosophe reçut sans bron- 
cher sa part du balsamique électuaire, qu'il fit mine de 
prendre, au même instant qu'il l'escamotait. Son compa- 
gnon absorba la sienne en conscience, et tous deux 
s'étendirent à terre, auprès de la cheminée. Le berger ne 
tarda point à s'endormir d'un sommeil rauque et fort 
agité. Sa face se congestionna vivement, d'incompréhen- 
sibles paroles s'exhalèrent de ses lèvres, entrecoupant 
par saccades sa respiration sifflante et pénible. Entre 
temps, des soubresauts convulsifs marquaient l'inten- 
tion bien nette de s'élancer par les airs... Gassendi 
observait et notait à mesure. 

Au réveil, le pauvre hère félicita celui que désormais 
il saluait son complice, et l'interpellant avec une volubi- 
lité comique: — N'êtes-vous point ravi de l'accueil du 
bouc Léonard ? Il faut qu'il vous ait de suite reconnu 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



grand clerc, pour vous avoir, dès la première fois, con- 
cédé l'insigne honneur de lui baiser le derrière... 

Dans le cas précité, le sorcier avale un électuaire ; le 
plus souvent, avons-nous dit, il se frotte le corps d'un 
onguent (1 ). 



(1) Jean de Nynauld, médecin et démonographe sous Henri IV et 
Louis XIII, est fort curieux à consulter sur le chapitre des compositions 
diaboliques en général et des pommades hallucinatoires en particulier. 
Son traité De la Lycanthropie \ transformation et extase des sorciers 
(Paris, 1615, in-8) est sans contredit l'ouvrage ancien où nous ayons 
lu les plus piquantes anecdotes à cet égard, et aussi les renseignements 
les plus précis et circonstanciés (Voir au Catalogue le titre exact). 

• Entre tous les simples (dit Nynauld), desquels le Diable se sert pour 
troubler les sens de ses Esclaves, les suiuans semblent tenir le premier 
rang, desquels aucuns ont vertu d'endormir profondement, les autres 
légèrement, ou point ; mais qui troublent et trompent les sens par 
diuerses figures et représentations, tant en veillant, qu'en dormant, 
comme pouroit faire la racine de Belladona, Morelle furieuse, sang de 
Chauve-souris, d'huppe, l'Aconit, la Berleja Morelle endormante, VAche, 
la Suye, le Pentaphylon, feuilles du Peuplier, l'Opium, l'Hyoscyame, 
Cygué, les espèces de Pavot, VHyuroye, le Synochytides qui fait voiries 
ombres des enfers, c'est-à-dire les mauvais esprits, comme au contraire 
Y A nachitides Met apparoir les images des saincts anges, ains... il per- 
suade et induit les Sorciers à rauir des petits enfans, pour d'iceux ex- 
traire la gresse.et faire vn consommé pour moslerdans leurs onguens 
(n'oubliant en cesto composition l'inuocation particulière de leurs 
Démons, et cérémonies magiques instituées par iceux), ils s'en oignent 
toutes les parties du corps, après les auoir frottées iusques à rougir, 
afin que les pores estans ouuerts et relaiez, l'huyle ou onguent pénètre 
plus fort » (pages 24-26, passim). 

Nynauld distingue trois sortes de pommades magiques : le premier 
onguent, à base de sued'ache, d'aconit, de quinte feuille et de suie, etc., 
toutes substances incorporées avec de la graisse d'enfant, a pour effet 
de provoquer la seconde vue, l'extase, le sabbat en imagination, et tous 
les rêves lucides ou non, cependant que le corps endormi ne bouge 
point. 

La formule du second onguent est plus étrange, comme aussi 
son effet : il n'y entre point « de simples narcotiques, mais seulement 
qui ont vertu de troubler les sens en les aliénant, comme pour exemple, 



LES MYSTÈRES DK LA SOLITUDE 



161 



II est probable que notre philosophe, mis en goût par 
cette expérience tout improvisée, fut curieux de tenter 



le vin pris démesurément, la belle done, la ceruelle de chat et autres 
choses que ie tairay, de peur de donner occasion aux meschansde faire 
mal ; de sorte que ce transport no se fait pas simplement par illusion 
«tant endormy profondément..., mais aussi réellement, non pas en 
Tcrtu de cest onguent, mais par l'ayde du Diablo qui les emporte veil- 
lants où bon luy semble, tout ainsy qu'il faiet les Magiciens par l'air, 
comme cela n'est que trop commun » (pages 37-38). Le Tentateur n'a- 
t-il pas transporté Jésus Christ sur le pinacle du temple? Les saints 
Livres l'attestent ; c'est donc un fait incontestable, sur quoi le bon 
Nynauld étaic sa théorie du transport réel, en chair et en os. 11 y joint, 
a titre d'exemples, le récit de plusieurs faits contemporains dont il se 
porte garant. — Tout en laissant à notre auteur la responsabilité de cette 
opinion, peu congruente à l'esprit positiviste de nos jours, nous ne 
^aurions nous défendre de marquer en passant quo les expérimenta- 
teurs de phénomènes psycho-fluidiques n'en sont plus à compter les 
cas avérés de lévitation et d'apport. L'hypothèse du transport réel sem- 
ble même une des moins invraisemblables qu'on puisse olTrir, pour jus- 
tifier l'apparition parfaitement réelle et positive du Katie King dans le 
laboratoire du savant chimiste William Crookes (voy. plus bas, p. 1<>6). 

Le troisième onguent magique de Nynauld so compose «de certaines 
choses prises d'en Crapaud, d'vn Serpent, d'vn Hérisson, d'en Loup, 

d" en Renard et du sang humain, etc meslees auec herbes, racines et 

autres choses semblables qui ont vertu de troubler et deceuoir l'yma- 
giiialiue» (page 49). Les sorciers qui s'en oignent se croient trans- 
formés en loups, en chats ou en quelque autre animal, et courent la 
campagne ou la forêt sous cette apparence, attaquant les passants, 
égorgeant et dévorant les «jeunesses» qu'ils parviennent à saisir. 
Mais le loup-garou n'apparaît tel, au sentiment de Nynauld, que par 
l'elTet d'une illusion magique : « quant à la réalité de ceste métamor- 
phose d'hommes en bestes, i'ay assez suftisamment prouué cy-dessus, 
qu'elle ne potiuoit estre réellement faicte par aucunes choses natu- 
relles, ny inesme par le Diable, iaçoit qu'il y employast toutes ses for- 
ces, attendu qu'il ne s<;auroit seulement faire une mouschc. Cela donc 
appartient à vn seul Dieu, Créateur ot Conseruateur de tout ce qui a 
estre et mouvement» (pages 53 -o4). l*lus loin, il insiste encore sur le 
caractère illusoire de la Lycanthropie : « ... d'autant que les Diables ne 
peuuent créer les natures : mais seulement peuvent l'aire qu'vnc chose 
semble estre ce qu'elle n'est pas » (page 62). 

Le livre de la Lycanthropie de Nvnauld, dont nous avons tiré ces ex- 
il 



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162 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



une autre épreuve, en substituant cette fois un liniment 
à la pilule, et l'usage externe de la drogue magique à son 
usage intérieur. En effet, s'il en faut croire Eusèbe Sal- 
verte, qui relate le fait dans son livre des Sciences 
occultes, Gassendi, ayant préparé une pommade à base 
d'opium, « en oignit des paysans à qui il persuada que 
cette cérémonie les ferait assister au Sabbat. Après un 
long sommeil, ils se réveillèrent, bien convaincus que le 
procédé magique avait produit son effet ; ils firent un 
récit détaillé de ce qu'ils avaient vu au Sabbat, et des 
plaisirs qu'ils y avaient goûtés; récit où l'action de l'opium 
était signalée par des sensations voluptueuses (l). » 

Salverte cite encore une expérience analogue, réussie 
par un savant du xvi° siècle : « En 1545, dit-il, on trouva 
chez un sorcier une pommade composée de drogues 
assoupissantes. Le médecin du pape Jules III, André 
Laguna, s'en servit pour oindre une femme attaquée de 
frénésie et d'insomnie. Elle dormit trente- six heures de 
suite, et lorsqu'on parvint à l'éveiller, elle se plaignit 
qu'on l'arrachait aux embrassements d'un jeune homme 
aimable et vigoureux... (2). » 

traits, est le seul que nous ayons lu de cet auteur; mais les bibliogra- 
phes en signalent un autre, publié par lui quatre ans plus lot, et qui, 
à en croire son titre, aurait plus directement encore trait aux compo- 
sitions et aux pommades magiques : les limes et Tromperies du Dia- 
ble, descouuerfes sur ce qu i/ prétend auoir enuers les corps et ames des 
sorciers : ensemble, la composition de leurs onguent, par 1. de Nynauld. 
— Paris. 1611, in-8 (Voir (iratlssc, liibliotheca magica et pneumatica, 
Leipsig, 1843. in-8, page 55). 

(I l Kusèbe Salverte, Des Sciences occultes, 1859. in-8 (tome II, ch. 
xviii. page 11). 

(2) A. Lnxui\a.,Commentairr sur Dioscoride, liv. LXXVI, chap. m. cité 
par Sa/ verte, ibid., 11, 12;. 




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LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



163 



Tous les bouquins de magie superstitieuse donnent des 
formules de pommades hallucinatoires. Le libellé n'en 
Tarie guère. C'est toujours une axonge plus ou moins 
diabolisée, pétrie d'extraits de plantes narcotiques et de 
poudres aphrodisiaques (l). L'absorption cutanée de cette 
drogue procure un profond sommeil, traversé de visions 
luxurieuses qui vont jusqu'à la folie, de sensations exas- 
pérées qui simulent tous les contacts. 

Autant d'hallucinations, provoquées sans doute par le 
toxique, mais pourtant proportionnelles h la dépravation 
mentale du patient. D'inconscientes auto-suggestions dé- 
terminent la direction de ces rêves impurs. 

Il faut songer que, jusqu'au dernier siècle, la tradition 
classique des rites du Sabbat fixait assez, dans l'imagina- 
tion populaire, les diverses phases de ces convcnticulcs 



(I) Los suppositoires de jusquiame jouaient un grand rôle : YHyos- 
ciamiis niger passant, à tort ou à raison, pour cumuler toutes les 
vertus précieuses au nécroruan (utile dulci suaviter miscendo). 

Quant à la drogue d'usage interne, nous produirons, à titre de cu- 
riosité, une formule dont nous sommes sûr, d'un effet prompt et véri- 
tablement prodigieux. Mais nous ne conseillerions à personne d'en faire 
L'essai. . Et d'abord, en précisant les proportions, nous n'aurons garde 
d'indiquer la dose. 



% (Lima derrescente) : 



Suce ^nanth. Crocat 
Extract. Opii Srnyrn. 
Extract, nucis Belhel 
Extract Pentaphyll. 
Extract Belladonm. 
Extract. Ilvosciami 




15 



3 
i>0 
30 

0 



F. S. A. 



Pour X 



prises. 



Extract, pingue Cannabis indic. . . S.'iO 
Extract Cantharid 5 




rat! | aa Q - S ' 



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164 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



orgiaques, pour que le cerveau du somnambule les tra- 
duisît en un enchaînement d'images dont il reflétait la 
suite, à la façon d'une glace devant laquelle se déroule- 
rait la scène entière. 

Dans le sommeil, toute idée précise évoque aussitôt 
la forme qui lui est adéquate en morphologie analogique. 
C'est un fait connu... 

Le mot imagination, pitoyablement travesti, détourné 
de son sens initial, semble avoir été créé par un adepte. 
L'imagination, qu'en haute Magie on nomme encore le 
translucide ou diaphane, c'est le miroir où viennent 
s'imaginer, se réfléchir en images, les formes flottantes 
dans la lumière astrale. V intuition est l'art de contem- 
pler (intueri), à travers ces images évoquées dans le dia- 
phane, les vérités d'ordre intelligible dont elles peuvent 
être expressives. 

Le sorcier qui dort du sommeil satanique peut assister 
au Sabbat sous deux modes très distincts : il peut faire 
venir le Sabbat, en évoquer les scènes ; mais il peut 
// aller aussi, en corps astral. Il peut même, s'il s'agit 
d'une assemblée réelle de personnages en chair et en os, 
y manifester sa présence, y être vu et même touché... 

Car, indépendamment des phénomènes subjectifs, de 
beaucoup les plus fréquents en sorcellerie, il en est par- 
fois qui présentent une certaine objectivité : tels, les faits 
de bilocation, dont nous avons signalé plusieurs (1). 



(1) Au Seuil du Mystère, pages 216-218 ; et le Temple de Satan, 
passim. 



< 



LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE Km 



Ceux qui ont lu nos précédents Essais de Sciences 
Maudites sont familiers avec ces choses étranges de 
l'Astral ; d'ailleurs, le chapitre I du présent ouvrage * 
donne une suite aux renseignements antérieurement 
produits, et les complète... Sans revenir sur des généra- 
lités qui se trouvent partout, rappelons aux curieux que 
le Médiateur plastique de l'homme, ou corps astral, — 
ce substratum éthéré du corps physique, en un mot le 
Périsprit des Docteurs du Spiritisme, — peut être pro- 
jeté méthodiquement au dehors : il n'y faut qu'une vo- ' 
lonté ferme et beaucoup d'entraînement. 

A l'état normal, ce corps fluidique est invisible; mais 
il peut, en s'objectivant, se compacter dans une mesure 
plus ou moins accessible aux sens : soit qu'il obéisse à 
l'efficace volonté de l'adepte, ou qu'il se trouve dans 
certaines conditions peu fréquentes, que déterminent les 
variations de l'atmosphère hyperphysique dont notre 
planète est enveloppée. Il devient visible alors, et pré- 
sente même une incroyable résistance au toucher. Sa 
compaction offre parfois l'apparence parfaite de stabilité 
et de cohésion, qui est propre au corps matériel : tous 
les sens de l'observateur sont correctement impression- 
nés.... Et qu'on ne fasse point intervenir cette fameuse 
théorie de l'hallucination collective et concomitante de 
tous les spectateurs présents. C'est une hypothèse rece- 
vable, nous l'admettons, en présence de certaines pro- 
ductions fallacieuses de nos médiums, quand telle per- 
sonne distingue une forme précise, que telle autre voit 
un petit nuage gris ou blanchâtre, cette dernière abso- 
lument rien. — - Mais en regard de faits comme ceux que 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



nous allons rappeler pour mémoire, une pareille hypo- 
thèse ne mérite qu'un succès de fou-rire. 

Voulez-vous que nous prenions l'exemple de Katy 
King? Nul n'est sans avoir ouï narrer l'apparition de ce 
fantôme, sa matérialisation positive, obtenue plusieurs 
fois la semaine, des années durant, non pas sur un 
théâtre par un barnum, mais dans un laboratoire de 
chimie et par l'un des plus illustres savants que reven- 
dique l'Europe intellectuelle du xix c siècle, Sir William 
Crookes? Les universitaires presque en masse ont vili- 
pendé ce génie : d'aucuns môme ont insinué qu'il était le 
compère de la fillette qui servit de médium. 

Les faits scientifiquement observés, enregistrés et 
classés par M. Crookes dans l'ouvrage qu'il a mis au 
jour il y a quelque vingt ans, Recherches sur les phéno- 
mènes du spiritualisme (1), fracassent à tel point toutes 
les catégories mentales de nos pauvres pédants de la 
matière, et bouleversent si bien de fond en comble leur 
petite chapelle scientifique, en trahissant à la fois l'insuf- 
fisance de leur méthode et le mal fondé de leurs critères, 
que les collègues de M. Crookes à la Société Royale de 
Londres ont poussé l'affolement jusqu'à se couvrir d'un 
ridicule éternel ! jusqu'à mettre en doute la loyauté et 
même suspecter l'état mental de l'inventeur qui, — en 
dehors de ses découvertes psychiques, — a conquis à la 
science tant et de si merveilleuses certitudes ! 



(i) C'est un recueil de divers mémoires publiés, de 1870 à 1874, 
dans le Quaterly Journal of Science et autres revues. Nous n'avons 
sous les yeux que la version française de ce livre, traduction Alidel, 
Paris, S. D.. in-12, iig. 



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1 

I 

LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 167 



Quelques-uns à peine, (conviés à la vérification scien- 
tifique des phénomènes, ceux-là avaient vu, touché, expé- 
rimenté... et même photographié l'apparition î) quelques 
rares, — sont-ce les plus courageux ou les plus lâches? 
— ont louvoyé quand il s'est agi pour eux de déposer à 
la barre de l'opinion : ils réservaient leur jugement et 
déclinaient l'honneur de se prononcer. 

Et le grand chimiste, qu'a-t-il répliqué, lui, aux insul- 
ieurs et aux incrédules? — Ah ! je suis halluciné... Et 
mes balances, et mes appareils photographiques, et mes 
enregistreurs, sont-ils hallucinés, eux aussi?... 

Mais, sans pudeur de couvrir sa défaite, sans un mot 
de réponse à cette décisive objection, la logique de 
M. Prud homme a rendu sa sentence en ces termes : ou 
cet homme est un imposteur, ou c'est une dupe, ou c'est 
un fou ! 

Voilà donc votre salaire, la paye obligatoire qui vous 
attend tous, tant que vous êtes, boucs-émissaires de la 
Vérité sainte, prophètes de la Lumière nouvelle qui blan- 
chit l'horizon î expérimentateurs hardis, profonds pen- 
seurs, qui, appliquant au monde hyperphysique les pro- 
cédés mêmes de la science positive, avez établi l'inébran- 
lable base d'un monument synthétique des connaissances 
humaines, et posé la première pierre du temple auguste 
où se célébrera, — l'heure est proche î — la solennelle 
réconciliation des sœurs ennemies, la Science et la Foi !.. . 

En effet, depuis une quinzaine d'années, l'horizon des 
esprits n'est plus le même ; le glas sonne du matérialisme 
agonisant, l'évolution mystique s'accentue de jour en jour. 

Au firmament intellectuel scintille une magnifique 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



pléiade: liix erit! Que de savants du premier ordre, con- 
vertis à la vérité spiritualiste (ou du moins à la conscience 
d'un au-delà) par la logique de leurs mémorables expé- 
riences : Aksakoff en Russie, Crookes, Russel Wallace et 
de Morgan en Angleterre, Cari du Prel et Zœllner en 
Allemagne, Edland et Tornebon en Suède, Lombroso et 
Chiaïa en Italie !... En France, réminent colonel de Ro- 
chas veut être salué d'abord : ses découvertes de physio- 
logie occulte balancent celles même du grand chimiste 
anglais; nommons en outre M. le D r Gibier, M. le D r Bara- 
duc, MM. Charles Richet et Marillier,et nous n'aurons men- 
tionné qu'un petit nombre des plus notables d'entre eux. 

Mais quand William Crookes publia d'une plume intré- 
pide le résultat de ses recherches, c'était encore, — en 
Europe du moins, — chose inouïe et scandale sans pré- 
cédent, qu'une célébrité scientifique telle que lui donnât 
dans l'étude des forces occultes et s'avisât d'expérimen- 
ter sur les spectres et les « Esprits » (I). Ce fut un toile. 
Le savant ne broncha point. Il confirma ses dires. 



(1) Pourtant, dès 1869, une Société dialectique, qui comptait parmi 
ses membres actifs des notabilités de la science anglaise, avait nomme 
une commission de 33 enquêteurs, pour 1 étude des phénomènes « soi- 
disant spiritualistes ». Il était temps d'en finir avec cette billevesée à 
la mode; ces Messieurs comptaient sur un rapport écrasant! Mais à 
l'issue d'une longue et minutieuse enquête, la commission avait conclu 
à l'incontestable réalité des phénomènes. 

Rien n'avait pu faire prévoir pareil résultat. La Société dialectique en 
fut attérée. Elle refusa de prendre la responsabilité du rapport de ses 
33 membres délégués pour l'enquête, les laissant libres de publier leurs 
conclusions, mais à leurs risques et périls î... Et pourtant il ne s'agis- 
sait que de phénomènes assez anodins, au regard des condensations 
fantômales. La commission n'avait observé et contrôlé, du moins par 
elle-même, que la production de bruits sans cause appréciable, des dé. 



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LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 16!) 



— Pour me bien assurer que c'était une vraie femme, 
insiste M. Crookes, une femme en chair et en os, j'ai ob- 
tenu de Katy King de la prendre dans mes bras !... 

Cependant, toujours indulgente et propice à tous les 
contrôles, cette Katy King se matérialisait de toutes piè- 
ces aux yeux de Crookes, et causait familièrement avec 
lui et les visiteurs qu'il admettait en son laboratoire : elle 
se compactait instantanément, tandis que son médium, 
dans un état d'absolue catalepsie, gisait sur un tapis ou 
sur un canapé. 

Dans le Fakirisme Occidental (l), très curieux et très 
courageux livre, hardiment pensé, délicatement écrit, le 
D r Gibier donne la reproduction phototypique des clichés 
obtenus par William Crookes. L'une des épreuves nous 
montre groupés, — tous trois parfaitement distincts ! — 
le savant, le fantôme et le médium. D'ailleurs le médium 
était une enfant brune, assez délicate et de taille moyenne 
(M 110 Cook), et Katy, beaucoup plus forte et plus grande, 



placements d'objets sans contact, des faits de télégraphie psychique et 
autres du même genre. 

Voilà où en étaient les choses, quand Crookes commença ses inves- 
tigations, et qu'on le vit publier successivement ses oxpériences si con- 
cluantes avec le concours de D. Dunglas Home, puis la série des déci- 
sives épreuves auxquelles Katy King et M 11 * Cook son médium se sou- 
mirent de si bonne grâce. 

(1) Le Spiritisme (Fakirisme occidental), Paris, Doin, 1887, in-18, 
hg. — Le Dr Paul Gibier, aide-naturaliste au Muséum, eut également 
l'honneur d'encourir l'excommunication majeure des savants officiels ; 
mais les foudres universitaires ne l'ont pas pulvérisé... Il a publié de- 
puis, sous ce titre, Analyse des choses (Paris, 1890, in-12), un essai de 
synthèse philosophique et scientifique, dont les conclusions sont en 
concordance avec celles de l'occultisme. Il est arrivé, par l'induction 
d'une part, et l'intuition de l'autre, à reconstruire de lui-même le plan 
de l'édifice traditionnel. 



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170 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



avait les cheveux « châtain doré ». Oookes en a coupé 
une mèche, qu'il garde, comme une pièce à conviction 
assez éloquente et une preuve péremptoire de ces maté- 
rialisations. Voici textuellement ce qu en écrit le grand 
chimiste : « une boucle des cheveux de Katy, qui est là 
sous mes yeux et qu elle m'a permis de couper au milieu 
de ses tresses luxuriantes, après l'avoir suivie de mes 
propres doigts jusque sur le haut de ma tète et m ètre 
assuré qu'elle y avait bien poussé, est d'un riche châtain 
doré » (l). 

Non, l'illustre inventeur de Y État radiant n'est ni un 
imposteur, ni un halluciné. 

Reste l'hypothèse de la supercherie dont le Maître au- 
rait été la dupe... Nous le demandons, est-il un instant 
admissible qu'un homme du poids de M. Crookes, un 
investigateur scientifique de cette expérience, un savant 
de cette compétence en physique et en chimie, se soit 
laissé jouer, berner, bafouer par une naïve miss, une 
timide enfant de quinze ans ? Et jouer plusieurs fois la 
semaine, des années durant, presque toujours dans son 
propre laboratoire, au milieu de ses instruments de con- 
trôle expérimental qui n'ont dénoncé aucune fraude ; en 
présence d'amis également compétents, inaccessibles à 
toute illusion des sens et qui ont vu comme lui ! 

Nous croyons, pour notre part, à la réalité de ces phé- 
nomènes, comme si nous en eussions été témoin ; nous 
les estimons scientifiquement vérifiés. Mais attendu que 



(1) Recherches sur te spiritualisme (traduction Alidel, p. 9 de l'Ap- 
pendice, intitulé : Médiumnitè de M* Cook). 



LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 471 



jamais faits analogues ne se sont encore produits sous 
nos yeux, nous nous réservons d'en fournir ultérieure- 
ment la théorie occulte. — Que peut-elle être au demeu- 
rant, cette théorie, sinon le développement logique et la 
déduction jusqu'aux plus extrêmes conséquences, de celle 
qui nous a servi et nous doit servir encore à expliquer 
les phénomènes dits fluidiques, — bilocations, dédouble- 
ments, apports, objectivations incomplètes, — tels que 
nous-mème en avons vu et étudié plusieurs ? 

Nous mentionnions tout à l'heure la faculté que chacun 
possède en puissance et peut réaliser et développer en 
soi par le double effort de sa persévérante volonté : sa- 
voir, d'opérer le dédoublement de l'homme interne et de 
l'homme extérieur, de l'être essentiel et de son vêtement 
terrestre. C'est ainsi que, sous l'impulsion du vouloir, le 
périspril ou double sidéral, enveloppe fluidique de l'âme, 
peut se projeter hors de l'organisme physique, diriger sa 
locomotion, se transférer aux lieux les plus lointains, et 
même se condenser au point d'affecter normalement les 
sens matériels ; tandis que le corps déserté reste en ca- 
talepsie, ou du moins n'est plus animé que d'une vie au- 
tomatique et en quelque sorte végétative. 

Dans certains cas, ce dernier offre même à l'examen les 
symptômes d'une mort récente : la chaleur baisse très 
sensiblement ; la respiration cesse et le cœur ne bat plus, 
ou c'est d'un si faible essor que ces deux fonctions devien- 
nent imperceptibles à l'oreille la mieux exercée. 

C'est là ce que les occultistes appellent une sortie en 
corps astral. 



172 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Si loin qu'il se soit envolé de sa prison de chair, le Pé- 
risprit reste toutefois lié à celle-ci par une chaîne sym- 
pathique d'une exquise ténuité; ce cordon ombilical est 
le seul lien qui rattache encore à sa matrice objectiv e 
l'âme humaine (dont le périsprit n'est que l'enveloppe 
fluidiqueet la partie la moins épurée). En resserrant sou- 
dain la chaîne, le corps fluidique peut réintégrer le corps 
matériel; mais si la chaîne vient à se rompre, la mort 
arrive instantanée, foudroyante, comme à la suite d'une 
rupture d'anévrisme. 

Cette expérience est chose grave ; quelques précau- 
tions qu'on prenne, elle ne se tente jamais sans danger. 

D'abord, le Périsprit en stase de condensation qui ren- 
contre en chemin une pointe métallique est sérieusement 
menacé : pour peu que sa substance centrale soit enta- 
mée, le coagulât se dissout et la mort est certaine. Dans 
le cas où l'objet aigu se borne à en effleurer la périphérie, 
une part notable de sa vitalité est subitement soutirée 
par lui, comme l'électricité d'un nuage par la pointe d'un 
paratonnerre. Le corps astral court le même risque, de 
ce fait, que le corps matériel après une abondante hé- 
morragie, — la syncope. 

Mais d'autres dangers, d'un ordre plus étrange et plus 
mystérieux, menacent l'étourdi chercheur qui se hasarde 
à tenter une projection de sa sidèralité, sans s'être envi- 
ronné de toutes les garanties préalablement requises, pour 
mener à bien une aussi redoutable expérience... 

Il faut bien convenir que, — mage ou sorcier, — - ce- 
lui qui la réussit réalise en soi-même un chef-d'œuvre 
d'équilibre, ou plutôt résume en sa personne une antino- 



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LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



173 



raie sans pareille. Mort et vivant tout ensemble, il subit 
à la fois deux conditions detre contradictoires : l'objective 
ou terrestre, et la subjective ou posthume. 

Pendant le sommeil, il est vrai, tout être mène simul- 
tanément ces deux existences ; le corps astral, épuisé 
par la dépense nerveuse subie durant la veille, s'exté- 
riorise au moins partiellement pour plonger à l'océan 
collectif astral, et faire provision de nouvelles forces. 
Mais outre qu'en ce cas quotidien, le corps astral ne s'é- 
loigne guère de sa dépouille (1) et même ne la quitte 
point, — tel un baigneur timide se cramponne des mains 
aux branches du rivage, afin de braver sans péril la force 
du courant, — il faut noter que l'être abmatérialisé par 
le sommeil ne s'évertue pas à compacter au loin sa 
substance pour la rendre visible. Or le danger des sor- 
ties en astral réside sur toute chose dans cette phase de 
condensation, qui, nécessitant sur un point éloigné le 
concours et l'effort de toute la vitalité disponible, a pour 
prime conséquence d'en tarir complètement le corps phy- 
sique, de vider ses dernières réserves de force nerveuse, 
et de réduire à la plus indigente ténuité le lien sympa- 
thique intermédiaire. Enfin l'être qui dort obéit à l'ins- 
tinct commun, qui le guide infailliblement dans les rou- 
tes aplanies de la nature : l'occultiste, au contraire, en 
phase de bilocation, prétend diriger sa tentative au gré 



(1) Il peut s'en éloigner, même à d'énormes distances, comme nous 
l'avons dit au Seuil du Mystère, (pages 216-218) ; niais c'est là l'excep- 
tion. Lo cauchemar vague et sans objet précis peut être le symptôme 
d'un éloignement anormal : le corps matériel souffre alors d'un ma- 
laise extrême, et l'aine dépaysée s'effraie 



174 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



de son intelligence parfois inexpérimentée et de sa vo- 
lonté souvent téméraire. 

C'est donc de ce dernier qu'il est question pour l'ins- 
tant. Il a sciemment dépouillé son vêtement de chair, et 
il s'élance, emporté vers un but préfix par le char subtil 
de son àme, dirait un disciple de Pythagore : car le grand 
philosophe nommait ainsi le corps lumineux, double 
éthéré du corps physique (l). 

Nous dirons d'abord les périls qui s'adressent au corps 
astral dénudé. — Quels dangers (plus effrayants peut- 
être) menacent le corps matériel laissé vide et inerte ? 
C'est-ce qu'ensuite nous exposerons. 

Dès le sortir de l'enveloppe objective, le Périsprit se 
trouve entraîné à la dérive des ondes torrentielles qui en- 
cerclent la planète de leurs tourbillons : c'est le Maëlstrom 
lluidiquc (2) ; c'est le vortex où se love Nahàsh UHJ, 
le Serpent dWshiah ïTUÏ? ; c'est le véhicule grondant 
de tout le possible qui voudrait être, de toutes les virtua- 
lités subjectives avidesde s'objectiver, de toutes les âmes 

des différentes hiérarchies impatientes de s'incarner 

Si le corps astral ne parvient pas à franchir ce fleuve im- 
pétueux, ou du moins à s'y diriger, il est perdu. 

Il faut qu'il sache triompher de la succion d'Iônah, de 
l'accablement dl'lereb : résister aux deux forces centri- 



(1) Le char subtil de Pythagore est plutôt le corps spirituel élaboré 
par l'épreuve et dynamisé par l'entraînement magique, que le Péris- 
prit ou corps astral brut (Voir noschap. iv, v et vi). Cependant celui-ci 
peut élro ainsi nommé par extension, comme en ont coutume beau- 
coup d'occultistes de l'école même de Pythagorc. 

(2) Ceque plusieurs voyants désignent sous ce nom : l'engrenage des 
grandes roues noires. 



f 



LES MYSTKRES DE LA SOLITUDE 



175 



fuge et centripète ; manifestations des principes occultes 
de l'Espace éthéré, rayonnant > où s'exerce l'influx de la 
Vie, et du Temps dévorateur, ténébreux, qui gouverne le 
reflux de la Mort! 

La Lumière astrale roule en ses ondes les mirages 
animés les plus repoussants, les plus terribles, les plus 
monstrueux : que la frayeur, la haine ou quelque pas- 
sion vive envahisse soudain l'àme en sortie sidérale, le 
lien se rompt et l'àme ne peut plus rentrer. 

Ce n'est pas tout. Dût-on nous accuser de folie, nous 
voulons tout dire. 

Le véhicule du potentiel en instance d'objectivité re- 
gorge donc, — et nous y insistons, — de formes parfois 
hideuses, que le pinceau de Goya serait impuissant à 
rendre dans toute leur horreur. Ces spectres, dont nous 
reparlerons, — êtres obscurés ou luisant d'un vague 
instinct, semi-conscients et d'une intelligence limitée 
comme beaucoup d'Élémentaux et même d'Élémentaires, 
ou brutaux et inconscients comme les Larves proprement 
dites, — veulent à tout prix s'incarner : ce sont les Lé- 
mures de tout ordre. 

Vous représentez-vous ce fleuve torrentiel de l'existence 
subjective (1)? Ces lémures y roulent, emportés pêle- 
mêle avec les aines à naître... — Çà et là se forment 



(1) Subjectif s'emploie en occultisme pour qualifier ce qui n'est que 
virtuel à l'état d'essence, par opposition à ce qui est manifeste à l'état 
de matière. Non point qu'il s'agisse d'une chose qui est néant en de- 
hors de la pensée qui la conçoit, d'une illusion du sujet : les choses 
du plan subjectif deviennent objets pour tous ceux qui savent se main- 
tenir sur ce plau, où s'épanouit la réalité intérieure de la Nature. 



-i ■ — - 



! 



176 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



de petits vortex à l'aigu sifflement, prompts à se ré- 
soudre après un arrêt brusque. C'est un être qui vient de 
s objectiver en s'incarnant: il est passé de puissance en 
acte. 

Comment? — Soit en animant l'ovule fécondé d'une 
femelle animale de sa race : le fantôme s'est fait embryon ; 
sa virtualité d'extériorisation progressive s'y exerce an 
gré des normes, et détermine sa forme organique sur le 
patron de la faculté plastique qui lui est propre : après 
une gestation plus ou moins longue, il nait, incarné sous 
une forme adéquate à sa nature, analogue et propor- 
tionnelle à son verbe intérieur. Telle est la règle poul- 
ies âmes de toute hiérarchie terrestre. — Soit en s'en- 
gouffrant dans une effigie matérielle, encore vivante, 
mais actuellement abandonnée et vide : les Larves, dé- 
nuées, comme nous le dirons, de principe morphique cl 
d'essence individuelle, (incapables en conséquence de se 
bâtir en corps), usent surtout de ce mode d'incarnation 
par surprise... 

Conçoit-on la portée de cette éventuelle abomination ? 
L'expérimentateur téméraire, quand il veut réintégrer 
son corps, peut le trouver occupé par une Larve, qui s'y 
est installée, a pris possession des organes, s'y est for- 
tifiée pour ainsi dire. 

Alors, de quatre choses, l'une : 

Ou bien l'occultiste parvient à chasser l'ennemi et re- 
prend la place d'assaut ; c'est V unique chance de salut. 

Ou bien, après avoir délogé l'intrus, la fatigue de la 
lutte ne lui laisse plus la force de réintégrer son orga- 
nisme ; et c'est la mort. 



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LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 177 

Ou bien, il rentre sans avoir pu expulser le fantôme ; 
' il doit se résoudre à vivre en partage avec lui ; d'où la 
folie, la monomanie, ou tout au moins la possession. 
Ou bien, c'est la Larve qui demeure maitresse du 
; champ de bataille ; elle va désormais végéter en ce corps, 
i et c'est V idiotisme (l). 



Si vous êtes sage, Lecteur ami, vous pouvez prendre 
ces quelques lignes pour le récit d'un cauchemar: vous 
aurez même raison de hausser les épaules aux révéla- 
tions qu'elles contiennent ; car elles n'expriment plus 
une réalité que pour les téméraires qui tentent Dieu et 
bravent la Nature, jusqu'à ambitionner de descendre vi- 
vants au Royaume de la Mort, puis de rentrer dans la 
vie terrestre, après avoir bu dans une coupe mortelle 
l'eau dormante du Styx, mêlée aux flammes liquides du 
Wilégéton. 

Dans les sanctuaires de l'antique magie, derrière l'au- 



U ) Cette invasion de l'effigie humaine par une Larve est un cas moins 
^ qu'on ne se l'imagine; ilest loin de se produire uniquement dans 
le cas de bilocation magique. Nombre de praticiens, spécialistes des 
Maladies mentales, en savent long sur ce sujet. Livrent-ils bien leur 
pensée tout entière, lorsqu'ils épiloguent et raffinent à l'envi sur les 
^nations de la personnalité ? Peut-être la seule crainte d'égayer les ri- 
moeurs de profession leur interdit-elle de paraitre pluj explicites. Quoi 
^ il en soit, le créateur du vocable aliénation peut se flatter, ou d'une 
taureuse rencontre d'expression, ou d'un libre choix plus heureux 
encore (Cf. chap. X). 

Observons d'ailleurs qu'il convient, au cas présent, d'entendre le mot 
Larve dans son sens le plus étendu. Bien que d'ordinaire le mode vio- 
lent de soudaine incarnation soit le fait de Larves proprement dites, 
d autres entités moins infimes du monde invisible le pratiquent aussi 
Aventure. Voir, plus bas, l'énumération des « indigènes de l'Astral ». 

12 



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178 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



tel des Dieux immortels, les Mages, purifiés par de 
saintes ablutions et de rigides austérités, pouvaient, sous 
l'œil paternel de l'hiérophante, réaliser, presque sans 
péril, cette œuvre psychurgique. C'était même l'ultime 
épreuve de l'initiation aux mystères d'Isis : une sorte de 
mort suivie d'une résurrection miraculeuse, et le vain- 
queur de l'épreuve se nommait devant le peuple : celui 
qui vit malgré la mort. C'est encore, dans PInde, une 
des secrètes significations attribuées au titre de l'initié 
Dwidja, ou deux fois ne'. 

Mais que de garanties accumulées autour du néophyte ! 
Souvent il ne partait pas seul ; mais un Mentor aeconipa- 
gnait et guidait ce Téiémaque du mystère, dans son 
voyage aux sombres bords. Puis, sept mages expéri- 
mentés (1) faisaient la chaîne sympathique autour du 
corps de l'absent; à tout moment, pour peu qu'un dan- 
ger s'annonçât, ils pouvaient d'un effort rappeler cette 
àme à l'existence. 

Le dragon de feu qui garde la porte des mondes au 
delà n'était évoqué qu'à bon escient : on savait modérer 
le choc de son abord et l'effroyable étreinte de son 
baiser. 

Pour ce qui est des Larves (qui deviennent phospho- 
rescentes aux yeux clairvoyants, quand les gagne le rut 



(I) En dos cas moin* fréquents, lo nombre dos adoptes de la chaîne 
magique était port.'- à douce. Pourquoi sept et douce? Et quand douze 
plutôt que srpt ? Nous laisserons au chercheur le plaisir de résoudre 
ce fan le problème : les signification* symboliques du Septénaire des 
planètes et du Dm lunaire zniia< y al, c'est-à-dire du petit et du grand 
ryrle, ne laissent guère de latitude à l'imagination pour s'égarer en de 
fallacieuse* hypothèses. 



LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



179 



d une imminente incarnation), l'on prenait soin de les 
disperser avec l'instrument requis (1), selon les rites. 

D'ailleurs, enveloppé d'un vaste manteau de laine 
qu'on repliait trois fois sur lui, le corps cataleptisé re- 
posait dans un état de salutaire isolement : en aucun cas, 
il ne risquait d'être envahi ou possédé (2). 

L'on pense bien qu'à la suite de ces peintures, du 
reste assez peu engageantes, nous n'allons pas livrer la 
formule du Sésame, ouvre-toi, qui donne l'accès du 
monde astral. 

Nous estimons en avoir dit assez. 

Bornons-nous à signaler pour mémoire l'existence du 
vampire et du loup-garou, deux formes particulières de 



il) Un de nos vieux amis, M. Léon Sorg, président du tribunal de 
Pondichéry, nous a rapporté 1 instrument sacré qui sert, au Tliibet, 
n dissoudre ces coagulations malfaisantes de la Lumière négative. Cette 
manière de lance en cuivre ciselé présente à l'admiration du dêchiflreur 
de pentacles toute une synthèse hiéroglyphique, révélatrice, et do la 
doctrine des fantômes astraux, et du mode de dispersion d'iceux. Nous 
en détaillerons ailleurs la forme symbolique et la signification occulte. 

M. Augustin Chaboseau, le très distingué indianiste, a soigneusement 
examiné ce rare objet, l'un des plus sacrés, parait-il, aux yeux des prê- 
tres thibétains, qui le nomment P'ur-b'u (lisez Phourboû). Il leur sert 
pour l'exorcisme et la mise en fuite des mauvais esprits. Cet instrument 
liturgique a dl être primitivement dérobé dans quelque couvent tlii- 
bétain, car les lamas initiés lui attribuent un caractère si auguste, qu'ils 
repousseraient, à l'égal d'un sacrilège, l'idée seule de le donner ou de le 
vendre à un profane. M. ^hibaseau, en 189i. n'avait encore eu l'heu- 
reuse chance de découvrir qu'un seul P'urb'u, dans les nombreuses 
collections étudiées par lui à cette époque; mais le nôtre serait, nous 
a-t-il assuré, le plus beau ries deux et le plus curieusement ciselé. (Voir 
la photogravure ci contre). 

t2 Le célèbre miateau d'Apollonius n'était pas autrechose. Ce mys- 
tique linceul a été conservé, à titre de symbole, dans le rituel de l'ini- 
tiation inartiniste. 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIKE 



la bilocation magique, ou Sortie en Corps astral. L'étude 
de ces phénomènes cadrera parfaitement aux Vl # et VII e 
Chapitres, intitulés, l'un : la Mort et ses Arcanes , et 
l'autre : Magie des transmutations. 

Il nous reste à effleurer d'autres mystères, plus logi- 
quement attribuables au présent chapitre. 

La solitude engendre tous les fantômes, et les amis des 
fantômes cultivent la solitude. 

Ceux qui se cloitrent dans la retraite par haine de leur 
prochain, obéissent à cet égoïsme radical (reflet de 
Nahàsli), que les hindous désignent sous ce vocable : 
Tanha (1). C'est le principe de toute aberration et de 
toute perversité ; la perdition est au bout. 

Le mage de lumière, lui aussi, recherche volontiers la 
solitude; mais c'est pour mieux la fuir.... Voilà qui a 
tout l'air d'un paradoxe ; il n'en est rien. 

Quand le mage se résout à rompre ses attaches mon- 
daines, c'est que pour lui la foule est un désert fait de 
multitude, et qu'il a statué de vivre dans la communion 
des saints, ou de s'élever, dans l'apothéose de l'Esprit, 
jusqu'à l'état sublime de sérénité omnisciente en Dieu, 
bien connu des hindous sous le nom, aussi calomnié 
qu'incompris en occident, de Mrvânâ. 

Il n'y a pas de moyen-terme : on ne s'abstrait de l'huma- 
nité que pour vivre avec Dieu, — ou avec Satan. 

Aussi les anciens Sages disaient-ils de la solitude que 



(1) Tanha consiste proprement dans la soif de l'existence indivi- 
duelle, isolée ; l'idolâtrie du moi en procède. 



LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



ISI 



l'homme s'y trempe fortement, et s'y fixe désormais 
dans sa voie, droite ou tortueuse; en un mot, qu'il en 
sort Esprit de lumière ou de ténèbres. Rien n'est plus 
vrai. 

Dans la solitude, en effet, on vit face à face avec son 
Karma. L'atmosphère secrète des lieux déserts, qu'une 
perpétuelle saturation des volontés antagonistes n'a point 
neutralisée, banalisée, blasée, en quelque sorte, — une 
telle atmosphère est essentiellement réceptive d'un verbe, 
quel qu'il soit : la moindre pensée, le moindre vouloir, 
le moindre désir s'imprègnent dans la substance effi- 
ciente de l'Aôr; ils s'y développent et s'y manifestent 
avec une merveilleuse intensité. 

Ce sont autant d'êtres potentiels, générés au jour le 
jour, suivant les caprices de la pensée et des aspirations, 
et qui exercent à la longue sur leur auteur une influence 
répercussive, que lui-même ne soupçonne pas. Car, le 
plus souvent, il n'a l'expérience que de la vie habituelle et 
mondaine. 

Or, au cours de l'existence commune, les perpétuels 
échanges de fluides, d'idées, de vouloirs, impriment à 
une personnalité des variations dans sa marche, des 
fluctuations dans son allure, des hésitations dans sa 
pensée.... Il n'est pas jusqu'aux convictions les plus 
assises, que ne modifie peu à peu le souffle des ambian- 
ces. Le frottement use et polit insensiblement les tran- 
chantes arêtes des individualités les plus anguleuses. 

Mais, dans la solitude, l'homme ne subit aucune in- 
fluence directe du dehors ; sa propre pensée, se repliant 
toujours sur elle-même, s'y repose avec complaisance et 



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182 



LA CLEF DE LA MAGIE SOlUK 



s'v réfléchit avec ivresse: aussi le solitaire aflirme-t-il 
inébranlablement sa marche, dans la direction où le 
portent ses habitudes cérébrales. 

De ces observations, on peut induire un apophtegme : 
c'est que l'isolement absolu, qui trempe le caractère, 
n'élargit point l'intelligence ; l'on s'y façonne indompta- 
ble, — incorrigible aussi. 

line légende rabbinique nous présente les Larves 
comme les enfants de la solitude d'Adam, rêvant à la 
femme archétype, avant que le Seigneur eût dédoublé 
l'homme primitif, pour donner naissance à Eve. Des 
ephialles recueillaient le témoignage de ces confuses 
aspirations et leur donnaient une forme.... Nous espé- 
rons qu'on nous entend. 

Paracelse enseigne à son tour que ces sortes de fantô- 
mes sont engendrés abondamment, chaque fois qu'on 
laisse sécher au soleil des vêtements pollués. Son école 
ne fait en cola que reproduire l'opinion des anciens hié- 
rophantes : une loi religieuse expresse interdisait aux 
peuples de la Grèce, d'exposer à la flamme de l'àtre les 
linges tachés de sperme ou de sang menstruel (I). 



(1) « Lémures gignunlur per deperditiones œsticas spermatis et san- 
guinis menstrualis. 

« Sunt ephemeri et maxime mortales. Constant aère coagulato in 
vaporc sanguinis vel spermatis, et quasi bulla quœ si ferro frangatur. 
périt anima imperfecta lemurum. 

« Quccrunt simplices et credulos... 

« Timidi sunt et fugitivi sicut avoseceli ctsemper mori reformidant. 
quia bulla aêris est vita eorum, et statu facile corrumpitur. 

(Paracelse, cité par Klipha*. fa Clef des grands mystères, page 386). 



LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



183 



L'on aurait tort de croire que ces prohibitions lussent 
puériles, ces précautions vaines : le sang est un liquide 
mystérieux ; il déborde d'une vie emphatique, expansive 
et prompte à revêtir, dès qu'on répand son véhicule, 
loutës les formes imaginables. Les abattoirs et les amphi- 
théâtres sont devenus, de nos jours, des séminaires de 
Larves sans nom : nous ne souhaitons pas aux sceptiques 
d'empoisonner leur atmosphère individuelle par la fré- 
quentation de ces lieux, tout dégoûtants de fantômes san- 
glants ; que de cas de folie et d'épilepsie n'ont point d'au- 
tre origine ! 

L'idée est à l'intelligence ce que le sang est au corps ; 
aussi les cogitations passionnelles engendrent des spec- 
tres à foison : les pensées libidineuses développent des 
fantômes de luxure; les rancœurs inavouées de lajalousie 
déterminent de vivantes obsessions, qui ravivent la plaie 
des cœurs envieux; les aspirations délirantes de l'or- 
gueil génèrent des Larves inspiratrices de vanité jamais 
assouvie..., et ainsi des autres vices. 

Telles sont les Larves passionnelles et mentales, qui, 
au lieu de s'engendrer dans le nimbe extérieur, comme 
leurs congénères d'origine plus matérielle, se développent 
dans la substance même de l'âme! Celle-ci, règle géné- 
rale, les évacuant à mesure, les refoule dans l'atmo- 
sphère fluidique individuelle. Cependant l'âme ne peut 
quelquefois les éliminer toutes, lorsqu'elles sont générées 
quotidiennement et à foison : alors, ces productions mal- 
saines s'amalgament, d'une part avec la substance du 
corps sidéral, de l'autre avec celle de la Psyché même, 
qu'elles troublent, épaississent et modifient à la longue. 



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1 



I8'f LA CI.EF DE LA MAGIK NOIRE 



Nous verrons au chapitre VI t — la Mort et ses arcanes , 
—comment elles deviennent, à l'issue de la terrestre 
existence, les tortionnaires de l'àme, avant même que 
le supplice de la seconde mort n'ait commencé pour 
celle-ci. 

Il n'est question, à cette heure, que des Larves évoluant 
dans le nimbe ou atmosphère occulte de chaque individu, 
quelle que soit d'ailleurs leur nature et leur origine. Tou- 
tes ne sont pas également meurtrières, mais toutes sont 
nuisibles, en ce qu'elles aliènent la liberté de l'homme et 
limitent ses potentialités de vouloir et d'agir : leur réac- 
tion la plus coutumière sur leurs auteurs se traduit par 
l'habitude, cette forme moins anodine qu'on ne peut 
croire de l'esclavage à tous les degrés. Les cas où l'on 
voit l'habitude dégénérer en obsession dénoncent, à peu 
près à coup sûr, la tyrannie des Larves de provenance 
corporelle, animique ou mentale. 

Ces diverses créations aôbiques sont la conséquence 
fatale etle juste châtiment de tousles onanismes du corps, 
de l'àme et de la pensée. Elles vivent, ces coagulations 
de la lumière astrale ; mais c'est aux dépens du pervers 
qui les engendra, et qui les doit nourrir, — comme le 
marque fort bien Éliphas, — de toute la sève de son cœur 
et de toute la substance de son cerveau : elles l'obsèdent, 
le harcellent, et le vampirisent sans merci. — Et s'il de- 
mande aux livres de la Sagesse traditionnelle un moyen 
violent de s'en délivrer, ce n'est encore, hélas! qu'à ses 
risques et périls; car une si étroite solidarité le rattache 
à ces enfants de son délire, qu'il est sujet à se blesser 
lui-même en les dispersant. Nous traiterons, à propos du 



LES MYSTERES DE LA SOLITUDE 185 

!oup-garou,de ces effets répercussifs et mutuels, dont la 
réalité n'est que trop indiscutable. 

i 

Les médiums sont pour la plupart de pauvres valétu- 
dinaires, coutumiers sans le savoir d'un véritable ona- 
nisme cérébral, et qui marchent dans la vie, escortés, 
obsédés, souvent dévorés tout vifs par ces Larves : elles 
ne se coagulent qu'en les épuisant, puisque c'est à eux 
qu'elles empruntent la substance plastique dont elles ont 
besoin, pour s'objectiver et devenir sensibles. 

En somme, ce sont bien là les vrais, les seuls démons ; 
caries esprits, même le plus profondément sombrés dans 
les abimes de la perversité, ne sont pas tout entiers mau- 
vais ; tandis que ces Larves, — grimaces mensongères de 
l'Être, blasphèmes incohérents de la vie universelle, — 
se montrent invariablement nuisibles et dépourvues de 
toute conscience : il serait donc permis de voir en elles 
d'équivoques manifestations de l'abstrait qu'on nomme 
le Diable ou Satan. 

Formant, pour ainsi dire, autant d'appendices vampiri- 
ques de l'homme dont elles remplissent l'atmosphère 
sidérale, elles vivent de sa vie, et les semblants d'intelli- 
gence qu'elles font paraître en des cas très rares, ne sont 
d'ailleurs et ne peuvent être que de vagues reflets de sa 
pensée. 

Il messiérait fort de confondre ces Larves, — en qui 
les Kabbalistes ne voient que des écorces, des coques ina- 
nes (cortices, Kliphôth ni£*bp), — avec les essences spi- 
rituelles plus ou moins obscurées dans la nuit de la ma- 
tière, qui flottent entraînées et ballottées aux torrents 



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186 



LA CLEF DE LA MAGIE .NOIRE 



génésiques des trois règnes inférieurs : minéral, végétal, 
animal. 

Compactions de la lumière au bleu (Aôbôlh nmî*), les 
Larves proprement dites sont des subslances dépourvues 
d'individuelle entité. Parasites comme le gui de chêne (i ) , 
elles n'existent que par autrui : vienne h leur manquer 
ce support ontologique (2), elles rentrent dans le Non- 
être, dont elles sont comme des manifestations, nous 
allions dire des Anges, des Messies. 

Elles s'attachent à lafaçon des sangsues ; elles mordent 
à môme la sidéralité d'un être réel, s'en nourrissent, y 
pompent leur vie d'emprunt et leur virtualité d'objecti- 
vation éphémère ; et, dépourvues qu elles sont de type 
essentiel qui leur soit propre, d'étalon générique sur quoi 
se modeler une forme, — elles se concrètent sur le pa- 
tron sidéralde l'être dont elles deviennent ainsi les reflets 
animés, les appendices lémuriens, les mirages fur- 
tifs 

Une Larve dans votre atmosphère, — c'est pour vous le 
fantômed'un très vague Sosie... ; maisd'un sosie qui vous 
énerve au physique et vous épuise, vous ébranle au mo- 
ral et vous déprave, vous débilite à l'intellectuel et vous 
abrutit! C'est pour vous une ventouse toujours avide 
de substance vivante, une vulve braquée sans répit sur 
le phallus de votre intellect, une réceptivité qui aspire à 
toute heure, pour se les approprier en les déformant, les 



( 1 , Lot comparaison n'est pas similitude: le gui de chitae, pour para* 
site qu'il soit, jouit d'une forme et d'une essence propres. 

(2) Les Larves peuvent changer d'atmosphère individuelle ; mais ja- 
unis, oucore un coup, elles ne peuvent vivre d'uno existence propre. 



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verbes viables auxquels votre esprit peut donner nais- 



j sance. 

• La potentialité absorbante, que déploient si puissam- 
J ment les Larves, est le propre de la substance mercu- 
rielle négati ve ( Aôb), qui leur sert de véhicule et dont elles 
sont les coagulations. 

Qu'on s'étonne à présent de cette anomalie, problème 
jusqu'à ce jour insoluble pour les physiologistes : nous 
voulons dire l'innocuité relative du coït, même abusif, en 
regard de la prompte déchéance, physique et mentale, où 
tombent ceux qui s'adonnent aux vices solitaires... — 
Mystère de la Solitude, 

Que dire de la fréquence de ces maladies de langueur 
si rapides, et de ces foudroyantes consomptions, qui traî- 
nent en quelques mois au tombeau l'homme le plus vi- 
t goureux, la femme la plus excellemment constituée, dans 
les cas d'emprisonnement cellulaire? — Toujours Mys- 
tère de la Solitude. 

Tous ces êtres sont victimes, soit d'une invasion, soit 
d'une génération spontanée de Larves dans leur atmo- 
sphère fluidique... 

Les Larves apparaissent les microbes, les bacilles, les 
vibrions de l'Invisible, — et nous serions tenté de croire 
( n'était leur défaut d'entité et de forme propre), — qu'elles 
s'incarnent pour servir d'âmes vivantes à ces légionnaires 
infinitésimaux de la Destruction. 

On peut considérer les Larves comme des agents léthi- 

» 

fères, des Puissances de dissolution émanées dllerebd). 



(\) S'il est curieux d'approfondir ces théories, notre lecteur voudra 



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188 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



ou, d'une façon plus générale, des missionnaires de iVa — 
hàsh. Rivalisant d'inconsistance avec cet Être formida- 
ble, elles participent de sa nature ambiguë, — illusoire 
et pourtant réelle (i), intermédiaire entre le conscient et 
l'inconscient, flottante et ballottée de 1 être au non-ètre. 

Donc, le mauvais solitaire, — ou Sorcier, — génère 
en masse, au hasard de sa déraison, au caprice de ses 
élans passionnels, ces parasites vampiriques dont il est 
fatalement condamné à mourir rongé : les Larves. 

Mais le bon solitaire, — ou Mage, — opérant dans la 
plénitude consciente de son intellect et de sa libre volonté, 
donne méthodiquement naissance à des êtres potentiels, 
toujours bénéfiques, parfois conscients et intelligents. — 
« Toute pensée est une àme (2), » dit Mejnour, dans Za- 
noni. Nous verrons ailleurs comment tel produit de nos 



bien conférer les chapitres i et vi de la Clef de la Magie noire, i et u 
du Problème du Mal. Alors il pourra se faire une idée de Sahàsh, soit 
qu'on veuille y voir l'agent dualistique producteur du Mal, ou l'instru- 
ment quaterno des extériorisations et des objectivations individuelles. 
U comprendra quelle parenté lie Kaïn yp, le Principe du Temps, à ce 
mystérieux Hereb ITJt facteur des désintégrations individuelles et des 
intégrations collectives; — cet Hereb qui apparaît le bras déployé et la 
main constrictivo de Mouth T\V2i l'Être accablant, dëvorateur, dont le 
rôlo providentiel est de ramener la Diversité à l'Unité, do réduire la 
circonférence au point central d'où jaillit le rayon qui la détermina, 
et de confisquer enfin les différenciations de la matière sensible, pour 
convertir toutes ses modalités particulières à l'homogénéité de la sub- 
stance universelle et non différenciée. 

C'est ce rôle providentiel de Mouth qui inspira aux auteurs du Zohar 
cette sublime pensée : la Mort est le baiser de Dieu. 

(1) Nahàsh n'existe point à proprement parler, et pourtant il est la 
source, la racine de l'existence matérielle. 

(2) Zanoni, tome II, page 69. 



LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 1S<> 



volitions peut devenir un être parfaitement défini, par 

suite de sa fusion avec un Élémental (l) Le mage est 

un vrai créateur dans les limites de sa sphère d'action, 
puisqu'il produit et développe, à l'instar de l'Être su- 
prême, des émanations de son verbe, — Puissances etli- 
cientes de Charité, de Science ou de Lumière. 

Certains mystiques ont nommé ces Puissances : les 
Anges du Ciel inférieur. 

Il nous faut bien confesser ici que le sorcier, s'il joint 
à la perversité quelque vigueur d'intelligence et de vou- 
loir, peut pareillement évoluer des êtres réels, de vérita- 
bles démons. 

(1) Sur ce point, les deux Écoles d'Occident et d'Orient sont en par- 
faite concordance dogmatique. 

Kout-lloumi, l'initié thibétain, correspondant mystique de M. Sinnctt, 
lui a écrit une longue et importante lettre, que le Marquis de Saint- 
Yves a traduite intégralement dans sa Mission des Juifs. Nous en déta- 
chons ces lignes remarquables : 

« Dans son évolution invisible, toute pensée humaine passe dans l'en- 
droit dont l'ordre physique est l'envers et devient une entité active, en 
s associant, en s'unifiant avec un élément particulier, c'est-à-dire une 
des forces semi-intellectuelles des royaumes do la Vie. 

« Cette pensée survit comme une intelligence active, comme une 
créature engendrée de l'Esprit, pendant une période plus ou moins lon- 
gue et proportionnelle à l'intensité de l'action cérébrale qui l'a générée. 

« Ainsi une bonne pensée se perpétue comme une Puissance active 
et bienfaisante, et une mauvaise comme un Pouvoir démoniaque et 
maléfique. De sorte que l'homme peuple continuellement sa course dans 
l'espace, d'un monde à son image, rempli des émanations de ses fan- 
taisies, de ses désirs, de ses impulsions et de ses passions. 

• Mais à son tour, ce milieu invisible de l'homme réagit, par son 
seul contact, sur toute organisation sensitive et nerveuse, proportion- 
nellement à son intensité dynamique. C'est ce que les Bouddhistes 
appellent Shambda, les hindous Karma. 

r. L'adepte crée sciemment ces formes ; les autres les génèrent au 
hasard... • (La Mission des Juifs, page 111). 



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190 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Bénéfiques ou maléfiques, ces êtres forment une classe 
à part (1); ils sont, à vrai dire, autre chose que des Lar- 
ves proprement dites. 

Engendrées de l'aveugle instinct ou de la passion dé- 
réglée, les Larves n'ont point de consistance ontologique ; 
— par contre, les êtres produits de la libre intelligence 
et de la volonté réfléchie possèdent une substance psy- 
chique — bonne ou mauvaise, — et sont sujets à mener 
une vie propre, en se combinant avec un Élémental. 

Cependant, par extension, les occultistes appellent sou- 
vent Larves toutes les substances lémuriennes qui ne 
jouissent pas d'une conscience bien nette, ou d'une per- 
sonnalité bien tranchée. 

.Notons unechose en passant, sur les apparitions en gé- 
néral. 

Quand les Lémures sont condensés en fantômes, ils re- 
doutent la pointe des épées et fuient tout objet aigu, sus- 
ceptible d'entamer leur coagulât fluidique et de les dis- 
soudre en soutirant leur vitalité; (on se souvientde ce que 
nous avons énoncé plus haut, au sujet du corps astral 
abmatérialisé). 

Les Lémures périssent-ils alors tout entiers, ou per- 
dent-ils seulement, avec leur corps éphémère, le moyen 
de se manifester? C'est ce qu'il ne convient pas d'éclair- 
cir pour l'heure. 

Quoi qu'il en s:)it, on peut dire que lout fantôme, d'où 
qu'il provienne et d'où qu'il vienne, disparait instantané- 



(1) Celle des Concepts rtta/isès. 




LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



191 



ment, lorsqu'une pointe métallique le traverse (I). La 
1 dissolution en est signalée parfois, comme à Cideville, 
par un phénomène électromorphe, une étincelle suivie de 

quoique perturbation atmosphérique Si le spectre 

1 frappé d'une pointe ne s'est pas dissous, la vision est 
purement hallucinatoire ; ce critérium de l'objectivité 
fantômale est certain. 

Pour nous en tenir aux Larves proprement dites, elles 
i manquent, faisions-nous observer, de type générique et 
î par conséquent de forme qui leur appartienne en propre. 
Cela est si vrai, qu'elles sedéterminent exactement sur le 
modèle des individus qu elles hantent (2) ; — bien plus, 



( 1 » Qu'on n'oublie pas, qu'en effleurant d une pointe le corps astral 
condensé d'un médium ou d'un magicien en phase de bilocation, l'on 
risquerait fort de commettre un homicide. (Voy. le Temple de Satan. 
pages 402-404,— et le chapitre VI! du présent tome). 

(2) « Le jésuite Paul Saufldius, qui a écrit sur les mœurs et les cou- 
tumes des Japonais, raconte une anecdote bien remarquable Une troupe 
de pèlerins japonais, traversant un jour un désert, vit venir à elle une 
bande de spectres dont le nombre était égal à celui des pèlerins, et qui 
marchaient du même pas. Ces spectres, difformes d'abord et semblables 
a des larves, prenaient en approchant toutes les apparences du corps 
humain. Bientôt ils rencontrèrent les pèlerins cl se mêlèrent à eux, 
glissant en silence entre leurs rangs : alors les japonais se virent dou- 
bles, chaque fantôme était devenu l'image parfaite eteomme le mirage 
de chaque pèlerin. Les japonais effrayés se prosternèrent, et le bonze 
qui les conduisait se mit à prier pour eut avec de grandes contorsions 
et de gran Is cris Lorsque les pèlerins se relevèrent, les fantômes avaient 
disparu et la troupe put continuer librement son chemin. Ce phénomène, 
que nous ne révoquons pas en doute, présente les doubles caractères 
d'un mirage et «l'une projection soudaine de larves astrales, occasion- 
nés par la chaleur de l'atmosphère et l'épuisement fanatique des pèle- 
rins. » (La Clef de* granit Mystères, pages 548-249). 

Celte citation d'Éliphas, qui trouve ici sa raison d'être, aurait pu être 
également réservée pour le chapitre III, qui traite des phénomènes 
collectifs. 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



variant de contour avec une inconcevable souplesse, elles 
se décalquent sur le patron fugitif de ses pensées. 

Changent-elles d'atmosphère fluidiquc ? Se détachent- 
elles d'un être pour en obséder un autre? — C'est une 
mutation de forme instantanée, leur nature simiesque 
se pliant aussitôt à la ressemblance de leur nouveau 
père nourricier. Pour se coaguler et prendre une figure 
visible, elles empruntent à ce dernier la substance bio- 
logique requise : aussi l'être obsédé ressent-il une subite 
impression de froid pénétrant, et même a-t-il conscience 
d'une déperdition vitale assez notable. 

Tel est le cas du médium qui s'efforce de produire en 
public des fantômes astraux. Son vouloir étant habile à 
modifier l'aspect de ces coagulats, il sait, pour peu 
qu'entraîné convenablement, les revêtir de toutes les 
formes qu'il arrête en son imagination. Faire apparaître 
une main, un pied, une tête, l'apparence d'un animal, 
ou même celle d'objets de toute autre nature, telsqu'un 
meuble, une carafe, un bouquet, — tout cela, pour cer- 
tains médiums extraordinaires, n'est qu'un jeu. 

Cette magie des transmutations touche de très près, 
d'une part aux mystères de la Lycanthropie, de l'autre 
à ceux de la Palingénésie; une nuance seule l'en dis- 
tingue: les phénomènes de palingénésie et de lycanthro- 
pie se réduisent à des modalisations du double élhéré 
d'un animal ou d'une plante ; tandis que le corps astral 
n'est pas acteur, mais instrument, dans l'esquisse des 
formes extérieures par coagulation d'une larve ; il joue 
seulement (comme l'indique son nom de médiateur plus- 



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LES MYSTERES DE LA SOLITUDE 



m 



tique) y un rôle d'intermédiaire entre la volonté du mé- 
dium et l'être lémurien qui constitue l'appendice fluidi- 
que de celui-ci. 

Les médiums de cette force ne sont pas légion. Le 
plus grand nombre se contente de transsuder une cer- 
taine dose de force psychique et d'en saturer leur nimbe, 
où les Indigènes de V Astral (dont nous parlerons bientôt) 
viennent se manifester et s'ébattre. Les Elémentaux, — 
et très rarement les Élémentaires, — qu'attire ce bain 
de vie extravasée, entrent alors en communication avec 
les assistants et se mettent volontiers en dépense de 
phénomènes fluidiques. Parmi ces Invisibles, il en est 
pourtant de plus avisés et de moins prodigues, qui, 
n'ignorant pas ce qui se consume de force nerveuse en 
de pareils jeux, ménagent le médium, aux fins de ne 
point tarir en lui la source complaisante où leur sensua- 
lité s'abreuve. Ils en jouissent le plus longtemps possible, 
mais ils n'ont garde d'en abuser; et, pour prolonger le 
plaisir, divertissent le cercle des badauds spirites par 
d'interminables confidences, dont (de la meilleure foi du 
monde) l'imaginative réactionnée du « truchement des 
esprits » fera tous les frais : et le médium-écrivain de 
faire crier sa plume, et le médium à incarnations de 
multiplier ses pantomimes et ses ventriloquies, au cours 
de séances qui n'en finissent plus ! ... Du reste, il est 
présumable que les Invisibles venus du dehors ne négli- 
gent point eux-mêmes, pour obtenir des « effets physi- 
ques », de mettre à profit les Larves qui peuplent le 
nimbe hospitalier de l'Évocateur. 

La plupart des médiums, procédant par objectiva- 
it 



194 



LA CLEF DK LA MAGIE NOIRE 



tions de Larves ou par évocation des Élémentaux (cons- 
ciente ou non), en sont quittes pour un peu de fatigue, 
sauf à payer chèrement un jour pareille collaboration . 
Quelques rares, en qui l'on peut voir d'intuitifs occul- 
tistes, ne procèdent que par sorties en corps astral, par- 
tielles ou complètes. Plutôt que subir l'esclavage du 
pauvre possédé que les Larves dévorent tout vif; plutôt 
même que d'appeler à l'aide les capricieux génies des 
éléments, ils préfèrent prendre sur soi les frais dynami- 
ques et les dangers immédiats de l'expérience, — quitte 
à tomber, celle-ci durant, en condition seconde on même 
en catalepsie (i). Ils réalisent ainsi des apports d'objets 
matériels, et parviennent à distendre leur sidéralité 
jusqu'à produire tous les phénomènes ubiquitaires, — 
où sans doute excelleront toujours les magiciens noirs 
et les passifs de la médianité, qui ne vont pas sans le 
déploiement de toute une légion de Larves ou d'Élé- 
mentaux. 

Mentionnerons-nous ici ces prétendus médiums dont 
le talent se réduit à des subtilités d'escamoteur? On ne 
saurait trop se mettre en garde contre ces faussaires, 
ingénieux à toutes les contrefaçons phénoméniques. 

Uappellerons-nous la manie commune à tant de mé- 
diums excellents, qu'on voit compromettre l'évidence de 



[i \ Beaucoup de médiums et de magiciens no peuvent extérioriser 
leur force, même partiellement, sans perdre connaissance et offrir les 
symptômes de la catalepsie : c'est ce que les fakirs de l'Inde appellent 
dormir du sommeil des Dieux ou dpi Esprits. — D'autres ne tombent 
dans cette phase léthargique, que s'ils réalisent la projection intégrale 
de leur sidéralité. 



LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



m 



faits probants à coup sur, par un déplorable mélange 
avec des phénomènes impudemment et parfois grossiè- 
rement simulés? Nous avons fait ailleurs (1) nos ré- 
serves à ce sujet, en démêlant la vraie cause d'un char- 
latanisme aussi fréquent: elle réside dans la superbe 
obstinée de ces glorieux, qui, mettant leur amour-propre 
à donner le change sur une maladie où ils voient leur 
maitrise, se trouvent acculés à la supercherie et con- 
traints de suppléer tant bien que mal aux intermittences 
de cet Agent qui les épuise, et qu'ils appellent leur forée. 

Il est à propos de faire observer, en effet, que la fa- 
culté d'extériorisation fluidique n'est point normale chez 
l'homme, à son présent degré d'évolution. Cette faculté 
tout exceptionnelle se développe spontanément, ou s'ac- 
quiert par la persévérance de l'effort. Spontanée, on doit 
y voir l'effet d'une maladie véritable, qui se trouve déjà 
mentionnée au précédent tome (2), et dont nos lecteurs 
doivent comprendre à cette heure la cause et l'origine 
probables.... Maladie fort enviée, en tous cas, et volon- 
tiers contrefaite de ceux qui n'en sont pas atteints. 

Pour un médium conscient et volontairement actif; 
pour dix médiums loyaux et surs qui sont strictement 
passifs, l'on rencontre peut-être trente industriels dou- 
teux et cinquante escamoteurs sans vergogne. 



(I) Le Serpent de ta Genèse, tome I (le Temple de Satan), pages 121- 
122. — Il est juste «l'avouer, pourtant, qu'on voit de bons médiums tri- 
cher d'une manière inconsciente et en parfaite candeur d'âme. iCf. le 
récent livre de M le colonel de Rochas, l'Extériorisation de la Mo- 
tricité, Paris, Chamuel, 1 SUC. in-8'). 

yt) Ibid., p. 399. 



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190 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Tel est, au surplus, le cachet des phénomènes non 
simulés, qu'un observateur d'expérience ne parvient à 
s'y méprendre qu'en y mettant de la bonne volonté. 

Explorateur, en ce chapitre, des arcanes de la soli- 
tude, nous avons particulièrement insisté sur la nature 
déconcertante des Larves fluidiques, calamileuses compa- 
gnes de tout humain qui s'entète, insociable et fanatique, 
à vivre dans l'isolement. La voix unanime des premiers 
siècles chrétiens nous désigne la Thébaide comme la 
patrie légendaire des apparitions et des mirages : et la 
célèbre eau-forte où Jacques Callot a buriné la Tenta- 
tion de Saint-Antoine ferait un pendant fort convenable 
à la planche pittoresque et malheureusement assez rare 
du Sabbat des Sorciers, dont Pierre de Lancrc illustra la 
seconde édition de son Tableau de l'Inconstance des 
Mauvais anges (Paris, Buon, 1613, in-4°). 

Les Larves sont, par excellence, les spectres de la so- 
litude. 

Mais au royaume de l'Astral pullulent d'autres races 
d'êtres spirituels ou pseudo-spirituels, susceptibles de se 
manifester transitoirement ici-bas, par le ministère du 
médium. 

Les uns sont, pour ainsi dire, les indigènes de /' Astral; 
d'autres n'y séjournent que de passage. Quelques-uns n'y 
paraissent qu'à titre exceptionnel, en missionnaires, ou 
comme ambassadeurs. 11 sera traité de chacun en son 
lieu. Pourtant, dès cette heure, une classification som- 
maire ne semble point hors de propos. 



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LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



107 



Los principaux Indigènes de l'Astral (i) sont: 1° les 
Mirages errants, — 2° les Élémentau.v } — 3° les fllémen- 
taires, — 4° les Ombres, — et 5° les mauvais Daimones. 
L'on peut aussi ranger dans cette classe les vivantes 
créations de l'Intelligence et de la Volonté humaines, 
savoir: les Concepts vilalisés, la plupart des Puis- 
sances collectives et les Dominations Ihéurgiques (faux 
dieux). 

Les Passagers de l'Astral sont les Ames humaines, 
s'il est permis de dire, en instance d'incarnation. 

Les êtres enfin qui ne paraissent dans ce royaume in- 
férieur de la nature que pour accomplir une mission, 
sont les Ames glorifiées et les Anges célestes. 

I. — L'apocryphe des Oracles de Zoroastre vaticine 
d'un feu bondissant, configuratif et plastique; d'un feu 
plein d'images et d'échos, et encore d'une lumière qui 
abonde, rayonne, parle et s'enroule (2). Voilà bien ce 
fluide astral, intarissable en Mirages errants. — Pas un 
être ayant eu vie, pas un fait accompli jadis, pas un 
verbe proféré, pas une passion ayant dardé son éclair 
au ciel psychique, qui n'aient laissé leur trace vécue, leur 



(1) Nous voulons dire V Astral proprement dit ou inférieur, car il 
faut s'entendre. — Certains adeptes de la Science généralisent le terme 
«Astral », jusqu'à y comprendre les régions mystérieuses ou liabitent 
les Réintégrés, dans l'irradiation plus subtile de la Lumière de gloire. 

(2) « Ignis simulacrum saltatim in aère in tumorem extendens : — 
veletiam ignem in figurât uni unde vocem currentem — Yel lumen 
abundans. radians, streperum, convolutum... » (Trinttm mngicum. 
Franco!"., 1629, in-12, Oracula Chaidîeoruni ; U(rmones,sacrifiria f page 
344). — Cf. V. l'atricii Magiam philosophiram, (Hamburgi, 1!>03, in-8, 
fol 44). 



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198 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 

reflet sonore, leur image ou leur écho dans cet infini 
réceptacle des témoignages du passé, mouvant miroir où 
s'incruste en traits de feu le contour des êtres et des 
choses jadis réfléchis. Tel est ce mystérieux Livre du 
Jugement dont parle l'Écriture, et qui sera manifesté 
grand ouvert à l'heure suprême, pour que chacun puisse 
lire, au cours de sa propre vie écoulée, le brevet de son 
triomphe ou la sentence de sa condamnation. Mais ce 
livre, clos aux regards profanes, les enfants de la Sagesse 
ont licence de le feuilleter à loisir.... Fantômes des êtres, 
des choses, fantômes des événements aussi (1), les mi- 
rages errants s'y déroulent en suite confuse d'hiéro- 
glyphes, que les adeptes et les voyants ont toujours su 
évoquer et rétablir dans l'ordre normal : le grand labeur 
est ensuite de les interpréter et de les rendre en un texte 
hiératique, où se révèle le passé, s'explique le présent et 
se motive l'avenir ! 

Voilà pour les Mirages errants : simples images fluidi- 
ques (2), impersonnelles, inconscientes. 

II. — Les Élèmentaux jouissent d'une personnalité; 



(1) Pour les fantômes d'événements, se référer à la très remarquable 
étude de Bulwer Lytton, fa Maison hantée [Cliamuel, 1894, petit in-8\ 
Les pages 28-29 décrivent la restitution fanlômale d'un crime, commis 
prés d'un siècle auparavant. Bulwer avait une grande pratique des phé- 
nomènes de la magie; ses peintures sont toujours surprenantes de vé- 
rité et d'intense émotion. 

Rien ne ressemble de plus près aux mirages errants, que les appa- 
rences qu'affectent volontiers certains élèmentaux transitoires, tels que 
les Ames végétales ou minérales en stase d'abmatérialisation. La confu- 
sion est aisée, — et pourtant il y a un abîme entre ces êtres libérés 
do leurs entraves matérielles et de simples mirages errants. Ces deux 
sortes diffèrent autant par l'essence qui leur es», propre, que par tours 
futures destinées. 



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LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



190 



du moins toujours en ont-ils l'apparence. Ils se subdi- 
visent en de nombreuses variétés, dont les dissemblances 
expliquent les contradictions où quelques auteurs sont 
tombés à leur sujet : les uns les peignant dénués de toute 
conscience, tandis que d'autres vantaient leur intelli- 
gence et leur subtilité. L'Élémental, ou Esprit élémen- 
taire (t) est bien, comme le marque son nom, l'indigène 
par excellence, l'aborigène des éléments occultes. C'est 
à ce point de vue que l'École de Paracelse a classé ces 
esprits en Salamandres ou ministranls du feu, en Sylphes 



(1) Ne pas confondre Esprit élémentaire, avec Élémentaire tout court 
^ voyez plus bas). 

Une observation d'importance trouve ici sa place. 

La terminologie coutuinière en occultisme qualifie d'Éléraentaux ou 
Esprits élémentaires une classa particulière d'Invisibles. — Mais il est 
urgent de bien comprendre qu'à strictement parler, tout être relatif est, 
ilans sa nature propre, un Esprit élémentaire. Ni les âmes humaines, 
ni les anges célestes, ne sont purs Esprits comme on l'entend d'ordi- 
naire. En d'autres termes, tous les êtres réels sont tirés d'un élément 
similaire à eux, d'une substance plus ou moins épurée. 

Moïse le dit en toutes lettres, pour ce qui concerne Adam-Ève. Ihôah 
gourmandant l'homme, après sa défaillance, lui déclare, entre autres 
choses, qu'il devra désormais se nourrir des fruits àcres de la nature 
pbysiquo : « tu t'en nourriras (ajoute l'Éternel) dans l'agitation conti- 
nuelle de ton esprit, et jusqu'au moment de ta réintégration à l'élément 
adamique, homogène et similaire à toi : car, comme tu as été tiré do 
cet élément, et que tu en es une émanation spiritueuse, c'est à cet élé- 
ment que tu dois être restitué (Genèse, ch. III, v. 19, traduction Fabre 
d'Oltvet). Voici le mot-à-mot des deux dernières lignes : «tel Esprit- 
élémentaire tu-es, et tel à l'élément spiritueux tu dois être restitué. » 

Les traducteurs autorisés, rendant Adamah TOTN (l'élément essen- 
tiel d'Adam) par terre, et Haphar 12? (Esprit élémentaire) par pous- 
sière, arrivent à tirer de l'hébrou ce sens matérialiste : « car vous êtes 
poussière et vous retournerez en poussière ». 

Ces choses notifiées pour mémoire, nous ne changerons rien au vota 
bulaire reçu des initiés. — Mais il importe de bien s'entendre sur les 
mots. 



200 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 

ou génies de l'air et des tempêtes, en Ondins ou dé- 
mons des eaux, en Gnomes ou Puissances terrestres, 
gardiens des cavernes et des trésors enfouis. 

Les Klémentaux, connus ou soupçonnés des hommes à 
toutes époques, sont d'excellents acteurs, qui ont fait les 
frais de bien des rôles : tour à tour divinités locales 
(tjenii loci de l'antiquité payenne), faunes, sylvains, 
nymphes, .egipans ; puis elfes et fées au moyen âge, far- 
fadets, gobelins, esprits familiers, etc. ; génies des contes 
orientaux, Niebelungen du Hhin, etc.. Autant de per- 
sonnages qu'ils ont joues en conscience ; car ils se con- 
forment aux traditions et ils excellent à changer de dé- 
guisement, d'allures et de langage. Nul n'ignore sous 
quelles gracieuses allégories les Rose + Croix, — qui 
connaissaient ces êtres et savaient en tirer parti, — se 
sont plu a symboliser leurs relations avec l'homme, et 
la puissance que l'adepte affranchi peut acquérir sur eux, 
en les domestiquant à son service. 

L'on ne saurait mieux qualifier leur nature, qu'en les 
définissant les animaux de l'Invisible. On pourrait ajouter, 
pour toute une catégorie d'entre eux, les animaux dans 
ï Invisible, c'est-à-dire les âmes désincarnées d'animaux. 
Le genre Élémental comporte en effet toutes sortes d'êtres, 
susceptibles ou non de revêtir un corps physique : depuis 
les plus inintelligents et brutaux, jusqu'aux plus éminents 
en esprit, en ruse, en science même. Sous ce rapport, 
quelques-uns dépassent de beaucoup le niveau mental des 
animaux supérieurs et soutiendraient la comparaison 
avec l'homme; mais le défaut de sens moral, l'inaptitude 
qu'ils témoignent à décider du juste et de l'injuste, les 




LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 201 



assimilent sensiblement aux races bestiales. Cependant, 
ils ne sont pas incapables d'affection, et qui plus est, de 
dévouaient : pareils à l'éléphant ou au chien, ils poussent 
parfois jusqu'au fanatisme l'amour que tel ou tel être leur 
a inspiré, souventàson insu. Le magicien qui les domine 
et les gouverne à son gré, accomplira de surprenantes 
merveilles par leur intermédiaire, car ils jouissent sur 
l'Astral, qui est leur milieu propre, d'une puissance pres- 
que illimitée. D'ailleurs, capricieux et autoritaires de leur 
nature, ils deviennent aisément de dangereux amis, pour 
quiconque n'a pas su leur inspirer la crainte ou le res- 
pect : excellents serviteurs, les Élémentaux font des maî- 
tres détestables. Us tyrannisent le malheureux qui une 
fois a plié sous le joug ; ils le protègent obéissant, le cir- 
conviennent et l'obsèdent de leur fastidieuse amitié; in- 
soumis, ils le châtient sans ménagement. Jamais ils ne 
pardonnent une tentative de rébellion, et leur vengeance 
est terrible. 

Génies recteurs des forces de la Nature, ils répugnent 
à voir les énergies qu'ils gouvernent maîtrisées et rédui- 
tes en esclavage par le savant ou l'industriel. Les grands 
cataclysmes physiques, les explosions souterraines de 
grisou, les accidents de laboratoire et d'usine leur sont 
souventes fois attribuables (1)... 



(1) Jules Lermina, dans stilfagie pratique,», très bien vu ces chose»; 
il dénonce avec sagacité la revanche de l'Êlémental : « Pour l'Êlémental, 
l'homme est un ennemi, puisqu'il est un destructeur. Mais aussi qu'il 
prenne garde, l'Êlémental se défend et c'est avec les précautions les plus 
grandes que l'homme doit entrer dans son domaine. Les choses se 
vengent. Elles souffrent. Stint lacrt/rnœ rerum ! Le poète a dit vrai. » 
Tout ce chapitre VI est à liro (Magie pratique, pages 205-220). 



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202 LA CLEF DE LA MAGIE .NOIRE 

III. — Les Élémentaux ne sont point encore évolués 
au stade nominal, et toute une importante École mystique 
leur dénie la faculté d'y pouvoir jamais atteindre. — Les 
Élémentaires consistent, à rencontre, en des individus 
humains désincarnés : ce sont les âmes retenues dans la 
sphère d'attraction planétaire par leur corps astral, point 
encore dégagé des terrestres attaches. Elles souffrent en 
cet état les tourments du purgatoire (Voy. chap. VI, la 
Mort et ses Arcanes). — Il n'est pas impossible à un Élé- 
mentaire de se manifester ici-bas, par l'entremise d'un mé- 
dium ; mais rien n'est plus rare, au moins dans les séan- 
ces spirites. Les fantômes qui se donnent pour des humains 
désincarnés consistent d'ordinaire en des Élémentaux 
mystificateurs, ou en des Larves avides d'objectivité... 

IV. — 'A moins que ces fantômes ne soient des Ombres, 
cadavres astraux en voie de désintégration. L'on donne 
ce nom aux résidus ou dépouilles des Élémentaires qui 
ont fini leur temps de purgatoire. La seconde mort con- 
sommée, l'àmc spirituelle a pris l'essor, inséparable de 
sa faculté plastique, — en laissant dans l'atmosphère oc- 
culte de la planète un cadavre fluidique, qui va se dis- 
soudre par degrés : telle est Y Ombre proprement dite. 
Elle garde comme un vague reflet, une réminiscence ma- 
chinale de la personnalité à laquelle naguère elle fut 
unie ; si bien qu'évertuée par la force psychique du Mé- 
dium et réactionnée par le vouloir de Invocateur, cette 
Ombre apparait susceptible de grimacer quelques-unes 
des attitudes familières du défunt, et de jeter en son nom 
quelques faibles lueurs pseudo-mentales. 

V. — Les Mauvais Daïmones enfin, les plus redouta- 



r 

LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 203 



Lies auxiliaires que puisse évoquer le magicien noir, sont 
<Jes aines irrémédiablement vicieuses et perverses ( 1 ), dont 
I étincelle divine est à jamais disparue. Ce même élément 
igné, qui sert de purgatoire aux Élémentaires, devient 
l'enfer pour de telles âmes, — l'Esprit pur, leur céleste 
Époux, étant remonté à sa patrie d'En-haut. Ce divorce 
a eu pour prime conséquence de ravir à ces âmes perdues 
Tliéritage d'immortalité; mais animées parfois d'une vo- 
lonté intense pour le mal et d'un âpre désir de vivre, elles 
ont encore, bien que périssables en définitive, une lon- 
gue et sinistre carrière à fournir. Le téméraire qui les 
évoquecourt grand risqued'ètre englouti dans leurs téné- 
breux remous : dès lors, un destin similaire l'attend, qui 
aboutit au Maëlstrom de la perdition totale. 

Mirages, Élémentaux, Élémentaires, Ombres et Dé- 
mons, — telles se dénombrent les principales espèces 
indigènes de l'Astral, auxquelles on doit ajouter diverses 
sortes d'êtres, produits de création humaine, évolués sur 
ce même plan, savoir: — 1° les Concepts vitalisés (2) 
dont nous avons parlé plus haut ; — 2° les Puissances col- 
lectives f'usionnelles, dont nous détaillerons au chapitre 
III les modes de naissance et d'activité ; — 3° enfin, les 



(1) Ces Mauvais Daimones ne sont point mauvais absolument, cruels 
et perfides à tous égards, comme le vulgaire se ligure les diables. Ce 
sont des âmes que des vices invétérés, des passions sans frein désor- 
mais, possèdent et déchirent; mais tous leurs sentiments, comme aussi 
tous leurs actes, ne sont pas nécessairement détestables. 

(2) Ayant à traiter de matières assoz neuves, nous ne trouvons pas 
toujours de termes consacrés, pour traduire ce que nous avons vu : 
force nous est alors d'en improviser. Nous prions, une fois pour tou- 
tes, qu'on veuille bien nous pardonner ces barbarismes nécessaires. 



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Dominations Ihwrgiques, divinités réelles, engendrées et 
développées dans les grands courants de foi, de confiance 
religieuse et d'amour ; et qui sont en quelque sorte, à leur 
origine, les concepts vilalisés non plus d'un solitaire, mais 
d'une multitude unanime en son fanatisme créateur. Il 
n'en est pas longtemps ainsi, car ces Dieux ne tardent 
point à réagir sur les fidèles de leur culte, et s'amalga- 
mant avec l'àme unifiée des foules, ils dégénèrent assez 
vite en Puissances collectives fusionnelles. 

Nous ne rappellerons que pour mémoire la présence, 
dans l'Astral terrestre, des êtres qui n'y séjournent qu'à 
titre passager, comme les âmes humaines emportées au 
torrent des générations, ou même à titre exceptionnel, 
comme les âmes glorifiées et les Anges missionnaires. 
Tels sont les « exotiques » de l'Astral, par opposition avec 
ses « indigènes ». 

Les rites et les procédés évocatoires varient, selon la 
nature de l'Invisible que le magicien veut rendre présent 
et propice. Le Cérémonial, riche en violents contrastes, 
voue l'opérateur, — pieux ou sacrilège, — à des œuvres 
étrangement disparates : depuis l'explosion des paroles 
de blasphème dans la tiède vapeur du sang répandu, jus- 
qu'aux harmonies des suintes hymnes, flottantes parmi 
les volutes de mvrrhe, de cinnamome et d'encens. 

Ces mystères de l'Astral sont malheureusement moins 
exploités par le mystique des sublimes Écoles que par le 
mauvais solitaire, l'adepte de la magie noire. 

Nous avons un peu négligé le bon solitaire, qui volon- 



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LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 20iï 



tiers vise plus haut qu'à un commerce avec les Esprits, 
même des plus glorieuses hiérarchies. Préférant en gé- 
néral la pratique de V Extase à colle des Magies cérémo- 
nials, il ne s'attarde guère aux rites évocatoires que dans 
ses périodes d'expériences. On cite néanmoins d'illustres 
exceptions; mais la voie n'est pas sans péril... 

Réintégration, dès ici-bas, du sous-multiple humain 
dans l'Unité divine, voilà l'œuvre majeure de l'adeptat. 
C'est là l'ambition du bon solitaire. 

En quoi consiste cette Réintégration ? 

Nous en connaissons deux : la passive et Y active. L'une 
et l'autre comportent plusieurs degrés. 

L'on parvient à la première par la sainteté ou l'austère 
épuration de son essence animiquc, unie d'amour au pur 
Esprit des Cieux ; — à la seconde, par l'apothéose de la 
Volonté libre et consciente, ou la réalisation du penta- 
gramme mystique. 

La première (réintégration en mode passif) nécessite 
une abdication du Moi, qui se fond, sans réserve ni es- 
prit de retour, dans le Soi divin. On n'agit plus par soi- 
même; c'est Dieu qui agit par vous. Ce qui a fait dire à 
l'apôtre : « et déjà ce n'est plus moi qui vis ; c'est Christ 
qui vit en moi. » 

Li seconde (réintégration en mode actif) équivaut à une 
conquête positive du Ciel, à un viol de l'Élément céleste, 
et de son Esprit collectif: Houàch llascliamuini. 

Toutes deux, à leur plus haut degré, rendent à l'aine 
l'état primordial d'Éden, la jouissance dWdamuli, l'Élé- 
nient pur, où se réfléchit l'Aor Mn-Sôpli. — Mais la 



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20() LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



passive implique une renonciation des volontés indivi- 
duelles, et le dédain de toute science qui n'est pas 
l'Amour : — « Heureux, a dit Christ, les pauvres en es- 
prit: à eux le Royaume du Ciel. » — L'active, au con- 
traire, permet dans certains cas, ici-bas même, l'exercice 
d'une toute-puissance relative, délégation de la puis- 
sance de Dieu. Elle met en main l';Esch glaive 
flamboyant de Ihôah /Elohîin. C'est la prise de posses- 
sion, par droit de conquête, du Ciel mystique dont Christ 
a dit que les Esprits violents le prennent de force : 
« violenti rapiunt illud. » 

L'ineffable charité de N. -S. Jésus-Christ ne l'a induit 
a revendiquer que la réintégration passive, et il est mort 
sur la croix, en doutant de Lui-même et de son Père : 
— « Eli, EU f lamma sabachtani ! ... (1). » 

L'audace de Moïse lui a fait préférer les privilèges de 
la réintégration active : aussi, après avoir exercé sur 
terre l'omnipotence céleste, en maniant d'une main ferme 
le glaive igné du Kéroub, Moïse est-il monté vers Dieu, 
(comme après lui devait faire Élie), vierge du baiser de 
la Mort ( w 2), laissant à son peuple le nom de peuple du 

H) Assurément n'était-ce que le cri de la chair, défaillante aux affres 
dune suprême épreuve; mais l'évocation de ce cri de doute nous a tou- 
jours épouvanté t 

12) Est-ce mourir, en vérité, que délier volontairement ses entraves, 
à l'heure et au lieu choisis, cl, rayant d'un vol de flamme le purgatoire 
tic l'Astral, prendre son essor vers le séjour solaire des âmes glorifiées : 
tandis que sa dépouille charnelle repose en quelque crypte ignorée 
et inaccessible ? « Tous les initiés antiques parvenus au grade de Moïse, 
écrit Saint-Yves d'Alvcydre, sont morts sans que leur corps ait laissé 
plus de traces que lo sien. Jusqu'à Pythagore, jusqu'à Apollonius de 
Tyane, jusqu'à Jésus-Christ, nous verrons se reproduire le même fait 
mystérieux. » (Mission des Juifs, page 476). 



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LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



207 



Seigneur et la libre entrée de la terre de Chanaan, dont 
les Juifs ne sont sortis qu'en apparence, mais où ils 
régnent plus que jamais (1). 

La réintégration passive est plus divine peut-être, plus 
absolument méritoire; c'est celle des Saints et des Mes- 
sies. — La réintégration active est à coup sûr plus 
avantageuse, plus riche en prérogatives : c'est celle des 
Mages et des Titans. 

C'est la seule à quoi doivent prétendre les hommes 
qui, n'ayant pas dit un définitif adieu à la vie et aux 
joies de ce monde, se sentent encore le désir de récolter 
ce qu'il peut y avoir de bon dans ses illusions et ses mi- 
rages. 

La vie éternelle est si longue ! Même décidés à toujours 
ascendre, sans dévier de la route qui ramène au Père, il 
ne nous serait pas permis de faire des stations? Dieu, 
qui est si bon, n'a créé (ou plutôt laissé créer) (2) que 
pour cela, — dans cette nature même de la déchéance et 
sur cette terre de l'épreuve, — l'herbe moelleuse et 
l'ombre propice des Illusions... 



(1) Chanaan au sens le plus matériel, veut dire homme de 
spéculation et de négoce. La terre de Chanaan des juifs modernes, 
c'est l'Usure, c'est l'Agio, c'est la Hausse et la Baisse des valeurs. 

(2) Le monde physique, conséquence de la chute d'Adam, n'a pas 
été créé tel par Ihôah /Elohim. — On peut méditer deux aphorismes 
kabbalistiques, péremptoires sur ce point, pour qui sait les comprendre. 
Ils sont extraits des dogmes recueillis par le Père Angélus de Burgo- 
novo. l'un des auteurs compilés par l'érudit Pistorius. Voici la traduc- 
tion de ces formules, d'un profond ésotérisme : 

— Le Péché d'Adam, c'est ta mutilation de Malkouth, détaché de l'ar- 
bre séphirothique. 

— C'est avec l'arbre du Péché que Dieuacréé l'Ordre temporel. 



308 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Le plaisir bien compris et accepté dans l'expansion 
normale d'un cœur honnête, est-il autre chose, en somme, 
que la modalisation et l'adaptation au milieu terrestre et 
transitoire, de la joie éternelle des Élus? Puisque nous 
sommes descendus en ce monde inférieur, n'est-il pas 
naturel et conforme à la logique, que nos consolations, 
nos satisfactions et nos joies temporelles, forcément pro- 
portionnées à notre nature déchue (c'est-à-dire moins 
parfaite), soient elles-mêmes moins parfaites et moins 
angéliques? Homo sum } disait Caton, l'un des saints du 
paganisme sloique, et humant nil à me alienum puto(i). 

L'on ne saurait mieux dire, et Pascal semblait lui-même 
commenter cette belle parole de Caton, lorsqu'il écrivait 
en ses Pensées (pie l'homme n'est ni ange ni bêle, et le 
reste.... 11 est probable que Caton et Pascal lui-même, 
s'ils eussent été initiés et qu'il fût dans leur destin 
de choisir entre la réintégration passive des saints et la 
réintégration active des Titans, auraient préféré cette 
dernière. 

D'ailleurs, il n'y a pas même le choix, lorsqu'on aspire 
à la royauté kabbalislique du G.-. A.*., ou seulement à 
la pénétration des mystères de l'au-delà, sans vouloir 
quitter le monde pour s'enfermer dans un cloître, au 
propre ou au figuré. La réintégration en mode d'activité 
est la seule qui souffre le relatif. 

L\ est la raison profon.le du péril des cloîtres, pour 
certaines aines qui ne sont pus prêtes au sacrifice inté- 



(1) Le vers est de Tèrence, mais la pensée est de Caton. 



LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 209 



gral, sans restriction ni limites, d'elles-mêmes et de leur 
volonté. — Elles se sont données en mode passif: 
tàchent-elles de biaiser? font-elles quelque effort pour se 
reprendre? L'Époux les lâche (car, en mode passif, elles 
se laissent posséder, mais ne possèdent point), et elles 
tombent au pouvoir de r Adversaire. La perdition est au 
terme de leur vocation réticente. 

Aussi ne faut-il jamais hésiter, sous prétexte de respect 
du libre-arbitre, k traverser de mondaines épreuves la 
vocation des religieux en général, mais surtout des 
jeunes filles qui croient se sentir appelées à la vie con- 
templative. Si leur vocation est véritable, elle sortira 
victorieuse desdites épreuves, indemne desdites tra- 
verses ; toute difficulté suscitée n'aboutira qu'à une con- 
firmation nouvelle de leur premier vouloir. 

S'agil-il de jeunes filles du monde, par exemple? — 
Nous estimons criminel pour leurs parents de leur laisser 
prendre le voile, sans les avoir conduites d'autorité dans 
le monde, et pas seulement en soirée, — au bal... Si 
Tappel de ces âmes se fait toujours entendre après cette 
diversion, si leur goût de la vie religieuse résiste à ce 
dissolvant, c'est qu'elles sont d'un métal incorruptible 
aux acides temporels, et nul autre Alkahest, — - fût-ce 
celui de Paracelse et de Van Helrnont, — nul autre dis- 
solvant, si corrosif soit-il, n'y pourra rien. Si, au con- 
traire, quelque levain terrestre, quelque ferment mon- 
dain est latent aux profondeurs les plus inavouées de leur 
Moi inconscient, elles seront entamées, et nul doute que 
l'espiègle Érôs ne les chatouille de sa flèche, virtuellement, 

en possibilité, si tant est qu'il ne les pique pas en fait. 

14 



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210 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Mais, fermant cette parenthèse, il convient de revenir 
aux modes de la réintégration, pendant cette vie. 

Nous appelons réintégré (Yoghi de l'école mystique or- 
thodoxe, aux Indes) celui qui peut, toutes les fois qu'il le 
désire, maîtriser entièrement son Moi sensible extérieur, 
pour s'abstraire en esprit et plonger, par l'orifice du Moi 
intelligible interne, dans l'océan du Soi collectif divin, où 
il reprend conscience des arcanes complémentaires de 
l'Éternelle Nature et de la Divinité. 

Nous appelons deux fois né (Dwidja de l'école mysti- 
que hindoue) celui qui peut quitter son effigie terrestre, 
et revêtu de son corps astral ou éthéré, aller puiser dans 
l'océan astral la solution des mystères qu'il recèle. 

La réintégration spirituelle interne peut prendre le 
nom d'Extase active. — On est convenu de donner, à la 
projection de la forme sidérale, celui de sortie en corps 
fluidique (1)... 

L'extase active a deux degrés. — Au premier, l'adepte 
pénètre l'essence de la Nature providentielle, naturante, 
qui lui communique directement, sans symbole, la Vérité- 
lumière. — Au deuxième degré, il peut communiquer 
même avec l'Esprit pur, qui le ravit au Ciel ineffable des 
Archétypes divins: dans ce cas, il y a transfusion de la 
Divinité-pensée qui se fait humanité-pensante en l'intel- 
ligence de l'adepte, par l'effet d'une intime alchimie, 
d'une transmutation formidable et inexpliquée. 

La sortie en corps astral diffère de l'extase active ; car 



(1) Voyez plus haut, pages 165, 171-179. 



èêêêÊÊÊÊM 



LES MYSTERES DE LA SOLITUDE 



211 



le corps physique semble alors en catalepsie, actionné 
par une vitalité presque imperceptible ; cependant que le 
corps astral ou médiateur plastique (enveloppe ambula- 
toire de l'âme spirituelle) flotte dans l'immensité de 1 e- 
ther sidéral ou lumière universelle, et se dirige où il veut, 
rattaché qu'il est au corps matériel par une manière d om- 
bilication fluidique. Nous l'avons déjà expliqué. 

Ainsi, la personnalité consciente vogue en forme astrale 
où bon lui semble, et va d'elle-même prendre connais- 
sance des réalités lointaines qui peuvent l'intéresser (1). 



(1) Exemples, rapportés de Cornélius Agrippa : « C'est ainsi que nous 
lisons qu'Hermès, Socrate, Xénocrate, Platon, IMotin, Heraclite, Pytha- 
gore et Zoroastre étaient coutumiércinent ravis hors de leur chair, et 
qu'ils acquéraient de la sorte la science de bien des choses. Nous lisons 
de mt'medans Hérodote, qu'il y avait autrefois dans l'ile Proconèse un 
philosophe d'un savoir merveilleux, du nom d'Alheus, et que son àmc 
sortait quelquefois do son corps : après de longs voyages , elle y 
rentrait plus savante qu'auparavant. Pline nous rapporte que lame 
d'Hermotime de Clazomène avait coutume de pareillos sorties ; que 
délaissant son corps, elle voyageait cà et là, et rapportait ainsi de loin 
des nouvelles exactes. Et il y a encore de nos jours, chez les Nor- 
végiens et les Lapons, nombre de gens qui quittent leur corps trois 
jours durant, et racontent à leur retour bien des choses des pays éloi- 
gnés. Cependant qu'ils voyagent de la sorte, il faut garder leurs corps, 
et veiller à ce que nul animal vivant ne passe dessus ou ne les touche : 
autrement, on dit que ces âmes ne pourraient y rentrer » (de Occultà 
philosophià, 111, 50). 

De quels « animaux vivants t l'occultiste en phase de bilocation 
doit-il redouter l'abord, pour sa dépouille corporelle : c'est ce que nous 
laisserons à la subtilité du Lecteur le soin de discerner. Qu'il n'oublie 
pas qu'Agrippa nous enjoint formellement de lire entre les lignes de 
son livre : * Que nul ne s'irrite contre nous, si nous avons caché la vé- 
rité de cette science sous l'ambigu des énigmes, et si nous l'avons dis- 
persée en divers endroits de ce traité. Car ce n'est point aux sages que 
nous l'avons cachée ; c'est aux pervers et aux méchants : et nous l avons 
enseignée d'un tel style, que nécessairement le profane n'y voit goutte, 
mais que le sage n'aura point de peine à y parvenir. » Telles sont les 
dernières phrases du traité de la Philosophie occulte. 



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212 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Mais alors, — si ce sont des notions d'ordre intelligible 
qu'elle prétend acquérir, — ces notions ne lui sont que 
symboliquement transmises, par l'intermédiaire de la 
lumière astrale» qui, avant tout configurative, ne parle 
qu'en offrant à la sagacité de l'esprit une série d'images, 
que celui-ci doit traduire ensuite, comme des hiéro- 
glyphes de l'Invisible. Ce langage concret et tissu d'em- 
blèmes est donc le seul dont la Vérité se puisse servir, 
pour s'exprimer par l'intermédiaire de l'Astral. 

En mode passif, la haute Extase comporte aussi deux 
degrés: — 1° Communication avec la Nature-essence, 
dans la Lumière de gloire; — 2° avec l'Esprit pur. 

Quant à l'extase passive astrale ou inférieure, elle n'est 
autre que la lucidité, soit naturelle, soit magnétique. De- 
vant le diaphane du sujet visionnaire, se succèdent les 
images, les formes, les reflets, les fantômes que roule le 
torrent fluidique ; mais la science occulte peut seule ap- 
prendre à distinguer l'irradiation essentielle du reflet illu- 
soire, en sorte qu'on sache éliminer celui-ci, pour retenir 
celle-là. Le péril est d'évoquer à son insu des mirages 
errants adéquats à ses pensées coutumières, et de trouver 
par suile, dans une vision estimée céleste, l'éloquente 
confirmation, — disons mieux : la traduction fidèle — du 
verbe intérieur de sa foi ou de ses désirs. L'extase pas- 
sive inférieure a fait bien des dupes et des victimes; la 
plupart des visions béatifiques lui sont expressément at- 
tribuables. 



Ce qui importe avant tout à l'adepte, c'est de parvenir 



LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 2I.°> 



à se mettre en communication spirituelle avec l'Unité di- 
vine ; c'est de cultiver l'un des degrés de l'Extase active, 
et d'apprendre à faire parler au dedans de soi, vil atôme, 
la voix révélatrice de l'Universel, de l'Absolu... 

Est-il donc possible au Relatif de comprendre l'Absolu? 
— Non, sans doute ; mais d'y assentir, en Munissant à 
Lui... Un fragment de miroir convexe ne reflète-t-il point 
tout le Ciel ? Toute la grande voix de POcéan ne chante- 
t-elle pas au creux du plus humble coquillage, qui a eu 
la fortune (dit la Légende) d'essuyer, fût-ce une heure, 
son immense et sonore baiser ? 

Ainsi l'Extase laisse à l'âme extasiée (ne fût-ce qu'une 
heure) l'imprégnation de l'Infini, la notion vécue de l'Ab- 
solu, — le murmure intarissable du Soi révélateur, qui 
contient tous les Moi sans être contenu d'aucun. Quelles 
jouissances ! Retremper sa vie individuelle à l'océan col- 
lectif de la Vie inconditionnée, ou aspirer la sève spiri- 
tuelle à même l'Esprit pur — et s'en nourrir ! C'est une 
décisive initiation : une fenêtre ouverte sur l'immensité 
de la Lumière intelligible et de l'Amour divin, de la Vérité 
céleste et du Beau typique. 

Retrouver le chemin du primitif Éden !... Beaucoup 
pussent à côté de la porte qui commande ce sentier, sans 
même apercevoir cette porte ; ou, la voyant, dédaignent 
d'y frapper. Peut-être même tel curieux y frappe-t-il, 
qui ne sait point faire résonner le seuil des trois coups 
mystiques : il heurte en profane, et il ne lui sera pas ou- 
vert. 

Le Christ a dit: — Petite et accipietis ; pulsate et ape- 
rietur vobis ; mais il a dit aussi : Multi vocati, pauci veto 



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2U LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 

electi. — Comment concilier ces deux textes? Ah! c'est 
que parfois ceux-là frappent à la porte, qui ne sont point 
appelés encore ; souvent ceux qui sont appelés n'y frap- 
pent pas, ou plus souvent, y frappent mal. 

Si donc tu aspires à devenir un adepte, évoque le Ré- 
vélateur qui réside au dernier tabernacle de tout être ; 
impose au Moi le plus religieux silence, afin que le Soi 
se puisse faire entendre, — et alors, te réfugiant au plus 
profond de ton Intelligence, écoute parler l'Universel, 
l'Impersonnel, ce que les gnostiques appellent Y Abîme... 

Mais il faut être préparé, — et c'est le rôle de l'initia- 
teur humain de surveiller ces préliminaires, — à défaut 
de quoi l'Abîme n'a qu'une voix pour celui qui l'évoque 
étourdiment, voix terrible qui a nom le Vertige. 

Au résumé, c'est un grand et sublime arcane que ce- 
lui-ci : Nul ne peut parfaire son initiation, que par la 
révélation directe de F Esprit universel, qui est la voix 
qui parle à l'intérieur. 

Il est le Maitrc unique, l'indispensable Gourou des su- 
prêmes initiations. Nous connaissons les diverses ma- 
nières d'entrer en rapport avec Lui: de L'aller chercher, 
— de Le faire venir, — de Le laisser venir — de se don- 
ner à Lui, — ou de prendre part à Sa souveraineté (1). 

On sait de quelle sorte ambiguë certains ouvrages de 



(1) A un autre point de vue, les Rosç-Croix ont classé les divers modes 
de l'extase en quatre catégories, selon les caractères qu'elle affecte et 
les résultats qu'elle donne : 1° Y Extase musicale, 2° Y Extase mystique, 
3° Y Extase sybilline, 4° Y Extase d'amour. Dans l'Appendice de la troi 
sième édition d Au seuil du Mystère, nous avons commenté et éclairci 
la tradition reçue sur co point (voy. ce livre, pages 218-224). 



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LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



215 



haute science déguisent les Mystères, — à telles enseignes 
que ces ouvrages, souvent très profonds, semblent à la 
première lecture des libelles de honteuse superstition. 
Sous quel voile donc les auteurs ont-ils enseigné cet in- 
signe arcane, dont nous avons entrouvert ci-dessus le 
tabernacle mystique? 

Sous quel voile ? — Voilà qui est supérieurement cu- 
rieux. Car c'est pour avoir confondu «la Letlre qui tue» 
avec T « Esprit qui vivifie », que tant d étudiants en oc- 
cultisme donnent à cette heure dans le spiritisme pur et 
simple. 

D'une plume presque unanime, les hiérographes noti- 
fient qu'il faut évoquer les Intelligences célestes, comme 
seules susceptibles d'enseigner au théosophe les derniers 
mystères. Moïse sur le Sinai, N.-S. Jésus-Christ au jar- 
din des Olives, visités par des Anges ; — Socrate et Plo- 
tin, consultant leur génie ; — Paracelse et son démon 
familier inclus au pommeau de sa dague; — Zanoni et 
Mejnour interrogeant Adonai, etc Toutes ces légen- 
des, selon leur plus haute signification, symbolisent ce 
qui présentement nous est connu. 

Non pas que nous contestions la possibilité ni l'utilité 
de se mettre en rapport avec les Intelligences supérieu- 
res, avec les âmes glorifiées ; mais tout cela n'est que 
Magie secondaire, initiation au deuxième degré. 

Au troisième degré, les esprits disparaissent... l'Es- 
prit demeure seul, irradiant, impersonnel, bouillonnant à 
travers les éternelles profondeurs d'un Infini qui n'est pas 
l'Espace; débordant d'Amour divin, de Vie, de Joie, de 
Lumière, d'Espérance et de Beauté divines ; gorgeant 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



l'àme d'une ineffable omniscience qui l'enivre, sans qu'elle 
s'en puisse jamais saouler. 

La personnalité égoïste se fond, disparait, s'éteint à 
l'horizon du fini que l'âme a déserté. En Dieu, comme 
dans la Nature (l'Éternelle Nature de Bœhme), tout est 
bt?au, doux, évident, sublime — et formidable comme 
un baiser dont on se sentirait mourir, noyé dans la vie!... 

Voyez comment Abraham le Juif décrit, sous l'emblème 
que nous avons dénoncé captieux, l'accomplissement de 
ce mystère : — « Tu verras alors que tu as bien employé 
les mois passés, car, si tu as cherché la véritable Sagesse 
du Seigneur, ton ange gardien, l'Élu du Seigneur pa- 
roitra devant toy, et te parlera des paroles si douces et 
si amicales, que nulle langue humaine n'en pourra ja- 
mais exprimer la douceur (I). » 

Au cours de ces notes sur l'Extase, nous nous sommes 
élevés presque constamment dans une atmosphère plus 
pure que celle de la zone astrale; il est temps d'y re- 
descendre, car tout n'est point dit encore du vieil er- 



(1) La sagesse divine d'Abraham le juif, dédiée à son fils Lamech 
(Mss. xvm* siècle, traduit do l'allemand [1432], 2 vol., pet in-8, tome 
II. page 76). 

En publiant naguère, sous la rubrique de Xotes sur l'Extase, un 
fragment du présent chapitre, nous avions transcrit cette même phrase 
d'Abraham le Juif.où nous avions cru lire ces mots : c l'Élu du Seigneur 
apparaîtra dedans toy. * Nous les avions même soulignés, tant ils nous 
avaient paru significatifs et profonds. Par malheur, en examinant le 
manuscrit de plus près, nous avons constaté qu'une surcharge, très 
habilement faite, nous avait induit en erreur. Il est fâcheux d'avoir 
à modifier la phraso dans un sens do banalité ; mais le texte original 
portant « devant toy », il a bien fallu rétablir la citation en conséquence. 



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LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 



217 



mile pentaculaire, ni des conséquences de son isolement, 
sur le plan des fluides hyperphysiques. 

Nous devons, pour clore ce chapitre, toucher un mot 
des Incubes et des Succubes. Le lecteur ne saurait s'en 
étonner, car ces spectres sont les légitimes enfants de la 
solitude sexuelle. 

On peut paraitre se jouer des lois de la Nature ; mais 
qui la violente s'expose à des représailles d'ordre sou- 
vent inattendu, avec accompagnement d'humiliations 

étranges Derrière ces humiliations même, la Mère 

Céleste, toujours indulgente, s'ingénie à glisser quelque 
salutaire leçon pour ceux qu'elle juge capables de s'a- 
mender, ou un grain d'ellébore en faveur des monomanes 
encore curables. 

N'est-il point des orgueilleux de la vertu, comme il est 
des austères du vice?.. Que de simples mortels, alléchés 
et déçus par une vanité un peu naïve, se flattent, en gar- 
dant toute leur vie une rigoureuse continence, d'éluder 
la norme sexuelle ! 

Le traducteur autorisé de Moïse fait bien dire au Créa- 
teur du monde : — Croissez et multipliez {Genèse, I, 28); 
— l'homme se joindra à la femme et ils seront une même 
chair {Genèse, 11,24). Mais qu'importe aux mystiques de 
la continence ? Cet avis et ces prescriptions ne sauraient 
être pour eux, les purs, les saints, les privilégiés!... Eh 
bien, qu'ils ne l'ignorent plus, ces présomptueux d'une 
vertu scandaleuse, puisqu'elle est anormale : en reniant 
la loi des sexes, en se refusant à l'amour d'un époux, en 
se dérobant au baiser d'un être comme eux de chair et 



Ul 



218 



LA CLEF DR LA MAGIE NOIRE 



d'os, ils se sont désignés aux dégradantes promiscuités 
de l'Invisible et voués d'eux-mêmes aux stériles embras- 
scments des fantômes. 

Sans doute, il est des cas où la continence absolue se 
légitime logiquement ; mais nous verrons tout à l'heure 
à quelle quotité négligeable ils se réduisent. 

Si l'on excepte d'ailleurs les exemples assez fréquents 
d'atrophie par non-usage des organes physiques, — à 
quoi correspondent parallèlement la dégénérescence de 
certaines fonctions du cerveau, et quelque altération, au 
moins partielle, du sens moral : a part ces cas patholo- 
giques d'une castration sans chirurgien ni scalpel, il est 
certain qu'en sevrant leur cœuret leurs sens de toute sa- 
tisfaction, ces fidèles d'un inflexible célibat n'ont pu abo- 
lir en eux ni la virtualité de l'amour sentimental, ni l'ap- 
pétence au plaisir physique, — et schismatiques déso- 
rientés du sentiment comme de la sensation, ils aiment 
sans but, ils désirent sans objet. Leur verbe intérieur 
s'empare dès lors de ces préoccupations, pour les for- 
muler. 

Or, tous les verbes sont créateurs. — Comme le verbe 
impératif objective ce qu'il veut, comme le verbe dogma- 
tique réalise ce qu'il affirme, ainsi le verbe appétent évo- 
que et suscite ce qu'il convoite. 

Ici, pour éviter les redites, nous renvoyons le Lecteur 
à notre théorie des Larves et des Concepts vitalisés ; il y 
trouvera l'explication du choc en retour que ces fantô- 
mes exercent sur les auteurs de leur existence. 

Ce qui est vrai pour les individus ne Test pas moins 
pour les collectivités humaines, — et la potentialité créa- 



LES MYSTKHES DE LA SOLITUDE 



21<» 



trice des communs vouloirs se développe et s'accroît en 
progression géométrique, et en raison directe du nombre 
des êtres rassemblés sous une mêmeoriflamme, tous épris 
d'une chimère identique ou fervents d'un même idéal. 

Là sans doute réside la force des plus sublimes reli- 
gions, comme des sectes les plus excentriques et des 
communautés même les moins respectables. — Le con- 
sensus des sorciers crée le sabbat en Astral ; ainsi le con- 
sensus du fanatisme musulman crée à la lettre pour ses 
fidèles le paradis rêvé par Mahomet ; ainsi le consensus 
de certains mystiques rompt l'équilibre du monde hyper- 
physique, en y créant des tourbillons de folle et conta- 
gieuse extase... — Mystères de la multitude : voilà qui va 
faiie, en partie, l'objet de notre troisième chapitre in- 
titulé : la Roue du Devenir. 

Mais revenons à V Incube ei au Succube proprement dits, 
où plusieurs ne veulent voir que l'expression d'un mythe 
suranné, les figures personnifiées et purement poétiques 
d'une chose qui ne l'est guère : la Pollution nocturne. 
Ceux-là, pour accuser avec décence ce petit désagrément 
intime et assez ridicule en soi, disent simplement : fui 
rêvé 

Mais les anciens, — estimant que les diverses angois- 
ses du sommeil sont dues à la malice de certains êtres 
fantastiques (i), pernicieux démons qui se plaisent à 



(I) Ces deux opinions sont un peu extrêmes. Toutes deux, dans la 
moyenne des cas, expriment une part delà vérité. C'est la m»>me ques- 
tion, envisagée sous deux faces différentes. On trouvera dans notre 
théorie des Larvos, le moyen de concilier ces deux appréciations d'appa- 
rence inconciliable. 




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LA CLEF LA MAGIE NOIRE 



molester, étouffer et tourmenter le dormeur, en pesant sur 
lui de tout leur effort malveillant ou libidineux, — les 
anciens confondaient volontiers les idées de pollution 
nocturne et de cauchemar. 

Les grecs ont synthétisé les deux, en les personnifiant 
sous l'appellation assez vague (XEphialle (racine cytâ).)», 
je m'élance sur); le mot latin Insultor (racine : insulto, je 
saute sur) témoigne par son étymologie que celte concep- 
tion n'avait pas varié, en passant de Grèce à Rome. 

Le vocable iytà)™;, qu'on a traduit par cauchemar, 
offrait donc un double sens. « L'Éphialte, dit le bon 
Pierre Le Loyer, estoit vne maladie populaire et épidé- 
miale »... et il ajoute : « le croiray qu'il y auoit quelque 
chose d'extraordinaire, voire supernaturel en l'Éphialte 
de Rome (1). » 

Ne haussons pas les épaules à la légère : cette opinion 
du Conseiller au siège présidial d'Angers est très remar- 
quable. Notons bien qu'il dit épidémiale et non point 
contagieuse. 

Or, qu'est-ce qu'une épidémie? — C'est un agent mor- 
bide, extérieur au malade, et qui, répandant l'infection 
dans une zone parfaitement déterminable et circonscrite, 
frappe d'un même mal un grand nombre des êtres vi- 
vants qui s'y trouvent inclus. La zone dangereuse s'étend- 
elle ? On dit: l'épidémie a gagné; elle est ici, elle s'ar- 
rête là... Il s'agit donc bien d'une cause réelle, objective, 
en dehors des êtres qui en éprouvent les effets. 

C'est en revenir à la thèse des Loca infesta du Père 



(1) Tome I de l'Histoire des Spectres (Paris, Buon, 1605, in-4, p. 97). 



r 



LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 221 



Thyrée, dont le livre appuie sur de nombreux exemples 
la vieille idée traditionnelle des lieux hantés. 

Parmi ceux-ci, les cloîtres ont toujours tenu le pre- 
mier rang. Cela devait être, puisqu'à tous égards ils 
constituent un terrain remarquablement propre à la pro- 
duction comme au développement des Larves en général, 
et plus particulièrement de V Incube et du Succube. L'his- 
toire ecclésiastique le constate ; les dossiers de sorcellerie 
en présentent la preuve officielle, revêtue d'une sanction 
juridique ; enfin l'unanimité des traditions populaires, 
locales, viendrait, pour peu qu'il parût nécessaire, en 
fournir l'éloquente confirmation. 

D'ailleurs, tout le moyen âge, — l'ascétique moyen 
âge, avec son fanatisme d'austérité fiévreuse et chagrine, 
— a vécu, si l'on peut dire, en concubinage réglé avec 
les Invisibles. 

Voulons-nous des faits modernes? Les livres de mé- 
decine en foisonnent, et c'est au docteur Calmeil, pen- 
sons-nous, que revient l'honneur d'avoir introduit dans 
le vocabulaire médical le terme assez piquant (1) d'Hysté- 
rode'monopathie. — D'autre part, les missionnaires ca- 
tholiques en Chine sont là, pour nous garantir le carac- 
tère également épidémique et meurtrier qu'affecte en 
Extrême-Orient ce mal étrange (2), sous l'étreinte du- 



(1) N'implique-t-il pas un aveu (acite et peut-être inconscient? 

M. Gougcnot «les Mousscaux cite, entre autres, les RR. PP. Desjuc- 
ques et Leraaitre, comme particulièrement édifiés sur le chapitre de ces 
incroyables épidémies. Les indigènes qui en sont atteints, meurent à 
l'échéance de quatre à cinq ans, dans la consomption et le marasme. 

Un troisième missionnaire écrit : « C est une maladie presque endé- 



222 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIIIE 



quel succombent des populations entières, et que les in- 
digènes qualifient de commerce d'amour avec les Esprits. 
Il ne s'agit plus d'un coït en astral, pendant le sommeil 
ou la crise somnambulique, mais bien de véritables rela- 
tions charnelles, consommées, le plus souvent à l'état de 
veille, avec des spectres objectivés (t). 

Dans certaines conditions d'ailleurs exceptionnelles, 
nous ne nions pas la possibilité de copulation d'un être 
humain avec un Êlémental(i) ou un Élémentaire con- 



inique do certaines provinces de la Chine que nous avons explorées ; 
nous l'appelons la maladie du Diable ». Consulter les Hauts Phénomènes 
delà Magie, (Paris, Pion, 1864, in-8, pages 392-393). 

(1) Quant à la possibilité du coït dans ces conditions, et sans enga- 
ger une discussion scabreuse sur les difficultés qu'on pourrait soulever 
ii cet égard, — il suffira de dire que les objections s'évanouissent au 
gré de ceux-là qui ont vu et touché les phénomènes de matérialisation, 
totale ou partielle, éphémère ou durable, qui s'opèrent par l'entremise 
de quelques médiums. 

(2) Un théologien catholique du xvu* siècle, le R. P. Sinistrari 
d'Ameno, capucin (1622-170i)a très curieusement examiné ce problème, 
au double point de vue des faits observés et de la doctrine théologique. 
Son ouvrage latin, resté deux cents ans manuscrit, n'a été traduit et 
publié qu'en 1875, par les soins de l'éditeur Liseux. Son titre est signi- 
ficatif : DE LA DÉMONIALITÏ ET DES ANIMAUX INCUBES ET SUCCUBES, OÙ l'on 

prouve qu'il existe sur terre des créatures raisonnables autres que 
l'homme, ayant comme lui un corps et une âme. naissant et mourant 
comme lui, rachetées par S.-S. Jesus-Christ et capables de salut et de 
damnation (Paris, Liseux, 1873, in-8). 

Le P. Sinistrari d'Ameno décrit la nature des Esprits élémentaires et 
leurs relations avec l'homme, en des termes assez souvent corrects, au 
point de vue de la Science occulte. On dirait d'un Paracelse devenu 
casuiste et controversiste romain, mais ne rétractant que le moins pos- 
sible de ses théories hermétiques. 

Les Incubes et les Succubes ne seraient point, selon lui, des démons 
d'enfer Ces créatures ■ seraient des animaux raisonnables, munis de 
sens et d'organes corporels, ainsi que l'homme; toutefois elles différe- 
raient de l'homme, non seulement par la nature plus subtile de leur 
corps, mais par la matière. Ea elTet, l'homme a été formé, comme le 



LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 223 



denses, ni celle du viol accompli par le magicien noir en 
sortie de corps astral.... Mais sur le mode de perpé- 
tration d'un tel acte, il convient de laisser un voile 
impénétrable : tout commentaire serait lui-même cri- 
minel. 

Pour en finir avec l'Incube et ses équivalents, il faut 
bien toucher un mot, aussi prudent que possible, du plus 
secret arcane de la théurgie pratique; effleurer ce que 



constate l'Écriture, de la partie la plus épaisse de tous les éléments, 
c'est-à-dire de boue, mélange épais d'eau et de terre : ces créatures, au 
contraire, seraient formées de la matière la plus subtile de tous les élé- 
ments, ou de l'un d'eux ; ainsi les unes tiendraient de la terre, les au- 
tres de l'eau, ou de l'air, ou du feu... » (page 79). Le père Sinistrari 
ajoute, quelques feuillets plus loin : « Nous admettrons encore que ces 
♦•1res naissent et qu'ils meurent ; qu'ils se divisent en mâles et femelles ; 
qu'ils ont, comme les hommes, des sens cl des passions : que leur corps 
se nourrit et se dé%*eloppe : toutefois, leur nourriture ne doit pas être 
grossière comme celle qu'exige le corps humain, mais une substance 
délicate et vaporeuse, émanant, par cllluves spiritueux, de tout ce qui, 
dans la nature, abonde en corpuscules très volatils, etc.. » (page 83). 

Vers l'époque où le Père d'Ameno écrivait ce traité, l'abbé de Yillars 
publiait son Comte de Gabalis, 1680, in 12, qui traite également des 
Esprits élémentaires et de leurs rapports avec les hommes. Mais l'abbé 
de Villars, interprétant au pied de la lettre les allégories des Kabba- 
listes (Voy. Au seuil du mystère, pages 214-210 de la 3* édition), ne re- 
connaît à l'Élémental qu'une àme périssable, et l'exclut de la Rédemp- 
tion chrétienne; à moins qu'une créature humaine du sexe opposé ne 
l'immortalise, en s'unissant à lui par les liens de l'amour. Les deux 
volumes, tous deux écrits d'un style agréablo, sont des plus curieux à 
rapprocher. 

Cf. également les opinions de François Hédelin (plus tard l'abbé 
d'Aubignac), qui publiait, environ 50 ans avant lu Père d'Ameno, un 
livre fort piquant, où il soutient la thèse en quelque sorte opposée à la 
sienne : Des satyres brutes, monstres et démons, contre l'opinion de 
ceu*r qui ont estimé les Satyres estre une espèce d'hommes distincts et 
séparez des Adamia/ues (Paris, Buon, 1027, in-8). — L'éditeur Liseux 
a réimprimé ce livre, qui n'est pas commun. 



LA CLEF DR LA MAGIK NOIRE 



certains Pères de la primitive Église ont flétri de ces 
noms: mystère d'abomination, abîme d'iniquité, houle du 
sanctuaire, éternel opprobre des hommes et des dieux, — 
tandis que les hiérophantes des nations y voyaient la 
communion céleste et la chai.ie de vie. 

Écoutons d'abord Quantius Àucler, ce fou si paradoxal 
et souvent sensé, ce païen mystique du xviu e siècle, qui 
prêchait aux sans-culottes le culte de Cérès et de la 
Grande Nuit : 

« (le n'est pas ici le lieu de vous dire comment une femme 
peut penser que l'image des Forces de la Nature répandue 
dans sa personne ; Tordre de tous ses membres; la modestie, 
l'innocence et toules les vertus dont sa taille, sa démarche et 
son visage sont l'excellent tableau, puissent plaire à une In- 
telligence supérieure, et lui faire désirer de s'y mêler et d'en 
jouir: c'est ainsi (pie saint Paul prescrit que toutes les femmes 
soient voilées dans les temples, de peur que leur beauté ne 
cause des distractions aux Intelligences supérieures qui assis- 
tent aux sacrés mystères.... Vous aurez peine à comprendre 
comment les dieux peuvent être épris de la beauté mortelle 
d'une femme, et désirer de posséder les signes que la beauté 
intellectuelle répand sur la forme extérieure : vous connaissez 
peu l'amour!... Encore moins, comment une Déesse peut 
s'a lapter au corps solide, et désirer de recevoir en son sein le 
symbole des forces et des vertus d'un héros, ou de celles d'un 
sage puissant (I)... »» 

En transcrivant ces lignes embarrassées d'Aucler, 
nous ne prétendons ni les expliquer, ni moins encore 
entreprendre la justification de l'idée qu'elles trahissent... 



(4) La Thrëïcie, seule voie des sciences divines et humaines, pages 
192 193 et 285-2X6, passim. 



r 



LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 2 W 2.) 



Cela dit, rappellerons- nous pour mémoire l'alcôve 
nuptiale et sacrée, tendue au sommet de la huitième des 
tours superposées, qui dominaient à Babylone la mu- 
raille du Septentrion ? Là couchait, certaines nuits, la 
femme choisie paries mages pour les embrasscments du 
dieu Bélus. 

Ce rite était commun à tous les peuples de l'antiquité 
païenne. 

Les sceptiques, toujours prompts à fournir une expli- 
cation superficielle et piquante des usages dont ils ne 
soupçonnent pas toujours la portée, ne manqueront point 
de produire à ce propos l'anecdote de Pauline, la prude 
et chaste matrone, vendue au libertin Mundus par les 
prêtres d'Anubis (1), — et d'insinuer que les choses se 
passaient en tous lieux comme à Rome, en tout temps 
comme sous Tibère, les ministres du culte jouant assez 
volontiers, dans les cas analogues, le rôle du Dieu (2)... 
Loin de nous la prétention de nier qu'il en fut parfois 
ainsi. Mais de la constatation d'une fraude éventuelle, 
conclure à la permanence, à l'ubiquité de l'imposture, 
ce serait raisonner d'une sorte déraisonnable. 



(4) Nous avons conté en détail cette aventure, au tome premier du 
Serpent de la Genèse (le Temple de Satan, pages 75-77). 

(2) Il s'agit d'une question de fait, non pas d'un problème de droit 
moral ou sacerdotal. — Aussi ne discuterons nous pas la thèse des dé- 
fenseurs des vieux âges, prompts à imputer tout ce qui, dans l'Anti- 
quité sacrée, choque l'esprit contemporain, à la corruption des rites et 
à la dégénération des mystères. D'ailleurs, rien n'est plus certain que 
le profond contraste qu'offrent les temps lointains comparés au nôtre, 
relativement à la manière de comprendre le Juste et l'Injuste, le Moral 
et l'Immoral surtout. 

15 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



De pareils rites existaient-ils, oui ou non, dans la plu- 
part des sanctuaires du vieux monde (1) ? 

Qu'était-ce que Y Autopsie des anciens mystères? — 
Qu'appelait-on Y état pneumatique des Élus, au cours de 
la neuvième nuit des Éleusincs ? — En quoi consistait 
proprement la Télétie, ou possession extatique des dieux 
de l'Hadès ? 

Qu'est-ce que certains Kabbalistes appellent encore le 
baiser du serpent de feu? Qu'entendaient-ils, — en ma- 
gie cérémonials — par Shéekinah nJOW, la Présence 
réelle de la Divinité ? 

A quel arcane enfin fait allusion Moïse, au IV e chapitre 
de la Genèse : 

rama OT»n nin-n* D>nb**n >» inn 
: nm iw Sdd dw dhS inpn ron 

Abstraction faite du sens hiéroglyphique pur, quelle 
signification positive attribuer à ce jfr. H, ainsi rendu par 
Fabre d'Olivet : — Et-ils-considérèrent, les-fils de- Lui- 
les-Dieux, ces-filles (F- Adam, que-bonnes elles-étaient : 
et-ils-prirent pour-eux des-épouses-corporelles de-toutes 
celles qu 'ils-chérirent-le-plus (1)? 

Il doit nous suffire, pour cette fois, d'avoir attiré sur 
ces replis du serpent l'attention des esprits audacieux, 
investigateurs sans défaillance, que le respect humain n'a 
pas encore figés dans un entêtement de négation à priori. 
Ceux-là n'ont pas peur d'encourir l'excommunication 



(1) Langue hébr. restit., tome II, page 177. 




r 

LES MYSTÈRES DE LA SOLITUDE 227 

majeure du ridicule que le vulgaire attache à la recherche 
de ces arcanes troublants. 

En somme, et sans revenir outre mesure sur les théories 
que nous avons développées assez au long en ce chapitre, 
ni sur des principes généraux dont il est loisible à chacun 
de tirer les conséquences détaillées et des adaptations 
spéciales au problème de TÉphialte, disons, pour con- 
clure, qu'en règle générale il faut voir, dans les Incu- 
bes et les Succubes, des Larves de luxure, engendrées à 
foison partout où des humains se laissent rouler à la 
pente des concupiscentes rêveries, que leur suggère un 
célibat contraint. 

Le célibat rigoureux est un outrage à la Mère-Nature. 
Tous les êtres, en effet, se manifestent en mode bissexué 
sur ce plan physique de la déchéance : ils ne peuvent être 
restitués dans leur plénitude ontologique, progressive- 
ment rendus à leur intégrale unité, que par la fusion des 
électricités complémentaires et la clôture du circuit qui va 
d'un pôle à l'autre. On sent bien que nous ne parlons pas 
seulement au physique, mais au moral surtout et à l'in- 
tellectuel. C'est ce qu'on pourra mieux saisir au prochain 
chapitre, où nous exposons la grande loi, généralement 
insoupçonnée, de la polarisation double et quaterne de 
l'Androgyne humain. 

Telle est la règle. — Voici l'exception : en deux cas 
seulement, l'homme ou la femme peut logiquement s'abs- 
traire : 

1° En vue de l'acquisition de certaines facultés magi- 
ques, ainsi que nous comptons le détailler ailleurs ; 
2° Pour la pratique d'un mysticisme particulier, tout 



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228 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



d'abnégation et de renoncement final, où tendent intuitive- 
ment ceux-là qu'une irrésistible vocation prédestine à la 
vie religieuse, dans le sein de telle communauté, des or- 
dres dits contemplatifs. 

Ces deux cas limitatifs mis à part, la solitude sexuelle 
n'a pas d'excuses, et quand elle se prolonge, — atrophie 
ou obsession — l'on sait à quoi s'exposent ses fervents... 

Nous l'avons dit: les êtres constitutifs de l'Univers vi- 
vant sont comme lui androgynes ; ils se manifestent par le 
binaire, en mode d'antagonisme équilibré. 

Ils ne peuvent se produire et se reproduire, dans le temps 
et Tétendue, qu'à la faveur d'une double polarité et d'un 
schisme en deux natures dont l'hostilité n'est qu'appa- 
rente : car les pôles ne s'opposent l'un à l'autre que pour 
être confondus. Le Vide appelle le Plein ; le Plein recher- 
che le Vide : et ces deux termes complémentaires du 
grand arcane de la vie n'ont de valeur et de raison d'être 
que dans la loi de leur mutuelle pénétration ; isolés, ils 
ne sont. rien, et ne peuvent qu'efforts stériles, subversion, 
désordre... 

Que serait le Père divin, sans la Mère céleste ? Que 
serait le Iod, sans le Hé ? 

Dieu lui-même ne se manifeste que par l'entremise de 
son éternelle Épouse, la Nature naturante, dont le rôle 
est de fournir aux Principes qu'il déploie une substance 
plastique où s'informer et prendre vie. L'Esprit demeure- 
rait incompréhensible sans la Vie, qui le réactionne en l'é- 
laborant ; la Vie demeurerait un non-sens informe et 
chaotique, à défaut d'Esprit qui l'élaborât. 



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f ' LES MYSTERES DE LV SOLITUDE 220 

I 

Céleste el mutuel amour des deux facteurs de TUnivers- 
* essence : Esprit et Vie ! Le Verbe rayonne à jamais dans 
l'harmonie de leurs noces indissolubles. 

Aussi le Kabbaliste fameux Rabbi Shiméon-ben-Iockaï, 
s'efforçant d'exprimer le Non-être initial, ou plutôt, (car 
il ny a pas eu de commencement au sens où Ton croit 
d'habitude), F inanité respective des deux Principes abs- 
traits F un de F autre 9 dit-il : 

« Non respiciebat faciès ad faciem... » 

(SlPHRA D'ZENIHOUTHA, I, 2). 

Il faut que les deux Faces d'En Haut**? regardent : c'est 
alors, — mais alors seulement, — que l'Éternel mascu- 
lin et l'Éternel Féminin se révèlent l'un à l'autre, en un 
baiser d'où nait perpétuellement l'Être. 

Ces principes sont d'ordre absolu ; ils portent en eux 
l'évidence de leur rectitude... Mais, puisque nous avons 
ouvert le Zohar, nous ne le refermerons pas sans en avoir 
transcrit un autre texte, où la mutualité créatrice des cé- 

* 

lestes Époux est rendue par une image étrange et sublime: 
— Le feu (lit-on dans les Commentaires) avait jailli du 
lod paternel de Dieu, comme un serpent, et sous son 
étreinte, lu terre allait périr dévorée, quand la Mère cé- 
leste, — que béni soit son nom ! — suscita les vagues 
marines, qui vinrent affluer, libératrices, sur la tête brû- 
lante du Serpent. 

L'arcane universel de la Vie réside en l'incessante réci- 
procité des Deux qui ne font qu'Un. L'isolement défini- 



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230 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



tif des facteurs complémentaires de l'Être ferait, en réa- 
lisant la suprême solitude, flamboyer sur le mur de la nuit, 
désormais sans aurore, une sentence qui serait la révéla- 
tion soudaine de l'absurde et du néant : la formule d u 
grand arcane de la Mort éternelle. 



^1 - \1 - VI— VI- 1< M_ v 1— Nl— >^ vi_ 



La Poue de Fortune (dix) = Causalité = Vie 
collective = Devenir (La Roue du Devenir). 



ne solide plate-forme, où siège le sphinx impas- 



^Séc?^) Plus bas, une vaste roue, entée sur un axe 
mobile, que deux supports maintiennent à la hauteur 
voulue. 

Deux monstres, — les Génies antagonistes du Mal et 
du Bien, — cramponnés à cette roue, de gauche et de 
droite : là descend un démon cornu, la tête en bas, la 
fourche au point sénestre ; il entortille au volant ses jam- 
bes incertaines et squammeuses. Ici, c'est un cynocéphale 
qui remonte ; sa tête est près d'atteindre à la plate-forme 
du sphinx, et sa droite lève un caducée... 

Tel est l'admirable emblème que nous présente la 
dixième lame du Livre de Thoth. 



(Section 10) 



Chapitre III 



LA ROUE DU DEVENIR 




sible. 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



En haut, l'Absolu manifesté, le Verbe, potentiel d'une 
inépuisable création. C'est le sphinx égyptien, qui résume 
en sa forme synthétique celles des quatre animaux sa- 
crés de la Kabbale (Haïoth hakkadosch tfmpn nvn), 
figuratifs des quatre lettres de l'incommunicable Iod-ht- 

vau-hé nin\ 

Typhon, descendant à gauche, symbolise l'exode in- 
volutif des sous-multiples verbaux, qui sombrent dans la 
matière, entraînés au poids de leur chute, et qui donnent 
ainsi le branle à la grande roue du Devenir. 

A droite, Hermanubis emblématise, en remontant, 
l'évolution des formes progressives de cette matière 
même, réactionnée par l'Esprit, et le retour des sous- 
multiples à l'intarissable Unité-mère d'où ils furent éma- 
nés. 

C'est, d'une part, le daïmon de Vlnvolution, qui, dans 
sa chute grimaçante, n'a pu perdre entièrement la figure 
humaine, — similaire de l'image divine, — cette figure 
que ne parviennent point à dénaturer les cornes de la ré- 
bellion, de l'égoïsme et de l'orgueil. — D'autre part, le 
daïmon de VÊvolution ascendante, qui, brandissant le 
caducée de la science et de l'équilibre, et sur le point 
d'escalader la plate-forme sphingienne, garde encore sur 
son visage le stigmate infamant de l'animalité, symbole 
des règnes inférieurs d'où il émerge... Quel contraste 
plus grandiose et plus significatif? 

Les deux silhouettes monstrueuses figurent, en der- 
nière analyse, un seul et même personnage, — Y Adam 
Cosmique, — sous les deux aspects complémentaires de 
la chute et de l'ascension, ou, si Ton veut, dans les deux 




LA ROUE DU DEVENIR 



235 



tendances inverses de l'Analyse et de la Synthèse, de la 
différenciation et de l'intégration universelles. 

Mais que dire de la conséquence immédiate de ce 
mouvement double : le branle imprimé à la roue du 
Temps sans borne, qui va multiplier ses tours, embras- 
sant Y Espace illimité dans la sphère de sa rotation ? 
N'est-ce point qu'elle touche au sublime, l'éloquence 
hiéroglyphique des auteurs du Tarot, habiles à préciser, 
en cette simple image, le Comment et le Pourquoi du 
rapport mystérieux et profond qui lie à la déchéance de 
l'Adam céleste, la création de l'univers physique et l'ou- 
verture du cycle temporel ? 

Au point de vue du total Cosmos, envisagé non plus 
dans les principes de sa genèse, mais dans le fait de son 
gouvernement et les ressorts de son déterminisme oc- 
culte, notre pentacle ne sera pas moins significatif : le 
sphinx deviendra l'emblème de la Providence, le cyno- 
céphale, celui de la Volonté, et le démon celui du Destin. 

Or, ces trois Puissances rectrices du Cosmos consti- 
tuant en vérité sa triple nature, intellectuelle, psychique 
et instinctive, — voilà la transition logique entre les vues 
qui précèdent et un autre ordre de correspondances non 
moins essentielles. 

Que si nous passons en effet de la Cosmogonie à l'On- 
tologie, la dixième clef du Tarot nous révélera la consti- 
tution ternaire de tout être : Esprit, Ame, Corps. 

Le sphinx symbolisera Y élément spirituel, actif et 
mâle, ou le soufre-principe A des Alchimistes ; — Ty- 



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LA CLKF DE LA MAGIE NOIRE 



phon, Vêlement corporel, passif et féminin, ou le sel © 
des alchimistes; — Hermanubis, enfin, figurera le moyen 
terme entre l'Esprit et le Corps : Y élément (mimique, ou 
Mercure des alchimistes, qui est androgyne, c'est-à- 
dire actif relativement au Corps et passif k l'égard de 
l'Esprit (1). 

Ceci nous donne la polarisation générale de chaque 
être : pôle positif, +, l'Esprit; pôle négatif, — , le Corps; 
centre d'équilibre, oo, l'Ame. 

D'ailleurs, l'Esprit, l'Ame et le Corps, envisagés sé- 
parément, présentent chacun son ternaire de polarisation 
bien distinct : pôle positif, pôle négatif, et neutre équi- 
libré ; — ainsi qu'on peut s'en rendre compte en étudiant 
à ce point de vue le magnifique schéma publié par Fabre 
d'Olivet, dans son Histoire philosophique du Genre hu- 
main (2), en une planche hors texte (3), et qui fait 
malheureusement défaut dans un grand nombre d'exem- 
plaires. 

Mais c'est loin d'être tout. — Nous sommes amené à 



(1) Voy. l'estampe du Grand Androgyne de Khunrath, que nous 
avons reproduite au Seuil du Mystère, et le Commentaire que nous en 
avons donné (pages 129-150). 

A un autre point de vue, — car tout est dans tout, — les herméti- 
ques, pour qui le Soufre (universel ou spécifié, volatil ou fixe) est 
toujours le Père ou principe actif, envisagent le Mercure comme la 
Mère, ou principe passif, ot le Sel comme le Fils, ou produit de l'union 
du Soufre et du Mercure, du Père et de la Mère, de l'Actif et du Passif. 

Cf., au chap. VII, notre précis d'art hermétique. 

(2) C'est la 2« édition (1824) de son État social de l'Homme, publié 
en 1822. Le schéma ne se trouve point dans les exemplaires du pre- 
mier tirage. 

(3) Insérée à la page 26 du tome I. 



LA ROUE DU DEVENIR 



237 



faire connaître ici les principes d'un système de polari- 
sation double et sextuple, applicable à tous les êtres vi- 
vants, depuis les Puissances constitutives de l'Univers 
envisagé comme tel, jusqu'au plus humble exemplaire 
individuel qu'on veuille choisir, soit chez l'homme, soit 
même dans la série animale (1), 

Cette loi d'universelle polarisation des êtres constitue 
l'un des arcanes les plus occultes de la Magie. Sa révéla- 
tion précise s'adresse aux seuls initiés... C'est un joyau 
qu'on détache en leur faveur de cet écrin magnifique 
où l'Antiquité sacerdotale entassa les trésors de son éso- 
térisme : profonde réserve scientifique du passé, où l'a- 
venir peut longtemps puiser à mains pleines, sans nul 
risque d'en tarir les richesses. 

Nous ne sachions pas que cette théorie ait jamais été 
divulguée. Le docteur Adrien Péladan lui-même n'en fait 
pas mention dans son livre génial de YAnatomie homolo- 
gique (2). Du moins est-il certain qu'il la connaissait. 
Joséphin Péladan transcrit en effet, dans l'introduction 
qu'il a mise en tète du livre posthume de son frère, une 
page très remarquable d'une brochure antérieure, où le 
docteur Adrien fait une allusion directe à la loi de pola- 
rité cérébro-sexuelle, et déduit ingénieusement l'une de 
ses conséquences. Quant aux autres ouvrages du même 
genre que nous avons pu consulter, il ne s'y trouve pas 
vestige de cette théorie. 



(1) Jusque dans les règnes végétal et minéral, on pourrait relever 
des analogies, susceptibles d'être rattachées à cette loi. 

(2) L'Ânatomie homologique ou Triple dualité du corps humain, 
Paris, 1887, in-8°. 



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238 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Nous parcourions naguère la collection du Lotus, ex- 
cellente revue d'occultisme, qu'une disparition préma- 
turée empêcha seule de tenir ce qu'elle promettait, et ce 
qu'un bon lexique des matières collationnées par ordre 
en eût fait à coup sûr : l'encyclopédie théosophique des 
études boudhistes en France. lia page 102 du premier 
tome mit sous nos yeux un article (reproduit du Théoso- 
phist), où se trouve posé, sous la signature N. C, le pro- 
blème de la polarité humaine, à propos de deux livres 

parus quelques mois auparavant, l'un de M. le docteur 

t 

Chazarin, l'autre de M. le Professeur Durville. 

Tout en rendant justice au mérite comme à la coura- 
geuse initiative dont firent preuve ces deux explorateurs 
d'un monde assez nouveau, M. N. C. aborde, au nom de 
la science occulte, la critiquedes deux ouvrages. Ce n'est 
guère le lieu de résumer ces opinions. Bien que le cen- 
seur nous paraisse, à vrai dire, sinon partial en faveur 
du docteur Chazarin, du moins un peu sévère pour M; 
Durville, dont l'ouvrage est des plus remarquables, nous 
ne prétendons point décider à qui revient la palme de la 
découverte, ni même examiner si découverte il y a. 

C'est le critique lui-même que nous mettrons sur la 
sellette. 

Il cueille et nous offre, avec la curiosité consciencieuse 
d'un érudit herboriseur du Mystère, un certain nombre 
de détails d'un réel intérêt; mais qu'il nous permette de 
lui marquer notre surprise, — puisqu'il prend la parole 
au nom de l'Occultisme, de le voir négliger les grandes 
avenues de la science, pour battre les buissons à la re- 
cherche de ses fleurettes. 



♦ 



LA ROUE DU DEVENIR 



239 



Sans doute, les amateurs de physiologie secrète se- 
ront heureux d'apprendre (s ils ne le savent déjà), que 
dans l'homme il y a sept forces, correspondant aux sept 
principes analytiques de M. Sinnett, et que chacune de 
ces forces se polarise à part sur son plan spécial d'acti- 
vité ; que la moitié droite du corps est positive, l'autre 
négative ; que les artères et les nerfs moteurs sont de 
nature positive, les veines et les nerfs sensitifs de nature 
négative; que deux liquides de caractère chimique diffé- 
rent, séparés par une cloison poreuse, génèrent, ainsi que 
Ta démontré M. John Trowbridge, un courant d'électri- 
cité : d'où il résulte que l'endosmose, s'exerçant à travers 
les tissus de l'organisme, doit donner naissance à un 
courant ; — qu'enfin le coude est légèrement positif pour 
la poitrine, et la main quelquefois négative pour le pied, 
quelquefois positive. 

Il y a beau temps que les étudiants en occultisme sa- 
vent ces choses et quelques autres de même impor- 
tance: les eussent-ils oubliées, du reste, que les analogies 
des révolutions de lêvê, d'une part, et de l'autre, l'étude 
du Pentagramme ou de l'Étoile flamboyante appliquée à 
la physiologie, leur permettraient de reconstituer géo- 
métriquement tous ces rapports. 

L'auteur de l'article cite fort à propos la Kabbale et 
renvoie au glossaire de Rosenroth (tome I de la Kabbala 
Denudala), où se trouvent d'intéressantes notions sur la 
polarité : entre autres la localisation de l'axe magnétique 



(1) Découverte de la Polarité humaine, Paris, Doin, 1886, in 18. 
(t) Traité expérimental et thérapeutique du Magnétisme, 1 886, in-8. 



240 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



dans l'axe du système cérébro-spinal, ce qui semble, en 
vérité, d'un intérêt déjà capital. 

Mais ce que les étudiants ignorent et ce que, — par- 
lant au nom des maîtres, — il eût été sans doute à pro- 
pos de leur enseigner, c'est la grande loi de l'équilibre 
vital, cette loi synthétique et rigoureuse qui permet de 
déduire tant d'autres lois,et, englobant à la fois les trois 
foyers d'activité qui constituent la vie de tout être, sert 
d'infaillible critérium pour localiser à priori, non seule- 
ment la bipolarité de chacun des trois systèmes dyna- 
miques, — l'intellectuel, l'animique et l'astral, — mais 
aussi les termes d'une polarisation qui s'aftîrme cruciale, 
en mode double de réciprocité inverse et complémentaire, 
et qui va de l'intellectuel au physique, d'une part, et de 
l'individu mâle à l'individu femelle, de l'autre. 

C'est bien là, non pas ailleurs, la clef absolue de la 
biologie occulte, — dite en magie, clef de la composition 
des aimants, — une loi vraiment universelle, et, par sur- 
croit, révélatrice d'une foule d'autres : celles, par exem- 
ple, de la Sociologie et de l'Histoire primitive; ou (si, 
nous élevant du plan terrestre à des plans supérieurs 
d'existence, nous voulons généraliser), celles de la Cos- 
mogonie et de la Théogonie occultes. 

Nous voici derechef dans l'ésotérisme le plus secret des 
temples antiques. La connaissance de cette loi pivotale 
n'était transmise qu'au seul Épopte, par voie tradition- 
nelle etsous la garantie d'un serment solennel et terrible... 
Non pas qu'une pareille révélation se traduisit par un 
aphorisme immoral ou dangereux en soi; mais elle 



LA ROUE DU DEVENIR 



permettait de fabriquer un passe-parlout, à l'habile em- 
ploi duquel il n'était guère de portes, dans le sanctuaire, 
qu'on estimât susceptibles de résister. 

Or, si le secret juré ou quelque motif du même genre 
fermait la bouche à M. N. C, du moins aurait-il du, — 
montant dans la chaire théosophique pour juger exca- 
ihédrâ MM. Durville et Chazarin, — démontrer l'exis- 
tence d'une loi de synthèse, et en déduire celle, plus 
particulière déjà, mais encore générale, d'une loi de po- 
larité chez l'homme. 

Quant à nous, que nul engagement ne lie, nous allons 
prendre à tâche d'exposer au bref cette théorie, large 
comme l'univers, simple comme la nature, et rigoureuse 
comme une équation d'algèbre : néanmoins, pour ne pas 
nous écarter du point de départ de cette digression, nous 
entendons, la formule générale une fois énoncée, en 
restreindre l'application toute schématique à la physio- 
logie de l'homme, ou, pour mieux dire, à la biologie de 
l'Androgyne humain. 

Le Lecteur nous saura gré, peut-être, de laisser à son 
intelligence sagace le soin, d'ailleurs facile, soit d'en éten- 
dre l'adaptation à des objets plus universels, soit au 
contraire de la restreindre à de plus spéciaux. 

La loi peut se formuler en ces termes : 

Le mâle est positif dans la sphère sensible, négatif dans 
la sphère intelligible. 

La femelle, par contre, est positive dans la sphère intel- 
ligible, négative dans la sphère sensible. 

Inversement complémentaires, le mâle et la femelle 

10 



242 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



sont neutres dans la sphère médiane du psychique. Cette 
similitude animique (1) est même leur seul point de fu- 
sion. C'est moralement la charte d'En haut qui consacre 
l'identité de la race, entre individus de sexe opposé. 

Mais cette règle se conçoit à peine, condensée en une 
formule aussi générale, et son incalculable portée appa- 
raît bien vague encore, pour ne pas dire bien nulle. 

A celte heure, il convient d'en faire brièvement l'adap- 
tation, dans les limites que nous nous sommes tracées 
d'avance. 

Donc, appliquant cette loi vraiment universelle à 
l'homme terrestre, — au couple humain, — c'est-à-dire 
à letre adamique envisagé au plus haut point où son 
évolution aboutit sur notre planète; 

Considérant qu'on peut compter en lui trois centres 
d'activité: — 1° le foyer intellectuel, localisé dans le cer- 
veau, et dont le pôle occulte réside aux circonvolutions 
supérieures de cet organe; — 2° le foyer animique, loca- 
lisé principalement dans le cœur et le grand sympathi- 
que et dont le centre occulte n'est autre que le plexus 
solaire ; — 3° le foyer sensitif, qui distribue son énergie 
aux divers organes des sens, et dont le pôle occulte (2) 
aboutit à l'organe génital ; 

Nous disons que chez l'homme, l'organe génital est 
mâle ou positif, et le cerveau féminin ou négatif; 



(1) Que si l'on était porté à mettre en doute cette similitude, en 
songeant quelles nuances très marquées différencient les âmes mascu- 
line et féminine, nous prierons qu'on se reportât à la note 3 de la 
page 246 (et suiv.J. Nous croyons avoir résolu cette difficulté. 

(il Non le centre apparent. 



» 



I 



LA ROUE DU DEVENIR 243 



Qu'à l'inverse, chez la femme, l'organe sexuel est fémi- 
nin ou négatif et le cerveau mâle ou positif; 

Qu'enfin, chez l'homme comme chez la femme, le plexus 
solaire consiste le point central équilibrant de l'organisme 
tout entier. 



Qu'est ce qu'un organe mâle? — C'est celui qui pro- 
duit la semence, le germe rudimentaire que l'organe fé- 
minin reçoit, réactionne, geste, nourrit, élabore et déve- 
loppe un temps plus ou moins long, à l'expiration duquel 
ce dit organe met au jour un èlre parfait, c'est-à-dire 
évolué en acte, et conforme au germe fécondateur qui 
ne contenait cet être qu'en puissance. 

Ces choses apparaissent évidentes, à n'envisager que 
le pôle génital chez les individus des deux sexes : nul 
ne contestera que le phallus de l'homme est actif, c'est- 
à-dire un instrument de fécondation ; lectéisde la femme 
passif, c'est-à-dire un instrument de réception, de gesta- 
tion et d'élaboration définitive. 

L'inverse n'est pas moins certain, si nous considérons 
le cerveau, cet organe où se manifeste la contre-polarité 
du sexe (1). 



(1) Vainement objecterait-on la presque identité du cerveau, chez les 
individus des deux soxes, en regard de la dissemblance profonde qui 
s'accuse aux organes de la génération. Les idées, étant d'ordre intelli- 
gible, n'ont que faire de véhicule phallique ou de cavilé utérine pour 
l'accomplissement de l'hymen idéal. Il leur suflit d'un organe conden- 
sateur qui est le cerveau, analogue chez l'homme et chez la femme, 
comme deux bouteilles de Lcyde toutes pareilles peuvent être chargées 
d'électricité de nom contraire. (Qu'on nous pardonne ce grossier rap- 
prochement!) 

D'ailleurs, c'est fréquemment sous une apparence sentimentale, que 



■ 



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244 



LA CLEF DÉ LA MAGIE NOIRE 



Le cerveau mâle de la femme ne donne que des germes 
d'idées, mais lui seul donne ces germes, c'est-à-dire le 
mouvement initial et la substance première, en un mot 
le sperme intellectuel (1). 

C'est le cerveau mâle de la femme qui féconde la cer- 
velle féminine de l'homme. 

Ainsi, d'une part, le cerveau de la femme est à la cer- 
velle de l'homme, comme le phallus de l'homme est au 
ctéis de la femme. 



D'autre part, chez la femme, le cerveau est au ctéis, 
comme, chez l'homme, le phallus est à la cervelle. 




le sperme d'ordre intelligible est transmis par la femme: ce sont, dans 
ce cas, les centres animiques, ou médians, qui deviennent les lieux pro- 
pres au phénomène de la copule, non pas à celui de la fécondation : car 
le sentiment, transmis au centre animique de rhomuie.se sublime pour 
atteindre sa cervelle, matrice appropriée où il va reprendre sa première 
qualité de sperme idéal. 

(1) Lere préhistorique nous en présente un exemple frappant, si 



LA ROUE DU DEVENIR 



De ces prémisses on peut déduire d'innombrables con- 
séquences, dont nous n'esquisserons que les principales 
et les plus décisives (i). 

C'est ici le lieu d'invoquer la loi fameuse en physique 
générale : les contraires s'attirent, les semblables se re- 
poussent. 

En faisant à notre schéma l'application de cette for- 
mule, nous comprendrons de suite : 

L'horreur de la femme intellectuelle pour le type du 
viveur, expressif à son gré de toute la bestialité du mâle; 
— et réciproquement, le mépris du viveur pour la femme 
intellectuelle, qu'il traite volontiers de bas-bleu (ligne 
positive des semblables); 

Le dédain de l'homme de pensée pour la femme pure- 



nous fixons nos regards sur l'origine des sociétés humaines. Ces temps 
reculés n'ont sans doute laissé que d'indécis vestiges, et des monuments 
d'une authenticité comme d'une signification souvent douteuses. Mais 
la Légende supplée presque avantageusement aux récits de faits posi- 
tifs : elle synthétise, en des types de généralisation symbolique, des 
notions que les récits de faits ne pourraient nous offrir que particula- 
risées et disséminées... Or. l'Histoire et la Légende ne s'appuient-elles 
pas l une sur l'autre, pour venir nous apprendre que les premiers ger- 
mes do civilisation furent toujours semés par la femme, dans le Destin 
des races adolescentes ? L'œuvre que la femme a ébauchée, l'homme la 
développe et la perfectionne. 

N'est-ce point l'Amour, dans la cosmogonie phénicienne, qui tire le 
monde du chaos? (Voy. Sanchoniaton, texte et trad. dans Fourmont, 
Hé flexions sur l'origine des anciens peuples. Paris. 1747, 2 vol. in-4«, 
tome I, pages 4-21). — Cf. Fabre d'Olivct, Hist. philos., tome l,passim. 

(1) L'examen du présent schéma va permettre au Lecteur de les 
déterminer toutes géométriquement, pour ainsi dire. Une figure ulté- 
rieure lui doit offrir encore d'autres indications, à l'effet de pousser ses 
recherches plus avant, si bon lui semble 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



ment sensuelle, — et réciproquement, l'aversion de 
celle-ci pour celui-là (ligne négative des semblables). 

La raison de ces antipathies ? — Voici : la tête positive 
de la femme méprise le phallus également positif <ïe 
l'homme, et vice versa. — La tête négative de l'homme 
a le plus profond dédain pour l'utérus de la femme, né- 
gatif aussi, et réciproquement ; c'est que : les semblables 
se repoussent. 

Il ne serait pas plus difficile de qualifier de même les 
sympathies inverses de ces antipathies ; c'est que : les 
contraires s attirent (1). 

Quant au centre moral (ou médian), équilibrant les 
deux pôles occultes, — intellectuel (ou cérébral) et sen- 
sitif (ou génital), il est neutre, aussi bien chez l'homme 
que chez la femme. Aussi faut-il voir en lui le point de 
suspension, non seulement de la balance bi-polaire dans 
chaque individu, mais encore de la balance quadri-polaire 
dans l'androgyne humain. 

V Amour proprement dit, qui est bien la force dé- 
ployée par ce centre et qui lui appartient en propre (2), 
Pamour est de même essence chez l'homme et chez la 
femme. Il se révèle identique, ici et là (3), avec son cor- 



(1) Chacun peut poursuivre et compléter le tableau de ces relativités. 

(2) Comme étant avant tout passionnelle, c'est-à-dire animique, bien 
que susceptible de se porter plus haut ou plus bas : soit au pôle céré- 
bral (adoration), soit au pôle sexuel (appétit vénérien). 

(3) Identique en son essence, non point en sa tendance. Ceci mérite 
un surcroit d'attention... Le Lecteur est prié de porter les yeux sur le 
précédent schenu: les courants passionnels y sont figurés par des flè- 
ches en divers sens. 



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r 

LA ROUE DU DEVENIR 247 



tège misérable et sublime de dévouement et d'égoïsme, 
de tendresse et de jalousie, de serments éternels et d'ef- 
fective instabilité. 

Ajoutons qu'il constitue encore le moyen-terme, la 
relativité sentimentale entre individus de sexe opposé. 
Il est donc toujours central, ou médian, soit qu'on envi- 
sage les individus isolés, ou les couples humains. 

Aussi bien (comme nous l'avons fait voir au Seuil du 



Pour nous en tenir à l'Amour onvisagé séparément, chez l'homme, 
puis chez la femme, notons que la logique même de notre figure le dis- 
tingue, ici et là, en deux courants de direction précisément inverse. Le 
courant, chez l'homme, monte du sexe (positif) à la cervelle (négative) ; 
chez la femme, au contraire, il descend du cerveau (positif) vers l'uté- 
rus (négatif). 

Ce contraste doit nous suffire ; c'est là qu'il faut chercher la cause 
profonde de ces nuances qui différencient l'Amour d'un sexe à l'autre, 
— nuances que nous négligeons do détailler, car chacun les connaît. 

Un exemple, pourtant, et significatif. — Pourquoi, chez l'homme, le 
désir a-t-il coutume de paralyser les facultés intellectuelles, qu'il semble 
au contraire stimuler chez la femme ?... C'est un fait indubitable et 
cent fois vérifié, que l'homme le plus spirituel devient aisément gauche 
et parfois stupide, en présence do la femme qu'il aime ou simplement 
qu'il convoite; alors que celle-ci se montre à l'homme qu'elle a distin- 
gué, plus brillante, plus désirable que jamais... L'hommo demeure en 
panne, ou brûle ses vaisseaux, sitôt débarqué : timide outre mesure, 
il parait niais ; ou, résolu soudain, il casse tout. — La femme, ellr. 
ourdit à loisir les plus subtiles trames, pour capter sa chère proie ; et, 
le sourire aux lèvres, achève de la fasciner, dissimulant les manœuvres 
d'une tactique impeccable derrière les enfantillages de sa coquetterie 
et les gràcos de son babil... — C'est que, chez cette dernière, le courant 
passionnel va du cerveau à l'utérus, laissant toute liberté d'action à 
l'organe de la pensée. Chez l'homme, au contraire, le fluide erotique 
(si l'on peut dire), remontant par brusques bouffées de l'organe génital, 
afflue au cerveau, l'offasque et y détermino une congestion fatale au 
libre jeu des facultés intellectuelles. 

Cela se vérifie même de visu, et s'inscrit en hiéroglyphes purement 
physiques : l'homme rougit au feu du Désir, et la femme devient pâle. 
Les lèvres de l'un sont brûlantes, celles de l'autre toujours glacées, etc. 



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248 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 

Mystère (1), c'est l'Amour qui peut, — s'il est réalisé 
dans sa perfection et qu'il s'affirme dans la stabilité d'un 
merveilleux équilibre, — replacer l'être humain dans la 
voie de sa future réintégration, en le restituant à l'état 
d'androgyne harmonique. 

C'est alors qu'identifiés dans une fusion tout intime, les 
centres neutres de l'homme et de sa compagne ne font 
plus qu'un seul centre : les deux époux ne font plus 
qu'un seul Adam-Éve, en voie de se réintégrer à sa plé- 
nitude ontologique, dans l'apothéose de l'Unité adami- 
quc et céleste, qui a nom l'éternel Verbe. 

L'androgyne est devenu cet aimant quaterne, dégagé 
des quatre courants élémentaires, dont le schéma peut 
se tracer comme suit : 




(1) Appendice, pages 143-144. 



LK ROUE DU DEVENIR 



2 H) 



Il parait superflu de pousser plus avant ces déductions. 
Nous avons formulé la loi suprême qui régit la compo- 
sition des aimants dans les trois mondes, — formule 
vraiment magique, pour ceux-là qui sauront la saisir et 
l'appliquer à propos. La grande Isis peut être conjurée 
par l'adepte qui aura toute l'intelligence de cet apo- 
phtegme sacré ; qu'il sache le proférer en temps et lieu, 
les derniers voiles de la déesse tomberont à sa voix. 

Un mot encore, avant de poursuivre notre chemin : 
nous ne saurions dissimuler au Lecteur que cette loi(l), 
dont renseignement vient de lui être transmis, est celle- 
là précisément que vise Éliphas Lévi, à la page 132 de son 
Dogme de la haute Magie. Apres avoir exposé les doctri- 
nes attribuables au second feuillet du Livre universel 



(1) Fabre d'Olivet en fait plusieurs fois mention dans ses œuvre*, 
sans jamais en livrer la formule. Nous relevons ici une allusion presque 
directe, qu'on peut lire au tome I de son Histoire philosophique : « Mais 
l'homme n'avait pas été destiné à vivre seul et isolé sur la terre ; il 
portait en lui un principe de sociabilité et de perfectibilité qui ne pou- 
vait pas rester toujours stationnaire : or, le moyen par lequel ce prin- 
cipe devait être tiré de sa léthargie, avait été placé par la haute sagesse 
de son auteurdans la compagne d'homme, dans la femme, dont l'orga- 
nisation différente dans des points très importants, tant physiques que 
métaphysiques, loi donnait des émotions invehses. (Page 73). » Mais 
Fabre d'Olivet n'a garde d'exposer en quoi cette organisation diffère. 
Passant de suite à l'un des corollaires du théorème dont il éludo renon- 
ciation, il ajoute seulement : « Les mêmes sensations, quoique procé- 
dant des mêmes causes, ne produisaient pas les mêmes effets sur lt«s 
deux sexes. Ceci est digne de la plus haute attention et je prie le lec- 
teur de fixer un moment avec force sa vue mentale sur ce point 
presque imperceptible de la constitution humaine. C'est ici le germe de 
toute civilisation, le point séminal d'où tout doit éclore, le puissant mo- 
bile d'où tout doit recevoir le mouvement dans l'Ordre social. — Jouir 
avant de posséder, voilà l'instinct de l'homme ; posséder avant de jouir, 
voilà l'instinct de la femme, etc. » (page 74). 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



de la vie, le savant maître trace ces lignes mystérieuses 
et inquiétantes «pour les profanes : 

« Tels sont les secrets hiératiques du binaire ; mais il en est 
un, le dernier de tous, qui ne doit pas être révélé... L'arbre de 
la science du bien et du mal, dont les fruits donnent la mort , 
est l'image de ce secret hiératique du binaire... Ce n'est point 
le grand arcane de la magie; mais le secret du binaire conduit 
à celui du quaternaire, ou plutôt il en procède et se résout par 
le ternaire, qui contient le mot de l'énigme du sphinx, tel 
qu'il eut dùêtre trouvé pour sauver la vie, expier le crime in- 
volontaire, et assurer le royaume d'OEdipe (1). » 

Nous avons vu, en effet, par l'inspection des schémas, 
comment le Binaire engendre le Quaternaire. Curieux 
d'exprimer par un symbole graphique le mécanisme de 
la résolution par le Ternaire, et du même coup celui 
du retour à l'Unité (qu'Éliphas sous-entend), il va nous 
surtire de considérer la figure de l'aimant quaterne 
(i* schéma) comme analogue à une paire de ciseaux, mon- 
tés sur axe au point central du schéma, et susceptibles 
de se fermer comme de s'ouvrir, ad libitum. Puisque, 
sur chaque plan d'activité, les semblables se repoussent 
et que les contraires s'attirent, les pôles positif et néga- 
tif de la région conceptuelle, d'une part; les pôles né- 
gatif et positif de la région sensible, de l'autre, vont 
s'attirer et se confondre. Quant au point central, équili- 
brant, il ne bouge point : les ciseaux se sont fermés, et 
nous avons obtenu, — selon la manière d'envisager no- 
tre ligure, — soit un Ternaire, soit une Unité. 

Les quelques pages qu'on vient de lire seraient mieux 



(î) Dogme et Rituel, tome I, pages 1321 33. passim. 




I 

LA ROUE DU DEVENIR 23! 



k leur place, peut-être, au cours de notre troisième sep- 
taine : le Problème du Mal. De puissants motifs nous 
ont dicté cette anticipation. D'ailleurs nous avions hàt e 
de munir ceux qui veulent bien nous accorder leur at- 
tention suivie, d'un mot de passe occulte, qu'ils trouve- 
ront plus d'une fois l'occasion de proférer, lorsqu'un obs- 
tacle imprévu paraîtra leur barrer la route. 

Le dixième pentacle du Tarot est susceptible de com- 
mentaires que nous ne saurions développer en ce 
tome. 

Tout le cycle temporel s'y inscrit symboliquement, sous 
la figure de la Roue Mystique. La roue tourne, et le De- 
venir s'engendre dans l'orbe de sa rotation. Quand elle 
s'arrêtera, l'antagonisme étant aboli, avec le règne du 
Binaire impur, le monde physique aura cessé d'être. 

Mais elle tourne : au côté sénestre, descendant, l'Es- 
prit choit dans la matière; au côté droit, ascendant, la 
Matière évertuée darde la progression de ses formes am- 
bitieuses vers la récupération d'une vie spirituelle. L'être 
qui revêt ces formes successives n'atteint la spiritualité 
pleine qu'après le dépouillement de ses écorces corpo- 
relles, dont il ne garde qu'un simulacre arômal, flexible 
comme un rêve... Ainsi, toute la série matérielle évolue 
vers cet idéal; mais meurt, en tant que matière, avant 
que d'y atteindre : de cet effort proviennent les êtres 
mixtes, de vie double et triple : matérielle et spirituelle, 
et fluidique; les êtres mitoyens entre le Ciel originel où 
ils tendent à se rapatrier, et la Terre d'exil qu'ils n'ont 
pas désertée encore. 



252 



LA CLEF DE LA MAGIE >01RE 



Tout ordre temporel réside là, dont le Devenir cons- 
titue la norme. Le mode de formation de tous les êtres 
dérive de la Loi de composition des aimants, dont nous 
avons livré la formule (I). 

navra p«, dit Heraclite. Tout s'écoule. Nulle chose 
n'est; toute chose devient. Dans l'univers, du moins, 
ajouterons-nous, pour n'infliger point un démenti à 
l'axiome kabbalistique : « l'Ange qui a six ailes ne change 
jamais. » 

Or donc, si le fugitif Devenir est bien la loi de ce 
monde déchu, demandons-nous comment ce Devenir 
s'engendre. Voyons de quoi il est fait. 



(i) Peut-être l'occasion nous sera-t-elle fournie ultérieurement, de 
souligner quelques-uns des cas où cette formulo trouve son application 
directe. Pour l'instant, un exemple de détail suffira, qui mette en évi- 
dence, après les adaptations d'ordre plus général qui ont été proposées, 
quelle lumière répand la loi universelle des polarités, sur les moindres 
phénomènes de la psychologie ot de la physiologie courantes. 

Les aspirants de la vie mystique connaissent bien, au même titre 
que les novices de l'existence religieuse, la répercussion génitale des 
clîorts de spiritualisation, qui se traduit, dans la période qui succède, 
par de plus fréquentes et de plus sauvages révoltes des sens. — De 
quels contrastes est faite la vie claustrale! Quelles alternatives de 
ferveur religieuse et d'aspirations mondaines! Quelle recrudescence 
d'orages sensuels, après la lumineuse sérénité des Ciels paisibles de 
lime!... A l'inverse, qui n'a constaté, en suite des pires concessions 
faites à la chair et à la brutalité des instincts, cette reprise d'idéalité 
qui sollicite l'être avec toute l'àpreté d'un désir; ce besoin de travail, 
cette sainte lièvre de l'inspiration qui fermente au cerveau de l'artiste ; 
cette aube spirituelle, eufin, qui dissipe l'enténèbrement passager de 
l'âme subjuguée par la matièrô ? 

« Dans la brute assoupie un ange se réveille ! » 

(Baudelaire). 

L'application de la loi susdite s'impose, aussi nécessaire, en ce cas 
particulier, qu'elle s'imposait dans les exemples généraux d'ordre reli- 
gieux ou social. 



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LÀ HOUE DU DEVENIR 2S3 

L'on se rendra compte aisément, à observer les choses 
de haut, que trois Puissances concourent à le produire. 
Peu de penseurs l'avaient bien nettement senti, avant 
que Fabre d'Olivet n'eût fixé les termes de cette triple 
collaboration. Mystiques purs, ou purs déterministes, ou 
apologistes d'une liberté sans frein, tant d'autres avaient 
trouvé plus simple désigner une source unique au 
fleuve de l'Eternel Devenir (i) ! Beaucoup de philosophes 
en sont encore là. 

— Tout se modifie, disent les uns, au gré du divin 
Vouloir : la Providence est la cause voilée, l'Agent secret 
et la mesure occulte de l'évolution universelle. — Hé ! 
non, répliquent les autres: pouvez-vous méconnaître 
qu'une inflexible loi enchaine l'effet à la cause, néces- 
sairement? Le déterminisme est absolu, ou n'est point: 
du Destin seul découle le fatal Devenir. — Et la liberté 
humaine, protestent d'autres philosophes, qu'en faites- 
vous? C'est la Volonté qui engendre et règle le Futur : 
et le Devenir n'est autre que le mode normal de sa gé- 
nération. 

Nulle de ces trois Écoles n'est méprisable, car chacune 
enseigne une part de la vérité. Les trois Puissances 
qu'elles préconisent isolées concourent à motiver l'ordre 
des choses futures ; tout le mystère de l'Avenir réside 



^ • ... La plupart des écrivains qui m'ont procédé dans la carrière 
n'ont vu qu'un principe là où il y en avait trois. Les uns, comme 
Bossuet, ont tout attribué à la Providence ; les autres, comme Hobbes, 
ont tout fait découler du Destin ; et les troisièmes, comme Rousseau,, 
n'ont voulu reconnaître partout que la Volonté de l'homme. • (Fabre 
d'Olivet, Histoire philos., t. I, p. 55). 




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LA CLEF DE LÀ MAGIE NOIRE 



dans la loi de leur mutualité féconde. Loi créatrice et 
capitale s'il en fut: absconse et voilée comme Je Futur 
qu'elle commande. Loi sibylline par excellence : tout art 
divinatoire doit, pour être sérieux, fonder ses règles sur 
la formule algébrique de son énonciation; et la prophétie, 
exercée en mode intuitif ou rationnel, extatique ou dé- 
ductif, conscient ou non, ne se justifie logiquement que 
par l'évaluation d'un calcul de probabilités, qui se puisse 
chiffrer sur la valeur réciproque de ces trois facteurs, 
combinés et proportionnés en raison de cette souveraine 
loi. 

Les fatalistes disent vrai, quand ils promulguent les 
aphorismes suivants: une cause étant donnée, l'effet s'en- 
suit irrésistible. L'effet gît inclus dans la cause comme 
l'oiseau dans l'œuf. Sitôt produit, l'effet devient cause à 
son tour, pour engendrer de nouveaux effets, et ainsi de 
suite, à perte de pensée. Mais les innombrables causes 
existantes s'enchaînent et se combinent, s'enchevêtrant 
de telle sorte qu'elles produisent, conjointement ou sé- 
parément, des effets variés à l'infini. Si bien, qu'en dépit 
du plus rigoureux déterminisme, l'effroyable complexité 
des combinaisons rend impossible le calcul des effets à 
naître. 

Les mystiques de la Liberté n'ont pas tort, quand, fai- 
sant émaner toute chose de la libre initiative du Vouloir 
adamique, dont l'homme est actuellement la plus haute 
expression incarnée, ils soutiennent que la Volonté serait 
encore toute-puissante si elle ne s'était divisée, d'où la 
chute, et l'ouverture du cycle temporel ; — quand ils ne 
voient dans les obstacles fatidiques qu'elle a maintenant 



* 



4 



LA ROUE DU DEVENIR 255 



à combattre, que l'expression, en quelque sorte consoli- 
dée, d'un vouloir antagoniste au passé; — quand ils sa- 
luent dans le Destin (cette Puissance même qui lie indis- 
solublement l'effet à la cause), une sorte d'attribut de la 
Volonté, savoir : la garantie de pérennité des libres voli- 
tions antérieures, irréductibles et vivaces, à l'épreuve 
contre les possibles retours de cette Volonté même, et 
prolongeant désormais leur essor palingénésique à tra- 
vers la succession des apparences. 

Les avocats de la Providence, enfin, ne sont pas moins 
véridiques, lorsqu'ils célèbrent l'irréfragable et pacifique 
impulsion que la suprême Puissance imprime à l'Uni- 
vers : l'infaillible empire exercé sur toutes choses par 
cette Prévoyance maternelle, — qui est l'intelligence 
même de la Nature, et qui agit immédiatement sur 
l'homme, par illumination, inspiration, persuasion; et 
médiatement sur le Destin, par l'intermédiaire de l'homme, 
capable de modifier celui-ci, soit en combinant les causes 
existantes, soit en en créant de nouvelles. Ainsi la Pro- 
vidence édifie l'Avenir, sur les plans de la sagesse; et, 
répugnant à jamais contraindre la liberté humaine, 
comme à violenter la règle du Destin, n'en inllue pas 
moins sur l'une et sur l'autre. En cas de conflit, le der- 
nier mot reste toujours à la Providence. Les deux autres 
Puissances peuvent bien contrarier momentanément ses 
desseins, en retarder l'exécution. Mais qu'est le temps, 
pour la divine Sagesse? Rien ne prévaut, en définitive, 
contre « l'événement providentiel, précisément parce qu'il 
est indifférent dans sa forme, et qu'il parvient toujours 
à son but par quelque route que ce soit : c'est le Temps 



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236 



L\ CLEF DE* LA" MAGIE IS01RK 



seul et la Forme qui varient. La Providence n'est en- 
chaînée ni à l'un, ni à l'autre (I). » 

Nos Lecteurs savent déjà comment l'âme humaine, 
placée ici-bas entre l'esprit et le corps, comme entre un 
légitime époux et un séducteur de rencontre, décide de 
sa vie future et en détermine le rhythme, selon qu'elle 
se comporte à l'égard de l'un et de l'autre amant, qui 
d'en haut et d'en bas la sollicitent: soit qu'elle se voue 
à la fidélité conjugale, ou qu'elle s'obstine dans un adul- 
tère dégradant. Or, une stricte analogie homologue l'Uni- 
vers total au moindre individu qui le reflète, en le résu- 
mant; car identique est l'essence des êtres et des choses. 
Tout sort du Grand Adam, l'Adam Kadmôn du Zohar... 
Providence, Volonté et Destin sont au Cosmos intégral 
ce que les trois vies spirituelle, psychiquo et instinctive 
sont à l'exemplaire humain. Aussi la Volonté (soit collec- 
tive, soit individuelle), inséparable de lame (universelle 
ou particulière), devient l'artisan du Devenir, en collabo- 
ration avec la Providence et le Destin, disons mieux — 
en commerce avec l'Époux céleste ou le Fatum séduc- 
teur (2). 

Cependant, en conséquence de la chute universelle el 
de la matérialisation qui en fut le résultat, la Volonté 



(\\ Hixt. philo*, du genre humain, t. I, pages ;i3-54. 

(2| Il convient de notilier, en passant, que la grande loi de sexuelle 
polarisation trouve à s'appliquer ici, par analogie nécessaire. Qu'on ait 
le talent de manier avec art la clef que nous avons fournie, et l'on sera 
surpris de la fécondité avec laquelle se déploieront, et la genèse des 
principos et le processus des conséquences, dans l'ordre tant universel, 
que particulier. 



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LA HOUE DU DEVENIR 



générale se trouve astreinte à l'engrenage du Destin ; 
comme l'âme, en conséquence de sa chute individuelle 
(lisez de son incarnation terrestre), se trouve assujettie 
aux exigences de l'organisme physique. Il est des rap- 
ports forcés entre la Volonté et le Destin, de même qu'en- 
tre la Psyché et le Corps. 

Tout un monde de mutualités en procède, inéluctable- 
ment: contraintes réciproques, répercussions, échanges... 
Mais, en dépit de cette communauté forcée entre l'Ame 
et le Corps, entre la Volonté et le Destin : l'àme peut 
s'interdire de multiplier par sa faute ces points de contact 
trop nombreux déjà, et vivre dans l'intimité de la vie in- 
tellectuelle, en commerce avec l'Esprit pur. La Volonté 
peut pareillement gouverner de conserve avec la Provi- 
dence, en éludant les écueils du Destin. 

Ainsi, Providentialistes, Fatalistes et Volontaires exclu- 
sifs ont raison chacun pour une part. En conciliant leurs 
systèmes, ils pourraient, d'un commun accord, déter- 
miner la suprême formule de synthèse et d'équilibre qui 
leur manque isolément. Et, pour énoncer en mode exoté- 
rique la vérité sur ce point, nous dirons que si la genèse 
pouvait être éclaircie des événements à échoir, elle nous 
les révélerait attribuables pour un tiers à la fatalité du 
Destin, pour un tiers à l'initiative de la Volonté, pour un 
tiers à l'instigation de la Providence. 

Seulement, qu'on y prenne garde : cette répartition 
proportionnelle semblera le plus souvent erronée, par 
suite d'une illusion d'optique mentale; cela tient à l'exer- 
cice constamment occulte de l'intluence céleste ici-bas- 

L'action providentielle défie l'observateur, parce qu'elle 

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258 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIIIE 



est médiate, et ne s'exerce qu'en mode fatidique, sous 
l'apparence du déterminisme le plus strict ; ou en mode 
volilif, sous celle de l'initiative humaine la moins con- 
trainte qui soit. — Tel homme, par exemple, apparaît 
très libre d'accomplir un acte donné, et l'accomplit en 
effet; mais la Providence l'inclinait intérieurement à ce 
faire : dira-t-on qu'il a librement voulu et agi ? Sans 
doute, car il pouvait résister à l'action céleste; niais 
spontanément? Non point, puisqu'il a voulu et agi en 
conformité de l'inspiration d'En haut. D'autre part, 
tel événement, qui apparait fatalement nécessité par une 
cause antérieure, et semble par là ressortir au pur Des- 
tin, fut préparé de longue date et suscité par la Providence, 
qui, inspirant l'intelligence d'un Élu, ou môme utilisant 
la malice d'un pervers, a fait, en temps utile, semer 
par l'un ou l'autre, ou par tous deux, dans le champ du 
Devenir, la graine d'une plante qui lève à son heure en 
plein terreau fatidique. — Voilà l'action providentielle 
déguisée, au premier degré en action volitive, au second 
degré en action fatidique, ainsi que nous l'avions fait 
pressentir. 

En résumé, des trois Puissances collaboratrices dont 
dépend l'avenir, la seule Providence peut prévoir à coup 
sùr, en décidant ce qu'elle fera, et promulguer la marche 
des choses, en statuant sur l'essor de sa propre initiative. 

Théorème évident, d'où procède un irrésistible corol- 
laire : c'est que l'inspiration d'En haut peut seule conférer 
au prophète une intuition certaine des choses futures. 
Encore ce dernier ne les percevra-t-il qu'en puissance 



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LA ROUE DU DEVENIR 



259 



d'être, et non point en acte accompli : puisque la forme 
des événements à intervenir n'est aucunement fixée 
d'avance, mais dépend des conjonctures plus ou moins 
propices que fera naître le jeu mutuel du Vouloir humain, 
toujours spontané dans ses libres allures, et du Destin 
physique, toujours inflexible en son déterminisme 
aveugle. 

Ainsi tonne un Verbe de prophétie sur les lèvres des 
Nabis, affirmatif quant à l'essence d'un événement à 
venir, mais muet, — ou hypothétique et par suite faillible, 
— touchant le fait de sa forme et l'époque fixe où il 
adviendra. Sur ces derniers points, la Voix céleste (l) 
elle-même ne peut prononcer que par calcul de proba- 
bilités; mais quelle vraisemblance en faveur de ce qu'a 
disposé et prévu Celle-là qui, par excellence, prévoit et 
dispose : pvœvidet eiprovidet! L'aléa se réduit à la quo- 
tité négligeable. 

La prophétie d'Orval, pour prendre un exemple pé- 
remptoire en dehors des prophéties dites canoniques, 
montre h quelle lucidité peut s'élever l'Intelligence hu- 
maine, sous l'inspiration de la Providence divine. 

Deux mots touchant l'authenticité de la prophétie 



(1) Nous disons céleste (ou providentielle) et non divine. Cette dis- 
tinction importo, au cas particulier. Rappelons en effet que la Providence 
est l'Intelligence de la Nature (Cf. page 30). Quand nous accolons à la 
Providence l'cpithète de divine, nous nous conformons au langage 
re«;u. C'est d'ailleurs à travers la Providence que Dieu se fait sentir à 
nous. Puis ces extensions du sens «les vocables sont coutumières en 
toutes les langues, et nous pensons avec d'Olivet qu'il ne messied 
point de sacrifier à l'usage en pareil cas, pourvu qu'on le fasse pour 
la commodité du style, et non par ignorance ou confusion. 



260 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIKE 



(TOrval. — L'hypothétique, d'abord : elle aurait été écrite 
dans la première moitié du xvi e siècle, par un solitaire 
de l'abbaye d'Orval, et publiée pour la première fois 
dans un recueil de prédictions imprimé à Luxembourg, 
en 1544. Voilà ce que nous n'avons pu vérifier. — Mais 
le certain, c'est qu'on commença d'en parler lors des 
événements de 1814-1815, etque Mademoiselle Lenormand 
la connaissait en 1827, puisqu'elle en publia un impor- 
tant extrait dans ses Mémoires de Joséphine, imprimés 
celte même année. Cette prédiction fut insérée in-exlenso 
dans le Journal des villes et des campagnes, en 1837 
(n° du 18 juillet, n° 100 de la XXV e année) ; et depuis 
cette époque, souvent citée et reproduite dans nombre 
de publications. 

Or, les événements de notre histoire y sont prédits, de 
1797 à 1873, avec une stupéfiante précision; et si, à 
partir de cette date, la prophétie ne s'adapte plus aux 
faits, peut-être n'est-ce point défaillance de l'inspiration 
sibylline, mais, comme nous le verrons, rupture de la 
chaîne fatidique, par suite d'un acte imprévu, invrai- 
semblable, de la libre volonté d'Henri V. 

PROPHÉTIE D'ORVAL (1) 

En ce temps-là, un jeune homme (Napoléon) venu 
d'Outremer (Corse) dans le pays du Celte gaulois se 
manifestera par conseils de force (Toulon, Vendémiaire, 



(1) Est-il besoin de prévenir que les observations entre parenthèses 
sont de nous? Le texte (en italiques) reproduit les termes mêmes de la 
prophétie d'Orval. 



LA ROUE DU DEVENIR 



261 



campagne d'Italie) ; niais les grands qu'il ombragera 
(les membres du Directoire) renverront guerroyer dans 
les pays de la Captivité (réminiscence biblique : Égypte, 
lieu de captivité d'Israël). 

La Victoire le ramènera au pays premier (retour 
d'Égypte). Les fils de Brutus (les Républicains) moult 
stupides seront à son approche, car il les dominera (18 
Brumaire) et prendra nom empereur (1804). Moult hauts 
et puissans lioys seront en crainte vraye, et son aigle 
enlèvera moult sceptres et moult couronnes. Piétons et 
cavaliers portant aigles et sang autant que moucherons 
dans les airs, courront avec luy dans toute V Europe qui 
sera moult esbahie et moult sanglante (guerres conti- 
nuelles de l'Empire). 

// sera tant fort, que Dieu sera cru guerroyer d'avec 
luy : r Église de Dieu moult désolée (par l'impiété révo- 
lutionnaire) se consolera tant peu en voyant ouvrir encore 
les temples à ses brebis tout plein égarées (suites du 
Concordat) et Dieu sera béni. 

Mais c'est fait, les lunes sont passées ; le vieillard de 
Sion (le pape) maltraité (captivité de Fontainebleau) 
criera à Dieu, et voilà que le puissant (Napoléon) sera 
aveuglé par péchés et crimes. Il quittera la grande ville 
avec armée si belle que oncques fut jamais pareille (levées 
en masse pour la campagne de Russie, 1812); mais 
oncques guerroyeur ne tiendra bon contre la face du tems. 
(Anathème contre les conquérants, dont les jours sont 
comptés). La tierce part et encore la tierce part de son 
armée périra par le froid du Seigneur puissant (c'est 
précis : retraite désastreuse de Moscou). Alors deux 



262 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



lustres seront passés depuis le siècle de solalion; et voilà 
que les veuves et les orphelins crieront à Dieu, et voilà 
que les liants abaissés (princes français et nobles émi- 
grés — ou encore les souverains étrangers) reprendront 
force; ils s'uniront pour abattre F homme tant redouté. 

Voicy venir avec maints guerroyer s le vieux sang des 
siècles (retour des Bourbons, à la faveur des années 
coalisées), qui reprendra place et lieu en la grande ville 
(première Restauration : Louis XVIII, 1814) ; alors 
r homme tant redouté s'en ira tout abaissé (abdication de 
Fontainebleau) pris le pays d'outremer d'où il étoit ad- 
venu (File d'Elbe est à côté de la Corse). 

Dieu seul est grand! (Cette exclamation, dans la prose 
du bon Solitaire, marque presque toujours un change- 
ment de règne). La lune onzième n'aura pas encore reluy, 
et le fouet sanguinolent du Seigneur (Napoléon, autre 
Fléau de Dieu) reviendra en la grande ville (retour de 
nie d'Elbe) et le vieux sang quittera la grande ville (fuite 
des Bourbons, 1815). 

Dieu seul est grand! Il aime son peuple et a le sang 
en haine. La cinquième lune reluyra sur maints guer- 
royers d Orient (les Alliés, bataille de Waterloo); la 
Gaule est couverte d'hommes et de machines de guerre 
(seconde invasion des Alliés). C'est fait de l'homme de 
mer! (Napoléon, captif à Sainte-Hélène). Voicy venir 
encore le vieux sang de la Cap (le sang des Capétiens, 
les Bourbons ; retour de Louis XVIII ; deuxième Res- 
tauration, 1815). 

Dieu veut la paix, que son saint nom soit bény ! Or, 
paix grande sera dans le pays Celte-gaulois ; la fleur 



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LA ROUE DU DEVENIR 263 

j 

blanche (la fleur de lys) sera en honneur moult grand ; 
les maisons de Dieu ouyront moult saints cantiques (flo- 
raison du culte, protection du clergé). Mais les fite de 
Brutus (les Républicains) voyent avec ire la fleur blanche 
et obtiennent règlement puissant (seraient-ce les Ordon- 
nances royales contre les jésuites ?) dont Dieu est encore 
moult fasché à causes des siens ; et pour ce que le saint 
jour est encore moult profane', ce pourtant Dieu veut 
éprouver le retour à luy par 18 fois 1$ lunes. 

Dieu seul est grand! Il purge son peuple par maintes 
tribulations ; mais toujours les mauvais auront fin. Sus 
donc lors, une grande conspiration contre la fleur blanche 
chemine dans l'ombre par mainte compagnie maudite, et 
le pauvre vieux sang de la Cap quitte la grande ville. 
(Révolution de juillet 1830, Charles X prend la route de 
l'exil). Et moult gaudissent les fils de Brutus (courtes 
illusions des Républicains). Oyez comme les servons Dieu 
crient tout fort à Dieu et que Dieu est sourd, par le bruit 
de ses flèches qu'il retrempe en son ire pour les mettre 
au sein des mauvais. 

Malheur au Celte-gaulois ! Le coq (symbole de la bran- 
che cadette, de la maison d'Orléans) effacera la fleur 
blanclte (le lys de la branche ainée, symbole des Bour- 
bons). Un Grand s'appellera roy du peuple (Louis-Phi- 
lippe). Grande commotion se fera sentir chez les gem, 
parce que la couronne aura été posée par mains d'ou- 
vriers qui ont guerroyé dans la grande ville (premières 
années de la Monarchie de juillet : instituée révolution- 
nairement, elle est constamment menacée par la Révo- 
lution). 



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264 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Dieu seul est grand! Le règne des mauvais sera vu 
croître. Mais qu'ils se hâtent : voilà que les pensées du 
Celte-gaulois se heurtent et que grande division est dans 
l'entendement. (Instabilité ministérielle?) Le Roy du 
peuple est en abord vu moult foible (jusqu'au ministère 

Périer) et pourtant contredira bien les mauvais Mais 

il riéloil pas bien assis et voilà que Dieu le jette bas ! 
(Révolution de Février 1848). 

Hurlez, fils de Brutus! (République de 1848). Appelez 
sur vous les bêtes qui vont vous dévorer! (Fanatisme du 
peuple pour Louis-Napoléon ; l'aigle de l'Empire repa- 
rait en France avec son cortège d'oiseaux de proie). Dieu 
grand! quel bruit d'armes (guerre de Crimée, guerre 
d'Italie, guerre du Mexique, guerre franco-allemande). 
// n'y a pas encore un nombre plein de lunes et voicy 
venir maints guerroyers... C'est fait! (L'année terrible 
va amener l'invasion et la chute du second Empire). La 
montagne de Dieu (Pie IX), désolée, a crié à Dieu (poli- 
tique perfide avec Rome). l*es Fils de Juda ont crié à 
Dieu de la terre étrangère et voicy que Dieu n'est plus 
sourd. 

Quel feu va avec ses (lèches ! Dix fois six lunes et pas 
encore six fois dix lunes, ont nourri sa colère. Malheur 
à toy y grande ville ! Voicy les Roys (le roi de Prusse, les 
rois de Saxe, Bavière, Wurtemberg, etc.! Les rois!) ar- 
més parle Seigneur (rien ne prévaudra donc contre eux, 
tout effort est inutile). Mais déjà le feu Va égalée à la 
terre (bombardement de Paris). Pourtant, les justes ne 
périront point. Dieu les a écoutés. La place du crime est 
purgée par h 'feu (les incendies de la Commune). Le grand 



LA R0UK DU DEVENIR 265 



ruisseau (la Seine) a éconduit toutes rouges ses eaux à la 
mer (implacables représailles des Versaillais : la Com- 
mune est écrasée dans le sang). La Gaule vue comme 
délabrée (1) (l'Alsace et la Lorraine en sont violemment 
arrachées) va se rejoindre (reprendre haleine et se ré- 
parer). 

Dieu aime la paix. Venez, jeune prince : quittez Yîle de 
la Captivité (Premier voyage de M. le comte de Cham- 
bord en France. — Le prophète voit le comte de Cham- 
bord dans l'intégrité de son droit ancien ; il le voit, en 
1830, lorsqu'âgé de dix ans h peine, il part pour l'exil, 
accompagné de son grand-père Charles X et de son 
oncle le duc d'Angoulèmc qui ont abdiqué tous deux, et 
gagne l'Angleterre, File de la Captivité : un roi exilé 
n'est-il pas un roi captif?) Voyez! (Réfléchissez avant 
d'agir: l'heure n'est pas encore venue). Joignez le lion 
à la fleur blanche. (Faites alliance, ô prince des lys, avec 
celui dont le Lion est l'héraldique emblème ; abouchez- 
vous avec le Maréchal de Mac-Mahon, président de la 
République intérimaire). Venez! (Deuxième appel ; l'heure 
a sonné : 1873. — A partir de cette ligne, la prophétie 
d'Orval ne concorde plus avec les événements ; pourquoi? 
Serait-ce point qu'Henri V a modifié Tordre des choses, 
en ne répondant pas à l'appel combiné du Destin et de 
la Providence?... La prophétie finit ainsi) : 

Ce qui est prévu, Dieu le veut! Le vieux sang des siè- 
cles terminera encore grandes divisions. Lors un seul 
pasteur sera vu dam la Celte-gaule. L homme puissant 



(1) D'autres copies portent décabrée. 




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LA CLEF DE LA MAGIE NOIKE 



par Dieu s'asseoira bien. Moult sages réglemens appelle- 
ront la paix. Dieu sera cru d'avec lmj % tant prudent et 
sage sera le rejeton de la Cap. 

Grâce au Père de Miséricorde, la sainte Sion récitante 
en ses temples un seul Dieu bon. Moult brebis égarées 
s'en viennent boire au ruisseau vif; trois princes et rotjs 
mettent bas le manteau de l'erreur et vayent clair en tu 
fog de Dieu. En ce tems-là, un grand peuple de la mer 
reprendra vrage croyance en deux tierces parts (l'Angle- 
terre et l'Écosse?) Dieu est encore béni pendant 14 fois 
G lunes et G fois 13 lunes (13 ans, 54 jours)... Dieu est 
saoul d'avoir baillé miséricordes et, ce pourtant, il veut 
pour ses bons prolonger la paix encore pendant 10 fois 
12 lunes. 

Dieu seul est grand! les biens sont faits; les saints 
vont souffrir. L'homme du Mal arrive; de deux sangs 
prend croissance : la fleur blanche s'obscurcit pendant 10 
fois G lunes et 0 fois 20 lunes (14 ans, 200 jours...), puis 
disparaît pour ne plus paraître. 

Moult de mal et guère de biens en ces tems- à ; moult 
grandes villes détruites par le feu. Israël viendra à Dieu 
Christ tout de bon; sectes maudites et sectes fidèles sont 
en deux parts bien marquées. Mais c'est fait ; lors Dieu 
seul sera cru ; et la tierce part de la Gaule et encore la 
tierce part et demie na plus de croyance ; comme aussy 
tout de même les autres gens. Et voilà G fois S lunes et 
i fais 5 lunes que tout se sépare et le Siècle de Fin a 
commencé. Après le nombre non fait de ces lunes. Dieu 
combat par ses deux Justes (Elie et Hcnoch?) et l'homme 
du Mal (l'Antéchrist) a le dessus. 



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LA ROUE DU DEVENIR 



267 



Mais cest fait! Le fiant Dieu mél un mur de feu qui 
obscurcit mon entendement, et je n'y voi/plus... Qu'il soit 
bény à tout jamais. 

Amen! 



Telle est cette surprenante prophétie, qui, — en sup- 
posant même sa rédaction postérieure aux premiers évé- 
nements qu'elle relate, — demeure incontestablement 
contemporaine, au moins, des dernières années de la 
Restauration. Abandonnons aux risées du scepticisme les 
faits énoncés jusqu'à cette date : resterait à expliquer la 
révélation de ceux qui s'échelonnent de l'avènement de 
la Monarchie de Juillet à la Présidence du Maréchal de 
Mac-Mahon (1). Rien d'essentiel qui ne soit indiqué, jus- 
qu'au calcul des lunaisons, qui se trouve d'une exactitude 
constamment vérifiable (2). 



(1) On relèvera peut-être, dans le texte de la Prophétie d'Orval, cer- 
taines expressions suspectes et quelques tournuies maladroitement 
archaïques: l'on s'empressera d'en conclure a une pitoyable fraude 
contemporaine. La conclusion ne nous paraît pas irrésistible. On sait 
quelles altérations subit un texte dont les copies ont longtemps circulé 
sous le manteau. Si la rédaction primitive était sous nos yeux, peut- 
être serions-nous surpris de constater, une fois de plus, à quel point 
quelques variantes do transcription moderne dégradent un texte au- 
thentique et en ruinent la vraisemblance. — Puis, encore une fois, 
admettons que cette prophétie date de la Restauration : les événements 
prédits et révolus de 4830 à 1873 en sont-ils moins avérés?... 

(2) Chacun peut s'éviter de fastidieux calculs, en consultant une 
intéressante brochure, parue, en 1873, sous les initiales F. P.; en voici 
le titre : Au il février 1874, le grand Avènement, etc., prouvé par le 
commentaire le plus simple et le plus méthodique, etc., delà célèbre 
prophétie d'Orval (Bar-le-Duc, août 1873, in-8°, de \)i pages, plus 1 t l 
non paginé, pour la table des matières). 

L'auteur, un fervent de l'autel et du trône, commente mot à mot le 



> 



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268 LA CLEF HE LA MAGIE NOIRE 



A partir de 1873, nous lavons déjà dit, la concordance 
cesse, entre les pronostics et les événements accomplis. 
Nous avons même fait pressentir le pourquoi de cette 
anomalie. 

Henri V fut-il, — oui ou non, — appelé au trône de 
France par le vœu national, ou du moins à la requête de 
l'Assemblée nationale, en 1873? C'est un fait indubita- 



texte que nous donnons ici (collationné avec quelques variantes sur 
une copie plus ancienne) ; et prouve, par un calcul minutieux des lu- 
naisons, que l'auteur de la prédiction (chose assez rare chez les pro- 
phètes eux-mêmes) localise à jour fixe chaque événement qu'il an. 
nonce. 

L'Introduction de cette brochure renferme une concordance bien 
frappante entre les événements do la Restauration et ceux qui signa- 
lèrent le règne do Louis-Philippe. Résumons quelques traits de ce long 
parallèle : 

RESTAURATION MONARCHIE DE JUILLET 



Le Duc de Berry, héritier légi- 
time du trône de son père (Char- 
les X). épouse une princesse étran- 
gère (Sicilienne', qui lui donne 
un (ils appelé à régner (le Duc de 
Bordeaux^; — puis meurt assas- 
siné, le 13 février 1820, mois de 
la chute de Louis-Philippe. 

La Révolution de 1830 dure 
trois jours. • 

Charles X tombe, à 74 ans, à 
cause des ordonnances de son mi- 
nistre; — il abdique en faveur 
de son polit-fils, âgé de 10 ans : 
— on répond qu'il est trop tard ! 

Charles X s'embarque pour 
l'Angleterre, avec son petit -fils, le 
Duc de Bordeaux, — et meurt en 
exil. 



Le Duc d'Orléans, héritier légi- 
time du trône de son père (Louis- 
Philippe), épouse une princesse 
étrangè re (Mecklerabourgeoise) 
qui lui donne un (ils appelé à ré- 
gner (le Comte de Paris) : — puis 
meurt de mort violente, le 13 
juillet 1842, mois delà chute de 
Charles X. 

La Révolution de 1843 dure 
trois jours. 

Louis-Philippe tombe, à 74 ans, 
à cause des ordonnances de son 
préfet de police; — il abdique 
en faveur de son petit-fils, âgé de 
10 ans; — on répond qu'il est 
trop tard! 

Louis-Philippe s'embarque pour 
l'Angleterre, avec son petit-fils, le 
Comte de Paris, — et meurt en 
exil. 




LA HOl'E DU DEVK.N1R 209 



ble (l). La fin de non-recevoir plus ou moins déguisée 
qu'il objecta se réclamerait peut-être des motifs les moins 
futiles et les plus consciencieusement pesés; sans doute 
y a-t-ii là un mystère de loyalisme et d'équité que nous 
n'approfondirons pas : tout au plus risquerions-nous une 
hypothèse (2), tout à l'honneur du prince qu'on a si du- 



(1) L'Assemblée nationale n'eut pas à voter en forme le rétablisse- 
ment de la monarchie, à cause de la lettre du Prince à M. Chesnelong, 
en date du 27 octobre, où la revendication du drapeau blanc s'affirmait 
absolue. — Mais une commission, dite des neuf, où se trouvaient re- 
présentées, sous la présidence du Général Changarnier. toutes les 
nuances de la majorité monarchiste, avait préalablement délégué 
M. Chesnelong auprès de M. le Comte de Chambord, pour fixer, d'ac- 
cord avec lui, les conditions et les termes de son rappel au trône de 
France. Ce rappel ne faisait plus question. L'accord semblait parfait, 
sur tous les points de la Constitution: seule la difficulté du drapeau 
subsistait encore... Le Prince, dans l'entrevue du 14, parut lever la 
dernière incertitude, en chargeant M. Chesnelong de l'assurance for- 
melle « que rien ne serait changé au drapeau, avant qu'il eût pris pos- 
session du pouvoir. » Henri V se réservait seulement de « présenter 
au Pays, à l'heure qu'il jugerait convenable, et se faisait fort d'obtenir 
de lui par ses représentants, une solution compatible avec son honneur 
et qu'il croyait de nature à satisfaire l'Assemblée et la Nation. » 
(Textuel). Sur cetto double assurance, les députés de toutes les frac- 
tions de la majorité ayant promis leur vote, le gouvernement du Ma- 
réchal ayant assuré son concours, la Monarchie semblait faite, quand 
la désastreuse lettre du 27 vint anéantir toutes ces espérances, en 
c revendiquant le drapeau blanc, sans admettre ni conditions ni ga- 
ranties préalables. » (Voyez la Campayne monarchique d'octobre 1873 
par Ch. Chesnelong, Pion, 1896, in-8°). 

(2) Supposons un instant que M. le Comte de Chambord crût les 
revendications de Naûendorff, sinon justifiées, du moins soutenables, 
aurait-il agi différemment? — Dans l'hypothèse de la survivance de 
Louis XVII et de sa postérité directe, Henri V n'aurait pu toucher à la 
couronne qu'en usurpateur. Son devoir était donc de s'abstenir. D'autre 
part, refuser sans motif le trône offert, et reconnaître, même tacitement, 
le droit des Naûendorff, équivalait pour lui à noter d'infamie la mémoire 
de son grand-père Charles X et de son grand oncle Louis XVIII, — 
rois dès lors illégitimes. 11 fallait donc un prétexte, valablo ou spécieux. 



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270 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIltE 



rement blâmé en cette conjoncture... Quoi qu'il en soit, 
le fait demeure évident. 31. le Comte de Chambord lia 
pas voulu régner. Le moyen dilatoire qu'il invoqua sou- 
dain, cette acceptation du drapeau blanc, dont il fit, à la 
surprise de beaucoup de ses plus fidèles serviteurs, une 
condition expresse de son avènement au trône, ful-clle 
autre chose qu'un prétexte a repousser le sceptre offert ? 
Personne ne s'y trompa, que les intéressés qui firent 
semblant. — Substituer, au lendemain de nos désastres, 
la bannière des lys au drapeau tricolore, c'eut été dire 
au million de braves qui s'étaient fait décimer sous ses 
plis : — « Vous avez pris cette loque pour l'étendard 
national, naïfs que vous êtes, ou rebelles? Ce chiffon aux 
trois couleurs, pour la gloire duquel vous braviez la mort 
d'un cœur si léger, n'existe point même! Ouvrez les 

yeux, Français : voici le drapeau de la France! Et 

saluez les trois lys d'or brodés sur satin blanc! » Quelle 
énorme billevesée! Si peu que les ennemis de M. le Comte 
de Chambord accordassent d'intelligence et de tact à ce 
prince, lui ont-ils fait de bonne foi l'injure de prendre au 
sérieux pareille proposition, à l'adresse d'un peuple qui 
semblait alors acclamer son royal sauveur, en se jetant 
dans ses bras?... 



pour «Incliner l'invitation de l'Assemblée, en 1873. Ce prétexte, la ques- 
tion du drapeau blanc l'offrait au Comte de Chambord. 

Voilà une pure hypothèse: nous la donnons pour ce qu'elle vaut... 
— Il rst certain «pie l'année suivante, en 1874,1e Comte de Chambord, 
intimé devant la Cour de Paris par les héritiers Nawendorlî, crut devoir 
l'aire défaut. Le prince laissa au ministère public le soin de contredire 
à leurs prétentions. Demandeurs en restitution d'état civil, ils furent 
déboutés, en dépit des efforts de Jules Favre, dont il faut lire l'admi- 
rable plaidoirie. 



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LA HOUE DU DEVENIR 271 



La magnifique précision de la prophétie d'Orval, de 
1797 jusqu'en 1873, trahit, au moins par intermittences, 
l'inspiration céleste. Les décrets mêmes de la Providence 
peuvent être contrariés, avons-nous dit, parle veto du 
libre Vouloir humain; mais leur accomplissement, avorté 
sous une forme, s'effectuera bientôt sous une autre. Si 
donc le solitaire d'Orval asubi sans mélange l'influx pro- 
videntiel, la volonté d'Henri V aura bien pu susciter à 
l'adaptation des plans énoncés une éphémère entrave ; 
mais alors ils ne sont que différés et s'adapteront sous 
un autre mode, impossible à prévoir ou même à pres- 
sentir sans révélation expresse. Que si, au contraire, la 
claire-vue du bon ermite procédait ffune source ou moins 
haute, ou moins pure, alors l'inhibition d'une volonté 
intercurrente,en 1873, peut avoir dérangé toute la trame 
fatidique, et rien n'adviendra des événements désignés à 
s'ensuivre. 

Dès le milieu de mars de la présente année 18%, l'opi- 
nion s'est passionnément émue des prophéties d'une exta- 
tique de 24 ans, qui se dit inspirée par l'archange Gabriel. 
Des mois ont coulé, sans que la vogue se démentit. C'est 
par centaines de mille que les curieux se sont fait inscrire 
pour être admis à voir et à entendre M" 0 Henriette 
Couédon, * la voyante de la rue de Paradis ». 

L'ange nous annonce pour la tin de cette année des 
tribulations amères et d'épouvantables épreuves : inon- 
dations, cataclysmes naturels, de grandes émeutes, une 
guerre générale... Rien ne manque au tableau des châ- 
timents que le Ciel réserve à la France oublieuse de son 




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272 



I.A CLKK DE LA MAGIE NOIRE 



Dieu. Entin, le rétablissement de la royauté nous est pn 
dit comme devant ouvrir une ère faste, à l'issue de J 
période expiatoire que nous vaudra notre impiété et noi r 
corruption. Le monarque, un Bourbon d'une bran eh 
latérale, régnera sous le nom d'Henri V (l). 

On cite plusieurs phénomènes de seconde vue, où 1 
véracité de M n# Couédon se serait fait paraître. Mais au 
tre chose est la clairvoyance d'une lucide, autre chos< 
l'inspiration d'une sibylle ou d'une céleste missionnée 
Dans le premier cas, c'est M* Lenormand qui nous in- 
trigue et nous étonne; dans l'autre cas, c'est Jeanne 
d'Arc qui nous réveille et qui nous sauve... 

L'avenir se chargera bientôt de détruire ou de centu- 
pler le prestige de la Voyante, car ses prédictions sont 
toutes à brève échéance. Quoiqu'il en advienne, la sin- 
cérité de cette jeune fille ne fait pour nous aucun doute, 
pas plus que le fait d'une influence occulte, ni la réalité 
d'un être invisible dont elle est l'organe. Médium à in- 
carnation, elle s'exprime en vers assonnants de sept 
pieds, et ne se souvient plus, dans son état normal, des 
choses qu'elle a débitées lorsqu'elle se trouvait en con- 
dition seconde. Mais l'identité de son inspirateur reste un 
problème insoluble. L' « ange » serait-il un Élémental? 
un Élémentaire?... ou véritablement, comme elle le croit, 
un messager du Ciel? 

C'est ce que Demain nous révélera. 



(1) Cf. In Voyante de In rue de Paradis, par Gaston Méry, Dentu, 
18%. in 12 (pages 34-36). 



LA KOUE DU DEVENIR 



273 



Ces considérations nous amènent tout droit aune étude 
succincte des arts divinatoires, examinés dans leurs prin- 
cipes - 

Étant données les trois Puissances collaboratrices dont 
le Futur est l'ouvrage, on serait tenté d'établir une clas- 
sification ternaire, où se répartissent les différents moyens 
divinatoires, selon qu'ils procéderaient d'une origine 
providentielle, ou volitive, ou fatidique. 

Mais en fait, la divination proprement dite semble le 
monopole du Destin. 

La seule Providence infuse, il est vrai, l'Esprit de pro- 
phétie pur de tout mélange. Mais le Verbe providentiel 
est incoercible; sa transmission, toute spontanée, est 
volontaire de sa part. Il ne s'évoque, — exceptionnelle- 
ment, — que par la pratique de l'extase active. C'est ce 
qu'un Lecteur attentif du précédent chapitre a dû com- 
prendre d'avance. 

On n'interroge guère directement la Volonté univer- 
selle : c'est un fait, et la raison profonde n'en est point 
facile à justifier... Notons seulement que de deux choses, 
l'une : ou cette Volonté universelle suit les voies de la 
Providence, et son Verbe se confond avec le Verbe pro- 
videntiel (dont on peut dire : Spiritus fiât ubi vuli).; ou 
bien la hautaine, se dégageant de cette tutélaire influence, 
devient dès lors sujette à se tourner contre elle-même : 
« les pensées se choquent, et grande division est dans 
l'entendement » !... La Volonté émet par suite des ora- 
cles contradictoires, selon que le consultant s'est jeté dans 

l'un ou l'autre de ses courants hostiles. Du reste, on 

18 



274 LA CLEF DE LA MAC1E NOIRE 



peut envisager en ce cas la Volonté comme vassale 
du Destin à bref délai : finalement elle fléchit d'autant 
plus sous la loi fatidique, qu'elle parut s'y heurter d'un 
plus superbe effort. Soient dites ces choses à l'égard de 
la Volonté ou des volontés collectives; car les volontés 
individuelles échappent à tout augure : lorsqu'elles-mé- 
mcs s'interrogent, savent-elles toujours quoi se répon- 
dre? Non pas. Elles sont la spontanéité même, dans 
l'indéfinie multiplicité. Elles ne formulent que des m- 
tentions : savez-vous rien de plus variable?... L'on con- 
çoit donc qu'il n'y ait nul avantage, comme nulle sécurité 
aussi, à consulter lame universelle volitive : puisqu'elle 
s'élève, en prime hypothèse, à la collaboration provi- 
dentielle; ou devient, si elle y répugne, le hochet multiple 
du Destin, — idole beaucoup plus facile à faire parler. 

C'est au Destin que ressortissent tous les arts divina- 
toires, plus ou moins imparfaits, qui sont actuellement 
ou pratiqués, ou connus. On peut les dire innombrables, 
du moins innombrés. Boissard et Pcucer, qui leur ont 
consacré tant de centaines de pages in-folio, semblent 
fort loin d'en offrir la nomenclature intégrale. Le livre 
de Pierre de Lancre, Incrédulité et Mescreance du Sorti- 
lèrje, en produit, (pages 198-199), une liste sinon com- 
plète, à coup sûr fort détaillée, et Jean Belot présente 
sur ce point le double avantage d être explicite à la fois, 
et concis. 

Nous renverrons à ces auteurs pour le détail des prati- 
ques divinatoires. Il nous suffira de souligner qu'elles ne 
sont tant diverses que dans la prolixité de leurs formes 
extérieures ; car, en ce qui concerne leur nature essen- 



LA ROLE DU DEVENIR 



275 



T. 
W 

© 



tielle, ces pratiques diffèrent beaucoup moins qu'il ne 
semble, — et nous n'en sachons guère qui débordent le 
cadre d'une classification quaterne, vraisemblablement 
inédite (1), et que voici : 

1° Par révocation ou la consultation directe des In- 
visibles. — Exemples : Théomancie (néoplatonicienne), 
Nécromancie, Recours à l'assistance des génies ou des 
démons, Fureur sibylline, etc. 

Iï° Par V interprétation des signatures naturelles, 
(dont il sera traité aux chapitres iv et v). — Exemples: 
Science analogique des formes universelles, (Anatomie 
cosmique de Crollius); Morphologie qualitative; Phy- 
siognomonie, Phrénologie, Méloposcopie, Chiromancie, 
Graphologie, etc. ; Art augurai, Haruspicine, Tératos- 
copie, Interprétation des images fatidiques : Onéiro- 
mancie ou explication des songes, etc.. 

III 0 Par l'étude des combinaisons artificielles, plus 
ou moins simples ou complexes, présentant à l'esprit l'i- 
mage contrastée du faset du nefas éternels. — Exem- 
ples : Urlm etThummlm, pile ou face; Tarots, Cartes, 
Jeux symboliques de la vie humaine (jeu d'oie), etc., 
Sorts de tous genres... 

IV° Par la fixation prolongée de certains objets, in- 
formes et multiformes, où l'œil croit voir passer des 
images confusément sibyllines ; appel à la lucidité, par 
une sorte de pratique auto-hypnotique, état que provo- 
quent de concert TetTort prolongé de l'attention et la fa- 
tigue du nerf optique. — Exemples : divination par les 
éléments : l'yromancie, Aéromancie, Hydromancie, Géo- 
mancie, (nous parlons de la vraie ; la fausse Géoman- 
cie qu'on pratique d'ordinaire rentrant dans la 3 e caté- 
gorie), Cristallomancie, Divinations par la Carafe, le 
Miroir magique, le Blanc d'œuf, le Marc de café, etc. 



(1) Cf. l'Introduction dos Miroirs magiques, par P. Sédir (Chamucl, 
1805, in-12). -— On trouve, en cet excellent travail, un tableau qui 
n'est pas sans analogie avec le nôtre. 



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276 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Ces divisions, nullement arbitraires, n'ont cependant 
rien d'absolu : certains procédés peuvent relever à la 
fois de plusieurs d'entre elles. — Ainsi, l'Astrologie, qui 
appartient a la deuxième sorte, en raison des aspects 
célestes (véritables signatures du firmament), sur quoi 
reposent les calculs génethliaques, — l'Astrologie res- 
sortit également au troisième mode, par suite des règles, 
toutes d'artifice et de convention, auxquelles cette science 
est actuellement (l) astreinte. — De même encore, la 
pratique du Tarot, attribuable sans doute au troisième 
genre de divinations, dont un pur hasard semble la loi, 
est réversible aussi sur le quatrième : cette pratique se 
fonde bien en effet sur les combinaisons, toutes fortuites 
en apparence, d'emblèmes artificiels et imaginaires, non 
pas sur l'interprétation de signes ou d'hiéroglyphes 
spontanément fournis par la nature ; mais, d'autre part, 
ce kaléidoscope d'images sibyllines, miroitant sous le 
regard de l'expérimentateur, peut être conçu comme un 
moyen perfectionné de provoquer en lui la seconde 
vue. 

L'interprétation des signatures naturelles parait, à 
coup sûr, en ses diverses variétés, le mode de divina- 
tion le plus rationnel et le moins trompeur; l'examen de 
la physionomie, le discernement des lignes du front et de 
la main, l'étude sagace des écritures, présentent à l'envi 
une sérieuse documentation, multiple et de mutuel eon- 



(1) Sur le contraste entre l'Astrologie des anciens, et la Babel de 
notions arbitraires qui porte aujourd'hui ce nom, consultez d'Olivet, 
Vtrx dorés (h' Ptjthagove, pages SG9-278). 



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r 

LA HOUE DU DEVENIR 277 

trôle : et, sur cette base de certitude psychologique, ré- 
vélatrice autant qu'irrécusable, on peut bâtir tout un 
édifice de lumineuses conjectures. 

Il ne faut pas médire non plus des cartes, des Tarots, 
— ces jeux symboliques de la vie humaine, déroulée à 
travers ses alternatives d'heur et de malheur, ses con- 
trastes de chance et de malchance, dont les Arcanes, — 
fastes ou néfastes, — burinent l'emblème tour à tour. 
Un devin véritablement doué s'exalte au maniement de 
ces ligures fatidiques; il sourcille, on dirait qu'il tend 
l'oreille... Ces cartons bariolés lui deviennent Oracles 
parlants! Soudain, il a tressailli; son œil s'éclaire du 
jour intérieur : à sa seconde vue, un immense horizon 
s'est ouvert. Le voile de l'Astral est déchiré... 

Nous ne songeons même pas, on le concevra sans 
peine, à résumer ici les principes généraux de ces sciences 
partiellement contestables, aussi nombreuses d'ailleurs 
qu'ambiguës, ni les règles fondamentales des arts sibyl- 
lins qui leurcorrespondent. Aii précis essentiel d'une seule 
méthode prise pour exemple, un long chapitre ne satisfe- 
rait point. C'est aux traités spéciaux qu'il faut recourir : 
les curieux n'auront, en vérité, que l'embarras du choix. 

En dévoilant la triple source du Futur, nous n'avons 
manifesté que le principe des variations où le Devenir se 
joue : le pourquoi de l'universel Demain dans sa causalité 
secrète, et non pas le comment des instabilités corpo- 
relles, dans leur phénoménalisme patent. — Il resterait 
à jeter un regard sur le Devenir particulier des apparences 
physiques, — énigme dont la loi des polarisations, bien 



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27 S 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



comprise en son esprit général, élucide singulièrement 
l'arcane. 

De la mutabilité des choses physiques, nous n'effleure- 
rons en deux mots que le mécanisme immédiat, — dé- 
pendant des réactions, des échanges, des réciprocités 
incessantes qui ont pour milieu propre l'Astral, ce com- 
mun réservoir des êtres, ce mystérieux athanor des 
Puissances collectives de la vie. 

Qu'il s'agisse de la croissance des êtres organisés, ou 
de leur déclin, pu des modifications qu'ils subissent, — 
soit accidentellement, soit volontairement, — étrangères 
à ces deux phases, ascendante et décadente, de l'exis- 
tence : toutes ces mutations s'effectuent par un travail 
indiscontinu du tissu cellulaire sur l'instable canevas du 
corps astral. Or, celui-ci se modifie incessamment dans 
ses rapports avec l'atmosphère hyperphysique, véhicule 
des mutualités, des échanges et des répercussions qui 
s'exercent, soit avec d'autres corps astraux, soit avec les 
Êtres individuels ou collectifs qui peuplent cette invisible 
atmosphère. 

* 

Au livre III, — qui embrasse des horizons moins res- 
treints que le présent tome, — nous verrons par quelles 
règles d'agrégation les monades se combinent pour for- 
mer des entités plus complexes : mouvement évolutif de 
synthèse (1) qui n'est que la contre-partie (dans la pé- 



(i) Ne serait-il pas plus logique d'appeler évolutive la période de 
désintégration, qui va de l'Unité absolue au nombre, du point central 
au déploiement circonfércnciel, (par l'émission du rayon); — et inco- 
lulive la période du processus inverse, qui aboutit à la réintégration 



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riode ascendante) du mouvement inverse, involutif et 
d'analyse, par lequel, (dans la période décadente), les 
êtres émanés de l'Unité-mère se désagrègent en sous- 
multiples infinitésimaux, pour s'éparpiller aux doubles 
profondeurs du Temps et de l'Etendue. 

Mais en ce livre II, — qui ne traite des mondes invi- 
sibles qu'au regard de la magie terrestre et des possibles 
relations entre les habitants de ces mondes et les êtres 
incarnés ici-bas, — nous n'aborderons point le problème 
de ces définitives fusions d'exemplaires adamiques évo- 
luant vers l'Unité. 

11 doit nous suffire d'esquisser ici quelles combinaisons 
souvent fortuites donnent naissance à des êtres collectifs, 
plus ou moins éphémères ou durables, — sortes de vi- 



Ju nombre dans l'Unité, à la résorption do la circonférence dans le 
point don elle émane ? — On peut en débattre, mais nous avons cru 
devoir maintenir à ce sujet la terminologie coutumiùre en occultisme. 

Ces deux vocables semblent choisis à contre-sens, lorsqu'on examine 
les choses du haut des principes, du point de vue transcendental. — 
C'est apparemment au point de vue terrestre qu'on s'est placé, pour la 
fixation des deux termes en litige : in volution (descente de l'Esprit 
dans la matière), é volution (effort réascentionnel de l'Esprit captif, à 
travers la progression des apparences). 

Il ne s'agit que de s'entendre sur les mots... 

C'est à quoi les occultistes n'arrivent pas toujours. Que d'obstinées 
controverses entre adoptes d'écoles différentes, parfaitement d'accord 
pour le fond des choses ! Do très superficielles contradictions verbales 
défendaient seules aux adversaires de lever le malentendu. 

Sans vouloir abolir, avec le vocabulaire et le symbolisme propres de 
chaque groupe enseignant, la couleur locale et l'originalité qui font le 
charme «les divers styles du Mystère ; sans pousser à la création désas- 
treuse d'une sorte de Volapûk thèntophique, — il est bien permis de 
souhaiter la rédaction d'un bon lexique doctrinal, précisant les rigou- 
reuses équivalences do langage et de symbolisme, d'une école à l'autre. 



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280 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIR F. 



vantes synthèses, résultats du groupement de plusieurs 
individualités, sous les conditions requises. 

Apr^s les Mystères de la solitude, nous allons aborder 
les arcanes de la vie eollective, les mystères de la 

MULTITUDE. 

Quel homme du monde, curieux des choses de l'Oc- 
culte, n'a vu réussir d'aventure quelque expérience de 
table tournante ou parlante? Pas un lecteur, peut-être, 
de nos Essais de Seienees maudites. 

Ces pratiques de magie bourgeoise, que la coterie kar- 
déciste a érigées en une manière de sport nécroman- 
tique assez anodin, se maintiennent, depuis près d'un 
demi-siècle, à Tordre du jour de certains salons. 

Exhibitions tragi-comiques! Les premiers rôles en 
sont tenus, neuf fois sur dix, dans les milieux les plus 
frivoles, par d'aimables comparses volontiers mystifica- 
teurs, ou par quelques apôtres de la foi nouvelle, dogma- 
tiques et farouches commis -voyageurs de la maison 
ftévoil et successeurs, laquelle n'est pas sise au coin du 
quai. 

Ces conditions peu sérieuses n'empêchent que l'expé- 
rience ne réussisse de temps en temps. De curieux phé- 
nomènes ont lieu. Quelquefois la présence d'un vrai mé- 
dium, soit professionnel ou spontané, permet la manifes- 
tation de quelque indigène de l'Astral ; mais ces visites 
d'un autre monde sont l'exception : dans la plupart des 
cas, la table oraculaire répond par coups frappés, et fort 
pertinemment, sans que nulle Puissance soit intervenue, 
étrangère au cercle des assistants. 



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LA ROUE DU DEVENIR 281 

Inutile d'insister sur les éléments de l'expérience : ils 
sont des plus simples. L'ordonnance n'en varie guère, et 
seulement dans les détails de la mise en œuvre. 

Quelques personnes sont assises en cercle autour d'un 
guéridon. Les mains, étendues à plat sur le bord de la 
tablette supérieure, y reposent le plus légèrement pos- 
sible, tous doigts écartés. On prend soin de rejoindre 
les pouces des deux mains, tandis que les auriculaires 
effleurent, de chaque côté, les petits doigts des voisins 
de droite et de gauche. Ainsi se forme d'ordinaire la 
chaîne magnétique; ainsi se clôt le circuit de cette bat- 
terie d'éléments humains. 

Ces préparatifs, on le remarquera, sont les mêmes, 
soit qu'on veuille interroger la table, ou simplement la 
faire tourner. La pensée, le vouloir, le désir des expéri- 
mentateurs, déterminant seuls la direction de l'expérience, 
en dominent les résultats. Tout dépend de cette mysté- 
rieuse Force, — inconsciente et spontanée chez les uns, 
asservie et canalisée chez les autres, — que Paracelse 
nomme quelque part le magique aimant, le Magnes inté- 
rieur et seeret. 

Après une phase plus ou moins longue de contention 
mentale, quand, la chaîne s'étant favorablement établie, 
l'expérience doit réussir, une sorte de trépidation (l) fé- 



(i) Il se produit aussi des craquements, quelquefois des coups net- 
tement frappés, comme au choc d'un invisible maillet. — Co dernier 
phénomène est plus rare ; il décèle la présence d'un fort médium et 
l'intervention probable de Larves ou d'entités astrales avides de se ma- 
nifester, à la faveur de la force psychique dont il dispose. — Mais dans 
la plupart des cas, la trépidation révélatrice do la vie et même de lé- 
gers craquements n'impliquent rien de pareil. Ces phénomènes accu- 




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282 l\ CLKF DK LA MAGIE NOIRE 



brile nait et se propage dans l'épaisseur môme du bois : 
indubitable symptôme, qui accuse l'infusion de la vie h 
même cette inerte matière; la pénétration du fluide sibyl- 
lin dans lapre tissu ligneux; et la présence, enfin, de 
l'Oracle invoqué : Ikus, ccce Drus! 

Qu'une des personnes présentes pose alors une ques- 
tion: le meuble s'ébranle aussitôt pour répondre; il vibre 
tout entier, comme imbu de vie propre, doué d'âme et 
d'intellect. Bientôt, l'un des pieds se soulève lentement, 
et retombe de son poids pour se soulever à nouveau et 
frapper un autre coup en retombant encore. Ainsi de 
suite. — Un alphabet percussif de convention permet 
d'engager de la sorte avec l'Invisible une conversation 
suivie. On interroge l'Oracle de vive voix, ou même 
mentalement : l'Oracle répond par coups frappés. 

Ecce Deus î Un élre invisible est là, ce n'est point dou- 
teux. Il pense, il raisonne; il parle, il répond. Parfois 
même il interroge à son tour. 

Mais vint-il du dehors? Nullement. Accompagnait-il 
une des personnes assises en cercle autour du guéridon ? 
Pas davantage. Tout à l'heure il n'était point là; le voici 
présent, et néanmoins il n'est pas venu. Quand bientôt, 
la séance finie, les expérimentateurs se disperseront, 



sont simplement, comme nous Talions montrer, l'efficace propagation 
de l'ellluve sympathique, transmis d'un élément à l'autre de la pile 
humaine, et la soudaine formation d'un Etre collectif, totalisant en soi 
les virtualités des personnes présentes, et qui constitue Y Oracle. Gela 
étant, toutes les personnes coopérantes peuvent être qualifiées de mé- 
dium à des titres divers, ou plutôt le Médium est l'ensemble des assis- 
tants qui forment la chaîne magnétique. 



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LA IIOL'E DU DEVENIR 283 



l'Invisible aura disparu, et pourtant il ne sera point 
parti. 

Comme il s'était formé de toutes pièces, en synthèse 
éphémère d'éléments rapprochés pour lui donner nais- 
sance, — pareillement il se dissipera, ce concours venant 
à cesser. 

C'est une chose notable, et dont tous les spectateurs 
attentifs de ces sortes d'expériences ont été certaine- 
ment frappés, — qu'en aucun cas, et si fort à souhait 
que la tentative réussisse, l'oracle n'émet quelque ré- 
ponse révélatrice d'inconnu, et dont les éléments ne puis- 
sent être fournis par les assistants, ou tout au moins 
par l'un d'eux (1). L'intelligence qui se manifeste ne re- 
présente ni plus ni moins que la somme des intelligences 
présentes, additionnées en une seule. 

M. le comte Agénor de Gasparin, — qui avait beau- 
coup expérimenté les tables oraculaires, en une suite de 
rigoureuses épreuves, dont l'enchaînement, non moins 
que les résultats, attestentehez lui autant de persévérance 
que de sagacité, — M. de Gasparin conclut formellement, 
à rencontre de l'hypothèse spirite : « Les esprits (dit-il) 
sont des échos; ils renvoient à chacun son propre lan- 
gage (2). » 



(1) Exemple: « La table indiquera l'heure qu'il est, mon ùge. le 
nombre des pièces de monnaie que contient ma bourse; à une condi- 
tion, toutefois, c'est que je connaîtrai ce nombre. Quand personne ne 
le connaît, ni dans la chaîne, ni dehors, l'erreur est certaine, et l'on n'a 
plus d'autres chances que celles fournies par les coïncidences, et aussi 
par un calcul assez simple de probabilité. » (Gasparin, fies Tables tour- 
nantes, etc., t. II, pp. 430-431). 

(2; Gasparin, Des Tables tournantes, etc. (t. Il, p. 504). 



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284 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 

C'est bien cela ; c'est encore quelque chose de plus. 

Une table parlante se peut définir un thermomètre 
psychique et mental qui révèle, au moral comme à l'in- 
tellectuel, la température des milieux humains. 

L'invisible discoureur fera montre d'idées, de manières 
et de style parfaitement adéquats aux façons d'être, de 
penser et de sentir, propres à ses interlocuteurs. 

Il sera léger et spirituel dans un cercle de gens d'es- 
prit; compassé et pédantesque dans un aréopage de so- 
lennels imbéciles; irrévérencieux et frondeur, si l'élément 
voltairien domine. Dans une compagnie panachée de 
vieilles dévotes et d'ecclésiastiques, fourvoyés autour 
d'un guéridon bien pensant (malgré l'enfer qui le pos- 
sède!), le Diable se montrera tour à tour édifiant et acri- 
monieux, bon catholique et mauvaise langue. Entre aca- 
démiciens, un invisible Vaugelas discutera la lettre B du 
fameux Dictionnaire ; entre athées, c'est Sylvain Maré- 
chal qui viendra, frais émoulu de la tombe, déblatérer 
contre l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu (1). 

Quand la chaîne est formée d'éléments hétérogènes et 
par trop discords, les résultats sont insignifiants, ou 
nuls. 

L'oracle mensal parait le plus souvent l'expression 
d'une moyenne; mais il peut s'élever à un maximum, ou 
descendre à un minimum de lucidité, de science et de 
conscience. 



(I) Kliphas Lévi cite quelque part, non point à propos de tables tour- 
nantes, mais d'apparitions spectrales, une manifestation bien curieuse 
d'athéisme posthume, dont le fantôme de Sylvain Maréchal aurait été 
l'instrument (la Science des Esprits, pp. 207-212). 



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f 

LA ROUE DU DEVEMU 285 

Ces différences tiennent à la proportion variable des 
natures, actives et passives(t), qui concourent à la genèse 
de l'entité collective, fluidique. 

Le minimum phénoménal est attribuable à une sura- 
bondance de Psychés plus ou moins négatives, dont les 
vertus éparses se contrarient et se neutralisent partielle- 
ment, à défaut d'un élément positif qui les groupe, les 
féconde et les unifie. 

Y a-t-il équivalence et compensation entre les deux 
natures, tant au point de vue du nombre qu'à l'égard de 
l'intensité dynamique, une moyenne proportionnelle s e- 
tablit. 

Mais, pour atteindre au maximum, il faut grouper un 
certain nombre d'éléments négatifs, — intelligences plus 
intuitives et réfléchies qu'expansives et spontanées, — 
sous la prédominance d'un élément tout à fait positif; 
c'est-à-dire sous l'influx d'un homme riche de qualités 
organisatrices, doublées d'un vouloir énergique et domi- 
nateur. C'est alors que, parfaitement agencée, la batte- 
rie psycho-fluidique fournit son summum de rendement. 
Car les pensées, même les plus rudimentaircs, les rémi- 



(i) Nous avons observé, dans notre théorio d'inverse polarisation 
des individus mâle ou femelle, que chez tous doux, la Psyché apparaît 
neutre comme- centre d'équilibre, entre les pôles positif et négatif chez 
l'un, négatif et positif chez l'autre. — Mais ces termes de polarisation 
n'ont rien d'absolu, en ce qu'ils n'expriment que de simples rapports. 
Ainsi telle Psyché, ou centre animique, neutre en vérité relativement 
à ses deux pôles, peut être courue soit négative, soit positive, à 
l'égard d'autres Psychés, comme il est facile de s'en rendro compte. 

Il serait oiseux de relever et de résoudre chaque fois ces sortes d'ap- 
parentes contradictions, qu'un Lecteur attentif s'expliquera de lui- 
même, au moindre effort de raisonnement. 



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1 



28G LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



niscences, fussent-elles les plus vagues, qui peuplaient 
nébuleusement les cervelles négatives, se développent 
et se précisent à souhait, réactionnées par l'influence de 
l'élément positif : et l'Être potentiel, s'en emparant, 
les formule et les exprime par coups frappés. 

Comment définir cette classe d'êtres potentiels, en qui 
l'on ne peut guère méconnaître l'autonomie momentanée? 
Ils ne sont point des Larves, sans doute, puisqu'ils jouis- 
sent d'une personnalité intelligente autant que fugitive; 
et pourtant leur nature semble inqualifiable, à l'égal de 
celle des Larves. Par quelles obscures et brusques réac- 
tions s'intègrent de toutes pièces ces Éphémères collec- 
tifs; sous quel mode se désintègrent-ils plus soudaine- 
ment encore: c'est ce qu'on a peine à concevoir, et qui, 
même conçu, se dérobe à l'interprétation par l'écriture 
ou la parole. 

Essayons de soulever un coin du voile. 

Le résultat capital de la chaîne magnétique mensale 
est l'unification des atmosphères secrètes individuelles, 
leur fusion en une seule atmosphère. La commune ir- 
radiation fluidique est celte force qui pénètre, imbibe et 
anime le guéridon. 

C'est dans ce halo collectif, agglomération et synthèse 
des nimbes occultes de tous les assistants, que l'Oracle 
va naitre et mourir. 

On se souvient que le nimbe, ou atmosphère lumineuse 
spécifiée qui enveloppe chaque individu, s'engendre de 
son expir astral. Là sont coagulés, en Lémures obsé- 



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r 



LA ROt'K DU DKVEMK 



287 



dants, de flottants mirages et des Larves parasitaires,— 
véritables fantômes déterminés par les pensées coutu- 
mières de chacun (1), et déterminants à leur tour de 
pensées nouvelles et d'actes proportionnels à ces pensées : 
le tout dans un même cercle vicieux de fatalité, ou dans 
un même entraînement de progrès volontaire. Ainsi s'ex- 
plique V habitude, bonne ou mauvaise, et sa tendance à 
devenir « une seconde nature ». 

L'énigmatique ascendant astral (2), dont Paracelse 
fait dépendre les principaux arcanes de la Goétie, n'est 
rien autre que ce courant de vivantes images, signatu- 
res (3) symboliques des passions dominantes, des mai- 
tresses pensées, des volitions habituelles de chacun. C'est 
ce cycle de reflets psychologiques réagissant sur leur 
auteur, et suggestifs pour une part de son Futur animique 
et mental (4). 



(il Non seulement par ses pensées, niais par ses rêveries, ses impul- 
sions passionnelles, ses volitions, etc. 

(2) « Tout homme est dominé par un ascendant astral, dont la direc- 
tion est indiquée par les lignes de vie et de mort. C'est en agissant sur 
cet ascendant astral qu'on peut envoûter ; les cérémonies ne sont qu'un 
moyen de produire le contact astral sympathique. L'ascendant astral 
est un double tourbillon, qui produit les attractions fatales et déter- 
mine la forme du corps astral. Les maléficiants rendent leur ascendant 
agressif et l'exercent à troubler celui des autres. » (Paracelse, cité par 
Kliphas Lévi : La Clef des Grands Mystères, p. 387). 

(3) Voir, pour la théorie des signatures naturelles et les rapports du 
signe à la chose signifiée, chap. IV et V, passim. 

(4) Ainsi chaque individualité modifie son propre ascendant, lors- 
qu'elle imprime une direction nouvelle à ses facultés mentales, psychi- 
ques ou volitives. L'ascendant astral, modifié de la sorte, transforme à 
son tour le double éthéréou médiateur plastique, en réagissant sur lui. 

Dans la mutualité de ces deux actions (directe et répercussive) on 
trouvera la clef du mécanisme de Karma terrestre. 



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288 



LA CLEF DE LA MAGIE .N01KE 



Quand des rapports suivis s'établissent entre deux 
personnes, et surtout si elles habitent ensemble, les at- 
mosphères astrales se pénètrent d'une sorte plus ou 
moins intime, parfois jusqu'à se confondre temporaire- 
ment. Les deux ascendants sont-ils d'intensité à peu près 
égale? 11 s'effectue maint échange d'images déterminan- 
tes et de formes lémuriennes, si bien que les caractères 
s'apparient en réagissant l'un sur l'autre. — Dans l'hy- 
pothèse contraire, celui dont l'ascendant est le plus fort 
l'emporte en définitive, et fonde sur son prochain une 
domination qui peut se perpétuer jusqu'à la tombe. Les 
adeptes disent alors qu'une personnalité absorbe l'autre, 
et l'entraîne en son tourbillon. Ascendant et Tourbillon 
sont termes synonymes en magie. 

11 va de soi que l'imagination, ou faculté naturelle d'i- 
maginer, de créer des images, constitue la base néga- 
tive de l'ascendant. 

L'ascendant est riche (en mode passif) chez ceux qui 
ont l'imagination vive et féconde. — Il est énergique (en 
mode actif) chez ceux dont la volonté est puissamment 
organisatrice. 

Car la force de l'ascendant ne réside point dans l'a- 
bondance des images qui pullulent, emportées au hasard 
d'un tourbillon giratoire; elle réside au contraire dans le 
vouloir assez ferme pour les sélecter, les mettre en ordre 
et leur imprimer une influence favorable, une direction 
utile. 

C'est pourquoi, pour obtenir, dans l'expérience des 
tables parlantes, le maximum de rendement de la pile 
psycho-dynamique, il convient de subordonner plusieurs 



LA HOUE DU DK VENIR 



natures négatives (fécondes en images générées sans or- 
dre) a l'empire volontaire et régulateur d'une seule na- 
ture énergiquement positive... 

Maintenant, comment s'engendre l'oracle éphémère 
des tables? Jusqu'à quel point l'un des expérimentateurs, 
— le plus passif, sans doute, — peut-il servir d'incon- 
scient médium, non pas au sens ordinaire de ce mot, 
mais en tant que condensateur des électricités psychiques 
unifiées? La pensée collective ne pourrait-elle, sinon 
naitre, du moins s'élaborer, se traduire et trouver sa 
formule au cerveau de cet homme, organe plus ou moins 
exproprié, à titre fugitif, et pour cause d'utilité com- 
mune? Dans quelle mesure enfin son corps astral exté- 
riorisé peut-il devenir l'instrument immédiat et local de 
la percussion alphabétique ? 

Nous ne hâterons point la solution de ce problème, 
dédié à la sagacité des théoriciens de l'Inconscient. 

11 s'en faut bien que toutes les Puissances invisibles 
nées d'un concours d'êtres humains , — groupés ou non 
suivant la norme hiérarchique, — ressemblent à l'oracle 
mensal, que nous avons élu pour type d'une classe par- 
ticulièrement instable d'entités collectives. 

La parole d'Adam, Yhomme universel, est essentielle- 
ment créatrice. Il pense des êtres, et son verbe impératif 
engendre des Puissances et des Dominations. Telle est la 
loi de Gan-bi-heden pîT'arjJ, la sphère organique où 
s'exerce son empire, la mvstérieusc enceinte de mani- 



290 L A CLEF DE LA M A OIE NOIRE 



festation, que les traducteurs agnostiques de la Genèse 
qualifient de paradis terrestre. 

La chute a dépossédé l'homme de sa divinité, et mous 
vivons sous la loi de déchéance. Mais il n'importe. 

Rien n'est changé qu'à la surface. La matérialisation 
de la substance universelle a bien perverti son mode, non 
point altéré son essence. L'homme universel n'a pu dé- 
choir qu'en se subdivisant; à mesure qu'il renait collec- 
tif, l'homme reconquiert ses privilèges. Dès ici-bas, il 
rentre dans ses droits par l'intégration sociale; et ce, 
dans la mesure où la collectivité dont il fait partie, con- 
sidérable par le nombre et la valeur de ses membres, le 
rapproche du primitif Adam, c'est-à-dire de l'universa- 
lité. 

C'est ainsi que dans l'ordre politique, ou social, ou re- 
ligieux, des millions d'hommes, hiérarchiquement orga- 
nisés, tant de siècles durant, sous le niveau d'une règle 
inflexible, ont pu créer, — conscients ou non de leur 
œuvre (bonne ou mauvaise) dans l'invisible, — des Êtres 
virtuels, des Entités collectives, en un mot des Domina- 
tions fastes ou néfastes, d'une puissance et d'une durée 
également incalculables? 

Un des maitres contemporains de la pensée ésotérique, 
le marquis de Saint-Yves, a traité de ce mystère avec 
une parfaite compétence, à propos du Nemrodisme, en 
une page de la Mission des Juifs que nous lui demande- 
rons la permission de reproduire. 

«v Tue fois que l'Homme (dit-il) a imprégné .de sa volonté 



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LA ROUE DU DEVFMR 



29 1 



certains éléments de l'ordre invisible ; quand il a conçu, voulu, 
créé, non seulement un Pouvoir visible, niais, sans le savoir, 
un être polentiel, occulte, évoqué, se manifestant par des ins- 
titutions, ce dernier ne meurt pas sans avoir vécu, et, s'il est 
instinctif et passionnel, il vit en détruisant. 

« Il combat et dévore dans l'ordre invisible, comme dans le 
visible, les autres Lires collectifs de cette Terre ; il s'abreuve 
du sang, il se nourrit de la chair de leurs membres; il aspire 
les énergies ignées «le ce globe et des régions inférieures de 
son atmosphère; il les respire, et il les inspire dans les ins- 
tincts dominateurs du Pouvoir qu'il hante et des individus qui 
l'occupent (1). 

a Voilà pourquoi, à Rome, les actes politiques de ce dernier 
sont, dans la vie de relation de cet État, une série indisconli- 
rnjf» de massacres militaires, el, dans sa vie organique, une 
chaîne indiscontinuée d'assassinats politiques. 

« Or, s'il est relativement facile de créer ou de susciter des 
Puissances instinctives, des Dominations destructrices, il est 
presque impossible de les elTacer de la biologie de la Terre et 
de sa substance primitive, à moins d'un déluge. 

< Dans l'ordre invisible comme dans le visible, rien ne se 
perd, et la substance première d'un Astre quelconque garde 
imprimés en elle, dans sa Lumière secrète, jusqu'au mou- 
vement d'une Volonté, jusqu'à la radiation d'une Passion, 
jusqu'à l'image d'une Pensée. 

« Lue fois 1'Lspace terrestre occupé, le Temps terrestre une 
fois saisi, rien ne peut plus être rattrapé, rélrogressé ni détruit, 
et, si l'Homme a souillé la Lumière intérieure, les Vivants el 
les Morts en sont infestés, et les derniers rejettent sur les pre- 
miers celle souillure. 

€ Dans le domaine du Mal, dans la sphère d'action de l'Ins- 
tinct, que ne gouvernent ni la Conscience ni l'Intelligence, le 



(1) Cette conception du dévorant minotaure d'un régime d'iniquité 
comporte une lumineuse antithèse. A l'Kgrégore noir d'un état social 
séculaire, hiérarchisé dans le mal, s'opposerait l'Kgrégore blanc d'un 
état théocratique harmonieux et pondéré, — l'Archange de la « Synar- 
chie ». 




LA CLEF DE LA MAGIE N01KE 



pouvoir créaleur de l'Homme sur celle Terre ne dépasse pas 
certaines régions de son atmosphère; mais il peut en modifier 
singulièrement la constitution et la substance hvperphvsiques. 

« Du môme coup, la voie ascendante et descendante des 
Ames, la Mort et la Génération en sont terriblement affec- 
tées^), i 

Ainsi, voilà deux exemples, bien distincts à tous égards, 
d êtres générés par l'intégration collective. 

Si l'on se reporte à l'oracle des tables, cet éphémère 
de l'Invisible, dont l'existence, obscure et soudaine en 
son origine comme en son terme, s'accuse aléatoire au 
point de paraître un mirage intellectuel, un fallacieux re- 
flet des mentalités coopérantes, — quel contraste avec ce 
formidable Archange de l'iniquité politique et du blas- 
phème antisocial, pour qui les siècles sont des jours, les 
hécatombes humaines de périodiques repas, et les cata- 
clysmes qui bouleversent les empires, lecontre-coupd'un 
accès d'humeur ou capricieuse ou furibonde ! 

Cependant, l'un et l'autre cas présentent ce trait de 
ressemblance, que l'Être collectif, généré pour un quart 
d'heure ou pour des lustres séculaires, jouit d'une exis- 
tence et d'uneconseience propres : sans que les individus 
dont il forme la synthèse perdent rien de leurs person- 
nalités respectives. Ceux-ci subissent bien, il est vrai, 
l'impérieuse suzeraineté du monstre potentiel pétri de 
leur substance, nourri de leur sang parfois et abreuvé 
de leurs larmes ; mais ils ignorent profondément ce 
despote invisible. Alors même que, pour satisfaire son 



(I) La Mission de* Juif*, pp. 7<U 7n;,. 




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r 

LA ROLE DU DEVENIR 293 

caprice, on les verra succomber dans l'arène de la vie 
terrestre, ils ne s'écrieront pas, comme le gladiateur ex- 
pirant : Ave, Cœsar; morituri te salutant! Ainsi les cel- 
lules du corps humain, s'il leur était donné de philoso- 
pher, nieraient sans doute l'existence du vaste organisme 
dont elles font partie intégrante, et pour le salut duquel 
un irrésistible instinct les porte à se sacrifier si sou- 
vent (i). 

Entre ces deux extrêmes de l'existence collective, on 
sent qu'il y a place pour beaucoup d'entités intermédiai- 
res, plus ou moins stables et conscientes. Nous ne son- 
geons point à en fournir un catalogue, même sommaire. 
De si délicates nuances en distinguent les variétés, 
qu'une sèche classification ferait peu de profit. Il suffira 
de produire quelques spécimens de ces Collectifs, pour 
qu'un Lecteur intelligent et réfléchi puisse, en comblant 
les lacunes de la nomenclature, suppléer à ce que nous 
tairons des Arcanes de la Multitude. 

Les assemblées politiques offrent, au point de vue qui 
nous occupe, un champ d'observations propice et fertile, 
avec le contraste de leurs flux et de leurs reflux pareille- 
ment désordonnés : irrésistibles et soudaines impulsions 
qui s'y manifestent à l'improviste,et revirements invrai- 
semblables qui leur succèdent. Dans une enceinte bien 



(1) Lire, dans le Traité méthodique de Science occulte de notre ami 
le Dr Papus, une pige bien remarquable et singulièrement instructive, 
intitulée: • Une blessure à la phalange; Défense de l'organisme.» 
(Pag. 794-798). 



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294 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



circonscrite, les électricités humaines s'opposent ou se 
confondent, se neutralisent ou s'exaltent dans leur anta- 
gonisme, au hasard des rencontres ; celte enceinte est 
un séminaire d'êtres collectifs, générés pêle-mêle avec 
des Larves et des Concepts vitalisés. Lorsqu'un certain 
nombre de citoyens habiles, résolus et fermes dans leurs 
principes, ne se groupent pas pour former un noyau 
compact, un centre agrégatif, un point fixe enfin dans 
ce chaos dynamique, — le sabbat se déchaîne sans trêve 
des volontés et des passions adverses. Tous les mérites 
individuels, s'entre-détruisant alors, concourent à la 
nullité de l'ensemble : et l'on aboutit, en période de 
lutte ouverte, à regorgement mutuel ; en période d'ap- 
parente accalmie, à la parfaite stérilité... Une Assemblée 
de citoyens personnellement adroits, humains et justes, 
peut devenir un modèle historique de sottise, de barba- 
rie ou d'iniquité collectives. Tacite ne l'ignorait pas, qui, 
d'une image familière et saisissante, nous dépeint à ce 
double égard les Pères Conscrits de son temps : Seua- 
lores boniviri, Scnatus vero maîa bestia. 

L'âme des foules est partout la même, aveugle et cré- 
dule, perméable à toutes influences de bon et de mauvais 
aloi, et, sur toute chose, susceptible d'étranges revire- 
ments. 

Eugène Sue a bien connu et décrit cette instabilité du 
caméléon populaire. Pas un lecteur du Juif Errant, que 
n'ait < ; mu l'allocution du missionnaire Gabriel, sauvant 
le Père d'Aigrigny que la foule ameutée à Notre-Dame 
allait occire sur les marches mêmes du chœur; et dans 
les Mystères de Paris, on se rappelle la scène touchante 



LA ROUE DU DEVENIR 



295 



de Saint-Lazare, quand le souffre-douleur des détenues 
devient, à la voix de Fleur-de-Marie, l'objet de l'intérêt 
général; si bien que la plus implacable persécutrice de 
Tidiotc enceinte prend l'initiative d'une collecte, en vue 
d'assurer une layette à l'enfant qui viendra. 

La popularité (qui est à la gloire véritable ce que l'ins- 
tant fugace est à l'éternelle durée), le succès immédiat, 
la vogue enfin, pour faire usage d'un mot qui dira tout, 
sont caprices de l'âme des foules. 

Nous verrons, au chapitre iv, comme il faut unifier 
cette âme multiple et divergente, afin de mettre à profit 
les forces qu'elle déploie, — irrésistibles, quand on a su 
les grouper en fulgurant faisceau. 

C'est le mystère de la chaîne magique. Son intelligence, 
soit dit en passant, peut conduire à celle du Grand Ar- 
cane. Son impeccable emploi garantirait l'omnipotence 
à l'adepte assez froidement calculateur dans le péril pour 
n'hésiter point k la mettre en œuvre, et trop austère dans 
le triomphe pour en abuser jamais. 

Contentons-nous, cette parenthèse étant close, d'ajou- 
ter que la chaîne magique est un moyen sur de créer 
des Potentiels collectifs à qui rien ne résiste. Si les au- 
teurs de la chaine y mettent quelque persévérance et 
quelque intensité volitive, l'existence du colosse évoqué, 
d'abord contingente et mal définie comme celle de l'O- 
racle mensal, se précise et s'affirme à proportion; il de- 
vient une Force subjugante et énergiquement assimila- 
trice, une Domination du Ciel humain : il dévore et 
résorbe en soi, dans l'Invisible, les Puissances qui lui 
font obstacle sans être à même de sauvegarder leur au- 



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LA CLEF DR LA MAGIE NOIIU. 



tonomie. Dans le monde physique, c'est par ses membres 
qu'il agit, en inspirant aux individus réunis pour former 
son corps social, des impulsions, des passions et des 
idées dont ceux-ci ne songent point à se défendre, les 
croyant leurs ; et qui se traduisent par des actes, dont le 
résultat est l'asservissement, la ruine ou la mort des 
champions de volonté adverse, non point tant à la leur, 
comme ils le peuvent croire, mais plutôt à la sienne 
propre. 

Qu'on évalue le développement dynamique où doivent 
nécessairement atteindre les Collectifs recteurs d'agréga- 
tions impersonnelles, — Pouvoirs constitués, par exem- 
ple, Ordres religieux, Sociétés secrètes, — toutes compa- 
gnies se perpétuant au service d'un principe, d'une 
idée, d'une volonté, d'un sentiment invariables, impres- 
criptibles, censés absolus ! 

L'organisation normale de telles collectivités, avec son 
système de ressorts et d'engrenages assortis, en fait des 
corps vivants, perdurables à la faveur d'un recrutement 
régulier ; ce sont là, dans toute la force du terme, des 
organismes physiques géants, où s'incarne une âme pas- 
sionnelle vivante et vivifiante, pourvue d'un vouloir irré- 
fragable et réceptive d'un immortel Esprit. 

De telles institutions humaines, doublées dans l'Invi- 
sible d'un pareil support ontologique, deviennent les ci- 
tadelles souvent inexpugnables des sectes, dans la ba- 
taille chronique des idées. A l'abri du rempart, les 
vieux partis prolongent la lutte, alors même qu'elle 
semble désespérée. Et dans les cas extrêmes, quand les 
corps sociaux collectifs paraissent abolis, par suite de la 



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LA ROUE DU DEVENIR 



297 



dispersion ou du massacre des membres qui les com- 
posent, 1 aine collective demeure plus vivace que jamais; 
elle survit aux pires désastres, prompte à se refaire un 
corps, sous un nom ou sous un autre, par l'agrégation 
d'individus sains et robustes, qu'elle inspire et possède 
après les avoir sélectés: si bien qu'en se réincarnant, 
elle se rajeunit, elle se transligure, assume une vigueur 
nouvelle et inaugure un cycle nouveau de domination 
terrestre. 

■ 

La survivance de Jacques Molay nous offrit, au tome 
précédent, un mémorable exemple de rénovation pos- 
thume en ce genre. Vainement r Autorité pontificale dis- 
sout l'Ordre du Temple, en vain les pouvoirs politiques 
écrasent et diffament les Templiers. On peut croire l'Or- 
dre anéanti, mais il renait de ses cendres dans l'ombre, 
grandit et se propage au long de quatre siècles et plus, 
Protée insaisissable, multiplié sous mille apparences 
étrangères, conspirateur affublé de mille oripeaux d'em- 
prunt... Dirait-on pas qu'il perd sa tradition comme il a 
perdu son titre; qu'il abdique sa personnalité avec la 
conscience de son origine? Mais, sous le voile des mé- 
tamorphoses, l'Ame collective est là qui veille, gardienne 
d'un mot d'ordre! Ce mot d'ordre ne sera point divulgué ; 
il se perpétue néanmoins, inconnu constamment des 
subalternes, méconnu des chefs eux-mêmes à de certai- 
nes époques; il se formule binaire, comme l'iniquité com- 
plice du pontife et du monarque au xiv c siècle. 

Sa double et secrète devise, le Temple Vivant ne l'a 
pas oubliée; l'heure venue, il l'insufflera au cœur des 



LA CLEF DE LA MAGIE N0IIIK 



artisans de sa vengeance testamentaire : « Pulvérise la 
tiare (l), — foule aux pieds les lys (2) ! » 

Et voici! La seconde partie du siècle de Voltaire verra 
la revanche des Templiers. Le but se devine a mesure 
que l'heure approche, mais la forme de l'Événement 
Hotte encore indécise. 

C'est ainsi que vers 1772, la postérité occulte de Jac- 
ques Molay revêt d'abord, sous Adam Weishaupt, le ca- 
ractère d'une vaste société secrète, où se trame une 
conspiration contre l'autel et le trône. D'Ingolstadt, le 
loyer central de son incandescence, la secte aréopagite 
rayonne au loin sur l'Empire. La vieille Allemagne, mi- 
née sur loute son étendue, n'attend plus qu'une étincelle. 
Mais l'Électeur de Bavière est prévenu à temps (3). Il 
prend d'énergiques mesures, frappe ou bannit les conju- 
rés, et le complot échoue : l'illuminisme a vécu Du 

moins le peut-on croire; mais la Révolution française 
démontrera, moins fie vingt ans après, l'illusion qu'on 
s'est faite en pensant détruire le ferment templier, dont 
le grand coup frappé en Allemagne a seulement éconduit 



(1) Lntro pontifex deleatur (L. P. I).). — Cf. la déclaration des 
Rose-Croix, proclamant, en 1613, m que par leur moyen le triple Dia- 
dème du Pape sera réduit en poudre •. (Cabriel Naudé, Instruct. à la 
France sur fa vérité des frères de la Roce-Croix, p. 36). 

(2) Lilia pedibun destrue (L. P. D .) 

(3) « On sait qu'un des adeptes de cetto société subversive, frappé 
d'un coup de tonnerre dans la rue et porté évanoui dans la maison 
d'un particulier, laissa saisir sur lui l'écrit qui contenait le plan de la 
conspiration et les nom* «les principaux aftidés. » (Histoire philos, du 
(ienre humain, t. I, p. 103). Cet adepte, foudroyé à Flalisbonne aux 
côtés de Wenhaupt lui-m'me, était un prêtre renégat du nom île Lanz. 
Son portefeuille, saisi par la justice, fut envoyé à la Cour de Bavière. 



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!,.\ ROUF DL DEY KM K 299 



Pinvasion et dépayse l'énergie. Cette fois, rien ne peut 
mettre obstacle à la précipitation des conjonctures : un 
cataclysme d'une violence inconnue ébranle tout d'abord 
la France, par contre-coup l'Europe et le monde. Puis 
une évolution en procède, qui depuis un siècle se pour- 
suit, graduelle et sûre, à travers des phases contrastées 
d'ordre et de désordre, des alternatives de bouleverse- 
ments politiques radicaux et de restaurations mitigées. 
Sensiblement, Taxe social a fléchi ; le monde oscille en- 
core à l'heure où nous parlons, et tend vers un nouvel 
équilibre, vers un ordre de choses inédit. 

Quelle que soit la part, prépondérante selon nous, 
des menées occultes dans le drame de 1789-1793, cette 
cause décisive ne fut pas la seule à nos yeux. A plus 
forte raison n'attribuerons-nous point à l'exclusive pré- 
méditation des néo-templiers l'avènement d'un cycle so- 
cial rénové. C'est qu'en France, l'œuvre vehmique s'est 
combinée, enchevêtrée avec le processus normal des 
événements; cette vigoureuse impulsion en a hâte", mais 
aussi troublé le cours. 

Voyez cependant les lys noyés à deux reprises « dans 
l'effusion de leur sang d'azur », — et la triple cou- 
ronne du Pape qui perd ses fleurons, avec le Pouvoir 
temporel par trois fois aboli! Voilà bien l'accomplisse- 
ment du double programme de la vengeance templière: 
Pulvérise la tiare, foule aux pieds les lijs. 

La grande Révolution, cette période culminante et 
peut-être unique dans l'histoire du monde; alors que 
l'action providentielle et la Nécessité fatidique, également 
éclipsées pour une heure, parurent anéanties dans l'é- 



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300 LA CLEF DE LA MAGIE NOIIIE 



norme explosion où la Volonté (I) se complut, triom- 
phante, mais sur-le-champ divisée et tournant ses armes 
contre elle-même dans l'ivresse de sa victoire; la Révo- 
lution française se signale entre toutes autres crises, par 
le conflit des grands Collectifs humains. 

L'àme templière s'incarna dans la vaste Société jaco- 
bine, tandis que les Génies potentiels d'autres traditions 
secrètes, plus vénérables par leur antiquité et leur sa- 
gesse, prenaient corps, mais trop hâtivement, dans les 
groupes feuillant et girondin. L'esprit libéral et décen- 
tralisateur fléchit sous le despotisme unitaire de la Mon- 
tagne. La Commune de Paris fît échouer la cause des 
communes de France. Les feuillants se dispersèrent, et la 
Gironde fut sacrifiée!... 

L'histoire de la Convention est surtout précieuse à qui 
veut saisir sur le vif les rivalités meurtrières d'Entités 
collectives, dont l'àpre compétition dans l'Invisible se 
traduit ici-bas en actes sanglants. Dans quel enthou- 
siasme de toute-puissance s'épanouit l'Égrégore victo- 
rieux ! Comme il imprime à son armée terrestre l'irré- 
sistible élan de sa confiance et de son courage altiers ! 
Mais, s'il vient à faiblir dans la lutte avec son adversaire 



(1) Il semble que la Volonté domine tout à l'époque révolutionnaire. 
— comme la Providence parait tout conduire au tomps de Jeanne 
«l'Are, — et le Destin tout nécessiter aux derniers jours de Byzance. 

Cette prépondérance alternée des Puissances reetrices du monde 
rentre, à titre d'exception, dans le système de l'Équilibre universel. 
Aussi n'est-ce point l'empire passager d'une Puissance sur les deux 
autres, mais l'absolutisme de cette domination souveraine, qui nous 
fait qualifier d'unique l'époque des Mirabeau, des Sieyès et des Robes- 
pierre. 




- 



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LA ROUE DU DEVENIR 301 



(occulte comme lui), queile déroute parmi ses logions î 
Quels revirements au cœur de l'Assemblée î... Tout ap- 
pui cède qu'il aurait cru ferme, toute fidélité mollit qu'il 
croyait à l'épreuve d'un revers de fortune. Les plus surs 
instruments de son règne lui manquent à la fois (1). 

Qu'on étudie à ce point de vue la crise du fédéralisme 
girondin, et l'effondrement d'un parti qui, disposant d'une 
majorité massive, tenait tous les postes d'honneur et de 
sûreté à la Convention ; — puis la chute inopinée du co- 
losse en qui respirait l'esprit et semblait battre le cœur 
des foules, et qui, prévenu des projets de ses ennemis 
la veille de son arrestation, haussa si magnifiquement 
les épaules : « Ils n'oseraient, dit-il ; on ne touche 
pas à Danton : je suis l'arche ! »; — enfin, plus tard, 
au lendemain de l'apothéose de Robespierre dicta- 
teur, la réaction dévorante de Thermidor : on jaugera 
mieux, à la faveur de ce triple exemple, l'inanité des ma- 
rionnettes individuelles, en de pareilles tempêtes d'âmes 
collectives. Le vouloir de tel ou tel acteur isolé équivaut 
au Néant même, quand les Volontés générales se heur- 
tent et se brisent dans l'éther orageux ! La vraie bataille 
est au Ciel psychique : tout se décide entre les grands 
champions collectifs. Ces formidables Dominations de 
l'Invisible posent et sacrifient les pions de chair sur l'é- 



(I) Pour qu'il en fût autrement, il aurait fallu que l'Kgrégore mis en 
échec comptât parmi les siens quelque auxiliaire rompu au mauiernent 
occulte des foules; un lieutenant capable de le suppléer à l'heure de la 
défaillance, et qui sût conjurer la débandade, on resserrant la chaine 
.sympathique de groupement. Mais do tels hommes sont rares. La Ré- 
volution, si féconde en valeurs individuelles, n'en vit surgir dans au- 
cun des groupes qui se succédèrent au pouvoir. 



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LA CLEF DE LA MAGIE N01RK 



chiquer social; ils se jouent de nos individualités hau- 
taines, avec la désinvolture d'un enfant qui range ses 
soldats de plomb sur une table, et d'une pichenette, les 
abat par files ! 

D'ailleurs, dans la mêlée occulte dont la Convention 
nationale est le centre, interviennent d'autres acteurs 
invisibles. Tandis que les intérêts majeurs s'agitent en- 
tre les grands Collectifs séculaires, d'autres initiatives, 
subsidiairement intercurrentes, viennent modifier les 
événements dans leur forme extérieure et dans les dé- 
tails qui leur font cortège. En pareil cas, les Volontés 
individuelles, à peu près nulles au regard des résultats 
décisifs à obtenir, suffisent à provoquer isolément des 
résultats secondaires, notables encore. La somme de l'ad- 
dition n'en varie guère, mais licence est faite aux indi- 
vidusd'intervertirou même d'altérer (en les balançant) les 
chiffres de la colonne. 

Toute rivalité mise à part entre les Dominations collec- 
tives qui troublent de leurs orages la sérénité du Ciel hu- 
main, — il reste à l'âme des foules assez d'autres mobiles 
pour justifier son allure instable, ambiguë, et ses fiévreux 
écarts. C'est la réciprocité des atmosphères fluidiques, le 
jeu mutuel des Ascendants, puis aussi l'influence réper- 
cussiveque les Larves passionnelles exercent sur leurs au- 
teurs : voilà bien des éléments à porter en compte. 
Qu'on s'étonne après cela de la complication des trames 
enchevêtrées, chaos où prennent leur origine ces entraî- 
nements soudains de pitié, d'enthousiasme ou de terreur, 
ces courants imprévus, ces revirements à confondre 
l'esprit! 



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UA HOUE DU DEVENIR 303 



Au sein même des grands Collectifs se forment de 
moindres agrégations, jouissant d'une vie propre en 
même temps que de la vie commune; pareillement, dans 
l'unité d'un parti politique, se détachent plusieurs compa- 
gnies de nuances distinctes, et dans chacune, on dis- 
cerne sans peine plusieurs groupes : toutes fractions 
qui participent de l'ensemble sans se fondre ni disparaî- 
tre en lui. 

Du reste, les rares individus restés libres de toutes 
attaches, pour ne s être point inféodés aux Entités po- 
tentielles préexistantes, peuvent, en se groupant, donner 
naissance à des Collectifs nouveaux. 

C'est ce qui se produisit tardivement au berceau du 
Socialisme, par l'effort de Babeuf et de ses amis... Qua- 
tre-vingt-treize ne fut pas plus socialiste que ne l'avait 
été Quatre-vingt-neuf : pareille tendance ne s'observe, ni 
dans la rédaction des cahiers du Tiers, ni dans le tem- 
pérament des plus fougueux tribuns de la Montagne ; et, 
lorsque éclata la Révolution, il parait certain que nul 
courant n'existait en ce sens. Tant d'autres réformes, et 
plus urgentes, sollicitaient la Conscience publique ! Ba- 
beuf se fit fort d'en créer un ; et s'il y parvint, sous le 
règne du directoire, ce ne put être que par l'emploi, plus 
ou moins instinctif, de la chaîne sympathique. La conspi- 
ration de l'an V devait échouer : le moderne Gracchus 
paya de la tête son humeur partageuse et l'imputation de 
rêver une nouvelle loi agraire (I) (?> prairial); mais le 



(1) Babeuf allait plus loin. Son idéal était le communisme, comme 
le prouve une Adrrxte au Peuple français, trouvée dans ses papiers. 




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304 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



vaste complot qu'il avait su ourdir demeure un singulier 
exemple de mouvement improvisé dans un milieu sinon 
réfractaire, du moins sans préparation à cet effet. 

L'ordre religieux, aussi bien que Tordre politique et 
social, comporte ses Entités collectives, dont l'examen 
relève pareillement des mystères de la Multitude. 

Nous nous estimons tenu sur ce point à la plus scrupu- 
leuse réserve : ce n'est pas qu'il nous parût contre-in- 
diqué de produire ici des explications catégoriques; 
mais, — la matière étant ardue et délicate, — nous 
n'appréhendons pas tant d'être trop compris, que mal 
interprété. 

Aussi ne prendrons-nous nos exemples que dans les 
cultes qui appartiennent au passé. Il est certain que tel- 
les faces delà question demeureront ainsi dans l'ombre : 
peut-être semblera-t-il au public qu'à certains égards 
nous nous soyons contredit. Quoi qu'il en soit, nous pré- 
férons nous taire. 

Pour les adeptes de la Science, nous en aurons dit 
assez. 

Une classe particulière d'êtres collectifs mérite d'être 



— • La loi agraire (y lit-on) ou le partage des terres fut le vœu instan- 
tané de quelques soldats sans principes... Nous tendons à quelque 
chose do plus sublime, de plus équitable, le Bien commun, ou la com- 
munauté des Biens!... La terre n'est ù personne... Les fruits sont à 
tout le monde... t [Extrait des pièces trouvées chee Babeuf, imprimées 
par ordre de l'Assemblée: Adresse au Peuple français, pas*im. — Cité 
par Bunuel, Mémoires pour serrir a l'histoire du Jacobinisme, Lvon, 
1818, t. IV, p.:Uf). 



LA ROUE DU DEVENIR 



305 



signalée à part, et nous toucherons un mot des Domi- 
nations théurgiques. 

« La théurgie (s'exclame Kliphas Lévi, dans un de ses livres 
les plus admirables et les moins connus), la Théurgie, mol 
terrible, mot à double sens, qui veul dire création de Dieu ! 
Oui, dans la Ihéurgie, on apprenait au prêtre comment il 
doit créer des dieux à son image et à sa ressemblance, en les 
tirant de sa propre chair et en les animant de son propre sang. 
C'était la science des évocations par le glaive et la théorie des 
fantômes sanglants .. Les grands mystères étaient la sainte 
Vehme de l'antiquité, où les francs-juges du sacerdoce pétris- 
saient de nouveaux dieux avec la cendre des anciens rois, dé- 
trempée dans le sang des usurpateurs et des assassins (1 ). » 



(i)\La Science des Esprits (pp. 216-217, passim). 

Quelques lignes plus loin, Éliphas Lévi s'explique par un exemple : 
« Ninus était le roi des prêtres : Sémiramis voulut être la roinc des 
peuples, et s'assura, par un crime, la possession de la couronne de 
Ninus. Le monde politique n'avait pas alors de tribunal qui pût juger 
cette femme, tant elle se justifia par de grandes choses. Elle semait le 
monde de merveilles. Ses envieux soulevaient contre elle les multitu- 
des : elle venait seule, et les révoltes s'apaisaient. Mais elle avait un 
(ils. que les prétros gardaient pour otage; Ninyas était initié aux grands 
mystères, et il avait juré de venger Ninus, dont il ne connaissait pas 
encore le meurtrier. Sémiramis, de son côté, était obsédée de fan- 
tômes et de remords. La femme, chez elle, l'emportait secrètement sur 
la reine, et souvent «lie descendait seule dans la nécropole, pour 
pleurer et frémir sur les cendres de Ninus. C'est là qu'elle rencontra 
Ninyas, poussé par les hiérophantes: entre le (ils et lanière, se dressa 
le spectre du roi assassiné. Sémiramis était voilée ; le fantôme ordonna 
de frapper. Le jeune initié s'avance : Sémiramis pousse un cri et lève 
son voile: elle a reconnu Ninyas: « Non, tu n'es plus Ninyas, dit le 
spectre, tu es moi-même, tu os Ninus sorti do la tombe! » Et il sembla 
absorber le jeune homme en lui-même et se confondre avec lui ; de 
telle sorte que la reine ne vit plus devant elle quo le spectre de Ninus, 
pâle et le glaive sacré à la main. Elle retira alors le voile sur sa této 
et présenta son flanc, comme devait faire plus tard Agrippinc. Quand 
Ninyas revint à lui, il était couvert du sang de sa mère : « Est-ce donc 
moi qui l'ai tuée ? s'éeriait-il avec égarement . — Non, répondit Sémi- 
ramis en l'embrassant pour la dernière fois, nous sommes deux victimes ; 

20 



LA CLEF DK LA MAGIE NOIRE 



Éliphas Lévi, nous l'osons croire, n'a garde de con- 
fondre cette théurgie sacerdotale des grands mystères 
déjà dégénérés, avec la sainte théurgie dont Porphyre et 
lamblique, héritiers des plus glorieuses traditions de la 
Mystique héroïque et divine, nous ont transmis les rites 
et les formules. A toutes pages de son traité si révélateur 
de l'Abstinence, Porphyre laisse percer son mépris pour 
les arcanes de la chair et du sang, indissolublement liés 
à l'évocation des mauvais Génies : 

« Ces esprils (dit-il) ne sont occupés qu'à tromper par tou- 
tes sortesd'illusions et de prodiges. Les philtres amoureux sont 
de leur invention : l'intempérance, le désir des richesses, 
l'ambition viennent d'eux, et principalement l'art de tromper; 
car le mensonge leur est très familier. Leur ambition est de 
passer pour dieux, et leur chef voudrait qu'on le crût le grand 
Dieu. Ils prennent plaisir aux sacrifices ensanglantés : ce 
qu'il g adc corporel en eux s'en engraisse, car ils vivent de 
vapeurs et d'exhalaisons et se fortifient parles fumées du sang 
et des chairs. C'est pourquoi un homme prudent et sage se 
gardera bien de ces sacrifices, qui attireraient ces génies. Il 
ne cherchera qu'à purifier entièrement son àme, qu'ils n'atta- 
queront point, pane qu'il n'y a aucune sympathie entre une 
àme pure et eux (I ). » 

Oii pourrait citer vingt passages analogues du même 
Porphyre, d'accord sur ce point avec tous les adeptes de 



et le sacrificateur, ce n'est pas loi : .le meurs assassinée par le grand- 
pr.-tre «le Hélus! » (/hid., p. 

Cf. l'histoire tlAthalie (Unis, liv. IV, rliap. i\ : Parai i pointues, liv. 
II. eh.ip. wiv). A Jérusalem, comme à Ninive, l'esprit sacerdotal reste 
identique. 

(I) Traité de Porphyre, touchant l'Abstinence de la choir des ani- 
nuiu.r. arec In rie de Plot in, etc., et une dissertation sur les dénies, 
par M. rie Burigny. (Paris, de Bure. 1717. in 12. pp. IHî t i7). 



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1 

I 

r 



LA KOL'E DU DEVENIR 



307 



la haute et angélique Théurgie. Le magiste de lumière 
conjure les Intelligences du Ciel par les invocations, les 
parfums et le pentacle étoilé. Désireux de les rendre pré- 
sentes, non plus seulement aux sens, mais à l'esprit, — 
il s'efforce surtout de leur devenir semblable par la pu- 
reté, l'amour et l'essor intellectuel : car il n'est pas de 
plus infaillible secret pour évoquer l'un de ces êtres, que 
de s'assimiler à son essence, — ce qui s'appelle, en Ma- 
gie, forcer la demeure de l'Ange, ou prendre ascendant 
sur lui (1). 

Reste la théurgie prestigieuse dont parle Éliphas, et 
qui, même au service du Juste et du Vrai, garde toujours 
un caractère d'ambiguïté, de violence, et comme un stig- 
mate de réprobation. 

Cette théurgie est celle dont s'enorgueillit le prêtre fé- 
ticheur des tribus sauvages, et, en général, tout pontife 
d'idolâtrie, lorsque, baignant l'autel du sacrifice de sang 
victimal et conjurant les Puissances de l'Invisible, il 
semble prêter pour une heure le mouvement, la pensée 
et la vie, — qui à ses Manitous de bois ou de pierre, qui 
à ses Belphégor d'airain. 

Cette théurgie fut encore celle des mages politiciens de 
Babvlone et de Ninive, de Suze et d'Ecbatane : instru- 
ment de domination théocratique, elle servit longtemps 



(1) Méditer, dans V Initiation du l«r octobre 1895 (pp. 7-25), l'étude 
sur Martine* de l'asqually et tes Miroirs magn/ues, par F. -Ch. Barlet. 
— On y verra la différence essentielle entre les pratiques incomplètes 
de niluminisme proprement dit et les rites de la Haute Magic. L'auteur 
de ces pages péremptoires est sans doute aujourd'hui le plus savant 
initié de celte vaillante lv-ole française, à laquello nous-méme revendi- 
quons l'honneur d'appartenir. 



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308 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



à établir sur des prestiges cette religieuse terreur dont 
les sacerdoces ambitieux de la toute-puissance ont cou- 
tume de frapper le populaire et d éblouir jusqu'aux 
grands de ce monde, jusqu'aux monarques qu'ils se flat- 
tent ou d'asservir ou d'exploiter. 

Or, si nous demandons sur la vertu de quels auxiliaires 
ces adeptes d'une théurgie cléricale justifiaient leur foi 
et fondaient leur puissance, l'Ésotérisme nous répondra : 
Sur la coopération d'Entités collectives, qu'ils appelaient 
leurs dieux. 

Oui, de tels prêtres, amalgamant leur àme et celle des 
multitudes, au moule d'une volonté consciente ou d'un 
fanatisme instinctif, en façonnaient un Ciel à l'image de 
leur commun idéal; — et la plus essentielle fonction du 
Sacerdoce consistait à créer, à nourrir, à entretenir des 
dieux. 

On sent qu'il n'est point question d'idoles, en tant 
qu'etïigies matérielles. D'ailleurs, idole veut dire autre 
chose, et plus. Le vocable «*o»Xov n'exprime pas seule- 
ment en grec la représentation, l'image ou la statue d'un 
dieu; il signilie surtout un spectre, un fantôme, une 
Puissance occulte, enfui. — Même sens au mot latin 
Idolum. 

Sur ce point, l'Antiquité n'a qu'une voix, et la Bible 
confirme Hérodote et Pausanias, Plutarque et Tite-Live. 

Ne lit-on pas dans les Psaumes que tous les dieux des 
nations sont des démons : Omnes dii fjentium dœ- 
monia ( I ) ? 

(I ) Psaume XCV. ... 

Nous avons proposé du même tcxle une interprétation différente (!.• 



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l.\ ROUE DU DEVENIR 3(J9 



Nous savons déjà sous quels auspices les Collectifs du 
Ciel humain prennent naissance et accroissement. 

Pas de chaîne magique plus irrésistiblement efficace 
que celle des volitions adoratrices, dynamisées par la 
Foi. C'est ici surtout que le Verbe humain réalise d'em- 
blée ce qu'il affirme. 

Taxera-t-on de fabuleuses les voix du chêne dodonien 
et de la statue de Memnon? L'antique autel a pu prophé- 
tiser sans doute; le guéridon spirite se mêle bien d'en 
faire autant. 

Pontife et Mage ont été longtemps synonymes... 
Le grand œuvre théocratique serait-il pas, somme 
toute, la transposition religieuse et l'extension en espace 
et en durée de cette occulte genèse, — animique et spi- 
rituelle et fluidique, — d'où émerge encore sous nos 
yeux l'Oracle mensal? La danse et le verbiage des tables 
n'équivaudraient-ils point à une réduction démonstrative 
des phénomènes théurgiques et sybillins : de même qu'au 
laboratoire, moyennant une forte machine de Ramsden 
et une batterie de condensateurs, l'électricien reproduit 
la foudre en miniature, l'éclair et sa détonation ? 

Quoi qu'il en soit, les éléments demeurent les mêmes, 
et pareille la loi de génération collective : c'est toujours 
un cercle de Psychés passives, d'âmes similaires à ten- 
dance uniforme, éparses faute de cohésion, et qu'une 
Volonté énergique, ou un groupe de telles Volontés uni- 
fiées synthétise, évertue et féconde. Ainsi, à la faveur 



Temple de Sitin, p. 65) ; mais ces deux sens, loin de s'exclure, s'éclai- 
rent et se complètent mutuellement. 



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311) 



LA CLEF DE LA M\G1E NOIHE 



d'une chaîne sympathique dûment établie, une Entité 
collective s'engendre. 

Mais, une fois clos le circuit d'enthousiasme religieux, 
rien ne tend à le rompre. Le courant, loin de faiblir, 
s'accentue avec le temps; car les éléments transitoires 
de la pile psycho-dynamique, non seulement se rempla- 
cent à mesure, mais encore se multiplient. L'être po- 
tentiel s'attirme, se développe et consacre bientôt son au- 
tonomie, en réagissant d'une sorte despotique sur les 
membres de son corps social, grouillant et divers. 

Car ce serait une étrange erreur que de croire, avec 
certains Kabbalistes dévoyés, que la Déité s'incorpore lit- 
téralement k son effigie symbolique, y séjourne à de- 
meure; enlin, pour tout dire, qu'elle hante de sa pré- 
sence réelle les images de bois ou de marbre, d'or ou 
d'airain. Son corps véritable n'est point là. Quant à la 
forme tluidique, nous verrons plus loin ce qu'elle peut 
être, lorsque d'aventure elle se manifeste : phénomène 
insigne et d'une tout exceptionnelle rareté. 

Ici se dresse une objection, facile à prévoir, non moins 
facile à rétorquer. Les voix traditionnelles de l'Antiquité 
nous attestent que de multiples apparitions, — totales ou 
partielles, splcndides ou monstrueuses, ravissantes ou 
terribles, — ont pullulé autour des autels de ces dieux. 
Cicéron en rapporte un certain nombre de cas dans son 
ouvrage de Satura Deorum. L'histoire du mysticisme 
alexandrin abonde en constatations analogues, et le bon 
le Loyer, notant d'après Virgile les rites d'usage, lors 
des sacrifices solennels en l'honneur des grands Olym- 



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LA ROUE DU DEVENIR 



311 



piens, observe que a les sacrificateurs voiloient leur 
teste, de crainte que pendant qu'ils sacrifioient, ils ne 
fussent troublez et empeschez de quelque visage ou face 
ennemie qui eust peu se présenter et offrir à leur 
veue (I) ». 

Dans les temples du Polythéisme, les Immortels ne 
furent point avares de leur présence visible, et depuis le 
spectre de l'infernale Hécate glaçant d'effroi les fidèles 
de ses orgies, jusqu'aux radieuses visions qui signalaient 
TÉpiphanie des mystères du Samothrace et d'Éleusis, il 
était permis à l'initié de parcourir du regard la gamme 
lumineuse des dieux. 

Que croire de toutes ces apparitions qui peuplaient 
l'ombre des sanctuaires et semblaient liées à l'autel? N'v 
peut-on voir, sinon les formes astrales des divinités, du 
moins des corps fluidiques d'emprunt, que s'adaptaient 
les Entités collectives pour se manifester aux yeux de 
chair? Nous ne le pensons pas. — Si nous écartons l'hy- 
pothèse de supercherie sacerdotale, admissible et même 
probable dans un certain nombre de cas, mais que la cri- 
tique négative des modernes a le tort de généraliser (2) à 



(1) Histoire des Spectres, in-4° (t. If, pp 878). 

(2) L'école en question arbore comme un étendard cetabsurde axiome 
de Yimpossibilité des phénomènes dont la science contemporaine est 
inapte à rendre raison. Un pareil a priori dispense de toute contro- 
verse et même de tout examen des circonstances et des témoignages. 

Il est d'ailleurs vraisemblable qu'en quelque occurrence les prêtres 
aient utilisé leurs notions d'optique, pour suppléer aux phénomènes 
réels par des eiïets de fantasmagorie. — E Salverte cite une descrip- 
tion de Damascius, que Photius nous a conservée en sa Bibliothèque 
(f,od. 242) et dont les termes tendraient à le faire croire. La voici : 
< Dans une manifestation qu'on ne doit pas révéler,... il apparaît surla 



312 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



priori, ces formes lémuriennes se décèleront des indigènes 
du plan astral, évoluant dans le nimbe ou l'atmosphère 
occulte de l'Égrégore collectif. Simples Larves le plus 
souvent, ou encore Èlémentaux, ou Concepts vitalisés. 
Dans les sanctuaires où le culte des ancêtres a rétabli la 
grande communion des vivants et des morts, les âmes 
glorifiées peuvent s'irradier aussi, ou du moins objectiver 
une image astrale adéquate à leur verbe spirituel. Très 
exceptionnellement, les substances angéliques manifeste- 
ront leur gloire. 

C'est qu'en ces murs hospitaliers, les visiteurs de toute 
hiérarchie trouvent un asile convenable à leur nature. 
Le milieu s'y prête à miracle : soit un temple voué de 
temps immémorial aux pérégrins d'un autre monde, — 
soit la crypte des mystères, toute saturée du triple ma- 
gnétisme de la terreur, de l'enthousiasme et de l'amour î 
L'air qu'on y respire vibre au rythme incessant des litur- 
gies, des conjurations, des prières; les lourdes volutes 
des parfums consacrés se tordent et se déroulent dans la 
tiède vapeur du sacrifice quotidien. 

La les démons souterrains, les Ombres exhalées du 
puits de l'abîme trouveront, comme l'enseigne la Magie 
ténébreuse, à se vêtir de sang condensé; — là de même 
les Visiteurs d'outre-ciel se tisseront un corps arômal de 

paroi «.lu temple une masse do lumière qui semble d'abord très éloignée; 
elle so transformo, comme en se rosserrant, en un visage évidemment 
divin et surnaturel, d'un aspect sévère, mais mêlé de douceur, et très 
beau à voir. Suivant les enseignements d une religion mystérieuse, les 
Alexandrins l'honorent comme Osiris et Adonis. w Eusèbo Salverte 
ajoute, après avoir rapporté ce passage: « Si j'avais à décrire une fan- 
tasmagorie moderne, m'expliquerais-jc autrement ? » (Des Sciences 
occultes, 1829. in-8o, t. I. p. 309). 



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r 

LA ROLE DI' DEVENU; 313 



lumière, de musique et d'encens, selon les rites de la 
glorieuse Théurgie. 

La Divinité locale est d'ailleurs présente, encore qu'in- 
visible : mais le halo frémit de son àme collective : àme 
vivante et mouvante, faite des âmes de milliers ou de 
millions d'adorateurs, et toute peuplée de rêves lému- 
riens de cette multitude fanatique. 

Pour se rendre manifeste aux organes de la vue, par- 
fois de l'ouïe et du toucher, les Puissances occultes ont 
besoin d'un milieu tout imbu de force psychique disponi- 
ble : soit qu'elles s'assimilent le fluide vital émané des 
chairs meurtries ou du sang répandu ; soit qu'un médium 
leur prête pour un temps sa propre substance biologique, 
qu'elles lui restitueront dans l'acte de se dissoudre et de 
s'évanouir aux regards. 

Quant aux parfums consacrés, ils n'offriraient (du 
moins par eux-mêmes) aux Puissances invisibles que la 
faculté de revêtir un contour fallacieux et fugace, une 
image sans consistance et sans vie. Mais, si les fumiga- 
tions tiennent une très large place dans le Rituel théur- 
gique, c'est que là ne se borne point apparemment leur 
secret emploi. Improviser des médiums, par l'extase 
qu'elles provoquent chez les sensitifs; puis épurer les 
fluides qui s'exsudent des corps sidéraux abmatérialisés 
de la sorte : voilà la double destination de ces effluves 
aromatiques. On peut en dire autant, à d'autres égards, 
des hymnes religieuses dont la magie enchante l'oreille, 
et des pompes liturgiques dont l'ordonnance charme la 
vue. 



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I 

314 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Nous verrons plus loin, à propos des décisives expé- 
riences du colonel de Rochas d'Ayglun, que les divers 
états physiologiques ressortissant au magnétisme passif, 
au somnambulisme et à l'extase, sont liés à un phéno- 
mène très particulier de dilatation extra-corporelle de 
la substance vivante et sensible; dilatation qui s'effectue 
par couches ou zones concentriques: c'est là ce que le 
savant physicien entend par « l'extériorisation de la 
sensibilité (1) ». Celte faculté a si bien disparu de la 
peau du sujet, qu'on peut en piquer ou en échauder la 
surface sans qu'il s'en aperçoive; mais, si l'on répète les 
mêmes expériences sur l'une des couches sensibles, dis- 
tantes du corps de plusieurs centimètres ou même de 
beaucoup plus, l'hypnotisé perçoit la sensation doulou- 
reuse, et l'accuse aussitôt (2). Cette sensibilité abniaté- 
rialisée est sujette h se dissoudre en certaines substances, 
telles que la cire, par exemple; à telles enseignes qu'une 
poupée de cire imprégnée du fluide vivant devient elle- 
même sensible; ou plutôt qu'un lien s'établit entre elle 



(1) Peut T'Uv devrait-on «lire: e.rtèriorer, e.rtrrioration, par analogie 
avec améliorer, amélioration. Ces mots reposent également sur des 
comparatifs : exterior et melior. — De même, il conviendrait d'écrire 
individuer, individuation, et non individualiser, individualisation. 

Mais ces termes d'un détestable aloi sont consacrés par l'usage, en 
occultisme, et tout souci de correction doit disparaître devant la crainte 
de provoquer dans lo vocabulaire de nouvelles contradictions gramma- 
ticales Cette appréhension est si forte chez nous, (pie nous n'hésitons 
même pas à faire usage de vocables bâtards, composés d'un radical 
grec et d'un mot latin, en cette sorte : auto-suggestion, auto-création, 
etc... 

K\cusons-nous une fois pour toutes, au sujet de ces locutions que 
los délicats trouveront barbares, et mémo quelque chose de pis. 

(2) Voy. les Ktats profonds de l'Hypnose. Paris. 1892, in-8 (p. 57)- 



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I.A HOUE DU DEVKMI» d\o 



et le système nerveux du sujet, qui, dès qu'on touche la 
poupée, perçoit de suite la sensation telle qu'il l'eût 
éprouvée à l'état de veille, si Ton avait agi sans inter- 
médiaire sur la peau même. Bien plus, il la perçoit a la 
place de son eorps précisément correspondante à celle 
où Ton a touché le volt. Enfin, — chose plus étrange 
encore! — de mémorables expériences du colonel de 
Rochas ont établi qu'une plaque photographique étant 
imbue de la sensibilité du sujet en hypnose, dès qu'on 
égratigne la pellicule à un point donné de l'image, un 
stigmate s'imprime aussitôt par répercussion sur la 
chair du sujet (1), au point correspondant. L'expérience 
a réussi d'une chambre à l'autre, en des conditions de 
contrôle et de publicité qui ne peuvent laisser aucun 
doute. Ainsi M. de Rochas a scientifiquement vérifié le 
principe de l'envoûtement à distance. 

Fermons cette parenthèse, pour revenir à nos mystères 
de la multitude. 

Nous n'avons mentionné ces étonnantes constatations 
que pour faire mieux comprendre comment, — à for- 
tiori, — des Invisibles peuvent s'emparer du fluide vi- 
vant épanché par les sensitifs dans le phénomène de 
l'extase; puisque d'inertes objets qu'on immerge dans 
les couches de ce fluide le retiennent en s'en imbibant. 

C'est à ce titre que nous avons pu dire, que les parfums, 
en provoquant l'extase chez des sensitifs, improvisent 
des médiums. 

Mais il faut bien convenir que les authentiques apo- 



(1) Ce phénomène ne réussit bien que sur des sujets très sensibles. 



310 l\ CLF.F DK LA M AGIR NOIR F. 



théoses flamboyaient assez rares dans les temples du 
vieux monde païen : les spectres de la lumière négative 
y étaient surtout chez eux, au détriment des purs Esprits 
de la lumière de gloire. 

Comme un prince pervers et cruel n'invite et ne retient 
guère à sa cour que des hommes hypocrites ou corrom- 
pus, l'Égrégorc du lieu, rarement pur, attirait de préfé- 
rence à soi des Entités d'ordre équivoque; et Vaura san- 
glante des victimes aimantait l'atmosphère au profit des 
Larves, des Lémures semi-conscients et des dénions 
mauvais. 

La loi des sacrifices sanglants gardait, comme on Ta 
vu, dans l'antiquité sacerdotale, une autorité quasi-uni- 
verselle. 

Moïse, sous ce rapport, n'inaugura point d'exception : 
son culte apparait, dans toute la force du terme, un culte 
de sang. 

Le grand prêtre de sa Loi n'offrait pas seulement à 
Jéhovah des prémices d'huile et de farine en fleur : nom- 
bre de génisses, de béliers, de colombes étaient journel- 
lement immolés sur l'autel des holocaustes; le feu sacré 
en dévorait la graisse et les entrailles, le sang en était 
répandu tout alentour. On aspergeait le voile du sanc- 
tuaire de pourpre vivante; on en frottait les cornes d'ai- 
rain, sur l'autel des parfums, « pour être à Ihôah une 
oblation de très agréable odeur » ! Le sang enfin parait 
un Nectar dont Adonaï seul a droit d'être abreuvé; le 
sang devient la propriété du Seigneur, si exclusive et si 
inviolable, que, contre tout homme qui mangerait le sang 



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LA ROLE DU DEVENIR 



317 



des animaux avec leur chair, Moïse édicté la peine de 
mort (1)! 

Les sacrifices humains ne font pas défaut en Israël : k 
toutes les pages de la Bible, le Seigneur ordonne des 
massacres ou des holocaustes. La dévotieuse barbarie 
est une tradition qui date de loin. A cette postérité d'A- 
braham, qui devait être un jour plus nombreuse « que 
les étoiles du ciel et les grains de sable de la mer » (2), 
ce saint Patriarche apparaît constamment dans une 
gloire, le glaive sacerdotal levé sur son propre sang. 

Tantôt, sur l'ordre dWdonaï, c'est Moïse qui fait égor- 
ger vingt-trois mille Israélites adorateurs du veau d'or, 
et qui félicite les enfants de Lévi « d'avoir consacré leurs 
maitis au Seigneur en tuant leur /ils et leur frère, afin 
que la bénédiction de Dieu leur fut donnée- » (3). Et de 
fait, le sacerdoce est, de ce jour-là, exclusivement acquis 
aux Lévites : ils ont reçu l'onction ! Tantôt c'est Jephté, 
triomphateur des Ammonites, qui accomplit un vœu, en 



( ! ) Cette loi draconienne est répétée à plusieurs reprises dans la 
Bible. Nous citerons seulement deux passages du Lèritique: • Toute 
personne qui aura mangé du sang périra du milieu de son peuple 
(vu, 27) ; » o Car la vie de toute chair est dans le sang; c'est pourquoi 
j'ai dit aux enfants d'Israël : vous ne mangerez point du sang de toute 
chair, parce que la vie de la chair est dans le sang; et quiconque en 
mangera sera puni «le mort (xvii, 14). » (Traduction Le Maislre de 
Sacy; c'est à elle que nous empruntons nos citations, quand il s'agit 
d'une version exotérique). 

Rn méditant le Traitp de l'Abstinence de Porphyre, on découvrira 
les vrais motifs de cette interdiction si sévère. La raison capitale qui a 
décidé Moïse était hien connue des platoniciens. La vérilé e.«l une. et 
identique à elle-même sur l'Olympe et sur le Sinat. 

(2) 0'enese, xxii, V. 17. 

{'X) E.rode, \\\\\. \\ 2i». 



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1 

318 LA CLKF l)K LA MAGIE NOIRE 



saeriliant sa propre fille au dieu dlsaae et de Jacob. 
Quant aux ennemis vaincus, le Seigneur exige leur ex- 
termination jusqu'au dernier (1). Chananccns, Madiani- 
tes, Amalèeites, etc., ils y passeront tous : Moïse l'or- 
donne au nom d'Adonaï, et surveille avec un zèle jaloux 
l'exécution de cette loi. Le successeur du théocrate n'est 
pas plus débonnaire : les habitants de Jéricho, d'Azor et 
des autres villes que ses armes ont soumises sont passés 
au (il du glaive, et Josué accumule, en l'honneur de 
Jéhovah et toujours par son ordre, une hécatombe de 
trente et un monarques ! Si impérative est la prescrip- 
tion de tailler en pièces les Amalécites et de tuer tout, 
« depuis l'homme jusqu'à la femme, jusqu'aux petits en- 
fants et ceux qui sont encore à la mamelle » (2), que 
Samuel, cinq siècles plus tard, vient signifier au roi 
Saïil son anathème, le Seigneur l'ayant rejeté pour ce 
qu'il a fait miséricorde à son prisonnier Agag, roi d'A- 
malce; après quoi l'illustre et saint Nabi, sans se laisser 
attendrir par les lamentations du malheureux Agag, « le 
coupe en morceaux devant le Seigneur, à Galgala » (3). 
Terminons par ce trait du plus grand des prophètes : 
après qu'à sa prière le feu du ciel est descendu, Élie or- 
donne l'immolation des prêtres de Baal, ses concurrents 



( I ) « Mais quant à ces villes qui vous seront données pour héritage, 
vous ne laisserez la vie à aueun de leurs habitants ; 

« Mais vous les ferez tous passer au fil de I epéc. c'est-à-dire, les 
llétérns. les Amoniiécns. les Chananéens. les Phérczécns, les Ilévéens. 
les Jèbuséens. et les liergeséens, comme le Seigneur votre Dieu vous 
l'a commandé, etc. » (Deutéronome, xx, > v . 16-17). 

(i) Premier livre dus Hoh, w. \\ ;i. 

{X) ibhi., w, y. rs. 



i 

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r 

\.\ IIOL'K DU DEVKMIV «ilO 



naladroits, qui s'« ; taieiit montrés inhabiles à obtenir le 
Tième miracle, et les fait périr jusqu'au dernier sur le 
uord du torrent de Cison (I). 

L'implacable despote qui commande toutes ces hor- 
reurs, qui semble se complaire à ces barbaries, est-il 
bien le Dieu vivant, Ihôah .Elohim? Il est permis d'en 
douter un peu. 

Réfléchissons pourtant. L'œuvre mosaïque n'est pas 
une œuvre aimable; sublime et nécessaire, elle l'a été! 
Le théocrate des Hébreux a déployé une force écrasante, 
mais pour le triomphe du plus pur Esprit... De brutalité 
plus idéale, il n'en fut jamais. 

Moïse ? Un saint, mais plus encore un Titan. Or, si 
la force n'est point chose sympathique, même exercée 
par des mains surhumaines et pour un résultat capital ; 
gardons-nous de méjuger d'un homme tel que Moïse, non 
plus que de l'autorité céleste dont il fut le mandataire et 
le porte-glaive, ici-bas ! 

Voyez ce puissant Législateur, cet Épople de l'absolue 
Vérité, dont la mission exceptionnelle est de pétrir de la 
glaise humaine, pour y imprimer le sceau divin ! 

Il a écrit le Livre des principes cosmogoniques, Scpher 
Berœshitli, où la science colossale du passé (2) dort sous 

( I ) Troisième livre des Rots, wui, ,Y. 40. 

it) « Fils «lu passé et gros do l'avenir, ce livre, héritier de toute la 
science des Kgypticns, porte encore les germes des sciences futures. 
Fruit d'une inspiration divine, il renferme en quelques pages et les élé- 
ments de ce qui fut, et les éléments de ce qui doit être. Tous les secrets 
de la nature lui sont confiés. Tous. 11 rassemble en lui, et dans le seul 
Herrrshith. plus de choses que tous les livres entassés dans les biblio- 
thèques européennes. Ce (pie la nature a de plus profond, de plus 



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1 

320 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



un triple voile d'hiéroglyphes (1), jusqu'au prélîx de la 
manifestation. 

Il a érigé l'Arche, symbole irrévélé d'un suprême Ar- 
eane, témoignage cher au théurge de son alliance avec 
le Ciel et point d'appui de son verbe fulgurant; l'Arche 
sainte, redoutable athanor du feu céleste, où repose la 
présence réelle de son allié d'en Haut, la SliéekJna/i 
dVKIohim! 

Et il a placé le Livre dans l'Arche. — Comme l'œuf 
d'Orphée ou le coffre d'Osiris, l'Arche contient désormais 
le germe d'un monde futur, la graine intellectuelle qui 
doit ensemencer l'avenir. 

Maintenant, cette Arche sainte, il faut un peuple pour 
la porter, pour la servir et pour la défendre. 

Moïse a séleeté ce peuple et l'a constitué en corps de 
nation, après l'avoir affranchi de la servitude : puis, 
vingt ans et plus, il l'a traîné de désert en désert jus- 
qu'au seuil de Chanaan! 

Pétrir en un tout homogène une foule diverse et bario- 
lée (plus dVunc encore que d'aspect); frapper l'Israël nou- 
veau d'un cachet indélébile et unique au monde, en lui 
révélant l'Unité de Dieu, dogmejusqu'alors tout ésotéri- 
que, et le plus secret arcane du sanctuaire des nations ; 
graver au cœur sémite le nom dVElohim et l'horreur de 



mystérieux, ce que l'esprit peut concevoir de merveilles, ce que l in 
telligence a de plus sublime, il le possède... » (Fabrc d'Olivet, Langue 
hébraïque restituée, t. II. discours préliminaire, p. 6). 

(1) « Lo sacerdoce judaïque, destiné à garderie Sépher de Moyse. 
n'a point été généralement destiné a le comprendre, et encore moins a 
l'impliquer... f/t/., ihitl.. p *>>. 



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r 

LA ROUE DU DEVENIR 321 



l'Idolâtrie; improviser le peuple de Dieu, puis enfin l'é- 
purer, — fût-ce en le décimant!... ce n'était point une 
médiocre tâche, ni de celles qu'on peut accomplir par la 
douceur, la mansuétude et le pardon. 

De toutes parts surgissent autour de la multitude en 
marche des peuplades vautrées dans les abominations du 
paganisme le plus obscène, et les revenants d'un exil 
égyptien n'ont pas encore désappris le culte du veau d'or. 

Que fera Moïse? Pour éprouver ce métal humain qu'il 
façonne, Moïse le fera passer au creuset de l'épreuve : 
dans la fournaise du désert, il jettera sans doute un mi- 
nerai d'âmes bien alourdi de gangue; or, il veut que la 
statue se coule en pur bronze, pour l'immortalité. Coûte 
que coûte, il va falloir que l'impur s'évanouisse enfumée, 
ou s'élimine en scories... 

— Vous avez beau dire, objectera-t-on. Rien ne jus- 
tifie ces atrocités dont l'histoire juive est tissue, et cette 
Loi draconienne, que Moïse, élu de Dieu, instaura. Pour 
transmuer les cœurs, Dien n'avait qu'àfaire unmiracle... 
Raisons humaines, que toutes vos raisons ! 

— Ces raisons humaines sont des raisons divines aussi, 
car il n'y a qu'une Raison, comme il n'est qu'un Dieu. 

Quand l'homme est atteint de certaines maladies, une 
opération devient nécessaire, et le chirurgien ne doit pas 
craindre de débrider la plaie. Lorsqu'un membre est 
perdu de gangrène, qui plus est, il faut l'amputer, pour 
le salut du corps qui reste. Eh bien ! au temps de Moïse, 
une opération pouvait seule garantir laguérisondugrand 
malade Humanité. 

Avant Jésus-Christ, Moïse a sauvé le monde ! 

21 



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:\-2'2 LA CLEF DE LA M.UilK NOIRE 



— Soitî admettons, s'il le faut, l'urgence de cette lé- 
gislation terrible et aussi de eette politique sanguinaire 
dont Machiavel a, depuis lors, consacré le principe (1). 
Mettons que ces violences fussent légitimes, par la grâce 
non point du Seigneur, certes ! mais de la Nécessité, cette 
norme païenne, que les Grecs plaçaient au-dessus de tous 
les dieux. Mais une objection reste debout, spécieuse 
pour le moins. 

Pourquoi ce culte de sang, en Israël? Pourquoi ces 
sacrifices pontificalement inaugurés par Moïse, et ritua- 
listiquement sanctionnés par sa Loi? S'il faut répandre le 
sang, qu'au moins ce ne soit pas sur un autel! Abomi- 
nable holocauste ! Quel Adonai de contrebande a pu s'y 
complaire? 

Point assurément Iod-hevê (ou Ihôah-.EIohim), le vé- 
ritable Seigneur Dieu des dieux : nous ne ferons nulle 
ditliculté d'en convenir. 

Selon toute vraisemblance, ceux-là seuls s'y complai- 
saient, que la vapeur de telles offrandes abreuve et ré- 
conforte : Élémcntaux, Larves et Lémures de tout ordre. 
Moïse savait, comme tous les maîtres de la sagesse, tirer 
parti de pareilles forces. Et, si notre Lecteur s'en scanda- 
lisait, jugeant celles-ci équivoques, nous lui ferions ob- 
server qu'il est écrit au Rituel kabbalistique de Salomon, 



(1) Machiavel, daus AonLicre du Prince, conseille au conquérant de 
faire tomber, en son nouvel empire, toutes les tètes qui dépassent ; de 
ne pas laisser vivre un seul rejeton de la souche de ses anciens rois, et 
de disperser ou de massacrer en masse le peuple qui pourrait avoir 
joui de la liberté. Mais, dit-il, mieux vaut anéantir que disperser une 
telle population. 



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LA HOLE DU DEVENIR 323 



« que le Sage règne avec tout le Ciel, et se fait servir par 
tout l'Enfer * (1). 

Admettrons-nous d'autre part que, lors de l'exode des 
hébreux fugitifs, ce fut le Vrai Dieu encore dont la Bible 
parle en ces termes : « Et le Seigneur marchait devant 
eux pour leur montrer le chemin, paraissant durant le 
jour en une colonne de nuée, et pendant la nuit en une 
colonne de feu, pour leur servir de guide le jour et la 
nuit (2)?» Le tabernacle du témoignage une fois construit, 
« la nuée du Seigneur se reposait sur le tabernacle durant 
le jour, et une flamme y paraissait pendant la nuit » (3). 

A l'égard des phénomènes miraculeux que prodigua la 
science du prêtre d'Osiris, chacun peut consulter le Pen- 
laleuque. On y verra comme ce théocrate, éducateur d'un 
peuple récalcitrant sous la verge d'airain, le fit marcher 
de Mitzraim à la Terre promise dans un feu roulant de 
miracles, dont l'instrument immédiat était l'arche, ce 
formidable condensateur des forces hyperphysiques. 

L'Arche sainte apparait une batterie d'électricité cé- 
leste (4), construite sur un plan rigoureusement scienti- 



(1) Mss. hébreu cité par Éliphas : Dogme et Ilituel de la Haute Magie, 
tome I. page 80 (troisième prérogative (a) de celui qui tient les clavi- 
cules de Schlômoh dans sa droite, et dans sa main gauche la branche 
d'amandier fleuri). 

(2) Exode, xm, 21. 

(3) Exode, \l, 36. 

(4) « L'électricité est là (opine le marquis de Saint- Yves), mais sim- 
plement comme force intermédiaire dans notre atmosphère ; il y a 
derrière, d'autres forces encore, enveloppant ce que les Indiens appel- 
lent l'Akasa, voile elle-même d'une concentration de l'Ame du Monde 
et de l'Esprit pur sur ce tabernacle et sur ce théurge. » (La Mission 
des Juifs, p. 440). 

Nous partagerions sans réticences l avis du savant auteur, pourvu 




3-2; 



LA CLEF DE LA MAGIE KOI RE 



fique. L'étude sagacc des prescriptions relatives au ta- 
bernacle mettrait sur la voie de bien des mystères, inouïs 
pour nos contemporains. Tout a son importance, l'orien- 
tation du tabernacle, la structure compliquée de l'Arche, 
le Voile, l'Autel des parfums (qui est d or), l'Autel des 
holocaustes (qui est d'airain) avec sa grille, le Chandelier 
aux sept branches et aux vingt-deux coupes, le Bassin 
des ablutions avec sa base, et les Colonnes du temple et 
les Rideaux du parvis, etc., et, par-dessus toute chose, 
la disposition réciproque de ces objets consacrés. Les 
indications significatives abondent, que souligne encore 
le Rituel des cérémonies. 

Les ingénieurs des temples thébains et memphites sem- 
blent avoir poussé l'étude approfondie des forces fluidi- 
ques ou mystérieuses bien au delà du possible contrôle 



qu'il convint avec nous que Ihùah ou lodhévè (,T,T). le Dieu-Nature, ne 
se manifeste aux sens physiques, par des phénomènes anormaux, que 
moyennant la médiation d'un homme, ou d'une collectivité humaine 
(terrestre ou céleste); d'une Puissance adamique en un mot : laquelle 
Puissance met en œuvre, dans une intention particulière et contingente, 
les divers agents dont la Divinité ne dispose que pour un usage uni- 
versel et transccndantal. 

C'est d'ailleurs en mrp que l'homme-synthèse et Dieu manifesté 
révèlent à l'ésotéricien leur identique essence ; mais lo Tout divin ne 
prend l'initiative que de l'ensemble cosmique ; les détails sont du res- 
sort du sous-multiple hominal. 

M. de Saint- Yves, après avoir détaillé les merveilles théurgiques ac- 
complies par Moïse, conclut en ces termes : « Telle était la puissance 
de la Sagesse et de la Science antiques, au sommet de l'initiation do- 
rienne, quand, chose rare, l'Époptc se trouvait être un homme de 
génie, capable de manifester la Divinité d'une manière convenable. » 
{Ibid., p. 464). 

Cette phrase, fort significative, semble mettre notre opinion d'accord 
avec celle de leminent occultiste, et nous en sommes très flatté. 





LA ROLE DU DEVENIR 



325 



de nos savants positivistes du jour; mais les connaissan- 
ces que Moïse devait à la culture ésotérique égyptienne 
n'étaient pas moins positives que les leurs. 

L'Être-des-Êtres, que ce théurge a si bien connu 
(rpntf HTS rVHN) (Aehïeh ashev Aehïeh), l'universel 
Principe mâle dont il a poursuivi la notion jusqu'en son in- 
sondable Unité (Hod ou Wodli), n'a rien qui soit accessible 
aux yeux charnels. Il n'agit sur la matière que par les lois 
préétablies... Toute Puissance d'En haut qui se manifeste 
par des phénomènes et se révèle à nous par d'autres in- 
termédiaires que la lumière occulte des Intelligences, ne 
peut être qu'une Divinité de remplacement. 

Quel est donc cet allié divin que Moïse évoque dans la 
détresse ou le péril; ce céleste Interlocuteur qui le con- 
seille, le réconforte et l'instruit? avec lequel il discute et 
dont il détourne la colère embrasée (1)? 

Qu'on lise, au chapitre xxxm du Ueuteiwiome, cette 



(1) « ... Commo la sédition se formait ot que le tumulte s'augmen- 
tait. Moise et Aaron s'enfuirent au tabernacle de l'Alliance. Lorsqu'ils 
y furent entrés, la nuée les couvrit, et la gloire du Seignour parut de- 
vant tous. 

« Et le Seigneur dit à Moïse : « Retirez-vous du milieu île cette mul- 
« titude, je vais les exterminer tous présentement. » Alors, s'étant 
prosterné contre terre, Moïse dit à Aaron : a Prenez votre encensoir, 
« mettez-y du feu de l'autel et de l'encens dessus, et allez vite vers le 
« peuple, afin de prier pour lui ; car la colère est déjà sortie du trône 
« de Dieu, et la plaie commence à éclater. » 

• Aaron Otce que Moïse lui commandait; il courut au milieu du 
peuple que le feu embrasait déjà, il offrit l'encens, et, se tenant debout 
entre les morts et les vivants, il pria pour le peuple, et la plaie cessa. 

« Le nombre de ceux qui furent frappés de cette plaie fut de qua- 
torze mille sept cents hommes, sans ceux qui avaient péri dans la 
sédition de Coré... » 

(Nombres, ch. xvi, ( V\ 42-49. Traduction Le Maistre de Sacy.) 




! 



326 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 

sublime vision du Sinaï : des milliers d'Élus, réintégrés 
aux privilèges de la divine Essence, se pressent en une 
apothéose colossale, dans la fulgurante lumière d'Ihôah 
(t. 2). Le voilà, l'Allié céleste : il s'est levé de Séir ! 

La grande Communion des Saints de l'initiation do- 
rienne, telle est donc Y Entité collective avec qui Moïse 
est en constant rapport, organique, hiérarchique et ma- 
gique! 

Tel est le Dieu de sa Théurgie, — la plus haute, la 
plus sainte, la plus légitime qu'Épopte ait jamais prati- 
quée. 

Voilà l'Ame de lumière et l'Esprit de Vérité que vou- 
lait insuffler Moïse au cœur du peuple de son choix. 

Un peuple « de col roide (1) », cet Israël nouveau; ré- 
sistant, indomptable, mais obstiné et inflexible aussi î 
L'incarnation se fait mal... Un instant, l'Allié céleste 
perd espoir et patience et se désintéresse de la race juive ; 
il parle de la sacrifier, et d'établir Moïse à la tête d'un 
autre peuple plus grand et plus fort (2). C'est Moïse qui 
l'en dissuade. 

Car cette race est brillante de vertus, parmi les ténè- 
bres de ses vices. Elle pourra se vautrer en fait dans la 
plus crapuleuse idolâtrie ; rien n'effacera le dogme mo- 
nothéiste, imprimé au fer rouge dans la chair de son 
cœur : lliôah JElohîm est un Dieu unique! — Puis, tel 
qu'un dragon commis à la garde d'un inestimable tré- 
sor, le défend sans l'ouvrir et sans le connaître, Israël, 



(1) Exode, xxxm, fi. 3 et ,H. 

(2) Xombre», xiv, 12. 



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LA ROUE DU DEVENU* 



327 



se transmettant de génération en génération le précieux 
dépôt de la Genèse, cette réserve ésotérique du passé, 
grosse de l'avenir intellectuel d'un monde, Israël va mé- 
riter le titre de gloire hiéroglyphiquement inclus dans 
son nom : Stf"fcO"U% manifestation rayonnante de 
Dieu. 

L'essentiel est garanti de la sorte ; la race juive satis- 
fait à sa mission. Dans les limbes de l'Inconscient pro- 
phétique, jusques aux temps prescrits, sommeille encore 
la Parole qui sauve!... 

Cependant, les successeurs du grand théocrate seront 
la plupart au-dessous de leur tâche, si facile et si simple 
comparée à la sienne. La lumière d'/Elohim va d'abord 
s'affaiblir, puis s'éclipser par degrés jusqu'à totale obs- 
curation. Entre la Vérité vivante évoquée par Moïse et le 
Sacerdoce même élu par lui pour en devenir le récepta- 
cle, un rideau de brumes s'interposera, ténébreux. A la 
faveur du crépuscule, les pontifes de la pire Goëtie por- 
teront l'abomination dans le lieu saint; et la Lumière de 
gloire de Sina ne se fera plus connaître aux Nabis que par 
intermittences, en de rares éclaircies, ou parmi les om- 
bres et les reflets d'une épiphanie orageuse. 

Revenons à Moïse et résumons-nous. Ses rapports 
religieux avec l'Invisible apparaissent multiples et di- 
vers. 

1° Ce prophète a surpris et extatiquement pratiqué 
V Absolu divin, dans le tabernacle de son incommunica- 
ble Unité. 

2° Il a connu, adoré, glorifié Ihôah /Elohîm, savoir 
Dieu manifesté dans la Nature par son Verbe éternel. 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Ihôah n'est-il point resté le Dieu d'Israël par excellence ? 

3° Moïse a fait alliance théurgique avec YÊgrc'gore de 
la grande Communion des Élus. — Le mystique interlo- 
cuteur du théurge, l'Adonaï personnel réalisant Y Image 
divine, n'est autre que le plus sublime des Collectifs hu- 
mains, réintégré dans la Loi du Règne de Dieu. 

4° Enfin, certaines prescriptions du culte sanglant de 
Moïse donneraient à penser qu'il entretenait de massives 
colonnes de substances élémentales ou lémuriennes, qui 
devaient lui servir pour les œuvres de sa Magie sacer- 
dotale, lorsqu'il ne jugeait pas à propos de recourir aux 
prérogatives de son alliance, et d'évoquer l'Égrégore. 

Voilà des nuances bien complexes pour le discerne- 
ment des sémites « au col roide ». Engagé par son chef 
dans ces multiples voies de l'Art sacerdotal, le peuple 
hébreu, ignorant comme il l'était, fût tombé prompte- 
ment dans l'idolâtrie. Or Moïse voulait, avant tout, im- 
primer le verbe monothéiste dans la conscience d'Israël ; 
il voulait que son dogme unitaire fût l'étoile sainte des 
destinées juives. Aussi, réservant pour les initiés de 
tradition orale toutes ces périlleuses distinctions, il se 
garda bien d'en embarrasser son peuple. 

En toutes circonstances, c'est toujours Ihôah iElohim 
qu'il met en avant. 11 est Tunique Adonai, le Seigneur, 
dieu d'Israël. 

Des ennemis sont-ils taillés en pièces ? Le Seigneur 
les a livrés au bras vengeur de son peuple... — Un pas- 
sage de cailles pourvoit-il à la nourriture des juifs au dé- 
sert? Le Seigneur a envoyé des cailles... — Une dé- 
charge fluidique a-t-elle foudroyé Nadab et Abiu, cou- 



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LA ROl'E DU DEYRNIH 



329 



pables d'une imprudence en offrant l'encens? Une flamme 
sortie du Seigneur les a dévorés (i). 

Dans les envoyés de Dieu, c'est Dieu que le rédacteur 
de la Genèse enseigne à voir. C'est si vrai, que Jacob, 
ayant lutté avec l'Ange, donne au lieu de la rencontre 
« le nom de Phanuel ou Phcniel, c'est-à-dire la face de 
Dieu, en disant : J'ai vu Dieu l'ace à face, et cependant, 
mon âme a été sauvée (2). » 

Presque toujours, quand Moïse parle du Seigneur à 
propos d'un fait historique ou d'une prescription sacer- 
dotale, et non point au sujet des mystères cosmogoniques 
ou théogoniques, c'est son Allié céleste qu'il entend ; 
c'est-à-dire la plus noble Entité collective qui puisse hu- 
mainement représenter et divinement suppléer l'Ètre- 
des-Êtres. 

Si l'on insistait pour mieux connaître cet Égrégore 
de la grande Communion des Élus, nous n'hésiterions 
pas à le désigner par son vrai nom : StfDS, MICHAEL. 

Michaël est (pour notre tourbillon), le tabernacle du 



(1) Les manifestations ignées ou fulgurantes, à travers quoi le Sei- 
gneur se révèle et rend des oracles, frappe ou guérit, prononce la bé- 
nédiction ou l'anathème, etc., — manifestations qui abondent à toutes 
les pages de la Bible, — ont fait délirer bien des exégètes. Jéhovah 
(ose écrire M. Renan), • ce bizarre agent électriforme •» (p. 290), « est 
le Roûah universel sous formo globale, uno sorte de masse électrique 
condensée » (p. 289». (Histoire d Israël, t. I. passim.) 

Pareils commentaires, qui témoignent peut-être chez leur auteur de 
plus de naïveté encore que de malice, somblent la mieux éloquente 
critique du système juif d'exclusive centralisation diviniste. Tout ra- 
mener exotériquement au Jéhovah personnel, c'est éluder les interpré- 
tations polythéistes qui pourraient naître en l'esprit des foules... Mais 
toute médaille a un revers. 

(2) Genèse, xxxu. y. 30. 



330 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Seigneur ; or il est écrit : « In sole posuit Deus taberna- 
culum suum... » Notons ici que Michaël n'est qu'un 
/Eloha d\4Slohim, qu'un membre vivant de Ihôah Ado- 
naï, le Verbe éternel ; enfin» qu'Adonai même n'est que 
la manifestation de Wodh ou d'Atn-Soph, *pD , le 
Dieu suprême et irrévélé. 

Par rapport à l'Absolu, c'est-à-dire contemplé de haut 
en bas, le Verbe universel est l'Homme typique, l'Adam 
Kadmon du Zohar; relativement à nous, c'est-à-dire 
conçu de bas en haut, le Verbe est Ihôah lui-même, ou 
Dieu manifesté. 

Ainsi l'homme-synthèse et Dieu manifesté se confon- 
dent, et dans cette identité sublime (1) réside un des plus 
profonds mystères de la tradition kabbalistique. o Qui 
peut accorder ensemble (dit Éliphas) le Dieu de la terre 
et l'Homme du Ciel, en touchant au point fixe de leur 
union : celui-là a trouvé le G.'. A.*.; arcane indicible, 
puisque c'est l'alliance du Kether humain et du Rether 
divin, figurée par la lutte de Jacob avec l'ange. Parcet 
arcane, Lucifer se fait Dieu, non plus en se révoltant, 



(1) « La lance composée de quatre métaux (voy., pour la description 
de ce symbole, Des Erreurs et de la Vérité, Edimbourg, 1775, in-8», 
p. 35) n'est autre chose que le grand nom do Dieu composé de qua- 
tre lettres nï.-p. C'est l'extrait de ce nom qui constitue l'essence de 
l'homme; voilà pourquoi nous sommes formés à l'image et à la res- 
semblance de Dieu : et ce quaternaire que nous portons, et qui nous 
distinguo si clairement de tous les tUres de la nature, est l'organe et 
l'empreinte de cette fameuse croix, dans laquelle l'ami Bœhme nous 
peint si magnifiquement l'éternelle génération divine, et la génération 
naturelle de tout ce qui reçoit la vie, soit dans ce monde, soit dans 
l'autre. • (Correspondance de Saint-.\fartin avec le baron Kirchberger 
de Liebistorff, p. 45). 



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l\ ROUE DU DEVENIR 



mais en obéissant librement à Dieu. Qui aures habet 
audiendi audiat!... C'est le Non-ens d'en-haut équilibré 
par celui d'en-bas, et de ces deux négations jaillit une 
affirmation inattendue et immense, qui est adéquate à 
l'homme-dieu (1). » 

Pour en revenir à l'Allié de Moïse, sa déification exoté- 
rique se légitime par une frappante analogie. Puisque 
Chrishna, manifestant Wishnou sur la terre, a pu légiti- 
mement dire : Je suis Wishnou ! — pourquoi Michaël, 
manifestant Ihôah au Ciel des âmes, ne pourrait-il pas 
dire : Je suis Ihôah? 

Si quelque Puissance a le droit de prendre exotérique- 
ment le nom de l'Étemel, c'est bien cette vivante Syna- 
gogue de ses Élus, la plus haute expression collective du 
Verbe humain divinisé ! 

Néanmoins, en donnant le Dieu qui se manifestait dans 
la nuée pour l'éternel Dieu-des-dieux, Moïse a fait en 
quelque sorte ce dont l'auteur juif du Seplier Toldos in- 
crimina plus tard Jésus de Nazareth : d'avoir montré 
aux nations, comme étant la véritable pierre cubique du 
Temple, un cube d'argile fait à la ressemblance de cette 
mystérieuse pierre de l'angle, qu'il n'était parvenu à dé- 
rober... 

Il ne nous appartient pas d'en dire davantage. Nous 
n'avons nulle autorité pour juger Moïse, pas plus que le 
Kabbaliste auteur du Sepher Toldos Jeschu n'était qua- 
lifié, ce semble, pour se faire l'arbitre de notre Messie. 



(1) Correspondance de l'Abbé Constant avec le baron Spédaliéri, 
Mss. Cahier, p. 72). 



332 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Ce grimoire syro-chaldaïque, presque contemporain 
de Jésus-Christ, accuse le « fils de Miriam » d'avoir ac- 
compli tous ses prestiges à laide du Nom incommunicable 
ttHHSOn 3^ (Schéma Hamphorasch), dérobé au temple 
de Jérusalem, dont il aurait forcé les portes par de cou- 
pables enchantements.Suivent des récits de prodiges plus 
surprenants encore que ceux des Évangiles... Retenons 
ce fait au passage, que les miracles de Jésus étaient 
chose hors de doute au sentiment des Juifs de son temps. 

Nous aurions pu nous étendre beaucoup plus sur le 
mode de génération comme sur le rôle des Entités col- 
lectives humaines, étudiées soit au point de vue reli- 
gieux, soit au point de vue social. Le peu d'exemples 
que nous avons proposés serviront de jalons de repère, 
pour le cadastre d'une région peu fréquentée des pen- 
seurs. Nous nous flattons d'avoir dit à ce sujet des cho- 
ses assez neuves et généralement insoupçonnées. 

L'intégration collective est une réalité aussi constante, 
sur les plans astral et psychique, que les combinaisons 
de la chimie, par exemple, sur le plan matériel. 

Bien des questions laissées dans l'ombre à dessein s'é- 
claireront, si l'on sait faire usage de la loi, si féconde 
en imprévu, dite de l'analogie des contraires. 

Ainsi, la Communion des Saints, dont Michaël est la 
personnification lumineuse, comporte pour antithèse la 
Synagogue des pervers, dont l'incarnation ignée sera 
Samaël SsDD, le Satan ésotérique de la Kabbale. 

Il messiérait de confondre ce Collectif caco-psychique 



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LA ROUE DU DEVENU! 



333 



(d'une réalité formidable à de certaines époques, quand 
des divisions intestines ne stérilisent point sa vigueuren 
l'opposant à elle-même), — avec le Satan légendaire, 
griffu et cornu, digne fils des imaginations fanatiques et 
qui n'est, comme on Ta laissé entendre plus haut, qu'une 
Image astrale vitalisée... 

Nous terminerons ce chapitre par quelques strophes 
très remarquables du marquis de Saint-Yves (1), tou- 
chant Samaël. On y verra la description, plus vraie que 
réslle, du phénomène dont, page 310, nous réservâmes 
l'examen : savoir, ce que peut être le corps astral totalisé 
d'une Entité collective, aux yeux du Voyant admis à ce 
très exceptionnel spectacle : 

c Quand la nuit vient, Satan, dans la forêt de chênes 
Sonne, et son vrai Sabbat accourt, éclairs de haines 

Roulant des sombres monts. 
Les Vosges, répondant aux Alpes, tonilrucnl, 
Et, dans cette clairière où leur chef luit, se ruent 

Des troupeaux de Démons. 

c II en vient de partout; ils ont toutes les formes 
Des Vices accouplés aux Passions difformes, 

Eternel rut boueux ; 
Il en vient du sommet de toute Hiérarchie, 
II en jaillit du gouffre où gît toute Anarchie, 

Et tous sont monstrueux... 

« Au milieu, double corne au front, Monstre électrique, 
Le vrai Satan, celui du Rit ésotérique, 
Météore géant, 



( t ) Jeanne d'A rc victorieuse, pages 113-114, pastiiit . 




33 * 



LA CLEF DE LA MAGIE X01KE 



Assis sur un Dolmen, les regarde et préside; 
Kl tous disent : — c Salut au premier Homicide, 
Koi des rois du Néant ! » 



c A ces mots, rayonnant, Flamme et milliers de flammes, 
Satan a resplendi, car ces Feux sont les Ames 



Du front aux pieds, selon le crime ; et sous son aile 
Droite ou gauche, selon que TA me criminelle 
Fut homme ou femme ici (i)... • 



<h L'auteur aurait pu dire aussi justement: 

«< ... Selon que l'àmc criminelle 
Est homme ou femme ici. • 

Les âmes criminelles des vivants font aussi bien partie du corps de 
Samaèl que les âmes perverses des morts, — cl cela est un grand 
mystère. 



Qu'il s'incorpore ainsi 






(Section 1 1 ) 

La Force (onze) sa Énergie = Ses moyens 
de déploiement (Force de la Volonté). 

Chapitre IV 

FORCE DE LA VOLONTÉ 



A volonté! 

Le Tarot des bohémiens porte inscrit, sur 
son feuillet onze, le simple et majestueux em- 
blème de celte déesse. 

On y voit une jeune fille, debout dans les plis d'un 
manteau d'apparat, et coiffée du signe cyeliquede la Vie 
universelle 00, dompter sans le moindre effort un lion 
en fureur, dont elle dot des deux mains la gueule rugis- 
sante. Sur son visage transparait la sérénité de la Force 
consciente d'elle-même ; l'altitude est si calme qu'on y 
lirait l'indolence, si la virilité de F acte n'infligeait un dé- 
menti à l'expression placide des traits. 

Son genou fait saillie sous la robe, il semble ployé (l). 
Cet indice donne à penser que l'hiéroglyphe original la 
peignait assise. Sans doute un cartier malhabile, repro- 

(1) Voir les éditions anciennes du Tarot. 

22 




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.'±38 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



duisant l'emblème primitif, aura cru pouvoir supprimer 
le fauteuil, sans prendre soin de redresser entièrement 
la posture du sujet. 

Ce détail fautif se trouve corrigé dans le Tarot cTEt- 
teilla, qui date de la fin du xviu* siècle. La déesse y est 
peinte sur un trône; contre son genou repose la tête du 
lion apaisé, qui va s'endormir. Une fois, par hasard, 
Etteilla nous semble avoir vu juste. 

Qui ne connait, au moins de nom, ce perruquier gen- 
delcttres, contemporain de Mesmer et de Cagliostro ? 
Peu enthousiaste de son gagne-pain cosmétique, il s'en 
élut un autre, et cultiva fructueusement les hautes 
sciences, en particulier celle du Tarot, que le savant 
Court de Gébelin venait de mettre à la mode : bref, le 
digne coiffeur, qui se nommait tout simplement Alliette, 
s'établit astrologue, devin et philosophe hermétique, 
sous son nom inversé d'Etteilla. Il ne manquait ni de 
clairvoyance naturelle, ni d'une certaine érudition tu- 
multueuse et mal digérée. En son domicile de la rue de 
l'Oseille, au Marais, Etteilla, « professeur d'Algèbre 
(comme il s'intitulait) , astro-phil-astre et restaurateur 
de la cartonomancie pratiquée chez les Égyptiens, » 
donna, moyennant salaire honnête, des consultations et 
des leçons particulières. La vogue lui futbientôt acquise; 
il fit fortune et roula carrosse. Malheureusement, il se 
mêla d'écrire, et ses œuvres, — qu'on réunit d'ordinaire 
en deux forts volumes, ornés de figures en taille-douce,— 
ne donnent pas l'idée de ce que pouvaient être ces fa- 
meuses consultations divinatoires, qui ont fait courir 
tout Paris. — Doué d'une perspicacité peu commune, et 



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FOUCE DE LA VOLONTÉ 



d'une grande aisance dans le maniement des nombres et 
des figures, il étonnait chez lui, le crayon ou le compas 
à la main, parmi les bizarreries de ses diagrammes et le 
bariolage de ses tarots. Mais l'illusion tombe, en lace de 
son œuvre écrite. Cette pénible compilation, sans ordre 
ni clarté, trahit le manque d'instruction première et ne 
soutient pas la lecture... Etteilla fit pis encore: il publia 
une édition expurger du Tarot ! On peut dire que la fan- 
taisie laborieuse mais biscornue de ce singulier correc- 
teur a bouleversé de fond en comble les arcanes du Livre 
de Thoth, intervertissant Tordre des lames, el parfois 
substituant aux vieux symboles magiques les caprices 
d'une imagination superlativement brouillonne et déré- 
glée. Une fois ou deux, néanmoins, il a rencontré juste, 
— et c'est, en vérité, le cas du feuillet qui nous occupe. 

La onzième clef du Tarot s'explique et se commente 
d'elle-même. La déesse, assise ou debout, signifie tou- 
jours la Volonté vivante, dont la vertu, décuplée par Ten- 
trainement, dompte sans effort la rébellion des forces 
instinctives et passionnelles. 

Le lion, qui symbolise ces dernières, figure aussi leur 
milieu nourricier, la lumière astrale, dont il est un des 
plus antiques hiéroglyphes. A ce point de vue, le pen- 
taclc exprime l'empire qif exerce la Volonté sur les fluides 
hyperphysiques, les Esprits élémentaires et les Lémures 
qui hantent la région sans limite. 

L'apocryphe des Oracles de Zoroaslre, que nous avons 
déjà cité, à propos des mirages errants, désigne le lion 
comme la figure synthétique en quoi se résument, quand 
le voyant prolonge son extase, toutes les Puissances 



340 LA CLEF Dfc LA MAGIR NOIRE 



hallucinantes du royaume astral. « Cernes omnia leo- 
nem (1) », dit le texte latin. 

« Le signe [zodiacal] «lu lion (peui-on lire au Irès estimable 
traité de Liglit of Egypt), symbolise la force, le courage et le 
feu... Kubbalistiqtienieiit, le signe du Lion ligure le cœur du 
Grand Homme, et représente le centre vital du système circu- 
latoire lluidique de l'humanité. C'est aussi le tourbillon de 
feu de la vie physique (2). * 

Telles sont les forces, également insurrectionnelles 
dans le monde et chez l'homme (dans les sphères du 
Macrocosme et du Microcosme), et que !a Volonté do- 
mine et dirige magiquement, — comme l'adepte des mys- 
tères chaldéens faisait des lions sacrés, nourris dans le 



(1) Le chapitre des Démons et des Sacrifices, où se lit cette phraso. 
constitue une page essentielle, au point de vue des rites théurgiquos : 
Kli plias Lévi en a donné une belle traduction (Histoire de la Magie. 
pages . r i8-60). 

Os curieux Oracles, recueillis dans les livres des alexandrins, qui 
volontiers s'y réfèrent, ont été imprimés par François Patricius. on 
tète de sa Magia Phitosnphica (llaitibtirgi, l.V.)3, pet. in-8o). On les 
trouve également in-extenso dans le Trinum magicum (Fraucofurti. 
iOlO ou 1603, in-12, pages 32040 1). La citation que nous avons faite 
se trouve à la page 315 de ce dernier recueil. 

(2) La Lumirre d'Egypte (traduction française), Paris, Chamuel, 
I8ÎK», in -4°, fi g. (Page 18o, passim). 

Cet important traité, dont nous venons de prendre connaissance 
(Décembre 189j) est à la fois un curieux ouvrage et une bonne action. 
Il n'est pas sans tache?, et plusieurs des critiques émises à son sujet 
semblent fondées. Néanmoins, bien que nos vues rie concordent pas 
sur tous les points avec celles de l'auteur, nous nous permettrons de 
recommander à notre public la Lumière d'Egypte. Certaines pages de 
ce livre nous ont paru émaner d'une source particulièrement intéres- 
sante. Knfin. pour emprunter une expression familière à Saint-Martin 
(comparant les diverses nourritures de l'intelligence), c'est quelquefois 
« du très bon ». 



* 



m 

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\ 

FORCE DE LA VOLONTÉ 341 



temple en vue des épreuves, et qu'il devait rendre do- 
ciles au magnétisme du geste et de la voix. 

Quant à l'héroïne symbolique de l'emblème, nous la 
préférons assise, car elle représente alors la Volonté 
calme et robuste, sur le trône de l'inébranlable Raison. 
Et le fauve, vaincu par le double prestige de la fermeté 
jointe à la douceur, repose son mufïle apprivoisé sur les 
genoux de l'Immortelle î 

L'indication n'est point négligeable encore, que fournit 
le signe vital universel placé sur la tète de la déesse. Il 
proclame, — ce huit renversé, — qu'en tous lieux de 
l'univers où la vie étend son empire, la Volonté humaine 
peut saisir le sceptre, et (pie sa sphère d'action n'a pas 
d'autres frontières que celles mêmes de l'existence cos- 
mique, soit occulte ou manifestée. 

La Volonté de l'homme, ainsi que Fabre d'Olivet l'a 
magistralement établi, constitue l'une des trois grandes 
Puissances qui régissent l'Univers. 

Dans l'individu, comme dans l'être collectif humain, 
la Volonté embrasse et maîtrise de son étreinte unitaire 
les trois vies instinctive, animique et spirituelle, qui ali- 
mentent et soutiennent trois modifications de la Psyché : 
l'àme sensitive, l'âme passionnelle et l'àme intelligente. 
Le siège central de la Volonté réside en la partie mé- 
diane de l'Être humain ; mais cette faculté peut s'amoin- 
drir ou s'accroître, descendre dans l'instinct ou ascendre 
dans l'intelligence, pour y séjourner plus ou moins à de- 
meure. 

Ces choses remémorées succinctement, car le Lecteur 



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342 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



les connaît déjà, notifions encore ce fait que nous atteste 
l'unanimité des traditions sacerdotales : qu'en la sphère 
d'Kdcn, avant la chute, la volonté d'Adam-Ève était créa- 
trice, sans restriction ni tempérament à ce pouvoir quasi - 
divin. L'homme universel exerçait la souveraineté dans 
toute Tétendue de l'enceinte organique dont il occupait 
le centre ; il y régnait au même titre que les autres 
dieux, — consubstantiels au Verbe comme lui, — régnaient 
chacun dans sa sphère propre ; au même titre enfin, s'il 
le faut dire, que ce Verbe divin lui-même régnait au plé- 
rôme intégral de la Divinité. 

La Volonté d'Adam était le seul support des êtres in- 
nombrables dont il avait peuplé son domaine ; en sorte 
qu'il pouvait, d'une seule volilion, « les porter en un 
moment de l'être au néant et du néant à l'être ». Cette 
formule significative est de Fabre d'Olivet. Nous ne ré- 
sistons pas au plaisir de citer ici quelques lignes de ce 
grand maître, qui met dans la bouche d'Adam un dis- 
cours où notre premier père décrit, en style transparent 
encore t\ue.rotérique> les conséquences de sa témérité, et 
toute l'horreur de sa déchéance. 

« Lp cours (pio suivait ma vie dans l'éternité s'arrêta; tout 
s'arrêta autour de moi ; et je vis, avec une indescriptible stu- 
peur, (pie toutes les productions de mon Éden, et toutes les 
créatures que j'y avais mises, consolidées par une force qui 
m'était inconnue, ne dépendaient plus des actes de ma vo- 
lonté. Un mouvement rétrograde avait tout envahi. Emporté 
avec tout le reste dans ce mouvement épouvantable, c'est en 
vain que j'essayerais de te peindre mon angoisse... C'est au 
milieu de cette angoisse que la voix du Très-haut se (il en- 
tendre à moi, et que sa miséricorde daigna y mettre un terme 
en changeant, par sa toute-puissance, le mode de mon exis- 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



tenoe, que rien autre ne pouvait changer. Alors je pris des 
formes analogues à celles que mes productions avaient 
prises. Je devins corporel comme elles. L'Éternel Dieu aurait 
pu sans doute anéantir nies productions ; mais comme la 
souffrance, qui était la suite inévitable de ma faute, ne pou- 
vait se guérir qu'en se divisant à l'infini, et que, plus elle 
était partagée et divisée, plus elle devenait supportable, et 
tendait d'autant plus vite à s'elTucer, il daigna faire concourir 
a ma guérison toute la nature corporelle qui était mon ou- 
vrage. Ainsi la masse de douleurs qui devait peser à l'avenir 
sur la totalité des hommes à naître de moi, fut allégée dans un 
très grand degré par le partage qui en fut fait sur les ani- 
maux... Ils n'étaient pas plus innocents que mes descendants 
ne le seront ; car, encore une fois, tous ces êtres, sous quel- 
que point de vue qu'on les considère, ne sont que moi, que 
moi-môme, dont l'unité est passée à la diversité (I). » 

Primordialement, en Éden, les volitions de l'homme 
s objectivaient donc, dans l'instant qu'il les proférait. — 
Depuis la chute et la dissémination d'Adam-Êve en de 
multiples humanités à travers le temps et l'espace, cette 
magnifique prérogative créatrice semble ravie à l'hom- 
me (2). Aux yeux de l'observateur superficiel, la Volonté 
de chaque individu n'a plus sur la matière d'action 
réelle et directe que dans les limites du corps matériel ; 
même en cette sphère étroite, son autorité ne s'exerce 
que sur certains organes; le système nerveux moteur 
reste soumis k la Volonté; mais sur les nerfs sensitifs, 
son empire est presque nul. 



(1) Caïn, pages 211-212, passim. 

(2) L'être qu'ici nous appelons l'homme, c'est, — qu'on ne s'y 
(rompe pas, — le sous-multiple adamique, Adam halha-aretc 
yiXH S? au degré d é%olution où il se trouve actuellement sur 
la terre. 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Tel est, en deux mots, — à première vue, — le misé- 
rable bilan terrestre de cette faculté déchue... 

Mais, à observer les choses de plus près, pareille dé- 
chéance ne serait-elle pas plus apparente que réelle? Les 
cas n'abondent-ils point, où la Volonté reconquiert spon- 
tanément quelque influence directe sur les êtres et les 
choses du monde extérieur? Un peu d'entraînement enfin 
ne rend-il pas à cette faculté une part de son énergie 
virtuelle? N'en peut-on pas alors faire magiquement 
usage, pour le mal ou pour le bien? — Au point où 
nous en sommes de ce travail, la réponse n'est plus dou- 
teuse. C'est elle qui fera l'objet du présent chapitre. 

Consultons la Genèse. Quand Ihôah chasse du « para- 
dis terrestre » le couple symbolique, voici les termes de 
la sentence qu'il signifie à la Femme, type expressif de la 
faculté volitive d'Adam : — « Je multiplierai le nombre 
des obstacles physiques de toutes sortes, opposés à l'exé- 
cution de tes désirs, en augmentant en même temps le 
nombre de tes conceptions mentales et de tes enfantements. 
Avec travail et douleur tu donneras l'être à tes produc- 
tions, etc. (I)... » Telle est la traduction profonde de 
Fabre d'Olivet. La version exotérique de Le Maistre de 
Sacy renferme un sens tout pareil, sous une image plus 

■ 

enveloppée : « Je vous affligerai de plusieurs maux pen- 
dant votre grossesse; vous enfanterez dans la douleur, 
etc. (2)... » 

Le Seigneur ne frappe donc point de stérilité la puis- 

(1) Langue hébraïque restituée, tome II, page 316. 

(2) Genèse, chap. m, > v . 16. 



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FORCE DK LA VOLONTÉ 



345 



sance volitive dont Ève est le svmbole; il la condamne 
à multiplier de laborieux efforts, pour obtenir un moin- 
dre résultat. 

La désintégration de l'Homme universel, et l'empri- 
sonnement de ses sous-multiples en des geôles de chair, 
opaques, et massives, — tels sont les obstacles qui, 
sous la loi de déchéance, entraveront dès l'abord la fa- 
culté créatrice dévolue à la nature humaine. Tout épar- 
pillement substantiel comporte une diminution quanti- 
tative de la force lice à cette substance; et l'obseuration 
d'une enveloppe translucide autour d'un centre lumineux 
ne va point sans une altération qualitative, au moins ap- 
parente, des rayons qui émanent de ce foyer. 

Mais dans l'acte même de bâtir cette prison temporaire 
— le corps, — quel merveilleux pouvoir créateur déploie 
la Volonté! Comme elle triomphe, jusqu'en son humilia- 
tion ! Ici, elle est collective et essentielle, non pas encore 
individuelle et réfléchie. 

L'individu qui s'incarne ne se doute point, — plongé 
d'ailleurs en un engourdissement profond, — qu'un ar- 
chitecte et des ouvriers d'essence identique a la sienne 
travaillent à lui construire une habitation congruente à 
son nouvel état. L'édifice s'élève, en d'autres termes, 
sans qu'il en ait conscience : car celui qui trace le plan 
comme ceux qui l'exécutent ressortissent à cette moitié 
obscure de l'être humain, que nos psychologues moder- 
nes commencent à soupçonner sous le nom (Y Inconscient. 

L'Inconscient est cette Entité absconse qui se manifeste 
en nous, cet alter ego, ce Moi non-moi qui pense, veut 



■ 

346 



LA f.LRF DE LA MAGIE NOIRE 



et agit dans notre intérieur, sans que nous ayons nul 
sentiment, parfois nulle notion, de ce penser, de ce vou- 
loir, de cet agir, étrangers et nôtres tout ensemble. Si les 
philosophes ont assigné pareille dénomination à cette 
chose si malaisée à définir, ce n'est point quelle appa- 
raisse inconsciente en soi, ils n'en savent rien; c'est 
seulement parce que nous n'avons point conscience 
d'elle. 

Notre Volonté propre, tout d'abord, consciente lors- 
qu'elle s'élève dans les modifications supérieures de l'ê- 
tre (intelligence, sagacité), ou qu'elle se maintient dans 
l'entendement et la raison, — ne l'est plus quand elle 
s'exerce dans le sentiment pur ou qu'elle descend dans 
l'instinct. 

Il y a en outre, par rapport à la conscience individuelle 
(qu'on la suppose ou non développée), deux Inconscients 
collectifs : celui d'en haut et celui d'en bas. L'architecte 
du corps appartient à l'Inconscient supérieur, à l'Ame 
humaine collective par quoi l'Esprit universel se mani- 
feste. Cet architecte est la Volonté de l'Espèce. — Quant 
aux artisans, ils relèvent de l'Inconscient inférieur et se 
meuvent dans le rovaume de l'Instinct : ce sont les éner- 
gies moléculaires que le Corps astral, cet entrepreneur de 
la bâtisse, évertue en les unifiant, et qui deviennent les 
âmes des cellules constitutives de l'organisme physique 
en voie de formation. 

Mais entre l'architecte et l'entrepreneur, — entre la 
Volonté de l'Espèce et le Corps fluidique de l'individu, — 
se place un intermédiaire, dont il faut bien toucher un 
mot. 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



347 



Puisque nous ébauchons le rôle de la Puisssance vo- 
litive, dans la manifestation des individus sur les plans 
astral et physique, — peut-être l'instant est-il venu de 
mentionner l'importance d'une faculté occulte assez peu 
connue, et qu'on pourrait définir la matrice psychique 
du corps astral. 

Sa notion formelle préservera les étudiants en Occulte 
de bien des quiproquos. 

En effet, sans mieux s'expliquer, les Occultistes ont 
coutume de dire : d'une part, que le corps astral, étant 
périssable, doit après la mort se dissoudre lentement 
dans l'atmosphère terrestre; —d'autre part, que l'adepte 
doit, dès ici-bas, élaborer (prétendent les uns), épurer 
(soutiennent les autres) son corps lumineux : lequel, à 
l'issue de la terrestre épreuve, servira de char à l'âme 
affranchie, pour atteindre la Citadelle ignée et parfaire sa 
réintégration dans l'Unité céleste... On s'y perd! 

Le malheur, c'est que certains enseignants ont tou- 
jours pris soin de confondre l'effet avec la cause : le 
corps astral avec la faculté plastique d'appropriation, 
pour ne pas dire qu'ils ont entièrement méconnu la na- 
ture de celle-ci. La faculté plastique n'est point un 
moyen-terme éventuel, un lien d'éphémère union entre 
le corps et l'àme ; elle tient d'une manière intime à l'es- 
sence de la Psyché, dont elle constitue l'instrument de 
précision et de mise au point pour les milieux où elles 
séjourneront ensemble. 

Notifions-le donc à ceux qui l'ignorent : toute âme indi- 



348 



LA CLEF DK LA MAGIE NOIRE 



viduelle est pourvue d'une faculté plastique (1) invisible, 
qui, docile à la Volonté cflieiente de l'Espèce (essence 
elle-même émanée du principe ou archétype), tisse sur 
ce modèle un vêtement fluidique à l'àme : un corps si- 
déral, plus ou moins subtil, selon les divers milieux as- 
traux qu'elle traverse. Si l'àme s'incarne sur une planète, 
c'est en vérité ce corps sidéral qui servira de patron k 
l'organisme matériel, dont les cellules s'agenceront en se 
juxtaposant sur les traits de son esquisse ignée. Mais, 
par ce fait, les deux formes corporelles, la visible et l'in- 
visible, consomment un indissoluble hymen : la destinée 
leur est commune désormais, jusqu'à l'heure où la mort 
de la première sonnera l'agonie de la seconde. 

C'est alors que, l'àme émigrant toute nue vers un 
autre séjour, la faculté plastique qui lui est inhérente 
aura mission d'élaborer pour elle un nouveau corps sub- 
til, vêtement approprié aux nouvelles ambiances. Jusque- 
là, celte faculté se bornait au rôle de régulatrice k l'é- 
gard de l'ancien. 

En effet, tant que l'àme humaine passe d'un milieu as- 
tral dans un autre sans s'incarner physiquement, le corps 
éthéré, expression actuelle de la faculté plastique, se subti- 
lise tour à tour ou se condense, afin de demeurer en har- 
monie avec le milieu nouveau qui le baigne. Mais si l'àme, 



(1) Ce que nous désignons par faculté plastique est connu des théo- 
soplii-s védantins sous un nom différent — Cf., à V Appendice du 
présent tonn\ la iiot«- brève, mais substantielle, où M. Paul Sédir a ré- 
sume les enseignements de l'Ksotérisine adwaïti sur ce point de doc- 
trine. On constatera qu'il n'y a guère de différence entre la notion 
védantine du Corps causal et notre conception de la faculté plastique 
efficiente. 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 349 



emportée au torrent des générations, s'engouffre en un 
corps de chair, où son élastique forme astrale, captive 
et comprimée à haute tension, va, par son dynamisme 
expansif guidant le travail cellulaire, pourvoira la crois- 
sance de l'organisation corporelle : une invincible affi- 
nité relie dès lors les deux effigies ; l'objective et la sub- 
jective. L'union terrestre est consommée entre elles; 
leurs destins sont inséparables désormais. 

Notre Public s'en souvient à coup sûr : Si loin que le 
corps astral, abmatérialisé durant le sommeil ou l'extase, 
s'éloigne de sa coque matérielle, une chaîne sympathique 
reste tendue entre elle et lui. Sa rupture occasionnerait 
la mort. Corps physique et corps astral appartiennent 
tous deux à l'orbe de la terre, et quoi qu'on en ait dit, 
ni l'un ni l'autre n'en peut outrepasser les secrètes 
limites : ceux qui savent ne nous démentiront pas. 

Lorsqu'un adepte, — mais le cas est si rare! — s'é- 
lance au delà de ces bornes, sur les ailes d'un corps 
éthéré, ce véhicule n'est point la forme astrale propre- 
ment dite. C'est le corps glorieux qu'a su élaborer cet 
adepte, réintégré dès ici-bas dans la plénitude de ses 
droits d'en haut: si bien qu'avant même de mourir, il 
est ressuscité d'entre les morts. Le corps glorieux (1), ce 

(1) Le corps astral est formé de la substance fluidique empruntée 
telle quelle au nimbe de la planète : car, — bien que nous soutcnions > 
à rencontre de certains magistes. que le corps astral préexistait à la 
conception du fœtus, — il reste certain pour nous qu'au cours de la 
gestation, sa substance lluidique se renouvelle entièrement, par des 
échanges avec l'astral terrestre. C'est une; conséquence nécessaire de 
son commerce avec le corps matériel qu'il informe. — Il ne s'agit plus 
d'une adaptation provisoire au milieu, comme quand le corps astral 
changeait d'atmosphère sans s'incarner: il s'agit d'une modification 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



4 char subtil de l ame », comme l'appelaient les Pythago- 
riciens, n'est point captif de l'attraction terrestre; mais 
son acquisition, posthume chez le plus grand nombre, 
ne peut s'effectuer sur cette terre qu'au bénéfice d'une 
rare élite. Quiconque y parvient ressemble au prisonnier 
qui réussirait, dans son cachot même, à construire l'ap- 
pareil aérostatique de son évasion. 

Ce cas est d'ordre exceptionnel ; voici la règle. — 
Chaque fois qu'après une mort physique, l'àme émigré 
vers un autre monde, elle abandonne un cadavre visible 
à la voirie terrestre et un cadavre invisible à l'atmosphère 
occulte de la planète. Ce dernier est le corps astral, qui 
se dissout lentement, comme nous le disons au chapitre 
vi (la Mort et ses Arcanes). L ame alors, transférée en un 
autre séjour, se revêt d'une enveloppe neuve, appropriée 
aux conditions hyperphysiques du milieu nouveau qui la 
reçoit. Et c'est encore la faculté plastique, intimement 
liée d'une part à la Puissance volitive de l'espèce, d'au- 
tre part à la propre nature individuelle de la Psyché, — 
c'est la Faculté plastique qui élabore et qui adapte à 
l'àme pérégrine tel corps astral de rechange, plus dense 



profonde, d'une appropriation définitive du corps astral à l'orbe plané- 
taire, dont il ne pourra plus s'affranchir désormais. 

Lo corps astral, tel quo nous le connaissons ici-bas, est donc fait de 
lumière astrale spécialisa. 

Mais le corps spirituel, glorieux, est tissu de la pure substance 
édénale, agathomorphe ; alias de l'élément adamique (ÎT27N de Moïse), 
ou originelle Lumière de gloire. 

L'un appartient au inonde de la déchéance; l'autre ne relève que du 
monde céleste, où s'épanouit Y Éternelle Sature de b\ehmc. 

Ce corps glorieux, cVst l'expression définitive de lu faculté plasti- 
que ; son expression adéquate au pur éther reconquis. 



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I 



FORCE DE LA VOLONTÉ 351 



ou plus épuré, mais toujours en proportion de la sidéra- 
lité ambiante. 

Nous venons de dire que cette faculté obéissait tout 
d'abord à la Puissance volitive de l'Espèce : cela, pour 
les traits généraux ; mais quelle se conformait aussi à la 
nature individuelle de l'âme : ceci, pour les traits parti- 
culiers. Les différences de physionomie sont dues, en très 
notable proportion, à l'influence irréfragable du Karma. 
Or si le Karma terrestre, tout d'alluvion fluidique etd'ap- 
port lémurien, réside au corps astral, il n'en saurait être 
de même du Karma intercyclique, produit d'une réper- 
cussion prolongée des corps astraux d'existences précé- 
dentes, sur la pure substance de l'âme ; celui-là se loca- 
lise précisément dans la faculté plastique individuelle. 

Cette mystérieuse faculté, dont l'homme n a pas le 
monopole, sculpte ou modèle la forme extérieure de tous 
les êtres; et, ce faisant, traduit leur nature propre en 
hiéroglyphes révélateurs desinnéités latentes en elle. 

Ainsi, à quelque Règne qu'il appartienne, chaque être 
vivant se manifeste au monde des effigies et s'élit une 
apparence corporelle adéquate à ses vertus intimes, par 
l'entremise de sa faculté plastique, obéissante à la vo- 
lonté de l'espèce. 

En cette dernière, on doit voir une modification de la 
Volonté cosmique, — c'est-à-dire humaine, puisque de 
l'Univers à l'homme, l'essence est identique. La tradition 
unanime des sanctuaires nous désigne l'Homme, conçu 
dans son universalité, comme (Haut Y âme du Cosmos in- 
tégral; et toute âme de vie comme émanée, en mode di- 



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352 I.A CLEF DK LA MAGIE NOIRE 



rect ou indirect, (le la substance biologique humaine 
(Adamah). 

« Ihùah (lit-on au deuxième chapitre de la Genèse) avait 
formé hors de Vêlement adamique (1) toute l'animalité de la 
nature terrestre et toute l'espèce volatile des cieux ; il les fit 
venir vers Adam, pour voir quel nom relatif à lui-même cet 
Homme universel assignerait à chaque espèce ; et tous les 
noms qu'il assigna aces espèces, dans leurs rapports avec lui, 
furent l'expression de leurs rapports avec I âme vivante uni- 
verselle (2). 

Ce verset du Berœshitli a trait au mystère que nous 
dévoilons. 

En nommant les animaux, Adam détermine les natures 
volitives qui, — au regard de sa propre nature univer- 



(1) C'est-à-dire, l'Elément homogène d'où provient la substance 
d'Adam. — Mais Ihùah n'avait créé les animaux qu'en principes ; c'é- 
tait à l'homme de les faire passer de puissance en acte. 

Rien d'ailleurs n'est moins facile que de pénétrer ces arcanes du 
Gan-bi-Hédcn. Sur toute chose, il importe, pour ne se point égarer 
dans un labyrinthe de contradictions vocabulaires, d'avoir toujours 
présent à l'esprit, que Ihùah-.Elohim constitue l'Adam Céleste absolu. 
— et qu'Adam représente, en Edeii, un organe vivant de Ihùah, un 
/Eloha dVKlohim. 

Par suite de sa déchéance, Adam se divise; la matière est l'instru- 
ment passif de cette division. L'homme matériel et tous les êtres vi- 
vants sont, (a des degrés plus ou moins proches), des sous-multiples 
d'Adam déchu, dont le corps matériel intégral n'est autre que l'Uni- 
vers physique lui-même. 

(i) IJerœshith, chap. n, ï. 1<) (Lant/ue hébraïque restituée, tome 11, 
pages 8i. et 31. ï). 

Nous avons donné la version ésotérique de Fabre d'Olivet : nous 
allons transcrire en regard l'a peu près littéral de M. Sylvestre deSacy : 
« Le Seigneur Dieu ayant donc formé de la terre (!) tous les animaux 
terrestres et tous les oiseaux du ciel, il les amena devant Adam, alin 
qu'il vit comment il les appellerait. Kt le nom qu'Adam donna à chacun 
des animaux est son nom véritable. ». 



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r 



FORCE DE LA VOLONTÉ 353 

selle, — caractérisent ces êtres émanés de son verbe. 
Les facultés plastiques des individus se conforment à 
l'essence volitive de chaque espèce. Toute eftigie parti- 
culière, bestiale, va donc dépendre de la virtualité plas- 
tique où viennent s'inscrire ces essences. 

Les animaux peuvent être conçus comme personnifi- 
cations incarnées des passions divergentes, et souvent 
contradictoires, qui se disputent l'àme inférieure de 
l'homme; ou, plus exactement, comme monades adami- 
ques déviées en tous sens, vers les extrémités polaires 
du dynamisme, dont Adam occupe le point central d'é- 
quilibre. 

De telles notions, délicates à saisir, semblent d'ailleurs 
inédites. Soulignons-les. 

Ainsi, les âmes bestiales consistent en modalisations 
outrancières et désharmoniques de l'àme humaine, jadis 
harmonieuse en Éden. Mais l'accord parfait est rom- 
pu... 

Productions indirectes d'Adam, antérieurement à sa 
chute, — les animaux sont depuis lors (au même titre 
que les êtres incorporés des autres Règnes), autant d'a- 
tomes dispersifs de sa substance corrompue, autant de 
sous-multiples dégénérés de son unité dissoute. Car lui- 
même s'est emprisonné sous l'écorce de ses productions. 
Ce n'est qu'au fur et à mesure d'une évolution progres- 
sive, que les monades de pure substance adamique, 
émergeant des âmes minérale, végétale, animale, pour 
revêtir les états nominal, puis spirituel, puis angélique, 
vont consommer leur céleste réintégration. 

L'humanité terrestre achève, à l'heure où nousparlons, 

2.1 



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1 



354 LA CI-EK DE LA MAGIE N01UK 



de dépouiller la nature bestiale d'où elle est issue : mais 
cette âme inférieure ne desserre point son étreinte; il 
s en faudra violemment arracher. 

VAnhna bruta, cette région basse de la psyché hu- 
maine et cosmique tout ensemble; cet empire où Xahàsh 
règne en despote ; cet orbe, réel et symbolique à la fois, 
qui encercle la planète et gravite autour de nous ; le sa- 
tellite obscur (ainsi le nomment les adeptes d'une savante 
fraternité occidentale) : voilà le commun réservoir des 
âmes d'animaux non incarnés, — et le magique récep- 
tacle d'une pseudo-spiritualité, plus meurtrière à l'âme 
que le matérialisme abject des savants théophobes con- 
temporains. 

La digression qu'on vient de lire importait pour l'in- 
telligence, et de la faculté individuelle que nous nom- 
mons plastique, et de son rôle à l'égard de l'essence 
volitive spécifiée. 

D'ailleurs, ces considérations nous amènent à la théo- 
rie des signatures, qui sont les empreintes naturelles où 
la faculté plastique de tout être frappe, à même les 
corps, ses sceaux révélateurs. 

a Les secrets de la Nature, dit l'hiérophante de la Thréïcie, 
sont les mûmes que ceux de la religion, et il ne peut y avoir 
(prune doctrine, puisqu'il n'y a qu'un principe des êtres. Nous 
sentons, par l'impulsion de notre génie, que l'homme est né 
pour eonnoitre ; aussi nous devons lire la nature et la qualité 
des êtres sur leurs enveloppes. Savoir lire ces caractères est le 
premier degré de la science , mais ces natures et ces qualités 
ont des rapports entre elles, qu'on doit aussi savoir lire : les 
caractères en sont plus déliés, plus difficiles à lire ; c'est là le 
second degré de la science : mais dépouiller les êtres de leurs 
enveloppes, les voir tels qu'ils sont, esl le dernier degré de la 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



388 



science ; peu d'hommes y parviennent. C'est alors que l'homme 
est puissant en paroles et en œuvres... ( I ) » 

La théorie des signatures est de tradition dans les dif- 
férentes écoles d'occultisme. 

Les adeptes de l'Astrologie, qui attribuent aux orbes 
célestes des vertus distinctes, et voient, dans les rayons 
dorés qui pleuvent sur notre terre, des influences fastes 
ou néfastes émanant des planètes et des constellations 
zodiacales, dans le jeu mutuel de leurs aspects contrastés, 
— les astrologues relèvent, à l'examen des êtres physi- 
ques des quatre règnes, les signatures des astres qui 
concoururent le plus à la formation de leurs etiigies. 

Il parait superflu d'insister sur l'attribution classique 
des sept métaux de l'ancienne chimie, dont chacun repré- 
sentait l'adaptation parfaite de l'un des sept termes pla- 
nétaires du système de Ptolémée. Les substances miné- 
rales comportaient aussi une filiation astrologique, sou- 
vent plus complexe. Végétaux, animaux ont subi le 
même classement. 

Sur cette base dogmatique des correspondances et des 
analogies, ont été calculés, formulés et prescrits le sym- 
bolisme cérémonial des grandes religions, et pareille- 
ment les rituels de la plus secrète magie, blanche ou 
noire (2). Il y aurait un beau livre à faire, sur l'ésoté- 



(1) La Thréïcie, page 246. 

(2) Cf. la Philosophie occulte d'Agrippa, Dogme et Rituel de la 
Haute Magie, par Kliphas Lévi, et l'excellent ouvrage de Papus : 
Traité élémentaire de Marjie pratique. On y trouvera des listes, tri - 
précises et satisfaisantes, des correspondances planétaires sur quo 
repose le Cérémonial kabbalistiquc. 




356 



IX CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



risme du culte catholique et ses correspondances, — 
dont l'estimable essai du F.*. Ragon, la Messe et $&> 
Mystères (I), est loin d'offrir la nomenclature exacte, et 
surtout complète. 

Les Magistes de tous les temps ont voulu déchiffrer le 
langage des signatures. 

Elles jouent un rôle de première importance dans les 
œuvres de Paracelse et de son école. Ce prodigieux génie 
universel de la science au xvi e siècle, infatigable expéri- 
mentateur qui savait tant de choses, et devinait ce qu'il 
n'avait pu ni apprendre ni découvrir, Paracelse interro- 
geait à un triple point de vue la physionomie des choses, 
révélatrice pour lui, et du principe qui les avait formées, 
et des vertus latentes sous leur écorce. Astrologue, chi- 
miste et médecin d'une égale transcendance, il étudiait 
l'histoire de la x\ature au miroir des hiéroglyphes où se 
trahit la Pensée créatrice; et pour peu que l'expérience 
et la sagacité lissent défaut au savant, le Mage forçait 
alors Uranie, Hermès et Esculape à se rencontrer en son 
laboratoire, pour y forger de concert la triple clef des 
arcanes où il aspirait. 

Les livres de Paracelse seront consultés avec fruit, 
pour ce qui a trait aux signatures. Son contemporain, 
Cornélius Agrippa est explicite à cet égard, dans sa Phi- 
losophie occulte. Enfin, sous le titre de « Signatura re- 
rum (2; », le glorieux mystique Jacob Bœhme a publié 



(1) Cf. la Messe et la Magie, par Paul Sëdir, Cbamuol, éditeur 
(sous presse). 

(2) Il n'existe de cet ouvrage allemand qu'une seule traduction, 
dirons-nous lïanraise ? Elle est en quelque sorte illisible. Klle a paru à 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 357 



un traité où ceux-là trouveront plaisir et profit, que ne 
rebutent point la méthode insolite, le style rocailleux et 
la terminologie barbare du théosophe de Gœrlitz. 

Mais le nom qui s'impose à la plume, dès qu'il est 
question des hiéroglyphes naturels, est celui d'Oswald 
Crollius, auteur de la Royalle Chymie (1), à la suite de 
laquelle on trouve un opuscule assez considérable, sous 
ce titre: Traictédes signatures, ou vraye etviue anato- 
mie du grand et du petit monde. 

« Crollius (dit Éliphas, qui résume en une curieuse page 
les conclusions de cet auteur) Crollius cherche à établir que 
Dieu et la Nature ont, en quelque sorte, signé tous leurs ou- 
vrages, et que tous les produits d'une force quelconque de lu 
nature portent, pour ainsi dire, l'estampille de cette force 
imprimée en caractères indélébiles, en sorte que l'initié aux 
écritures occultes puisse lire à livre ouvert les sympathies et 
les antipathies des choses, les propriétés des substances et 
tous les autres secrets de la création (2). Les caractères des 



Francfort, sous le titre de Miroir temporel de V Éternité, 1664, pet. 
in-8o. 

Cn jeune occultiste du plus sérieux mérite, M. Paul Sédir, initié des 
hauts grades martinistes et rosi-cruciens, prépare de la Signatura 
rerum une version exacte et française. 

(1) Publiée en latin sous ce titre : Jiasifica Chemica, Francofurti, 
i(iu4, in-4° (souvent réimprimé). La traduction française, dont il existe 
quatre éditions, est de l. Marcel de Boulene. Nous en avons extrait, au 
ehap. I, quelques passages très significatifs, touchant le corps astral et 
la puissance magique. 

(2) « ... Les charactéres et signatures naturelles (dit Crollius en sa 
Préface) lesquelles nous auons dès nostre création, non marquées auec 
l'ancre, ains auec le doigt de Dieu (ehasque créature estant un liuro do 
Dieu), sont la meilleure partie par laquelle les choses occultes sont 
rendues visibles et dcscouuertcs. » 

Sans dédaigner les signatures purement astrologiques, Oswald Crollius 
s'attache de préférence aux indications médicinales que lui suggèrent 



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LA CLEF DK LA MAG1K NOIRE 



• lifîérentes écritures seraient primitivement empruntés à ces 
signatures naturelles qui existent dans les étoiles et dans les 
lleurs, sur les montagnes et sur le plus humble caillou. Les 
figures des cristaux, les cassures des minéraux, seraient les 
empreintes de la pensée que le créateur avait en les for- 
mant (1). Cette idée est pleine de poésie et de grandeur, mais 
il manque une grammaire à cette langue mystérieuse des 
inondes, il manque un vocabulaire raisonné à ce verbe primi- 
tif et absolu. Le roi Salomon seul passe pour avoir accompli 
< e double travail ; mais les livres occultes de Salomon sont 
perdus: Crollius entreprenait donc, non pas de les refaire, 
mais de retrouver les principes fondamentaux de cette langue 

universelle du Verbe créateur. 

« Par ces principes on reconnaîtrait que les hiéroglyphes 

primitifs formés des éléments mêmes de la géométrie corres- 



les analogies de forme, souvent très frappantes, qui homologuent les 
produits de la Nature et, en particulier, les plantes (leurs fleurs, leurs 
fruits, leurs tiges, leurs racines), soit au corps humain pris dans son 
ensemble, soit à telle de ses parties, à tel de ses organes. Quand la 
ressemblance s'impose, l'usage de la plante est indiqué pour la guë- 
rison des organes de pareil aspect. Notre auteur donne une nomen- 
clature complète de cette pharmacie, que nous révèlent le doigt de 
Dieu et le sourire en lleurs do la Nature. Quelquefois les inductions de 
Crollius se fondent aussi sur l'analogie des contraires. L'ouvrage se 
termine par une table détaillée do la notation hiéroglyphique des 
corps : ces signos crochus et bizarres sont autant de petits pentacles. 
par quoi l'adepte d'Hermès révèle à ses initiés les propriétés chimiques 
ou physiologiques des substances, cependant qu'il les dérobe du même 
coupa la curiosité profane. 

(1) Ne nous lassons pas de le redire : ïElohim n'a rien créé qu'en 
principe, en archétypo. — La mission édénale de l'Homme universel 
était d'extérioriser les êtres, en les faisant passer du principe idéal à 
l'essence réelle, et de l'essence à la manifestation sensible, par la seule 
magie de sa volonté. C'était donc Adam le créateur véritable, au sens 
que l'on attribue à ce mot; car il produisait les êtres au dehors, les 
rendait patents, en les tirant d'un principe occulte, interne et latent. 

Mais il tomba lui-mémo dans les entraves de sa création ; et, se 
subdivisant à son tour, il se revêtit de matière, à l'instar de ses pro- 
duits... 



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f 

i 



FORCE DE LA VOLONTÉ 3&9 



pondraient aux lois constitutives et essentielles des formes 
déterminées parles mouvements alternés ou combinés que 
décident les attractions équilibrantes ; on reconnaîtrait, à leur 
seule figure extérieure, les simples et les composés, et par les 
analogies des figures avec les nombres, on pourrait faire une 
classification mathématique de toutes les substances, révélées 
par les lignes de leurs surfaces. Il y a au fond de ces aspira- 
tions, qui sont des réminiscences de la science édénique, tout 
un monde de découvertes à. venir pour les sciences. I'aracelse 
les avait pressenties, Crollius les indique, un autre viendra 
pour les réaliser et les démontrer. La folie d'hier sera le génie 
de demain, et le progrès saluera ces sublimes chercheurs qui 
avaient deviné ce monde perdu et retrouvé, cette Atlantide du 
savoir humain (I ) ! o 

Notons, en attendant l'accomplissement de cette géné- 
reuse prophétie, que les moins aléatoires d'entre les 
modes de divination, énumérés au précédent chapitre, se 
réclament de principes invariables, et que leurs règles 
reposent tout entières sur la lecture et l'interprétation des 
signatures naturelles. 

La Chiromancie, par exemple, charriée jusqu'à nous 
par la tradition des siècles, puis épurée naguère et ra- 
jeunie par Desbarrolles, enfin passée par les soins de 
Papus au crible d'une savante critique, — la Chiromancie 
attribue un sens absolu aux lignes de la main. Ajoutons 
qu'elle est rarement trompeuse, lorsqu'on la pratique 
avec prudence et discernement. Il est parfaitement logi- 
que d'admettre, en effet, que certaines passions — pre- 
nons l'avarice — se traduisent par tels mouvements cou- 
tumiers des muscles de la main. L'homme rapace a les 



(\) Histoire de ta Magie, pages 370-371. 



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1 

360 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 

doigts crochus, et sa main s'exerce volontiers au £resti 
eonvulsif de saisir. Cette habitude peut déterminer telh 
ligne spéciale, ou telle croix, ou telle étoile, expressive* 
de rapacité, au regard exercé du chiromancien. Nouï 
supposons à priori ce qui précède, sans même nous en- 
quérir si, en fait, l'avarice se traduit de cette façon. Cela 
importe peu pour notre raisonnement... Allons plus loin. 
Imaginons un sujet qui apporte en naissant ce stigmate, 
dans le bagage de son Karma. L'hypothèse n'a rien que 
de vraisemblable, puisqu'on sait déjà que le corps physi- 
que se brode, pour ainsi dire, cellule par cellule, sur le 
canevas de la forme astrale, (cette adaptation de la fa- 
culté plastique, strictement adéquate au milieu). Voilà 
donc l'avarice, avec tout ce qui s'ensuit, inscrite dans la 
main du sujet, et clairement lue par l'expérimentateur. 
C'est un premier résultat. Quant au surplus, qui empê- 
chera l'habile chiromancien de bâtir, sur cette donnée 
psychologique, renforcée de plusieurs indications adja- 
centes, tout un édifice de conjectures, moyennant un 
calcul de probabilités? Et, pour peu qu'il soit intuitif 
par surcroit, ou lucide, la vraisemblance des prédictions 
ne s'érigcra-t-elle pas en quasi-certitude?... Rien n'in- 
terdit à la Raison la plus méfiante d'admettre ces con- 
clusions-là. Mais si l'on veut, sur la foi d'un grand 
nombre de vieux auteurs, faire de la « Chiromance » un 
infaillible critérium de l'avenir du consultant, fixé dans 
ses moindres détails, et lui prédire des naufrages sur mer, 
par exemple, ou remploi de grand vizir, ou la mort dans 
un incendie : les initiés, qui savent comment l'avenir s'en- 
gendre et dans quelle mesure la libre Volonté, jointe à 



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r 



FORCE DE LA VOLONTÉ 361 



l'influence providentielle, modifie la trame fatidique des 
■événements futurs (si difficile elle-même à augurer, fut-ce 
[>ar à peu près!) les initiés ont peine à s'interdire, — la 
politesse étant de stricte obligation chez eux, — un doux 
l faussement d'épaules. On peut raisonner mèmement, à 
l'rgard de tous procédés divinatoires, dont l'interpréta- 
tion des hiéroglyphes naturels fournirait la clef. 

Mais il est d'autres signatures spontanées, que l'occul- 
tiste déchiffre et interprète à l'heure même de leur ma- 
nifestation (souvent fugace) au monde des effigies. 

L'art divinatoire en tire également parti, non sans 
succès; à ce point de vue, les principes demeurent tou- 
jours les mêmes, et nous n'avons rien à dire de parti- 
culier. Ce qui précède trouve son application dans tous 
les cas... 

Les phénomènes de cet ordre valent d'ailleurs d être 
signalés. Ils sont dus invariablement à des formes as- 
trales, et touchent aux problèmes de la faculté plastique 
et de la volonté efficiente. 

Notre Public, mis au courant des propriétés essen- 
tielles de la Lumière astrale par nos ouvrages antérieurs 
et les précédents chapitres du présent tome, n'a eu garde 
d'oublier l'une des plus caractéristiques et des plus 
étranges: sa vertu configurative et conservatrice des for- 
mes et des reflets, des arômes et des sonorités mêmes. 

Ses courants charrient d'innombrables êtres fluidiques, 
dont le corps astral est sujet à se manifester sur le plan 
sensible, soit à titre d'instable apparence, soit sous un 



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362 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



mode d'illusion plus prolongée. Nous avons nommé les 
principaux d'entre eux. Les formes astrales d'animaux, 
de plantes et de substances minérales aussi, flottent et 
circulent en ces ondes striées d'énergies diffuses et satu- 
rées rie mirages errants (fantômes de choses abolies et 
d'événements lointains). Chaque vague de lumière astrale 
est une page révélatrice du livre universel des vies. 

Concevez présentement, Lecteur, que ces comparses 
de l'existence subjective se décèlent pour la plupart, — 
du moins en ces régions basses de l'atmosphère hyper- 
physique où nous les observons, — avides d'objectiva- 
tions même passagères, affamés de corporéité sensible, 
assoiffés d'illusoire réalité. C'est que les êtres en période 
durable de subjectivisme, et bien vivants de cette vie 
arômale, répugnent à la frontière mitoyenne des deux 
existences, au cercle inférieur de l'Astral planétaire: un 
autre séjour leur est assigné. Mais ceux-là seuls se 
pressent aux portes de la citadelle physique, qui, mori- 
bonds de la vie subjective, se trouvent en instance de 
très prochaine incarnation. (Exceptons pourtant les Larves 
et certains daïmones, abrutis ou sensuels, ou pervers, 
qui se tiennent sans trêve à l'affût d'un morceau de ma- 
tière à conquérir ou à posséder). 

Si les âmes en quête d'incarnation trouvent de suite à 
s 'incorporer normalement, elles paraissent au monde 
matériel, sous une effigie revêtue de signatures conformes 
a leur essence. Dans le cas inverse, ces âmes, dépaysées 
au seuil de la matière comme au pied d'une muraille 
qu'elles ne peuvent franchir, s'acharnent à y grimper et 
plaquent leur empreinte sur la surface de tout objet ca- 




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FORCE DE LA VOLONTÉ AiYA 



pable de la recevoir: tel un voleur, qui a tenté l'escalade 
d'une propriété, laisse sur le plâtre ou le crépi du mur 
le témoignage de son infructueux effort: on y relève 
l'empreinte de sa main, la marque de son pied, etc.. 

C'est ainsi que des Invisibles, dont le savant Aksakofl 
expérimenta la présence, plongeant leur main tluidique 
en un vase de paraffine liquéfiée, puis dans un bain 
d'eau froide, ont fourni des moulages d'une surprenante 
perfection. 

C'est ainsi que la forme sidérale d'orties brûlées a pu 
s'imprimer dans un bloc de glace, en des circonstances 
d'ailleurs toutes fortuites, que Jacques Gaffarel relate en 
ces termes : 

a Comme M. du Chesne, sieur de la Violelte... s'amusoit 
auec M. de Luynes, dit de Formentières, conseiller au Parle- 
ment de Paris, à voir la curiosité de plusieurs expériences, 
ayant tiré de sel de certaines orties bruslées, et mis la lesciue 
au serein en hyuer, le matin, il la trouua gelée, mais auec 
cesle merueille, que les espèces des orties, leur forme el leur 
figure estoient si naïvement et si parfaictemenl représentées 
sur la glace, que les viuantes ne l'estoyenl pas mieux. Cet 
homme estant comme rauy, appela ledit sieur Conseiller pour 
estre tesmoin de ce secret, dont l'excellence le fit conclure en 
ces termes : 

Secret dont on comprend que, quoi/ que le corps meure. 
Les formes font pourtant awr cendres leur demeure. 

■ A présent ce secret n'est plus si rare, car M. de Claues, vn 
des excellens chimistes de nostre temps, le faiet voir tous les 
iours (I). » 



(1) Curiosité: inouyes sur ta Sculpture ta fismanique des Persans, 
Horoscope des Patriarches et Lecture des Estoilles, par I. Gaffarel. — 
Paris, 1629, in-8° (pages 211-212). 



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364 



LA CLEF DE LA MAC1E NOIRE 



Gaflarel, qui était plus initié qu'il ne seyait d'en con- 
venir, à une époque où le bûcher de Gauffridy fumait 
encore en Provence, tandis qu'on apprêtait à Loudun 
celui d'Urbain Grandier, — prêtres tous deux comme 
l'auteur des Curiositez inouyes, perdus l'un et l'autre sur 
l'éternel grief de sorcellerie, — Gaflarel lire de ce qui 
précède une induction logique et fort bien amenée. Quel 
prétexte, qu'une inoffensive expérience de « physique 
végétative », pour lui permettre d'aborder tout naturelle- 
ment le terrain brûlant de la spectrologie ! Dans l'espèce, 
la similitude doctrinale s'impose à tel point, que toute 
transition semble superflue : 

« D'iYv (poursuit l'Astrologue du grand Cardinal) d'icy on 
peut tirer ceste conséquence, que les ombres des Trespassez, 
qu'on void sonnent paroistre aux cimetières sont naturelles, 
estant la forme des corps enterrez en ces lieux, ou leur figure 
extérieure, non pas l'aine (i), ny phantosmes bastis par les dé- 
mons, comme plusieurs ont creu... Estant très certain qu'aux 
armées, où plusieurs se meurent, pour estre à grand nombre, 
on void assez souuent, principalement après vne bataille, do 
semblables ombres, qui ne sont (comme nous auons dit) que 
les figures des corps excitées ou esleuées, partie par vne cha- 
leur inter ne, ou du corps, ou de la terre, ou bien par quelque 
externe comme celle du soleil, onde la foule de ceux qui sont 
encore en vie, ou par le bruit et chaleur du canon qui es- 
ehaufîc l'air (2) » 



(!) Cela est parfaitement correct au point de vue occulte. Il s'agit 
là de coi/ues i nattes, de corps astraux en phase de dissolution, ombres 
vaquant autour de leur dépouille mortelle, à quoi les rattache une 
secrète affinité. Ces values formes peuvent être encore quelque chose 
de moins: la phosphorescence de la vitalité cellulaire, étroitement liée 
au cadavre (Jiva des théosophes bouddhistes). 

Cf. chap. Il, page 202. et chap. VI. passim, 

(2) Curiosités inouïes, pages 213 21 i. 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



Il y aurait à glaner, au livre de Gaffarel, un nombre 
notable d'observations singulières; il traite assez perti- 
nemment du plus constant et du moins croyable des phé- 
nomènes de signature spontanée: nous voulons dire — 
ces figures naturellement gravées au cœur des cailloux 
et des marbres les plus denses, et qu'il nomme Gamahez, 
ou camaïeux. On en a vu de délicatement peintes et 
comme modelées en ronde-bosse parcouches multicolores, 
dans la substance même du marbre ou du granit; si bien 
que, pour sculpter la figurine, en rejetant la gangue ou 
l'enveloppe adhérente, on n'aurait qu'à suivre avec le ci- 
seau les veines intérieures coloriées : on obtiendrait ainsi — 
et Ton a obtenu — des statuettes polychromes qui sem- 
bleraient en mosaïque, si, de toute évidence, elles ne 
formaient une seule masse avec la pierre environnante ; 
masse compacte qu'il fallut scier en deux, afin d'obtenir 
une coupe, ou difficultueusement tailler à vif, pour dé- 
gager la statue enganguée en un caillou fort dur. 

Le prodige, en vérité, c'est que ces figurines, inexpli- 
cablement empreintes au centre de la pierre, ne repré- 
sentent point toujours des objets tels que la nature les 
produit; mais de véritables compositions artificielles, — 
on le jurerait du moins, — et que l'intelligence humaine 
semble avoir pu seule concevoir, la main de l'homme 
seule exécuter : « comme est ceste colomne (écrit Pierre 
de Lancre) que i'ay veuë en l'Eglise Sainct-Georges à 
Venize, dans laquelle on void l'image prétieux d'vn 
lesus-Christ crucifié, qui s'est trouué miraculeusement 
dans le marbre, si bien graué dans sa durté, qu'il n'y a 
peintre qui le sçeût mieux figurer. Et vue autre colomne 



l\ CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



de la flagellation, auec une teste de mort, en ceste pienv 
ou marbre qui sert d'ornement au deuant de l'autel. 
Lancre cite encore quelques exemples analogues ; il dé- 
crit entre autres, d'après Pline et Solin, « l'Agathe du 
Roy Pyrrhus, dans laquelle se voyoit naturellement 
emprainte l'image d'vn Apollon qui sonnoit de la Cy thare 
au milieu des neuf Muses, qui paroissoient toutes dis- 
tinctement, auec leurs enseignes; etc.. » Enfin, à lu 
page 39 de notre exemplaire de Y Incrédulité et Mescreatur 
du Sortileye (Paris, Buon, 1022, in-4'), d'où nous avons 
transcrit ces lignes du conseiller de Lancre, on peut lire 
en marge une note manuscrite, d'une très lisible écriture 
xviii* siècle, ainsi rédigée : « Un Christ crucifié étoit aussy 
représenté dans un caveau de marbre rembruni, emplacé 
dans la muraille de clôture du cœur («/V), dans l'aile 
droite de la Cathédrale de Paris. Je l'ay vu le 22 août 
1769. — P r C. A. B. » On trouve, dans les ouvrages latins 
du Père Kircher, jésuite (1), plusieurs reproductions en 
taille douce de camaïeux analogues. 

Quelles Puissances du royaume astral ont pu donner 
lieu à de pareils phénomènes? Le Lecteur l'a déjà deviné. 

— Halte-là! s'exclamerait ici un théologien primaire. 



(I) Voy. outre autres le tome II du Mundus Subterraneus (Amstero- 
dami, apud Jansonium, 1664, 2 vol. in-folio), pages 27 à 48. 

Un auteur presque oublié, en qui l'on peut voir, à de certains égards, 
l'ancêtre intellectuel de Darwin, — J.-B. Robinet, reproduit la ligure 
de certaines productions spontanées, très analogues aux camaïeux. — 
Voir la planche n° IV, à la page iiu de son remarquable ouvrage, dont 
le seul titre est bien significatif: Vue philosophique de la gradation 
naturelle des /ormes de l'Etre, ou les Essais de la \a titre qui ap- 
prend a faire l'homme (Amsterdam, 1 768. in 8°. fig ). 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 367 



N'avez- vous point honte de parler phénomènes naturels, 
quand le miracle vous crève les yeux? — Quel miracle? 
répliquerons-nous... Miracle divin, sans doute, pour 
chaque fois que la Force créatrice inconnue a l'ait con- 
currence aux fabricants de bondieuseries de la place 
Saint-Sulpice; mais miracle diabolique, apparemment, 
à l'égard decetteagathe païenne de l'idolâtre roi d'Épire? 
Tant il est vrai, qu'en bonne théologie, des causes non 
seulement divergentes, mais radicalement contradictoires 
produisent des effets d'une rigoureuse identité î... 

L'origine de ces singularités physiques dépend h coup 
sûr, quel que soit l'esprit de leur composition, d'une loi 
productrice invariable : loi de nature, comme toutes les 
lois, et pas plus divine que diabolique. L'idée première 
provient de sources différentes, soit; mais l'exécution 
est une, et tous les gamahés ou camaïeux portent même 
marque de fabrique. Si l'artiste inventeur change, l'ar- 
tisan graveur ne change point. C'est toujours la lumière 
astrale, configurative et plastique. 

Quant h l'auteur du croquis, il faut distinguer. Il y a 
camaïeux et camaïeux. — S'agit-il de simples images 
d'êtres ou de choses, tels que la nature les produit? 
Point de ditîiculté bien grande : ce sont photogravures de 
mirages errants, fortuitement imprimés dans quelque 
substance réceptive. — Il n'en va pas ainsi de la genèse 
des camaïeux d'une composition savante, d'un agence- 
ment en quelque sorte réfléchi, comme nous en avons 
cité plusieurs exemples. 

Que l'hypothèse d'une empreinte, — sigillée à même la 
pierre selon l'esquisse sidérale d êtres particuliers, — ne 



3GS 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



justifie point de tels phénomènes d'iconogénie complexe : 
voilà, nous en conviendrons, ce qui tombe dès l'abord 
sous le sens... Mais ne serait-ce point le cas d'invoquer 
notre théorie des Êtres potentiels, des Dominations théur- 
giques, — ces mouvantes âmes collectives où tant de 
Psychés, ravies au même tourbillon exalté ou fanatique, 
cherchent et trouvent leur unité religieuse? où pullulent 
tant de Larves simiesques, et modelées à l'imagination 
des fidèles? où tant de concepts vitatisés, tant de mirages 
errants roulent et se succèdent, sous apparences con- 
formes, nécessairement, aux rêves de leurs géniteurs? Le 
toutmù en d'irrésistibles courants de foi, d'enthousiasme 
et d'amour; influx de création, s'il en fut jamais, et 
dociles à la Volonté consciente de ces Égrégores domina- 
teurs? 

Les Potentiels collectifs, on s'en souvient, présentent 
des types de toute sorte et de toute hiérarchie, — depuis 
Michaël, allié céleste de Moïse et archange totalisant en 
soi la grande communion dorienne, jusqu'à l'Esprit sau- 
vage qui rend ses oracles sous la tente du sacrifice, où les 
Indiens scalpeurs couronnent de chevelures sanglantes 
l'autel de Guiché-Manitou. 

Autant Moïse diffère du sacerdote peau-rouge, autant 
diffèrent les deux Égrégores. L'àme fluidique de l'un n'a 
pas la même qualité arômale que le nimbe éthéré de l'au- 
tre. Les Ascendants font contraste : le cycle d'images 
familières qui s'y déploie ne se ressemble point. Chaque 
religion a ses rites, ses symboles, ses superstitions, ses 
hiéroglyphes, — ses signatures propres, en un mot. Ajou- 
tons, ses serviteurs lémuriens, aimantés soit du Vouloir 



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FOIICE DE LA VOLONTÉ 



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des thaumaturges, soit de celui qu'émet l'Entité collec- 
tive d'unification. 

C'est avec le concours de ces éléments divers que s'en- 
gendrent des courants d'images, ou spontanés et soumis 
à d'inflexibles lois, ou que provoque et dirige la magie 
consciente des prêtres. A tels points donnés d'intersec- 
tion, sur le parcours fluidique, lémures et mirages se 
coagulent en apparitions béatifiques ou en spectres terri- 
fiants. Qu'à ces points précis, mathématiquement déter- 
minâmes, une matière se rencontre, malléable et récep- 
tive, ou sujette à se modifier quant à la couleur et au 
grain, selon les angulaisons du magnétisme radiant ou 
les intersections de plans dynamiques : et des emprein- 
tes de figures variées, — emblèmes, pentacles, caractères 
hiératiques ou démotiques, — s'imprimeront dans le 
cœur de la substance modifiable, à la haute édification 
des fidèles, transportés de ferveur et de foi. 

On sait d'ailleurs que les plus durs granits « s'éthéri- 
sent », lorsqu'un adepte leur applique, dans les condi- 
tions voulues, VAlkafiest spiritueux, autrement dit l'Agent 
universel dynamisé par le vouloir humain. A la faveur 
d'une extrême distension moléculaire, ces corps sont 
susceptibles de traverser d'autres matières solides, que 
leur porosité rend perméables; puis ils se rétablissent 
dans leur état primitif, dès que la vertu dilatante cesse 
de les actionner... Or, quelques secondes d'éthérisation 
suffisent h rendre plastiques et réceptifs à la photogra- 
vure astrale, les substances normalement les plus ré- 
fractaires. 

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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Ce phénomène de gravure occulte, qui donne nais- 
sance aux gamahés dans le règne minéral, fournit, appli- 
qué à un arbre de l'Asie, l'un des exemples les plus in- 
téressants que nous puissions retenir. Le R. Père Hue a 
vu cet arbre, qui lleurit dans l'enceinte de la lamaserie 
de Koun-boum, au Thibet. La légende veut qu'il soit né 
de la chevelure de Tsong-Kaba, fameux réformateur 
bouddhiste au xiv c siècle, et fondateur de la grande la- 
maserie de Kaldan, sise k trois lieues de Lha-Ssa, la ca- 
pitale de l'Empire. Nous ne changerons pas un mot à la 
relation du digne missionnaire, qui a pu inspecter de très 
près Y Arbre aux dix mille images. 

« Oui, (nous atteste le Père Hue) cet arbre existe encore et 
nous eu avions entendu parler trop souvent, durant notre 
voyage, pour que nous ne fussions pas quelque peu impatients 
d'aller le visiter. Au pied de la montagne où est bâtie la la- 
maserie, et non loin du principal temple bouddhique, est une 
grande enceinte carrée, formée par des murs en brique. Nous 
entrâmes dans cette vaste cour et nous pûmes examiner à 
loisir l'arbre merveilleux dont nous avions déjà aperçu du de- 
hors quelques branches. 

« Nos regards se portèrent d'abord avec une avide curiosité 
sur les feuilles, et nous fûmes consternés d'étonnement, en 
voyant, en clîet, sur chacune d'elles, des caractères tbibétains 
très bien formés ; ils sont d'une couleur verte, quelquefois 
plus foncée, quelquefois plus claire que la feuille elle-même. 
Notre première pensée fut de suspecter la supercherie des 
Lamas; mais après avoir tout examiné avec l'attention la 
plus minutieuse, il nous fut impossible de découvrir la moin- 
dre fraude. Les caractères nous parurent faire partie de la 
feuille, comme les veines et les nervures; la position qu'ils 
alTectent n'est pas toujours la même ; on en voit tantôt au som- 
met ou au milieu de la feuille, tantôt à la base et sur les 
côtés; les feuilles les plus tendres présentent le caractère en 



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FORCE DE I.A VOLONTK 



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rudiment, à moitié formé ; l'écorce du Ironc et des branches, 
qui se lève à peu près comme celle des platanes, est également 
chargée de caractères. Si Ion détache un fragment de vieille 
écorce, on aperçoit sur la nouvelle les formes indéterminées 
de caractères, qui déjà commencent à germer, et, chose sin- 
gulière, ils di lièrent assez souvent de ceux qui étaient par 
dessus. Nous cherchâmes partout, mais toujours vainement, 
quelque trace de supercherie : la sueur nous en montait au 
front... 

o L'arbre des dix mille images nous parut très vieux : son 
tronc, que trois hommes pourraient à peine embrasser, n'a 
pas plus de huit pieds de haut ; les branches ne montent pas, 
mais elless étendent en panache et sont extrêmement loulîues; 
quelques-unes sont desséchées et tombent de vétusté ; les 
feuilles demeurent toujours vertes ; le bois, d'une couleur 
rougeâtre, a une odeur exquise et qui approche un peu celle 
de la cannelle. Les Lamas nous dirent que, pendant l'été, 
vers la huitième lune, il produisait de grandes fleurs rouges 
d'une extrême beauté. 

« On nous a assurés que nulle part il n'existait d'autre ar- 
bre de cette espèce ; qu'on avait essayé de le multiplier par 
des graines et des boutures dans plusieurs lamaseries de la 
Tartarie et du Thibet, mais que toutes ces tentatives avaient 
été infructueuses (1). » 

Prêtre aussi recommandable par son intelligence que 
par son caractère, l'observateur qui se porte garant du 
prodige de Koun-Boum n'est point de ceux dont il con- 
viendrait de récuser le témoignage. Son récit, au reste, 
respire la franchise et commande le respect... 

Le phénomène relaté parait moins incroyable, lorsqu'on 
songe à celui (contrôlé maintes fois) des écritures secrè- 
tes, soit crayonnées à dislance ou obtenues par précipi- 

(1) Souvenirs de voyage dans la Tartarie et le Thibet, parle mis- 
sionnaire line. — Paris, 18o7, 2 vol. in-12 (tome II. pages HG-117). 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



lation. C'est une des expériences favorites de nos mé- 
diums. Home en était coutumier, et l'ardoise de Slade 
est passée en proverbe chez les Spi rites. On se rappelle 
d'ailleurs les virulentes controverses motivées naguère 
par la correspondance du « mahatma » Koot-Hoomi, 
avec madame Blavatzkv, son élève. 

Mais il y a quarante ans que le Baron de Guldenslubbé 
avait étudié et signalé ce phénomène. A la suite du livre 
curieux qu'il publia dès 1857, la Râilité des Esprits et 
leur écriture directe, se succèdent un grand nombre de 
planches où Ton a reproduit en fac-similé des spécimens 
d'écritures occultes, obtenues par l'auteur et plusieurs 
de ses amis, non pas les premiers venus. Citons entre 
autres MM. le comte d'Ourches, le général baron de 
Brewern, le colonel de Kollmann, le professeur Georgii, 
le baron Boris d'Uexkiïll, etc. — M. de Guldenstubbé a 
pu suivre le procédé de précipitation, qu'il attribue aux 
esprits des morts illustres que son désir évoque. Il pla- 
çait primitivement un crayon avec une feuille de papier 
dans une petite cassette dont la clef ne quittait pas sa 
poche; il ne rouvrait la boite que pour vérifier la réus- 
site de ses tentatives. Un jour pourtant, qu'il avait laissé 
la boite ouverte, il put constater que les caractères s'im- 
primaient d'eux-mêmes, en noir sur blanc, sans que le 
crayon y fût pour rien. 

«c Depuis ce moment, l'auteur, voyant l'inutilité du crayon, 
a cessé de le mettre sur le papier ; il place simplement un pa- 
pier blanc sur une table chez lui, ou sur le piédestal des sta- 
tues antiques, sur tes sarcophages, sur les urnes, etc., au 
Louvre, n Saint-Denis, à Vêgtise Saint- Ëtiennc-du-Mont. 



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FORCE DE LA VOLONTK 



etc. Il en est de même des expériences faites dans les diffé- 
rents cimetières de Paris (I). » 

Uien n'est plus réel que le phénomène des caractères 
sanglants qu'obtenait Vintras, empreints dans la subs- 
tance même des hosties consacrées par lui ou par les 
prêtres de sa secte : hiéroglyphes le plus souvent blas- 
phématoires, et signatures kabbalistiques des Forces dé- 
sordonnées, aveugles ou malfaisantes de l'antique Goctie. 

Que dire des cas de stigmatisation, mille fois avérés 
en mystique? La cr folie de la croix • consomme le mi- 
racle. La Foi et le Désir, ces modes indirects de la Vo- 
lonté, réagissant sur d'ardentes imaginations, n'impri- 
ment-ils pas à la forme astrale, — et, par son intermé- 
diaire, au corps physique, — les cicatrices de la Passion 
de Notre-Seigneur : l'empreinte de la couronne d'épines, 
et la marque des clous aux pieds et aux mains, et l'ap- 
parence contuse de la flagellation, et le stigmate du coup 
de lance au tlanc droit? — Les témoignages abondent. 

Rappelons pour mémoire, en confirmation analogique 
du phénomène de la stigmatisation, l'expérience décisive 
de MM. Focachon et Liébeault, qui réalisèrent la pose 
d'un vésicatoire imaginaire, par simple suggestion? 
Uépispas tique idéal « prit » à merveille : le derme se sou- 
leva, s'emplit de sérosité laiteuse, enfin l'escarre apparut: 
une suite d'épreuves photographiques en fait foi, où l'on 



(I) Pneutnaiologie positive et expérimentale. — La Réalité des 
Esprits et le phénomène merveilleux de leur écriture directe, dé- 
montrées, parle baron L de GuMenstubbé. — Paris, Franck, 18o7, 
in-8° (page 68). 



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37; 



peut suivre la marche et les progrès de la vésication ( 1). 

Que si nous rapprochons de ces derniers faits la dé- 
couverte déjà mentionnée du colonel de Rochas, sur 
F « Extériorisation de la sensibilité » et le phénomène do 
l'Envoûtement (2), il semble que nous puissions entre- 
voir le mécanisme parfaitement naturel des écritures 
spontanées, sous leurs principaux modes de manifesta- 
tion. 

La stigmatisation prouve en effet que, dans les limites 
du corps humain, le médiateur plastique peut, docile à 
Fessor du Désir, objectiver les signatures de l'imagina- 
tion. Et les expériences du savant Rochas démontrent, 
d'autre part, qu'en des conjonctures définies, ce même 
médiateur plastique est parfaitement capable d'outrepas- 
ser les frontières anatomiques de la chair, pour mani- 
fester à l'extérieur les propriétés dont il dispose. 

La Lumière astrale terrestre, âme physique et Imagi- 
native de la planète, roule en ses ondes les simulacres 
de son rêve d'évolution ; elle est de plus le réceptacle 
de la vie (ou, pour mieux dire, de l'agonie posthume) 
des Écorces. Plusieurs races d'indigènes la hantent, dont 
nous avons détaillé la nature... Elle a enfin ses grands 
flux et reflux polaires, et ses vents et ses tempêtes 
comme l'Océan, — courants dont peut se servir la 
Volonté humaine, soit individuelle ou collective, quand 
elle a su les calculer. (Il existe, en magie, des instru- 



(1) Voy. Fabart, Histoire de l'Occulte, Appendice (Lettre à M. Fo- 
cachon, pharmacien à Charmes), pages 330-337. 

(2) Voy. pages 453 et suiv. du présent tome. 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



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mentsdont c'est la seule destination). La Volonté peut 
faire plus : elle peut créer des courants nouveaux. C'est 
le mystère de la chaine magique. Il en a été question 
déjà au sujet des Entités collectives; nous y reviendrons 
encore par la suite. 

Toute force, en magie, réside essentiellement dans la 
Volonté et dans la Foi. 

Volonté et Foi sont les deux termes antinomiques d'une 
même Force, en ses modes spontané et passif. La Foi en 
soi-même et en sa puissance, voilà la base de la volonté 
individuelle. — La confiance en la volonté infaillible et 
bénéfique des dieux, voilà la base de la Foi collective. 

Homme de volonté, le héros, dont Napoléon peut ser- 
vir de type contemporain, témoigne d'une aveugle con- 
fiance en « son étoile », ce qui revient à dire qu'ignorant 
les lois fatidiques, il s'appuie cependant sur le Destin. Un 
tel tempérament objectif heurte de front tous les obsta- 
cles et les brise ; jusqu'au jour où lui-même, se heurtant 
à quelque Destin plus rigide que le sien propre, en est 
écrasé. — Le héros se jette en avant et paie de sa per- 
sonne : en un mot, agit par soi-même. 

Homme de foi, le mystique entre en communion avec 
un cercle de pensée et d'action où domine une Volonté, 
bonne ou mauvaise. Un tel tempérament subjectif laisse 
agir en lui, soit Dieu, manifesté par le concours de ceux 
qui veulent le bien et y aspirent; soit Satan même, 
qu'on peut définir à ce point de vue la Volonté collective 
dans le mal. — Le mystique, en un mot, agit par au- 
trui. 



37 G LA CLEF DE LA MAGIE N01RK 



Homme de volonté el de foi tout ensemble, le véritable 
adepte n'ignore point que dans l'accord équilibré de ces 
deux puissances, réside la suprême force magique : le 
Magnes intérieur et occulte n'est pas autre chose. Un tel 
tempérament harmonique entre dans un cercle de volontés 
unies, sans abdiquer en rien la sienne propre. Addition- 
nant sa force et celle de ses adelphes, il commande en 
son nom comme au leur. Il prend empire sur les fluides 
et met l'embargo sur l'escadre des volontés adverses. — 
L'adepte agit, en effet, par lui-même et par les autres. 

Il est écrit que la Foi transporte les montagnes, il n'est 
pas moins certain que rien ne résiste à l'emprise de la 
Volonté. Que dire de l'etticacité où parvient la Volonté 
adeptale, qui participe harmonieusement des deux? 

Le Désir même est créateur, parce qu'il procède indi- 
rectement aussi de Tune et de l'autre : il tient de la Vo- 
lonté, par le despotisme inconscient de son coup d'aile, 
et de la Foi par sa confiance irraisonnée et souvent dé- 
raisonnable en la satisfaction où il appète. 

Nous avons insisté sur le problème des signatures 
naturelles, traductions hiéroglyphiques très précises des 
spécialités innées, dont la Faculté plastique reçoit le pro- 
tocole de la part des Vouloirs collectif et individuel : à 
l'effet d'en transmettre l'empreinte à la forme sidérale. 
Celle-ci élaborera le corps physique en conséquence. 

Ce mécanisme de la virtualité créatrice, impliquant la 
volonté pour point de départ et la matière pour ultime 
aboutissement, importait à bien connaître, premier que 
d'entreprendre ce qui nous reste à dire, sur l'emploi de 
la volonté humaine, en magie cérémoniale. 




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Gomme transition, Saint-Martin nous offre un épisode 
singulièrement instructif, et dont notre Public est invité 
à faire son profit. Les quelques pages, d'apparence bi- 
zarre, que nous allons lui faire connaître, renferment, en 
pratique aussi bien qu'en théorie, plus de valables secrets 
que tant d'ouvrages fort massifs, sérieux et solennels à 
en bâiller, et qui traitent ex professo de sciences occul- 
tes. Le Lecteur se tienne pour averti! 

Quel amateur d'occultisme, en conscience, (et nous 
n'exceptons pas la postérité intellectuelle de Saint-Martin), 
a pris la peine de méditer « Le Crocodile, ou la guerre 
du Bien et du Mal, poëme épico-magique en 102 chants, 
œuvre posthume d'un amateur de choses cachées? » ... 
Par un tacite accord, les nombreux admirateurs du grand 
mystique s'abstiennent même de critiquer cette « erreur 
d'un maître » (c'est le cliché reçu). — Hé bien, nous l'at- 
testons ici, — et pas un initié véritablement instruit ne 
nous démentira, — le Crocodile est ime prodigieuse épo- 
pée burlesque, où se trouve la révélation du Grand Ar- 
cane, du Mysterium magnum de Jacob Bœhme. 

Tous les personnages sont allégoriques : Madame Jof, 
épouse du Joaillier des mondes, n'est autre que la Foi, la Sa- 
gesse ou la Sophia céleste ; — Scdir, c'est V « homme de dé- 
sir», qui cherche la Vérité sainte, sans abdiquer son rôle 
d'hommed'action, par quoi il se rend utile à ses conci- 
toyens; — le volontaire Ourdeck (Aourd\-Esch Ttf d'^tf, 
la Lumière du Feu), représente le Médium naturel qui 
devient adepte, et dont les facultés astrales s'affinent et 
se subliment dans la Lumière de gloire; — enfin Hache! 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIR F. 



i 



(Stf"^*0 Raesch-.El, le principe divin [de l'àme]), 
Rachcl, fille de l'adepte Éléazar (1), sera la fiancée pro- 
mise h Ourdeck, etc... 

Le Crocodile (ou Typhon), personnification égyptienne 
de l'Astral inférieur, reptile igné où s'incarne Nahàsh, a 
englouti les deux armées du Bien et du Mal. Expliquer 
le sens caché de cette aventure rabelaisienne, serait une 
tâche qui nous mènerait trop loin. Il suffira, pour l'intel- 
ligence de l'épisode où nous voulons en venir, de noter 
qu'Ourdeck, l'explorateur des mondes mystérieux, est du 
nombre des nouveaux Jonas. Les merveilles dont il est 
témoin dans le ventre du reptile, ont trait aux mystères 
des diverses régions hyperphysiques du Macrocosme, 
dans leurs rapports avec le Microcosme nominal. 

Enfin, après plusieurs péripéties symboliquement fort 
significatives, le volontaire Ourdeck débouche en un es- 
pace souterrain, voûté de roche vive et clos de toutes 
parts. Un jour incompréhensible y brille. Là se présente 
k ses regards une cité antique, engloutie à la suite d'un 
tremblement de terre, Tan 425 avant Jésus-Christ. Le 
frontispice d'une porte de marbre révèle à Ourdeck le 
nom de cette ville : ATALANTE. 

Le fléau a tout respecté : les maisons et les palais sont 
intacts, les rues entièrement libres et nettes de décom- 
bres ; les citoyens, foudroyés comme ils vaquaient k leurs 
affaires, sont debout, dans l'attitude où la mort les a sur- 
pris... Ourdeck visite en détail cette curieuse nécropole, 

(1) Il est très vraisemblable que Saint-Martin ait voulu peindre son 
maître Martinès de Pasqually, sous les traits du juif portugais Éléazar. 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



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qu'on pourrait nommer la capitale du monde astral. 
Les prodiges qu'il observe, nous ne pouvons les détailler 
par le menu, mais nous engageons très fort les amateurs 
de choses curieuses à méditer d'un bout à l'autre cette 
fabuleuse narration, où le théosophe d'Amboise, plus que 
nulle autre part, a décrit, sous une allégorie transparente, 
les mystères d'une région qu'il connaît si bien : la région 
hyperphysique. 

La puissance confîgurative du fluide astral y est d'abord 
caractérisée en traits de vigueur. Rien n'est plus facile au 
jeune soldat que de prendre connaissance des mœurs de 
ce peuple, de son esprit, du caractère enfin de chaque 
habitant. 

« Car la même loi de physiquequi a fait que toutes les sub- 
stances et tous les corps renfermés hermétiquement dans celle 
ville, n'ont point soutlert à l'extérieur, a étendu son pouvoir 
conservateur sur les paroles mêmes des citoyens d'Atalante, et 
a fait que les traces en sont corporisées et sensibles, comme le 
sont tous les autres objets renfermés dans cette malheureuse 
enceinte (1). » 

Ourdeck entre successivement chez le gouverneur de 
la ville, puis chez un philosophe; chez un médecin mou- 
rant qui accuse un énigmatique personnage, « l'hiéro- 
phante de la rue des Singes », de l'avoir envoûté; Our- 
deck assiste encore à l'examen des mémoires couronnés 
par une académie scientifique : suprême séance que le 
cataclysme a interrompue. Il pénètre enfin dans un tem- 
ple où prêche le redoutable Hiérophante, grand-maître 
d'un cercle de magiciens pervers; guidé par l'influx ma- 



(1) Le Crocodile, page 263. 



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380 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



gnétique de ce mage ténébreux, notre volontaire s'aven- 
ture jusqu'au laboratoire occulte du malfaiteur, et détaille 
les merveilles dont il a été témoin. 

Allégorie tellement révélatrice, — soit au point de vue 
des courants astraux gouvernés parle Vouloir humain, 
soit à l'égard des sortilèges collectifs et des lois terribles 
présidant au choc en retour comme à la ruine muluelk 
des éléments mauvais, — qu'on nous saura gré de repro- 
duire les pages essentielles de cette histoire. 

Voici le péristyle d'un temple, dédié à la Vérité ; fran- 
chissons-en le seuil, en compagnie d'Ourdeck, auquel il 
est temps de laisser la parole. 

« J'entre (dit-il), je trouve un grand concours de peuple as- 
semblé et paroissant écouler un homme qui éloit assis dans 
une chaire el qui leur parloit. Je pus, à mon aise, lire toutes 
les paroles de son discours, purce que, comme il parloit seul, 
elles s'étoienl conservées d'une manière très distincte ; et je 
puis dire que ce discours renfermoit tout ce que la plus sage 
philosophie du Portique et du Pyrée a jamais enseigné de plus 
pur et de plus imposant, quant à la sévérité des principes et à 
la sainteté de la doctrine. 

« Mais, chose étonnante ! indépendamment de ces paroles 
visibles, et qui étoient sorties de la bouche de l'orateur, j'en 
appercevois dans son intérieur qui étoient un peu moins mar- 
quées, mais qui l'étoient assez pour que je pusse les lire et 
les discerner; c'étoit comme des germes de paroles, dont les 
uns étoient presque entièrement développés, d'autresà moitié, 
d'autres au tiers (I). Ce qui me confondit et me remplit d'in- 
dignation, ce fut de voir que ces parolesque j'appercevois dans 
l'intérieur du corps de l'orateur, avoient un sens absolument 
opposé à celles qui éloienl sorties de sa bouche; autant celles- 



(1) Cf. la description de Yarbre mia- dix mille images, pages 370- 



- 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



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ci étoient sensées, sages et édifiantes, autant les autres étoient 
impies, extravagantes et blasphématoires, de façon que je ne 
pus douter alors que cet orateur en avoit imposé audacieuse- 
ment à son auditoire, et qu'il ne crovoit pas un mot de ce qu'il 
lui avoit débité 

• Comme cet orateur traitoitde matières saintes et divines, 
et qu'il les traitoit publiquement, il falloit qu'il ftt tous ses 
e (Torts, non seulement pour ne pas scandaliser son monde, 
mais encore pour l'édifier; d'un autre côté, ces efforts eux- 
mêmes contrariant ses sentiments intérieurs, il redoubloit 
aussi d'efforts en dedans, pour faire le contre-poids de ce qu'il 
étoit obligé de débiter tout haut ; et ce sont ces efforts secrets, 
qui, donnant à ses pensées sacrilèges un plus grand degré de 
fermentation, donnoient en même temps aux paroles internes 
qui en naissoient, une forme plus déterminée et un caractère 
plus marqué... 

• A force de l'examiner avec attention, je remarquai 

encore qu'il sortoit de son cœur comme un courant de ces 
mêmes paroles impies et sacrilèges. 

- Ce courant étoit d'une couleur sombre et bronsée : il étoit 
double, c'est-à dire qu'il y en avoit un rentrant et l'autre sor- 
tant ; et le cœur de l'orateur étoit à la fois comme le fover et le 
terme de ce double courant : ces effluves se succédoient avec ra- 
pidité, et s'étendoient dans le temple et mérne au delà, car elles 
passoient outre par la grande porled'enlrée ; mais commeje les 
voyois aussi rentrer parcelle même porte, je présumai qu'il 
devoit y avoir un second foyer à l'autre extrémité de ce cou- 
rant, et je résolus de le chercher à l'instant, en suivant les 
traces très sensibles de cet extraordinaire phénomène. 

« Je parcours donc, non sans souffrir, celte longue chaîne 
de paroles impies sortant du cœur de l'orateur; je détourne 
mes yeux de tout autre objet, tantj'avois envie de satisfaire 

ma curiosité En sortant de la grande porte du temple, je 

vis ce courant infect tourner à gauche dans une grande rue, 
au bout de laquelle se trouvoit une place elliptique assez vaste ; 
il la traversoit par le milieu, et delà entroil dans une petite 
rue sombre, mal-propre, mal alignée et d'une longueur à m'en- 
nuyer; au bout de cette rue. il en en fi loit une autre, qui me 



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M82 LA CLEF DE LA MAGIE NOIR F. 



parut encore plus désagréable, plus sale et plus tortueuse. 

a Mais ces dégoûts furent tempérés, en partie, par la joie et 
l'espoir de trouver ce que je désirois avec tant d'ardeur ; car 
enfin, en regardant l'inscription de cette vilaine rue, je vis 
qu'elle s'appeloit la rue des Singes ; et je n'eus pas atteint la 
vingtième maison de celle rue, que ce double courant de paro- 
les qui m'y avoit conduit, entra dans une porte au-dessus de 
laquelle je vis écrit : l'hiérophante. 

«Jugez de ma satisfaction. Je ne doutai point que cet hié- 
rophante ne fût ce même personnage dont les paroles du mé- 
decin mourant m'avoient donné quelques indices, et qu'ainsi 
il ne fût le môme que je venois devoir prêchant dans le temple. 

«J'entre précipitamment dans cette porle:je traverse, tou- 
jours à la lumière sombre du double courant, une pelite allée 
obscure, au fond de laquelle se trouvoit un escalier, dont une 
partie monloit à des appartemens supérieurs ; mais dont l'au- 
tre, recouverte seulement par une trappe, descendoit dans 
une cave; le courant se dirigeoit sur celte trappe, je la lève 
ot je le suis jusque dans la cave, où j'arrive après avoir des- 
cendu cinquante marches. 

« Là, je trouve un grand emplacement de forme pentago- 
nale. Quatorze personnes éloient rangées tout autour sur des siè- 
ges de fer, ayant chacune au-dessus de leur tète un nom écrit, 
qui indiquoit leur fonction et leur emploi dans celte assemblée; 
au fond de cette cave et sur une estrade élevée de deux gra- 
dins, étoit un autre siège de fer plus ample que les autres et 
mieux travaillé, mais vuide ; et au-dessus de ce siège éloit 
écrit en grande lettre : l 'hiérophante. J'eus alors une pleine 
conviction que j'avois trouvé ce qui étoit l'objet de mes recher- 
ches. 

ci Indépendamment de ce courant de paroles qui m'a voit 
conduit jusqu'à cette cave et qui avoit précisément le fauteuil 
de l'hiérophante pour second centre, il y avoit de semblables 
couransqui alloient depuis ce fauteuil derhiérophantejusqu'à 
la bouche de chacun des quatorze assistans.et qui retournoienl 
de leur bouche à ce fauteuil ; de façon que je jugeai que cet 
hiérophante étoit comme l'âme de leurs paroles, et qu'ils n'en 
étoient que les organes et les inslrumens. 



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FORCE DE LA VOLONTK 



«Au milieu de la place éloit une grande table de fer, ayant 
la forme pentagonale comme la cave, et sur celte table une 
espèce de lanterne de papier, transparente, également penta- 
gonale, et dont les côtés répondoicnl aux côtés delà table et ù 
ceux de la cave ; au centre de cette lanterne, il y avoil une 
pierre brune, mais luisante, et qui iaissoit voir à chaque as- 
sistant, des mots et des phrases tout entières, écrites sur les 
faces du papier qui lui étoient correspondantes; et ces phrases 
répondoient aux paroles que j'avois lues dans l'intérieur de 
I* hiérophante. 

< Devant son fauteuil, il y avoit une autre table oblongue, 
aussi de fer, et sur cette table, deux singes de fer qui avoienl 
chacun à chaque patte et au col, une chaîne de fer rivée sur 
cette table; ce qui faisoit dix chaînes. Devant ces deux singes 
de fer, il y avoit un gros livre dont les feuillets étoient aussi de 
fer, et que je pouvois remuer et lire à mon gré. 

< J'y lus clairement les traités des diilérens émissaires des 
docteurs occultes, avec plusieurs conquérans de la terre, et les 
horribles conditions souslesquellesils leur livraient les nations 
de ce monde 

«J'y lusque ces entreprises avoienl pour but défaire anéantir 
l'ordre de toutes choses, et d'établir à sa place un ordre fictif 
qui ne fût qu'une fausse figure de la vérité. On devoit renver- 
ser tous les calculs connus depuis, sous le nom de calculs de 
IMhagore, et tellement les confondre, que l'esprit le plus 
simple et le mieux conservé ne pût jamais en retrouver les 
traces» 

• On devoit ramener par cette même loi tous les règnes de 
la nature et del'esprit,à un seul règne ; toutes les substances, 
soit élémentaires, soit spirituelles, aune seule substance; 
toutes les actions visibles ou occultes des êtres à une seule 
action ; toutes les qualités, bonnes ou mauvaises, vivantes ou 
mortes, à une seule qualité ; et ce seul règne, celte seule sub- 
stance, cette seule action, cette seule propriété devoit résider 
dans ce chef de rassemblée, ou dans cet hiérophante, quialloit 
bientôt lancer hautement dans le monde celte doctrine, et exi- 
ger pour récompense, dès son vivant, les honneurs de l'apo- 
théose et sa divinisation, à l'exclusion de tout autre Dieu... » 



IX CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Ourdeck, frémissant d'indignation, lit dans ce Gri- 
moire l'annonce de tous les malheurs qui devaient fondre 
sur l'Europe; il apprend qu'un mage de lumière, désigné 
comme l'implacable adversaire du théurgiste mauvais, 
doit seul découdre au vif de ses horribles trames et fo- 
menter la ruine d'aussi exécrables projets. 

Alors Ourdeck se sent naître au cœur le violent désir 
que le nom de cet auguste personnage lui soit révélé. 

« Ce désir (poursuit-il) s'empara tellement de moi, qu'il fui 
comme un feu brûlant dans mon sein ; mais bientôt ce feu ne 
pouvant plus se contenir en moi, il en sortit une lumière d'une 
blancheur ravissante (1 ), au milieu de laquelle je vis clairement 
le nom iVÉléazar, et cela par trois fois consécutives... 

« Sachez donc qu'à l'instant où ce nom d'Éléazar fut ainsi 
manifesté dans celte enceinte souterraine, les quatorze hom- 
mes qui étoient assis sur des sièges de fer reprirent la vie, en 
faisant des grimaces et des contorsions épouvantables ; sachez 
que les courants particuliers qui les lioient au fauteuil de 
l'hiérophante, se détachèrent de ce fauteuil, et rentrèrent dans 
ces quatorze hommes, ce qui sembla rendre leur état plus vio- 
lent : sachez que les deux singes de fer qui étoient enchaînés 
sur la petitetable, furent détachés à l'instant; qu'ils devinrent 
vivans et engendrèrent aussitôt chacun six autres singes vi- 
vans comme eux; que ces quatorze singes se jetlèrent comme 
des éperviers, chacun sur un des quatorze hommes, et les dé- 
vorèrent tous. 

« Sachez que l'hiérophante même, par une violente attrac- 
tion, fut amené en un clin d'œil, depuis le temple jusque sur 
son fauteuil, où il me parut à lui seul plus tourmenté que les 
quatorze autres ; sachez que les quatorze singes se précipilè- 



(1) Cf. Ba'hme, les trois Principes de /'Essence dirine, tome I. 
chapitres i et n. et particulièrement pages 14-15 (la Lumière engendrée 
ilu feu). 



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FORCE DE LA VOLONTK 



383 



rent aussitôt sur lui, et le dévorèrent, après lui avoir arraché 
les yeux; sachez que les quatorze singes, après avoir mangé 
tout le monde, finirent par se manger les uns les autres, sans 
qu'il en restât vestige devant mes yeux... 

• Sachez enfin, qu'il se fit un tremblement de terre si vio- 
lent, que tout sembla prêt à s'écrouler sur moi. Maisau milieu 
de ces scènes si efîrayantes, une main invisible s'est emparéo 
de moi...; et elle ru 'a transporté, je ne sais par où ni par quel 
moyen, jusqu'à cet égout de la rue Mont martre, où vous savez 
que j'ai pris terre (1). » 

Nous osons croire notre Public trop avancé sur la voie, 
pour méconnaître l'importance de l'allégorie que nous 
avons tenu à mettre sous ses yeux. 

Cet épisode est la description symbolique d'un cercle 
de magiciens noirs, saisi et crayonné sur le vif de leurs 
opérations scélérates. La pile génératrice d'influences 
mauvaises est amorcée, la chaine magnétique tendue : le 
Crime fonctionne. 

Examinons les principaux détails de la scène. 

La machine infernale est disposée dans une cave... De 
temps immémorial, partout où l'homme a maudit l'homme 
et secoué sur la tête de son frère les foudres de Vulcain, 
TExécrateur a choisi pour ses opérations une retraite 
souterraine, comme la forge du dieu de Lcmnos. Depuis 
la crypte de la théurgie sanglante, au plus lointain des 
cycles préhistoriques, jusqu'aux cavernes de l'infernale 
Hécate et la cave cintrée des envoûteurs au moyen âge, 
ce fut toujours en sous-sol que les œuvres de colère, les 



(1) J> Crocodile, papes 3.^9-369. paxxim. 



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386 



LA CLEF DR LA MAGIE NOIR F. 



pratiques de Shatan, de Se ih (1), de Saturne ont été ac- 
complies. Le rituel magique le veut ainsi : un double 
motif, d'analogie d'abord, d'empirisme occulte ensuite, 
justifieraient sans nul doute cette prescription universel- 
lement reçue. 

On descend en cette cave par une trappe qui s'ouvre 
sur cinquante marches d'ombre, antithèse figurative des 
cinquante Portes de Lumière, ou de l'Intelligence. 

V emplacement de forint ' pentagonale équiv aut à l'Etoile 
flamboyante renversée, emblème de la volonté crimi- 
nelle. On sait que le Pentagramme, où s'inscrit la figure 
du microcosme humain (Vouloir, Intellect, Amour, Puis- 
sance et Beauté) constitue un hiéroglyphe convertible : 
dans sa position normale, une seule pointe en haut, il est 
le bouclier du mage de lumière, et traduit les vertus 
bienfaisantes et les glorieuses prérogatives de l'Intelli- 
gence, volontairement ralliée au plan providentiel; les 
cinq lettres du nom de l'homme-dieu PTONT scintillent 
aux rayons de l'Étoile. — Mais orienté en sens inverse, 
l'Astre pentagrammatique n'est plus qu'un symbole d'ini- 
quité, de perdition, de blasphème : ses deux pointes en 
l'air deviennent les cornes du Bouc immonde menaçant 
le Ciel, et dont la tète s'encadre au pentacle stellaire, 
avec ses oreilles basses dans les branches latérales, et 
sa barbe en désordre dans l'unique pointe inférieure. 
Notons du reste que le système particulier du théosophe 
d'Amboise assigne au nombre cinq des attributs néfastes 
et funèbres : au Livre universel de l'Homme, qui a dix 

(I) Typhon- Seth (Kgypte). 




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388 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



feuillets, le cinquième est celui « de l'idolâtrie et de la 
putréfaction (I). * 

La forme pentagonale de la table de fer et de la lan- 
terne de papier comporte le même sens secret. En ma- 
gie cérémoniale, blanche ou noire, les opérateurs s'en- 
ferment en un cercle, symbole des volontés amies : 
communion des saints ou synagogue des pervers. — Ici 
le pentagone mauvais supplée au cercle des évocations. 

Les trois figures concentriques forment une citadelle 
occulte, à triple rempart, autour de h pierre noire qui, du 
centre de la lanterne, darde une lumière pâle. C'est Éla- 
(jabale (2), la pierre philosophale d'iniquité, emblème 
héliaque d'idolâtrie. Elles viennent du soleil, mais réfrac- 
tées et froidies par la Lune infernale, ces fausses lueurs 
qui, s'effluant de cette pierre, font reluire les hiérogram- 
ines d'imposture tracés sur les faces de la lanterne. Le 
caillou noir est phosphorescent d'une lumière morte, et le 
papier mi-opaque la rend plus incertaine encore : c'est 
Aôb 21**, le fluide négatif où glissent les Larves, où na- 
gent les écorces de la Nécromancie. 

Quatorze auxiliaires de l'hiérophante sont assis en cer- 
cle sur des sièges de fer, autour d'une table de fer. Joi- 
gnez le maître aux disciples, et le total donnera le nom- 
bre de la Perversité collective et des courants fatals de 
l'Instinct : quinzième clef du Tarot — le Diable. Quant à 
la table, aux sièges et autres objets, tous de fer, ils mar- 



(1) Des Erreurs et de la Vérité, ou les hommes rappelés au principe 
universel de la Science, Edimbourg (Lyon), 1775, in 8» (page 256). 

(2) V. Éliphas, Dogme de la /faute Magie, page 336. 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 389 



quent le caractère de rassemblée que gouverne Mars ; 
or cette planète, maléficiée par le voisinage de Saturne £ , 
dont nous relevions tantôt la signature, annonce perver- 
sité froidement implacable, orgueil sauvage et chagrin, 
et, grâce à Dieu, ruine, écroulement final. 

L'estrade élevée de deux gradins, où se dresse le fau- 
teuil de l'hiérophante, n'est-il point l'emblème du Binaire 
impur, principe de tout antagonisme, de toute division, 
de tout pouvoir schismatique et arbitraire? La table oblon- 
gue, avec ses deux singes de fer enchainés, confirme cet 
emblème, en le précisant. Rien ne peut offrir de la sor- 
cellerie une plus parfaite image que ces deux singes, 
occupant les deux foyers de l'ellipse mensale, en face du 
fauteuil de l'hiérophante. 

Satan, singe de Dieu, apparaît binaire, incapable qu'il 
est d'une entente, même avec les siens, d'un accord, fut- 
ce avec lui-même ! Sa magie de ténèbres ne présente 
rien d'original : imitation servile de la Religion-sagesse 
défigurée, ses rites sont ceux d'une théurgie à rebours. 
L'hiérophante aussi est un singe : pontife de l'ombre, il 
se déguise en prêtre de lumière; et sectaire du mensonge, 
il va faire son édifiante grimace au temple de la Vérité. 
Hypocrisie simiesqueî... La table elliptique figure le cer- 
cle mauvais qu'il a fondé. Les deux singes, aux deux 
foyers de l'ellipse, peignent la volonté du misérable, 
rectrice de la chaîne sympathique tendue par ses mains ; 
sa volonté double et ambiguë, qui se stérilise presque 
toujours en s opposant sans cesse à elle-même, comme 
c'est la sentence rendue contre tout principe d'Erreur et 
d'Iniquité. On doit comprendre à présent ce qu'entend 



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300 



LA CLEF DE LA MAlilE N01IIK 



Saint-Martin, par « l'hiérophante de la vue des Singes... * 

Le secret de la chaîne magique se résume en un apho- 
risme dont voici les termes : créer un point fixe où pren- 
dre appui; y établir sa batterie psycho-dynamique; et, 
de ce point élu pour centre, faire rayonner à travers le 
inonde la lumière astrale, évertuée par un vouloir net- 
tement défini et formulé. 

C'est là une application de la célèbre devise androgy- 
nique d'Henry Khunrath : Coagula, Sol ve. — « Coagule *, 
c'est-à-dire, concentre le fluide à haute tension autour d'un 
centre équilibrant; — « dissous », c'est-à-dire, répands 
au loin le fluide dynamisé et soumis à ton vouloir: darde- 
le vers l'objet sur quoi tu veux agir. Le fameux arcane 
de la Magnésie universelle docile aux adeptes n'est pas 
autre chose. La Magnésie est la traduction extérieure, 
rendue patente par ses eflets, du Magnes intérieur et ca- 
ché dans son essence. 

La lumière astrale spécialisée aux mains de l'adepte 
devient le véhicule de sa volonté ; — disons mieux : 
de son verbe (1). Voilà le sens du double courant de pa- 
roles qui se propage en ondulations magnétiques, de 
l'hiérophante en chaire aux aflidés de son cercle occulte; 
puis, centuplé d'énergie, fait retour à son point de dé- 
part. 

Les principes émis au précédent chapitre, à propos de 
l'Oracle mensal, pourraient trouver ici leur place; mais 



(1 ) Nous verrons tout à l'heure, à propos du Signe et de son impor- 
tance en magie, comment définir le Verbe humain, qui est la Volonté 
formulée et traduite par le signe. 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



il suffira d'y renvoyer. A coup sûr, notre Lecteur en a 
déjà fait l'adaptation (car elle s'impose) ; et décerné la men- 
tion négative au groupe des quatorze auxiliaires, occu- 
pant le pourtour de la table pentagonale; tandis qu'il ré- 
serve pour l'hiérophante la qualité d'élément positif, dont 
le rôle est d'unifier les âmes passives de son cercle, sous 
la prédominance d'un vouloir impérieux et dominateur. 

Disons tout de suite que l'établissement de la chaîne 
secrète est rarement aussi méthodique, aussi voulu, aussi 
savamment combiné. Il arrive que ses éléments constitu- 
tifs, spontanément fournis, — nous dirions par le ha- 
sard, s'il existait pour les initiés, — se trouvent ou mal 
proportionnés entre eux, ou compromis par un mélange 
d'éléments hétérogènes. L'appareil fonctionne alors tant 
bien que mal ; mais il n'atteint qu'un minimum de rende- 
ment. C'est la répétition de ce qu'on a pu lire, section X, 
au sujet des tables parlantes et de la génération des êtres 
collectifs... 

Rien n'est plus certain que la plupart des grandes 
choses qui se font ici-bas, s'accomplissent par les spé- 
cialités de chaînes magiques, — tendues consciemment 
ou non, avec la Providence ou sans elle, à travers les 
enchevêtrements de circonstances plus ou moins favo- 
rables. 

Ils sont rares, les grands Initiés (l) qui, — tels Chri- 

(I) Voyez le beau livre de M. Edouard Schurô : les Grands Initiés, 
Esquisse de l'histoire secrète des Religions (Paris, Pcrrin, 1889, in-8°). 
— A vrai dire, nos idées diffèrent do celles de M. Schurô sur certains 
points ; mais nous n'hésitons pas à signaler son ouvrage comme un 
des travaux les plus forts et les plus complets qui proposent une solu- 
tion sur ces hauts problèmes. 



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I 

1 



392 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



shna, Moïse, Apollonius (1), et d'autres qu'il ne semble 
point convenable de nommer, — ont établi délibérément, 
et d'accord avec les plans de la divine Sagesse, des 
chaînes magiques idoines à renouveler la face de la terre. 

Ils se comptent aussi, les puissants magiciens de lu- 
mière ou d'ombre, qui, — tel Jacques Molay, tel Ignace 
de Loyola, — ont sciemment créé, dans un esprit ou 
moins sublime ou moins pur, des chaines d'une étendue 
également immense. 

Mais les auteurs ne se comptent pas, de chaines sym- 
pathiques instinctivement tendues ; et ce sont eux dont 
l'œuvre, garantie et perpétuée grâce au concours des 
grands Collectifs qu'ils évoquèrent ou même engendrè- 
rent sans le savoir, nous étonne après tant de siècles par 
leur sève prodigieusement vivace encore. Exemples, 
beaucoup d'ordres religieux, certaines corporations ci- 
viles, les Fénians, etc. 

Alors, objectera-t-on, les « profanes » font souvent de 
la magie, comme M. Jourdain de la prose, — sans le 
savoir? Mais assurément, cher Lecteur. Ètcs-vous encore 
au point de vous en étonner? 

Voyez les grands hommes, — et les hommes extraor- 
dinaires, — qui ont fanatisé leur époque : d'une part 
Napoléon, de l'autre Cagliostro. Si vous compulsez leur 
histoire au flambeau de l'Ésotérisme, vous vous convain- 



(1) La mission d'Apollonius peut parait™ moins féconde au premier 
examen : c'est qu'elle fut tout ésotérique. Les résultats, — immenses 
en vérité, — se localisent dans la sphère d'action des sociétés secrètes, 
où les mystères de Pythagore et des fraternités platoniciennes se sont 
perpétués, pour le salut du monde a venir. 



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r 



FORCL DK LA VOLONTÉ 393 



rrez que, tous prodiges à part (prodiges de génie chez 
l'un, de ... fakirisme chez l'autre) la souveraineté leur 
fut acquise sur l'opinion par la mise en œuvre, ou sa- 
vante ou instinctive, de la chaine sympathique tendue 
sur leur entourage immédiat (1). Seulement, après eux, 
la fascination qu'ils exerçaient ne s est point perpétuée 
avec le même empire, parce qu'elle reposait moins sur 
le principe que sur l'homme. 

Celte digression close, il sied d'en finir avec l'épisode 
d'Atalante et son commentaire. 

Le double courant de blasphèmes comporte d'autres 
interprétations que nous avons tues... Abstenons-nous 
de trop souligner, afin de laisser quelque chose à faire à 
la sagacité du Lecteur. 

Pourquoi l'effluve magnétique tourne-t-il à gauche, en 
sortant du temple? La réponse est trop facile vraiment. 
Il n'en est pas de même de celle qui pourrait justifier la 
forme elliptique d'une place qu'il traverse par le milieu : 
l'énigme vaut la peine d'être levée, et nos préalables ex- 
plications peuvent contribuer h l'éclaircir... 

Désignerons-nous par son vrai nom le Livre aux feuil- 
lets d'acier, où l'explorateur d'Atalante épèle avec des 
frissons le sortilège qui trahit l'Avenir ? Les initiés ont 
déjà reconnu le a Livre de sang, toujours ouvert » de 
l'éternel Illuminisme noir ! Ce cercle infâme de « frères 
inversifs » ou mages d'abomination, tend, comme tou- 



(I) • Napoléon, (dit très remarquablement Fabre d'Olivet). homme 
fatidique, dominé par l'opinion qu'il se créait de lui-nn'rne et qu'il sa- 
vait imposer aux autres... » {Histoire philosophique, tome II, page 334). 



394 LA CLEK DE LA MAiîlE .NOIRE 



jours, à deux buts capitaux qu'ils se flattent d'atteindre, 
per fus et nefas (c'est leur devise), et grâce à leur chaîne 
d'influx : un résultat dogmatique, l'assassinat de la Vérité : 
— un résultat social, regorgement de la Justice. 

Politiquement, ces hommes n'hésitent jamais, en retour 
de quelques garanties, à vendre les nations au Despotisme, 
comme Judas vendit son Maitre, — pour trente deniers. 
De longue date, ils connaissent Nemrod, leur vieux com- 
plice, un pantin formidable et sanglant dont ils savent 
jouer ; car, dans l'instant qu'ils baisent la poudre de ses 
sandales, ils tiennent et pratiquent à leur gré les ficelles 
qui le font mouvoir. Tel est le pacte d'iniquité entre la 
Tyrannie adoratrice du Diable et les sacerdoces prodi- 
teurs de l'Homme-Dieu. 

Dogmatiquement, c'est l'Idolâtrie et la Corruption que 
les mages noirs veulent installer au sanctuaire, en place 
du pur spiritualisme de Diaus-pitar, de Zw;tr«rr,p, du 
Dieu suprême. Par exemple, aux Indes, c'est la doctrine 
désolante de l'inconscience originelle et du faux Nirvana 
qu'ils substitueront à celle du pur Vedisme ésotérique. 
Au cas particulier, leur chef est un faux Épicure assoiffé 
d'apothéose, — une contradiction vivante, — qui s'im- 
patroniscra aux lieu et place de Pythagore aboli. 

Une chose pourtant inquiète l'hiérophante. Il est écrit 
au Livre de fer qu'un sage fera tout échouer : c'est un 
adepte de la haute et divine magie, issu de la postérité 
du théosophe de Samos. Il est mandataire d'un auguste 
collège d'Enfants du Ciel, d'où il tient ses pouvoirs et ses 
droits mystiques. Sous le nom de Société des Indépen- 
dants, S tint- Martin décrit en effet le sublime Aréopage 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



des élus réintégrés à l'Unité céleste (I). lîlrazar, qui 
n'en fait pas encore partie, doit y recevoir la palme d'é- 

(1) Cf. les vues d'EcIcartshausen. très correctes et fort analogues. 
Voici quelques fragments détachés du dernier livre qu'il publia : 

« La religion se divise en une religion extérieure et intérieure... Les 
écoles de sagesse se divisent aussi en des écoles extérieures et inté- 
rieures. Les écoles extérieures possèdent la lettre des hiéroglyphes, et 
les écoles intérieures l'esprit elle sens. 

• La religion extérieure est liée avec la religion intérieure par les 
cérémonies. L'école extérieure «les mystères se lie parles hiéroglyphes 
avec l'intérieure... 

- Fils de la Vérité, il n'y a qu'un ordre, qu'une confrérie, qu'une 
association d'hommes pensants do même, qui a pour but d'acquérir lu 
lumière. Do ce centre, le malentendu a fait sortir des ordres innom- 
brables... Le multiciple est dans le cérémonial de l'extérieur, la vérité 
n'est que dans l'intérieur. La cause delà multiplicité des confréries esl 
•lans la multiplicité de l'explication des hiéroglyphes, d'après le temps, 
les besoins, et les circonstances. La vraie communauté de lumière ne 
peut être qu'une... 

« Toutes les erreurs, toutes les divisions, tous les malentendus, tout 
ce qui, dans les religions et les associations secrètes, donne lieu à tant 
d'égarements, ne regarde que la lettre ; l'esprit reste toujours intact et 
saint: tout ne se rapporte qu'au rideau extérieur sur lequel les hiéro- 
glyphes, les cérémonies et les rites sont écrits ; rien ne touche à l'in- 
térieur... 

a Notre volonté, notre but, notre charge est de vivitier partout Ih 
lettre morte et de donner partout aux hiéroglyphes l'esprit, et aux 
signes sans vie la vérité vivante : de rendre partout l'inactif actif, le 
mort vivant; nous ne pouvons pas tout cela de nous-mêmes, mais par 
l'esprit de lumière de celui qui est la Sagesse. l'Amour et la Lumière 
du monde, qui veut devenir aussi votre esprit et votre lumière. 

« Jusqu'à présent, le sanctuaire le plus intérieur a été séparé du 
temple, et le temple assiégé de ceux qui étaient dans les parvis ; le 
temps vient où le sanctuaire le plus intérieur doit se réunir avec le 
temple, pour que ceux qui sont dans le temple puissent agir sur ceux 
qui sont dans les parvis, jusqu'à ce que les parvis soient jetés dehors. 

« Dans notre sanctuaire, qui est le plus intérieur, tous les mystères 
de l'esprit et de la vérité sont conservés purement: il n'a jamais pu 
être profané des profanes, ni taché par les impurs. Ce sanctuaire est 
invisible, comme l'est une force que l'on ne connaît que dans l'ac- 
tion... 

o Dans notre école, tout peut être enseigné, car notre maître est la 



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390 LA CI.EK DE LA MAGIE NOIRE 



lection ; Sédir et Ourdeck lui-même y seront admis un 
jour. - Voilà donc, bien nettement posée, la vivante 
Providence de notre planète : la fraternité lumineuse, 
en face de la fraternité de ténèbres et d'iniquité ; voilà 
les enfants du Soleil, en face des missionnaires du Satel- 
lite obscur (I). 

Une notion vive illumine Ourdeck; un violent désir 
l'embrase, de connaître celui par qui crouleront les con- 
seils des mauvais. Ourdeçk, médium d'influences, objec- 
tive son désir: le nom d'Éléazar est manifesté... Aussitôt 
l'équilibre instable du mal est rompu. La foudre occulte 
ayant manqué son but, la loi de choc en retour intervient : 
les misérables alïiliés doivent ravaler leur haine et leurs 
imprécations ; l'influx blasphématoire est un poison qui 
rentre en eux, et les torture avant de les tuer. 

Cependant, le Mal se multiplie dans l'enceinte du Mal 
même ; les volitions perverses pullulent en désordre : les 
deux singes détachés reprennent vie; ils accouchent cha- 
cun de six autres singes vivants comme eux, et ces 
quatorze animaux dévorent les quatorze sorciers, ce qui 
revient à dire que chaque auxiliaire du Mal périt, victime 
de sa volonté mauvaise. 



Lumière même et son esprit... Nos sciences sont l'héritage promis aux 
élu? ou à ceux qui sont capables île recevoir la lumière, et la pratique 
de nos sciences est la plénitude de la divine alliance avec les enfants 
des hommes... Maintenant, nous avons rempli notre charge et nous 
vous avons annoncé l'approche du grand midi, et la réunion du sanc- 
tuaire le plus intérieur avec le temple... » {La .Xuée sur le Sanctuaire, 
ou quelque chose dont la philosophie orgueilleuse de notre siècle ne se 
doute pas. — Paris, 1819, pet. in 8, pages 67 à 84, passim. 
(i) Cf. la Lumière d'Egypte, pages 112 et suivantes. 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



Une trombe répercussive, s'abattant sur l'Hiérophante, 
s* en empare et le rejette irrésistiblement au centre de sa 
chaîne infâme : le voilà qui apparait sur son fauteuil, 
plus tourmenté que ses quatorze disciples. 11 a dû ravaler, 
era effet, non seulement son propre poison volitif, mais 
le boucon des quatorze volontés discipulaires, dont il est 
responsable, en sa qualité de maître inspirateur : tous 
les singes l'attaquent à la fois. Peut-être eût-il pu sau- 
ver sa vie par un nouveau crime, en dirigeant le reflux 
mortel sur une victime substituée pour mourir à sa place ; 
mais il perd la tête, assailli qu'il est par tant de forces 
adverses, et sa lucidité habituelle lui fait défaut : parti- 
cularité que symbolise pour nous ce fait, des singes qui 
lui crèvent les yeux à titre de prélude... Dès lors, c'en 
est fait ; il reçoit le prix de ses maléfices et meurt dé- 
voré... 

Enfin, ô miracle ! la multiplication des singes n'a pré- 
cédé que de peu d'instants leur anéantissement total ; 
car, ne voyant plus d'êtres humains à dépecer, leur rage 
se tourne contre eux-mêmes et ils se dévorent les uns les 
autres. El voici qu'il n'en reste plus vestige. Ainsi en est- 
il des volontés perverses : le jour où le Mal se multiplie 
et pullule, marque souvent la veille de son suicide ou de 
sa mutuelle destruction. 

Telle est l'interprétation ésotérique de cette page sur- 
prenante, qui nous témoigne que le marquis de Saint- 
Martin, si détaché des rites théurgiques de sa première 
école, et se confinant avec Bœhme sur les vierges cimes 
de la Théosophie transcendante, répugnait au monde 
astral, non par incompétence, mais par antipathie ; et 



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.»98 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 

— — . 

qu'il aurait été, s'il l'eût bien voulu, un très grand adepte 
de la magie pratique et cérémoniale. 

Un peu négligée par Saint-Martin, cette branche n'en 
brille pas moins entre les plus enviées, sur l'arbre lumi- 
neux des hautes sciences. Le premier initiateur du 
« Philosophe inconnu », Martinèsde Pasqually en faisait 
l'objet capital de son enseignement, comme notre ami le 
Docteur Papus l'a fait ressortir dans une admirable 
étude (i). Nul doute qu'en idéalisant son vieux maître 
sous les traits d'Éléazar, l'auteur du Crocodile n'ait tenu 
à lui solder une dette de gratitude, en même temps qu'il 



(\) L'Illuminisme en France (1767-1774). Martinès de Pasqually. 
etc., d'après des documents entièrement inédits. — Paris, Chaïuuel. 
1895, in M, lig. 

Ce livre, où le Président actuel du suprême Conseil martiniste a 
mis en œuvre, avec une critique sagacc, plusieurs liasses d'importantes 
notices et de lettres autographes, provenant en ligne directe de Martinès 
et de son disciple Wuillermoz, — ce livre accomplit une révolution 
dans l'histoire du mysticisme. Il infirme une bonne part des notions 
que l'on croyait positives, sur la doctrine du thëosophe, et redresse 
un certain nombre d'inexactitudes généralement accréditées, touchant 
sa personne. 

Ainsi, don Martinès, qu'on estimait juif et d'origine portugaise, est 
bel et bien catholique et espagnol : comme en font foi son nom même, 
d'un côté; et de l'autre, l'acte de baptême de son fils. 

Ce nom, généralement orthographié de la sorte : Dom Martinec- 
Pascalis, et que, sur la foi de ses disciples immédiats (Saint-Martin et 
l'abbé Fournié), nous avions personnellement coutume d'écrire Marti- 
nets de Païqunllys, s'écarte, en réalité, de ces deux transcriptions. 

Don (et non p is Dom) Martinès de Pasqually de la Tour. — telle 
serait la véritable orthographe, d'après la signature même du théurge. 
Notons d'ailleurs qu'à l'époque où il vécut, l'orthographe des noms 
propres n'était pas lixée: on voyait très souvent deux frères signer 
différemment le nom de leur famille. 

F. -Ch. Barlet, en sa judicieuse critique, publiée par Y Initiation (oc- 
tobre 1891»), sous ce titre : Martinès de Pasqually et les miroirs magi- 
ques, discute le fort et le faible de la théurgie martinésiste. 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



lui rendait l'hommage spontané de son admiration 
filiale. 

L'épisode symbolique d'Atalante, dont nous avons 
transcrit et commenté quelques pages décisives, sera le 
meilleur trait d'union entre ce qui précède et ce qui va 
suivre, touchant la force de la Volonté, dans l'homme et 
dans l'univers. 

Comment la volonté collective, — dont l'individu n'est 
point conscient, puisqu'elle appartient à l'espèce, — 
exerce son empire sur la matière, l'informe et 1 élabore, 
(grâce à l'action médiatrice de la faculté plastique indivi- 
duelle, façonnant un corps astral approprié aux milieux 
que l'âme traverse), — nous l'avons dit. 

Comment, ici-bas même, la volonté individuelle de 
l'homme peut récupérer, sciemment ou non, son privi- 
lège édénal, et devenir créatrice, sur les plans hyper- 
physique et par suite matériel : voilà le problème dont, à 
maintes reprises, nous avons fait pressentir la solution, 
et qu'il nous reste maintenant à bien fixer en ses 
termes. 

C'est dans l'exercice de ce pouvoir créateur que réside, 
à proprement parler, la MAGIE. 

La Magie se pratique : ou directement, par l'action du 
corps éthéré sur les fluides impondérables, (soit que l'a- 
depte fasse naître des courants dans la masse de l'Astral, 
soit qu'il en utilise les marées existantes), — ou bien in- 
directement, par l'empire que la Volonté peut étendre 
sur certains êtres de l'Invisible. 



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400 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



L'un et l'autre ordre d'opérations supposent des pou- 
voirs qui ne s'acquièrent (disons mieux : ne se dévelop- 
pent) que par une méthode graduelle d'entrainemenL 
dont tous les hommes ne sont pas susceptibles. 

Cette règle générale, comme toutes les règles, com- 
porte des exceptions. Quelques individus naissent ma- 
giciens, c'est-à-dire médiateurs actifs, ou médiums, 
c'est-à-dire magiciens passifs. 

Nous avons déjà traité de ceux-ci, en notre premier 
tome, — le Temple de Satan (I) — ; nous y reviendrons 
encore au chapitre V de la présente septaine, relatif à 
Y Esclavage magique. Là trouveront leur place quelques 
remarques tangentes aux questions controversées du ma- 
gnétisme et du spiritisme, sur quoi notre opinion est 
déjà connue (2). 

Le Magnétisme et la Suggestion peuvent être envisagés 
sous deux modes, actif et passif : soit au regard de Pex- 
périmentateur qui agit, soit au regard du sujet qui 
(comme son nom l'indique) subit l'action. Le premier 
point de vue ressortirait au présent chapitre. Jl suffira 
d'en toucher quelques mots, pour éclaircir bien des phé- 
nomènes dits magiques (tels que la fascination, le mau- 
vais œil et plusieurs autres), qui se réduisent, en somme, 
à des cas déguisés d'influence magnétique ou sug- 
gestive. 

M. le Baron du Potet généralise un peu trop sa for- 



(1) Le Temple de Satan, pages 121, et 399-408. — Cf. en cette Clef 
de la Magie noire, les pages 71-78, 169 171, 185, 192-196. etc. 

(2) Le Temple de Satan, pages 376-377. 393-427, etc. 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



mule, quand il proclame que « le Magnétisme est la clef 
de la science occulte de tous les temps et de tous les 
pays (1) * ; et, contraint plus tard d'admettre l'existence 
d'êtres invisibles doués d'intelligence et de vouloir, le 
même auteur dut, loyalement et de la meilleure grâce, 
convenir que, si loin qu'on élargit le domaine du magné- 
tisme animal, certaines manifestations en outrepassaient 
les rationnelles frontières (2). Mais il en est certain qu'un 
très grand nombre de faits réputés occultes seraient jus- 
ticiables de cette science, telle que ses champions la dé- 
finissent, et voire qu'ils la pratiquent. 

En effet Mesmer, dans son résumé théorique des 
XXVII Propositions, comme en ses écrits ultérieurs, 
ébauche un système intégral du Magnétisme, dont la 
formule, maladroite et confuse à quelques égards, n'en 
trahit pas moins l'intuition positive qu'il parait avoir 
eue, de la doctrine, traditionnelle en occultisme, de l'uni- 
versel Aôr. 

Le fluide cosmique baigne toutes choses. — Véhicule 
de la vie, il est substance et force à la fois; et, par sa 



(1) La Magie dévoilée, ou Principes de Science occulte, Saint-Ger- 
inain, 1875, in-4°, flg. (page 08). 

(2) « L T n jour, pendant que j'écrivais ma Magie dévoilée, je me 
sentis saisi fortement en arrière, par ma cravate. Je levai forcément 
la tète et j'aperçus trois individus groupés derrière moi. Tout était 
clos chez moi ; je ne savais pas comment ces gens étaient là, et mon 
premier mouvement fut de me défendre. Je donnai un violent coup de 
poing à celui qui me tenait: ma main et mon bras passèrent au travers 
de son corps. — C'était un esprit, qui alors posa son doigt sur sa 
bouche, et me dit : « Tu dis dans ton livre des choses qu'il faut taire : • 
et après cela, les trois hommes disparurent, t (Baron du Pofel, cité 
par M. Dunand, Révolution en philosophie, page :t7(î). 

26 



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402 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



double polarité, conséquente à sa double nature, il crée, 
vivifie, renouvelle tous les corps. — Impulsion et ré- 
sistance, forces centrifuge et centripète : tel est le mode 
binaire de sa manifestation. — Un double courant uni- 
versel en procède, flux et reflux : les astres s'attirent et 
se repoussent ; de là résulte la gravitation des orbes. — 
Cet agent se décèle, particulièrement dans le corps hu- 
main, par des propriétés analogues à celles de l'aimant 
(magnétisme). — Le système nerveux, docile à lu Volonté, 
l'emmagasine et le répartit. — Le magnétisme peut se 
communiquer aux objets, vivants ou inanimés, selon leurs 
réceptivités respectives. — L'action fluidique peut s'exer- 
cer à de grandes distances, sans intermédiaire visible. 
— Cette force peut être accumulée, concentrée, trans- 
portée. — Comme la lumière, elle est réfléchie et mul- 
tipliée par les glaces. — Le son la propage en la dyna- 
misant. — Chez les êtres vivants, la santé résulte de 
l'équilibre fluidique ; l'équilibre venant à se rompre, la 
maladie s'ensuit. — Par l'effet de la volonté et l'emploi 
des passes, l'homme peut dissoudre les accumulations 
excessives; concentrer du fluide, où ce véhicule delà vie 
fait défaut; faire circuler celle-ci à grandscourantsdans 
l'organisme... L'homme peut, en un mot, guérir son 
semblable, en rétablissant l'équilibre en lui. 

Voilà, singulièrement réduite, mais éclaircic et filtrée 
en revanche, la théorie du D r Mesmer : on sait quelles 
additions lui ont apportées les découvertes de ses succes- 
seurs. 

Avec M. de Puységur, le magnétisme parut se res- 
treindre aux bornes de la thérapeutique : la phase de 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



403 



vivification paisible remplaça les crises et les convul- 
sions naguère à la mode ; on suppléa très avantageuse- 
ment au fameux baquet condensateur des fluides, par 
l'orme magnétisé de la grand'place de Buzancy : des 
centaines de malades vinrent chaque jour se suspendre 
aux branches de l'arbre séculaire, entre les racines du- 
quel semblait sourdre la fontaine de Jouvence... Mais 
tout à coup, un phénomène insoupçonné se déclare parmi 
les malades en traitement : le sommeil magnétique î 
Grande révolution dans le royaume de Mesmer : avène- 
ment du somnambulisme. A sa remorque, toutes les 
merveilles de la lucidité viennent confondre les savants, 
qui trouveront plus simple de méconnaître les faits, ce qui 
dispense de les expliquer. « Ignoramus(s écrie l'un d'eux), 
et ignorabimus! » Depuis lors, c'est un feu roulant de 
prodiges. — Faria, d'un seul mot impérieusement pro- 
féré, frappe de sommeil des groupes entiers de scepti- 
ques. Un geste de lui transmue, au gré des sujets, l'eau 
pure en liqueurs délicieuses et variées. Puis d'autres 
expérimentateurs réalisent la clairvoyance, la clairau- 
dience, la seconde vue, l'intuition diagnostique, jointe à 
celle des remèdes appropriés, etc. Consulté dans son 
sommeil par le magnétiseur, le malade même devient 
son propre médecin. — De nos jours, Liébeault et Foca- 
chon réussissent par suggestion la pose d'un vésicatoire 
imaginaire; tandis que le Colonel de Rochas démontre 
l'extériorisation des couches sensibles et la réalité du phé- 
nomène répercussif ([inexpliqué l'envoûtement. Mais nous 
touchons à la frontière des faits attribuables au seul ma- 
gnétisme; avec Crookes, nous l'eussions dépassée. Quant 



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404 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 

à la théorie stupéfiante de la Suggestion (1), que l'école 
de Nancy a portée à son extrême et rigoureuse formule, 
— son mécanisme apparent, si strict et (peut-on dire) si 



(1) La théorie de la Suggestion oc date point d'hier, pas plus que 
les découvertes prétendues de bien des docteurs magnétistes. 

Écoutons la voix d'un moine du xiii* siècle : « Il est un prodige 
(dit Roger Bacon) qui l'emporto sur tous les autres. Lame raisonnable, 
qui ne peut être asservie, puisqu'elle possède la liberté, peut cependant 
être oflicaceinent circonvenue, dominée et disposée de telle sorte, 
qu'elle changera volontiers ses habitudes, ses affections, ses volitions, 
selon la volonté d'un autre; et non seulement on peut ainsi dominer 
une personne, mais encore une armée, une cité, tout un peuple. Arîs- 
tote, dans son livro des Secrets, enseigne la manière de faire celte 
expérience, aussi bien sur un peuple ou une armée, que sur les indi- 
vidus. L'on peut dire que c'est là l'extrême limite de la nature et de la 
science. » (Lettre sur les prodiges de la nature et de l'art, traduite et 
commentée par Albert Poisson, Paris, Chamuel, 1893, in-12, pages 
40-41). 

Puisque nous sommes sur le chapitre des légitimes revendications 
de la science d'autrefois, contre le naïf aplomb des novateurs contem- 
porains, produisons encore deux exemples, piquants, en vérité. 

Que diraient MM. les Docteurs Bourru et Burot, qui se croient très 
légitimes inventeurs de « l'action des médicaments à distance», s'ils 
lisaient dan3 Agrippa (ou dans tout autre auteur qui le relate) le cas 
observé par Guillaume de Paris, d'un homme qui, chaque fois qu'il 
sentait le besoin do prendre médecine, se contentait de regarder la 
drogue, et tout aussitôt se sentait purgé? (Voy. Philosophie occulte, 
chap.Lxiv, page 183 du tome 1 de la traduction française de 1727). — 
Cf. le cas analogue rapporté par Bagon (Orthodoxie maçonn ique, Paris. 
1853, in 8. page 501). Là, de toute évidence, il y a suggestion : ce 
n'est pas la drogue, mais bien l'idée de la drogue, qui agit sur le sujet. 

On parlait, l'an dernier, d'une nouvolle découverte d'Kdison, qui 
devait porter à son comble la gloire de l'illustre inventeur.il s'agissait 
d'un instrument très simple, grâce auquel, d'un bout à l'autre du 
inonde, deux amis pourraient correspondre télégraphiquement : nul 
lil conducteur; l'électricité secrète dégagée par la volonté de l'« expé- 
diteur» doit suffire à actionner l'appareil de réception. (Cette décou- 
verte — entre parenthèses — fait-elle pas songer aux Escargots sympa- 
thiques, dont nos pères se sont moqués de si bon cœur?) 

Eh bien, ouvrons la même traduction d 'Agrippa, mentionnée plus 
haut. Qu'y lisons-nous, page 17 du tomo premier? Voici : « ... l'n 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



405 



mathématique, est bien fait pour satisfaire les esprits 
positifs en même temps qu'elle les confond ; mais la rai- 
son d'être occulte, le pourquoi du phénomène suggestif 
est profondément ignoré, de ceux-là même qui, d'un 
soin studieux, observèrent le comment, et en induisirent 
la loi, avec autant de sagacité que de logique. Or, ce 
pourquoi réside en un arcane terrible. Nous ne ressas- 
serons point ici les observations émises au tome précé- 
dent, pas plus qu'il ne convient d'empiéter sur les ma- 
tières du chapitre qui va suivre. Le Lecteur retiendra 
seulement que toute suggestion infligée à un être pen- 
sant et volilif, équivaut au sortilège d'une possession 
réelle, encore que limitée dans sa tyrannie; et que tout 
suggestionneur professionnel apparaît un cnvoûteur au 
petit pied, un maléficiant en détail, — c'est-à-dire, 
sciemment ou non, un sorcier. Il aliène l'âme de ses 
sujets, en la peuplant de Larves, de concepts vitalisés ou 
de mirages astraux, suivant les cas; heureux, quand il 
ne la voue point à des vampires dévorants. 

Toute âme pense; et toute pensée est elle-même une 
âme, à titre infinitésimal ; et toute âme, sur la terre, cher- 
che à s'incarner : c'est encore une des formes de la lutte 
pour l'existence... Que la pensée émise tâche donc, par 
la persuasion, de conquérir sa place dans les cerveaux 
étrangers, c'est son rôle, et rien de plus juste. Mais que le 



homme peut naturellement et sans aucune superstition, sans le secours 
d'aucun esprit, communiquer sa pensée à un autre, quelque éloignés 
qu'ils soient, en moins de vingt-quatre heures, quoique l'on ne puisse 
précisément fixer le temps : c'est une chose quo j'ai vu fairo, et que 
j'ai faite moi-même; c'est aussi ce qu'a fait autrefois l'abbé Trithème. » 



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^ 

406 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



père de cette pensée l'impose au cerveau d'un être ma- 
giquement dépossédé de son libre arbitre, quoi de plus 
pesant à la responsabilité morale ! Faut-il être assez sùr 
de soi, pour l'oser entreprendre, non pas une fois, dans 
un cas donné, après mûre délibération et en vue d'un 
résultat capital ; mais quotidiennement, par profession 
ou par habitude, ou par manie, et en pleine sécurité de 
conscience !... 

Le phénomène de la fascination s'opère par vertu sug- 
gestive. 

Un jour, nous conte Bodin, le fameux sorcier Deses- 
chelles (1) avise un brave homme de curé au milieu de 
ses paroissiens : — Voyez l'hypocrite, s'exclame-t-il. 
Vous pensez que c'est un bréviaire qull porte là, sous 
son bras? Vous n'y êtes point, c'est un jeu de cartes î... 
Le digne ecclésiastique, pour confondre le mauvais plai- 
sant, exhibe un objet que toutes ses ouailles et lui-même 
le premier reconnaissent pour un jeu de cartes : si bien 
qu'il s'esquive, tout confus, non sans avoir jeté par terre 
ce profane objet... Peu après, des passants ramassent le 
prétendu jeu de cartes : c'est bel et bien le bréviaire du 
curé... « En quoy on apperceut, (conclut Bodin) que 
plusieurs actions de Sathan se font par illusions (2)... * 

Nos hypnotiseurs du jour se feraient un jeu de renou- 
veler cette expérience. Couramment, ils en produisent 
d'analogues. 



(t) Probablement Trois-Iiclielles, célèbre sorcier sous Charles IX; il 
fut exécut» ; on 1 Ml . 

(2) Dèmonomanie des sorciers (Paris. 1587, in-4, feuillet 454). 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 407 



La forme extérieure de l'objet en litige n'a point 
changé; son image vraie se réfléchit fidèlement sur la 
rétine du sujet; mais c'est le cas de dire que, voyant, 
celui-ci ne voit pas : comme percevant des sons, il n'en- 
tendrait point, si l'expérience portait sur un phénomène 
auditif, au lieu d'avoir trait à la fonction visuelle. 

Qu'a donc fait le sorcier ? — Il a évoqué le mirage as- 
tral d'un jeu de cartes, et imposé ce mirage à l'imagina- 
tion des personnes présentes : si bien que l'image, reflé- 
tée au translucide (I ) des spectateurs, et se superposant 
à celle du bréviaire que le regard percevait normalement, 
a masqué celle-ci pendant toute la durée du phénomène. 

Voici un autre exemple de fascination, rapporté par 
le médecin Jean de Nynauld, (premières années du xvn e 
siècle). Un hobereau magicien, natif de Granson en 
Suisse, le sieur de la Pierre, 

«... estant en la nopee d'vn certain Gentil-homme, où il y 
auoit plusieurs Dames et Damoiselles qui dançoient seules en 
vne chambre à part, print vn petit tambour qu'il gardoit à 
cest usage, puis s* estant approché contre la porte pour le tou- 
cher doulcement, au premier son d'iceluy, les Dames croyoient 
que ce fust le bruit d'vn ruisseau qu'elles virent à l'instant sor- 
tir de la muraille, comme il leur sembloit, loquel s'accroissoit 
ou appetissoit selon qu'il touchoit fort ou bellement le tam- 
bour. Ce voyant, les Dames, comme rauies et ensorcelées, 



(i ) En magie, on nomme translucide, ou encore diaphane, l'instru- 
ment de la vision sur le plan astral C'est, en quelque sorte, la rétine 
de l'àme, miroir où se viennent réfléchir les formes de l'existence sub- 
jective, — lesquelles n'ont de réalité, ou mieux de virtualité, que dans 
l'atmosphère seconde. 

Le translucide peut se définir l'organe réceptif des images, le milieu 
propre de Y imagination. 



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408 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



leuoient peu ii peu leurs robbes de peur de les mouiller, el 
enfin le ruisseau s' accroissant déplus en plus, furent contrain- 
tes de leuer et robes et chemises iusques au nombril ; dpquoy 
estant content ledit de la Pierre et les Spectateurs qui estoient 
en dehors avec luy, le fit diminuer peu à peu, et à la tin dis- 
paroir entièrement. Car s'il eust continué à le faire aggrandir, 
elles se fussent espouuantées et peut estre fussent defaillies 
par la crainte de se submerger (I). » 

Ce nouveau cas de puissance fascinatoire semble plus 
complexe que le premier, (il est plus simple, au con- 
traire) ; mais l'un et l'autre seront également vraisem- 
blables, pour qui connaît les phénomènes de suggestion 
mentale, et la potentialité occulte des signes analogiques. 

Les initiés de la Doctrine secrète n'ignorent pas que, 
de toutes les modifications fluidiques de l'Agent universel, 
te Son (2) est peut-être la plus foudroyante d'occulte in- 
flux; c'est aussi l'une des plus hautes dans la hiérarchie 
des forces sensibles. Une volonté d'adepte, portée sur des 
ondulations sonores d'un certain ordre rhythmique, 
constitue une Force intelligente, à quoi nul ne résiste. 



(1) I. de Nynauld, de la Lycanthropie, transformation et extase 
des sorciers, Paris, 1615, in-8 (pages 59-60). 

(2) Dans le système de Louis-Michel de Figannières, — mystique 
hétérodoxe, illuminé par d« brusques éclairs, et qui voit juste et loin, 
quand, d'aventure, il n'exlravague pas. — le • Huido sonique » occupa 
lu sommet de la hiérarchie des forces naturelles; au-dessus, Michel m- 
mentionne plus que lo « fluide divin ». (Cf. Clé de la Vie, Paris. 1858. 
in-8, page 52.) 

Cela concorde en quelque manière avec le système du grand Bœhme. 
qui qualifie (symboliquement, il est vrai) de Son. la 6« et pénultième 
propriété (ou forme génératrice) de l'originelle Nature: il ne place au 
delà, dans l'ordre des réalisations, que la septième forme, qui est la 
substance en soi, l'être, la chose, ou plutôt l'essence de la réalité. 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



409 



— ni rien, dans les mondes astral et matériel. Elle dé- 
ploie les virtualités les plus énergiques et diverses tout 
ensemble : une véritable gamme d'effluves nuancés. 

Le son est le meilleur véhicule, et le mieux flexible, de 
la magnésie universelle des Sages. 

Bien des légendes en témoignent, où Ton peut voir à 
la fois des symboles et des réalités... La lyre d'Orphée 
enchantait les fauves attendris, et donnait une àme sen- 
sible aux choses immobiles ; aux arbres inclinés, d'har- 
monieuses flexions. Ses accords un instant ressuscitèrent 
Eurydice!... — - Sur un plan régulateur, les pierres éver- 
tuées se superposaient en cadence, aux hymnes créa- 
trices d'Amphion : ainsi s'édifia la Thèbes dorienne,aux 
cent portes, la cité du mystère. 

Ni le culte officiel, ni la magie n'ont méconnu jamais 
la puissance mystique du chant. Actuellement encore, 
aux Indes, c'est par des Mentras psalmodiés à mi-voix 
que les Fakirs obtiennent leurs phénomènes, si incroya- 
bles aux Européens. — Les illuminés de Saint-Joachim 
utilisaient en leurs séances les sonorités dissolvantes de 
l'harmonica : c'est là que Mesmer dut emprunter l'usage 
de cet instrument, presque aussi fameux que son baquet, 
et physiologiquement plus efficace, peut-être. 

Les cloches et les carillons des églises, des chapelles et 
des couvents, dont l'importance diminue chaque jour 
dans les pompes du culte, jouaient au moyen âge un rôle 
capital. Pour peu qu'on examine, aux lumières de la 
Symbolique et de la Liturgie, l'histoire des cloches, et 
qu'en regard des propriétés mystiques que leur prêtaient 
nos ancêtres, Ton étudie les rites traditionnels de leur 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



fonte, de leur baptême et de leur consécration, Ton se 
persuadera sans peine du caractère hautement occulte 
des cérémonies qui les concernent (t). 

Pour désintégrer en quelques secondes les roches les 
plus dures, le savant américain Keeley a construit un ap- 
pareil portatif, générateur de sa « force inter-éthérique », 
et que le son prolongé d'un fort diapason suffit à mettre 
en activité. 

Bref, sous l'empire d'un vouloir exercé, le Son peut 
tout on magie. Le son met en extase ou procure des 
convulsions, il tue ou guérit. Il dispense le bien-être ou 
l'angoisse, rend héroïque le soldat craintif ou démora- 
lise le plus vaillant. Il intègre la matière par masses énor- 
mes, ou la réduit en impalpables atomes. 

Deux mots du phénomène relaté par Nynauld vont 
nous ouvrir de curieux horizons. 

Les vibrations du tambourin, la sonorité imitative de 
l'eau qui jaillit d'une fontaine, et susurre et s'écoule, — 
remplacent au cas présent la suggestion de la parole, 
par celle, non moins etticace, du signe analogique, con- 
forme ù la pensée. La parole elle-même n'apparait-elle 
pas un signe de la pensée, un truchement d'icelle, — 
abstractivement plus explicite, mais figurativement moins 
expressif? 

La volonté de l'homme au tambourin, appuyée sur un 
signe sensible qui la représente, évoque dans Tatmo- 



(I) M. Hùvsmans a réuni dans Là-Bas (Paris 1891, in-12) quelques 
détails curieux et instructifs sur les cloches. (Voy. pages 52-58, 101 
10H. 187-181», 28;i 286, 329-331. et passiin.) 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



sphère astrale le mirage animé d'une source vive, et en 
réfléchit l'image dans le translucide des spectateurs, sur 
qui tout d'abord le magicien a pris ascendant. Nos Lec- 
teurs savent ce qu'expriment tous ces vocables; il est 
inutile d'y revenir. 

Nous voici en face de la théorie des signes d'appui dont 
a besoin la Volonté humaine, pour agir au dehors: théo- 
rie complémentaire de celle des signatures spontanées, 
où la Nature, (déchue parallèlement à l'homme dans 
leparpillementdes sous-multiples adamiques), inscrit, du 
haut en bas de l'échelle des effigies, le barrême de ses 
déviations. 

Au miroir des signatures naturelles, on peut étudier 
l'essence propre des choses,surprendre la pensée qui pré- 
sidait à leur concrétion. Ainsi est-ce la loi de ce monde 
somatique, que les essences ne s'y peuvent manifester 
qu'à la faveur d'une forme adéquate, qui leur serve d'en- 
veloppe et de garant. 

D'où il résulte que l'essence volitive de l'homme, pour 
devenir créatrice à l'extérieur de sa geôle corporelle, doit 
prendre appui sur un signe, analogiquement correspon- 
dant à la volition proférée. 

Affermi sur un signe proportionnel à sa nature, et qui 
en est la traduction parfaite et l'absolu symbole, le Vou- 
loir devient Verbe, et la virtualité édénale lui semble à 
nouveau dévolue. 

Ainsi qualifions-nous, à ce point de vue, le Verbe hu- 
main: une volition définie, étayée sur un emblème qui la 
confirme. 



412 LA CLEF DR LA MAGIE NOIRE 



« Le siïne (dit quelque part Éliphas Lévi), le signe ex- 
prime la chose. — La chose est la vertu du signe. 

<• Il y a correspondance analogique entre le signe et la chose 
signifiée. 

« Plus le signées! parfait, plus la correspondance est en- 
tière. 

« Dire un mol, c'est évoquer une pensée et la rendre pré- 
sente. Nommer Dieu, par exemple, c'est manifester Dieu. 

« La parole agit sur les Ames et les âmes réagissent sur les 
corps; donc on peut effrayer, consoler, rendre malade, guérir, 
tuer même et ressusciter par des paroles. 

« Proférer un nom, c'est créer ou appeler un être. 

a Dans le nom est contenue la doctrine verbale ou spirituelle 
de l'être même. 

* Quand l'âme évoque une pensée, le signe de cette pensée 
s'inscrit de lui-même dans la lumière. 

« Invoquer, c'est adjurer, c'est-à-dire jurer par un nom : 
c'est faire un acte de foi en ce nom, et c'est communiera la 
vertu qu'il représente. 

« Les paroles sont donc, par elles-mêmes, bonnes ou mau- 
vaises, vénéneuses ou salutaires... 

a Les choses sont pour chacun ce qu'il les fait en les nom- 
mant. Le verbe de chacun est une imprécation ou une prière 
habituelle. 

« Bien parler, c'est bien vivre. — Un beau style est une 
auréole de sainteté (!). » 

On ne saurait trouver formule plus claire et plus juste. 

Éliphas Lévi, sans contester positivement la rigueur de 
cette doctrine, observe qu'elle a égaré certains Kabba- 
listes superstitieux, qui en tiraient des conclusions d'un 
réalisme immédiat et grossier. Mais l'auteur de Dogme et 
Rituel ne saurait oublier que ces principes sont ceux-là 
mômes qui ont fourni la pierre angulaire de son édifice, 

(!) La Clef de* Grands Mystères, pages 205-206. 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 413 



lorsqu'il ritualisait la magie cérémoniale. Au demeurant, 
il ne pouvait bâtir sur d'autres fondations. 

La doctrine absolue des signes et des correspondances 
de la Volonté constitue la clef de voûte de la magie cé- 
rémoniale. Nous sommes contraint d'ajouter — la clef de 
voûte de tous les cultes ; puisque les religions mettent 
en œuvre officiellement la magie cérémoniale, à dessein 
de faire voir, sentir, toucher Dieu à leurs fidèles. Le rituel 
sacerdotal et le rituel kabbalistique sont expressifs d'une 
doctrine commune, invariable, unique ; et dans l'applica- 
tion, l'identité des deux méthodes ne laisse rien à dési- 
rer non plus. 

En un autre de ses ouvrages, Éliphas définit avec pro- 
fondeur la Superstition : ce substantif « vient d'un mot 
latin qui signifie survivre. C'est le signe qui survit à la 
pensée ; c'est le cadavre d'une pratique religieuse »(!).— 
Alors, dirons-nous au savant Maître, qu'importe que des 
Kabbalistes superstitieux, c'est-à-dire des initiés de la 
lettre morte, aient tiré de ces principes éternels de fausses 
conséquences, injurieuses à la Divinité ou répugnant à 
la Raison? La lettre tue, et l'esprit vivifie... Il faut que 
le néophyte des mystères sache entrer dans l'esprit 
vivificateur de l'enseignement ésotérique. — Fruit de 
l'arbre du Bien et du Mal, la Haute Science perd ceux 
qu'elle ne sauve pas. Ceux-là qui se nourrissent de 
la lettre morte deviendront à leur tour la pâture des 
Écorces de la lumière morte : Kliphôth rns^p. Toujours 
la loi des correspondances... 

(1) Dogme et Rituel de la haute Magie, pa^e 332. 



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414 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Ainsi, toute chose spirituelle veut être traduite ici-bas 
par signes, afin de devenir transmissible d'un être à l'au- 
tre, d'acquérir sa naturalisation au monde des effi- 
gies. 

Avant la chute, la transmission verbale, d'une pure 
Intelligence à l'autre, fut possible en mode essentiel et 
direct. Ce nonobstant, il faut croire qu'au royaume d'Éden 
même, la pensée, la volition, le verbe gagnaient à se ma- 
nifester à l'extérieur : puisque Adam, selon la mythologie 
kabbalistique, trouvait du plaisir à objectiver ses con- 
cepts; qu'autrement dit, il prenait soin de leur faire pro- 
duire au dehors le symbole morphique de leur essence, 
et de les en vêtir ! 

Mais sous la loi de nature déchue, comment les Intelli- 
gences emprisonnées dans la matière correspondraient- 
elles directement, par communication d'essence pro- 
pre (1) ? Elles ont recours au signe, traduction rigoureuse 
et nécessaire des pensées dans le langage des formes. 
Nous pourrions dire — traduction naturelle, — puisque 
chaque effluenec spirituelle se vêt aisément de son pro- 
pre symbole, évolué au dehors (2). Supposez deux amis 
que l'Atlantique sépare: l'un habite Bordeaux, l'autre 



(1) Nous no (lisons pas que la communication directe soit magique- 
ment impossible, d'un individu à l'autre. Mais l'adepte qui la réalise 
est des ici -bas réintégré dans la norme édénale, et il exerce les préro- 
gatives do cet état glorieux. 

(2) Il y a des signes absolus et des signes relatifs. — Nous appelle- 
rons signe absolu celui que l'effluenec spirituelle pousse spontanément 
hors d'ello-méme et dont elle se vêt; signe relatif, le symbole plus ou 
moins adéquat qu'on peut imaginer, pour suppléer au signe absolu. 



FORCE DE LA VOLONTÉ 



415 



New- York. Toute communication directe leur étant inter- 
dite par la distance, comment correspondront-ils sur le 
plan matériel ? Ils s'écriront, sans nul doute, ou s'enver- 
ront une dépêche: la lettre, le télégramme seront signes 
intermédiaires, entre eux. — De même, la matière iso- 
lant les âmes humaines Tune de l'autre, celles-ci commu- 
niqueront en revêtant d'un signe matériel leur pensée, 
en l'incorporant à un symbole significatif. 

Le signe peut être transmis, une fois fixé, par le véhi- 
cule des fluides impondérables, sur quoi la Volonté com- 
mande par l'intermédiaire du corps astral ou médiateur 
plastique ; alors c'est exactement le mécanisme du télé- 
graphe Brett et Bain. 

Sur ce principe se fondent la Télépathie et tous les 
arts similaires, la précipitation des écritures et la télé- 
graphie psychique, telle que la pratiquèrent l'abbé Tri- 
thème et son élève Agrippa, comme nous l'avons marqué 
dans une note. L'illustre inventeur Édison pourrait seul 
nous dire si la nouvelle découverte que la Presse annon- 
çait naguère en relève également. La chose est vraisem- 
blable. Édison aurait construit un instrument grâce auquel 
pourraient correspondre, sans fil conducteur, deux amis 
séparés par l'énormes distances. Le seul vouloir de l'un 
suffirait pour actionner l'appareil récepteur de l'autre... 

La parole articulée est un signe; le geste est un signe 
confirmatif de la parole, et plus celle-ci apparaît imagée, 
plus vigoureusement elle traduit l'effort mental ou voli- 
tif ; plus elle le transmet efficace et réalisable. 

Pourquoi, dans les conjonctures décisives de la vie, 
quand l'homme veut accomplir un acte de conséquence, 



m 



LA CLEF DE LA MAGIE N01KK 



s'exprime-t-il volontiers en larges métaphores, et souli- 
gne-t-il en outre, par l'ampleur de son geste, la portée de 
sa parole? — Pourquoi lève-t-il la main devant le cruci- 
fix, pour attester en justice? A quel instinct obéit Ponce- 
Pilate, lorsque après d'infructueux efforts pour sauver 
l'Auguste Victime, il tint à se laver cérémonialement les 
mains du sang précieux qui allait couler ? — Songez au 
père ému, qui, bénissant son fils au départ, éprouve le 
besoin de lui imposer les mains sur la tète. — Rappelez- 
vous le tableau de Greuze : la Malédiction paternelle : 
quel geste emphatique de réprobation ! 

Il est bon de consulter parfois les clichés de la vie et 
des mœurs : ces poncifs nous insupportent, ainsi que des 
airs moulus par quelque odieux orgue de barbarie ; mais 
qui pourrait dire si telles habitudes n'ont point dégénéré 
en clichés, proportionnellement à leur valeur secrète : 
comme souvent les mélodies n'ont subi l'outrage de la 
boite à musique qu'en raison du charme même qui les a 
rendues populaires ? 

Un livre serait à écrire sur la vertu du geste, comme 
signe expressif d'idées et de volitions... Le pontife offi- 
ciant multiplie les gestes mystérieux et solennels, qui 
contribuent pour une grande part à la magie du sacer- 
doce. C'est ce qu'en général ignore trop le clergé, comme 
Musset le reproche,par la bouche de Fortunio, à son mé- 
chant abbé Cassius : 

« Eh quoi, loi confesseur, toi prêtre, toi romain, 
Tu crois qu'on dit un mot, qu'on fait un geste en vain ? 
Un geste, malheureux ! Tu ne sais pas peut-être 
Que la Religion n'est qu'un gesle, et le prêtre 



FORCE DE I.A VOLONTÉ 



417 



Qui, l'hostie à la main, lève le bras sur nous, 

Un saint magnétiseur qu'on écoute à genoux (1) !... » 

Mais c'est à l'égard du Vouloir impératif et de sa vir- 
tualité créatrice, que le signe devient un puissant auxi- 
liaire, soit en Magie, soit en Religion. 

Il sert d'abord à préciser la Volonté, à la circonscrire 
en la formulant. 

Une fois celle-ci fixée et traduite, il sert encore d'ap- 
pui pour la projeter à distance, dans la direction voulue. 

Il sert enfin, et c'est sa plus haute vertu, à dynamiser 
l'effort solitaire du théurge, en multipliant cet effort par 
tous ceux analogues des Volontés amies, qui font usage 
du môme signe. L'intelligent emploi du signe crée en un 
instant la chaîne magique dans un cercle déterminé, et 
sitôt, évoque YÊgrégore qui régit cette communion. 

Se couvrir du signe de la croix, par exemple, c'est 
participer aux biens spirituels de toute la communauté 
de croyants, pour qui ce signe a été l'étendard du rallie- 
ment religieux, en même temps que l'hiéroglyphe de la 
rédemption et le schéma de la Doctrine. 

D'autre part, le magicien qui, s'enfermant au cercle 
pentaculaire des évocations, tient en sa main l'Étoile du 
Microcosme, — communie de volonté, de science et d'in- 
tention avec tous les initiés, morts ou vivants, qui ont 
fait emploi du cercle à titre de symbole de la communion 
adelphale, et se sont fiés à la vertu kabbalistique du 
pentacle étoile : deux emblèmes classiques d'une vérité 
invariable, au cérémonial universel de la Science. 



(1) Alfred de Musset, Premières Poésies (Suzon). 

27 



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418 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Religieux ou magiques, les rites constituent dans leur 
ensemble des guirlandes de signes évocateurs, des sym- 
phonies d'emblèmes thaumaturgiques. 

Est-il vraiment besoin d'expliquer, à cette heure, pour- 
quoi ces minuties ritualistiques, et cette norme inflexible 
qui préside à l'agencement du Cérémonial? — Qu'alors 
on nous pardonne une comparaison bien profane. Sup- 
posons que les maitres du sanctuaire aient pourvu la 
porte du tabernacle d'une serrure de sûreté, comme nos 
gens de finances en apposen t à leurs coffres-forts. L'hom me 
de Dieu monte à l'autel : c'est l'heure de faire resplendir 
sur les fronts courbés des fidèles l'ostensoir de mystique 
alliance... Demandera-t-on pourquoi le prêtre s'attarde 
au soin minutieux de restituer, lettre par lettre, le mot 
de passe qui commande à la serrure et va permettre de 
l'ouvrir? Telle se dévoile analogiquement la première 
raison d'être du cérémonial. 

Les initiés de tous les sanctuaires n'ont qu'une voix 
pour justifier la rigueur des prescriptions à cet égard ; 
et pour peu que nous interrogions l'esprit des antiques 
sacerdoces, il confirmera sur ce point l'esprit du nou- 
veau. C'est un épopte des mystères païens qui va nous 
répondre : 

« Aucun rite religieux ne doit se négliger ; ils sont tous 
l'expression de ce qui est ; ils descendent tous du Ciel... Si 
vous en négligez volontairement un seul, qui sont ceux que 
vous négligerez, qui sont ceux que vous conserverez? Si vous 
en négligez volontairement quelqu'un, qui vous dira où vous 
devez vous arrêter? Les anciens disoient que la négligence de 
quelque rite religieux étoit un crime inexpiable, parce qu'elle 



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FORCE DE LA VOLOMF. 



419 



attaque directement ce qui est, le Ciel d'où ils émanent... (1). 

« Mais je vois venir encore à moi des nuées de philoso- 
phâtes, pour me dire : pourquoi des rites extérieurs ? tout ne 
pourroit-il pas se passer dans l'intérieur? Non, parce que tout 
n'est pas resté dans l'intérieur de l'entendement divin ; tout a 
été manifesté ; tout doit s'exprimer, et nous devons être actifs 
dans les analogies de l'Univers: nous devons être avec ce qui 
est, sinon nous n'y serons point compris (2). Mais peut-être, 
direz-vous, ces rites nous paroissent minutieux? Hélas ! je le 
conçois, vous êtes de si grands hommes ! Cependant ces rites 
sont l'expression de ce qui est ; ces rites sont ceux qui ont été 
pratiqués scrupuleusement par les plus grands héros, — par 
les Hector, les Énée ; par les plus grands philosophes, les 
Platon, Cicéron, Xénophon, Plutarque: puisque vous êtes 
difTérens de ces grands hommes, ce dont nous convenons éga- 
lement, demandez aux Dieux des rites qui conviennent à votre 
grandeur. Vains phitosophisles, vous dont la vanité et l'envie 
de se distinguer est la vie ; nation frivole et opiniâtre, car 
vous conciliez les extrêmes ; vous n'êtes que de vains philoso- 
phistes, et je suis un prophète qui vous parle des choses 
divines : comment pourrons-nous nous entendre?... Eh hien ! 
puisque vous êtes si bons raisonneurs, je n'ai qu'un mot à 
vous dire. Outre ce qui est, rien n'est; hors de l'Unité, rien 
n'existe, et sous ce point de vue, vous n'existez déjà plus (3). » 



(1) La Thréïcie, pages 376-377 (passim). 

(2) Quantius Aucler fait allusion ici au terrible arcane de l'impasse 
finale, qui est aux antipodes de la réintégration dans l'éternelle Unité. 
C'est là que se dresse la cité dolente, où il n'y a plus d'espoir pour la 
gent perdue. Il est permis, au reste, d'affirmer que cet épouvantable 
destin (nous en toucherons un mot au chapitre vi) sera le partage 
d'un très petit nombre, de ceux-là qui l'auront tout à fait voulu. 

(3) La Thréïcie, pages 403-404 (passim), 

À côté de quelques vaines observances. Quantius Aucler donne des 
rites occultes d'une grande logique, et d'une riche et simple beauté. 
Citons, à titre d'exemple : 

c Vous ne ferez aucune adoration, aucune invocation, aucun sacri- 
fice, sans vous être purifié, en vous lavant le corps ou au moins les 
mains : la religion est l'expression de ce qui est, et ces actes sont les 



420 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Nous avons tenu à citer ce très curieux passage, en 
dépit de son style décousu; mais qu'on se garde d'en 
prendre la doctrine au pied de la lettre. Elle n'est vraie, 
— et d'une vérité toute frappante, — qu'entendue dans 
son esprit général. Exclusivement appliquée aux rites du 
paganisme romain, comme Quantius Aucler l'entendait 
peut-être (mystagogue un peu fanatique, malgré sa 
grande érudition), cette doctrine serait même tout à fait 
erronée... 

Les cérémonies tiennent à l'essence du culte, et rien 



symboles qui expriment les actes invisibles et qui les opèrent... Si 
l'eau vous manque, vous vous purifierez au feu ; si vous n'avez ni eau 
ni feu, vous vous purifierez à l'air, en demandant que l'eau qui emporte 
tout, emporte votre souillure. Dans l'eau dont vous vous laverez, vous 
mettrez du sel de sapience... 

< Pour adorer, vous vous présenterez d'abord devant les dieux, tourné 
le matin du côté de l'orient, a midi et le soir, du côté du midi et du 
couchant; là est le cœur du monde et son foyer... Vous porterez en- 
suite la main droite, qui est la main de la puissance, le pouce appuyé 
sur l'index, ce qui la désigne, à votre bouche : parce que c'est votre 
verbe qui doit adorer le verbe des dieux et leur parler leur langage, 
ab ore orare; puis vous vous prosternerez devant eux; vous tournerez 
ensuite en rond, en traçant un cercle. Les Romains tournoient de 
droite à gauche ; les Celtes, vos ancêtres, ô Européens, tournoient de 
gauche à droite : je vous dirois, choisissez : mais vous avez vu que ce 
sont les rites romains que vous devez avoir; vous n'êtes que des dé- 
membremens de l'empire romain. Ainsi vous verrez les dieux et vous 
en serez vu, et vous vous assoierez ensuite dans leur repos et dans 
leur unité. Grande Déesse, je ne crois pas divulguer vos mystères en 
disant ces choses ! Et, soit que vous offriez des parfums, soit les par- 
ties de la victime que vous devez brûler, qui sont les graisses et les in- 
testins, vous les agiterez en croix de l'orient à l'occident, du midi au 
septentrion. Vous tracerez une croix par qui tout se fait, qui est le 
symbole de la puissance des dieux, de la vie future et éternelle; la 
croix dans la capacité du cercle faisant quatre angles droits : c'est ce 
que les anciens nommoient fercium obmovere. » (Pages 377-379, 
passim). 



FORCE DE LA VOLONTÉ 



421 



ne leur supplée, àcause de la débilité mentale de la foule, 
en tout temps incapable d'atteindre à la hauteur de la 
mystique abstraite. Il n'est pas de religion sans rites. 
L'on peut dire que, leur ensemble constituant la guirlande 
d'efficace transmission, en omettre un seul, c'est, en 
quelque sorte, rompre la chaîne d'or qui relie la Terre 
au Ciel. 

On peut même en dire autant, à certains égards, du 
cérémonial magique, où le néophyte surtout doit scru- 
puleusement s'astreindre. 

Mais qu'on ne s'y trompe pas : toutes ces règles ritua- 
listiques ne sont promues que pour l'humanité moyenne, 
et en raison de sa nature imparfaite. Ce qui le fait bien 
voir, c'est la vertu réelle attribuable à divers symbolis- 
mes, et l'efficacité possible de cultes différents et même 
contradictoires dans la forme. Que si la minutieuse pra- 
tique des cérémonies était de nécessité absolue pour tous, 
il ne pourrait donc y avoir qu'un seul symbolisme et qu'un 
seul culte efficaces : car l'Absolu, c'est l'unité, et le Re- 
latif comporte seul le multiple et le divers. 

Il importe de le bien comprendre. Sans la chute, l'em- 
ploi du signe extérieur ne serait point indispensable aux 
intelligences pour correspondre. Libre aux Régénérés de 
s'en affranchir : les Yoghis n'ont pas besoin, même ici- 
bas, du signe matériel, pour se faire comprendre l'un de 
l'autre. Le sage n'a que faire de rites pour plonger aux 
océans de la divine Essence, non plus que de cérémonial 
pour déployer son activité sur les plans supérieurs de la 
vie spirituelle et céleste. 

Si la Magie enfin comporte un cérémonial nécessaire, 



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422 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



le motif en est dans l'imperfection des êtres sur qui L'ac- 
tion magique doit s'exercer. Les pensées et les volitions 
du Mage sont contraintes de prendre un corps sensible et 
de s'appuyer sur des signes sensibles, afin d'acquérir 
droit de cité et de magistrature dans le monde inférieur, 
où vivent ces hommes sur qui le mage veut agir. Car il 
faut bien, selon l'adage fameux des Kabbalistes, que l'es- 
prit se vête pour descendre, comme il faudra qu'il se dé- 
pouille pour monter. 

Cela dit, on comprendra mieux que le disciple de la 
Science puisse simplifier les rites, à mesure qu'il gravit 
l'escalier lumineux, et que son objectif magique s'élève 
avec son effort. Cependant, si haut qu'il monte, l'initié 
ne répudiera jamais l'usage de certains signes — ne fût-ce 
que l'emploi kabbalistique des pentacles, ces schémas 
de toute une synthèse doctrinale. Ce sont symboles d'une 
splendeur et d'une vertu trop suprêmes, pour qu'on se 
résigne à les dédaigner ainsi. 

Paracelse, un grand Maître, réduisait les signes essen- 
tiels de la magie à deux souverains pentacles, les Étoiles 
du Macrocosme et du Microcosme, plus connues sous les 
noms de Pentagramme et de Sceau de Salomon. Voyez 
quelle minutieuse description il en donne, au discours de 
la Philosophie Occulte. C'est une page curieuse et qu'on 
nous saura gré de traduire; car de ce traité du fameux 
théosophe, il n'existe encore, que nous sachions, aucune 
version française. 

« Il y a (dit Paracelse) deux pentacles principaux, qui l'em- 
portent sur tous autres caractères, sceaux et hiéroglyphes 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



« Imaginez deux triangles 
entrecroisés, si bien que l'es- 
pace intérieur est partagé en 
sept fractions, et que les six 
angles font saillie au dehors. 
Dans ces six angles, on ins- 
crit en ordre convenable les 
six lettres du nom divin 
AD0NA1. Voilà pour le pre- 
mier pentacle. — L'autre le 
dépasse de beaucoup ; ses 
vertus et son étonnante effi- 
cacité lui valent un rang plus 
sublime. Il se compose ainsi : 
trois angles ou crochets s'y 
entrecroisent et s'y compli- 
quent; l'espace intérieur se 
trouve divisé de la sorte en 
six parties, et cinq angles 
font saillie au dehors. Dans 
ces cinq angles, on trace et 
l'on répartit dans l'ordre 
voulu les cinq syllabes du 
très illustre et très éminent nom divin TE-TRA-GRAM-MA- 
TON... 

t Les Kabbalistes et les nigromans juifs ont accompli bien 
des choses par la vertu de ces deux caractères. Aussi plus d'un 
en fait aujourd'hui le plus grand cas, et les conserve soigneu- 
sement en secret... (I). » 




Nous épargnerons à nos Lecteurs déjà initiés l'analyse 
bien connue de ces hiéroglyphes primordiaux. Un com- 
mentaire serait ici presque une impertinence. Il suffira 



(1) Paracehi opéra omnia... — Genevœ, 1636, 3 vol. in-folio, fig. 
(Tome U,de Occulta philosophià, pages 484-485, patsim.) 



424 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 




de rappeler que rétoile lumineuse du Macrocosme est le 
symbole absolu du dogme universel d'Hermès : Quod su- 
perius, sicut et quod inferius, et vice versa; tandis que 
l'étoile flamboyante du Microcosme, dont nous avons 
parlé plus haut (1), constitue le parfait emblème du mys- 
tère qui est le corollaire du grand Arcane, divin et hu- 
main : Inconscient et Volonté, Chute et Réintégration, 
Épreuve et Béatitude; Dieu se faisant homme, pour que 
rilomme, à son tour, se fasse Dieu; la Mort physique, 
enfin, motif discordant qui prélude au concert de la Vie 
éternelle... 

Ce qui explique un peu la vertu merveilleuse qu'ac- 
quièrent ces pentacles dans la main d'un adepte, c'est 
qu'expressifs, de temps immémorial, de la domination 
que le Mage exerce sur les Esprits élémentaires et sur 
d'autres races encore des Royaumes de l'Invisible, de tels 
caractères constituent comme les signaux convenus du 
maître incarné à ses serviteurs d'outre-monde. Diverse- 
ment efficaces, selon le mode d'emploi et la volonté du 
magiste, l'aspect de ces diagrammes peut porter l'enthou- 
siasme, ou la terreur, ou l'amour, parmi les phalanges 
turbulentes de l'Astral; surtout quand l'expérimentateur 
a pris soin de « précipiter l'image » dans l'atmosphère 
seconde : soit en consumant, sur l'autel-des-parfums, le 
parchemin où ces signes furent tracés (non pas avec de 
l'encre, mais avec les substances requises) ; soit en réali- 
sant l'esquisse ignée de ces pentacles, au moyen de la 
machine de Holtz (ou d'une forte bobine d'induction), 



(1) En ce môme chapitre, pages 386-387. 



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FORCE DE LA VOLONTE 



425 



sur une plaque de verre ponctuée de fines découpures 
métalliques, que rejoint l'étincelle en jaillissant de Tune 
àt l'autre (1). L'instrument en usage à cet effet rappelle 
le tableau magique ou carreau fulminant de nos labora- 
toires. 

L'étoile du Macrocosme s'électrise ainsi à permanence, 
pour qu'elle scintille avec la majesté calme de l'Ordre 
universel dont elle est l'emblème; — l'étoile microcos- 
niique, à l'inverse, doit fulgurer par brusques intermit- 
tences, comme l'éclair d'iElohîm ou le verbe dévorant 
de Michaël : aussi l'électrise-t-on par saccades. 

« Ignescunt signa deorum », disaient les anciens adep- 
tes... L'homme affranchi est un dieu, éclipsé dans les 
ténèbres corporelles; mais quand sa volonté fulgure au 
dehors, les Esprits élémentaires obéissent en tremblant... 

Paracelse d'ailleurs, malgré sa prédilection pour les 
deux signes qui sont comme la synthèse radicale des au- 
tres, ne négligeait point ceux-ci, surtout en matière de 
médecine occulte. Ses sept livres des Archidoxes magi- 
ques (2) présentent une interminable série de caractères 



(1) La précipitation électrique servit vraisemblablement à Martinès 
de Pasqually, pour projeter en astral les hiéroglyphes lumineux qu'il 
faisait apparaître à, ses disciples travaillant dans leur « quart de cercle ». 
Cf. le livre de Papus, Martinès de Pasqually, pages 92-93, 109 et 
patsim. 

(2) On trouve dans les Opéra omnia de Paracelse, publiées à Ge- 
nève, en 4636 (3 vol. in-folio), deux recueils d' Archidoxes (ou Prin- 
cipes doctrinaux), relatifs à des sciences très distinctes. Il faut se 
garder de confondre les Archidoxes magiques, en sept livres, qui ter- 
minent le tome II, avec les Archidoxes hermétiques, en dix livres, qui 
se trouvent au début du même tome. 



< 



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4Î6 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



presque inintelligibles au prime abord, et que Ton ne dé- 
chiffre qu'à force de patience, et sous condition de bien 
connaître le tour d'esprit de cet homme étrange, et ses 
caprices d'abréviations. Chacun de ces pentacles consti- 
tue une amulette, pour préserver ou guérir de telle ou 
telle maladie. C'est un signe, à la fois de direction et 
d'appui, où, comme en une citadelle imprenable aux in- 
telligences profanes, il a inclus telle volition curative, 
circonscrite et dynamisée par sa correspondance avec les 
influx astrologiques de similaire vertu, que le signe ré- 
sume abrégés, dans sa concision monogrammatique. 

L'arcane d'où dépend l'efficacité des pentacles, amu- 
lettes et talismans, n'est point autre. 

Prenons pour exemple une médaille- talismanique du 
soleil (1). — L'influence céleste y est doublement évo- 

(1) Nous relevons, dans les œuvres de ce brouillon d'Etteilla, une 
explication des talismans qui, pour être matérialiste et naïve à l'excès, 
ne laisse point que d'exprimer /tgurativement, d'une sorte assez frap- 
pante, la nature du talisman et ses propriétés. Mais c'est ici surtout 
qu'il faut se garder de « la lettre qui tue ». 

<r A Etteilla. — Est-il vrai, Monsieur, que vous fabriquiez des mé- 
dailles que l'on nomme talismans, pour avoir du bonheur? Si cela est, 
faites-m'en passer une demi-douzaine. 

« Réponse. — Madame,... ceux qui ne sont pas profonds se figurent 
que je peux, pour huit à dix louis, vendre à mon gré le bonheur, et 
de cette conséquence, ils vont jusqu'à m'avouer la puissance de faire 
le malheur des autres... Pour qu'un talisman, et non une demi-dou- 
zaine, porte bonheur, c'est-à-dire pour qu'il conduise et prévienne celui 
pour qui il est établi, il faut que les souhaits du requérant soient dans 
sa sphère, et que ces souhaits soient légitimes, enfin qu'ils n'aient 
rien contre la science et la sagesse. 

« Figurez-vous, Madame, qu'un talisman est un creux, qui reçoit 
pures les influences des astres, comme le creux reçoit la cire que le 
figuriste en retire;... que ces influences se reportent sur celui pour 
qui est fait le talisman. 

« Figurez-vous à présent que ces influences talismaniques ont une 



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FORCE DE LA VOLOMK 



427 



quée : en mode passif, par le choix de For, pour métal 
correspondant au soleil, et réceptif de ses rayons occul- 
tes; en mode actif, par l'apposition des figures astrologi- 
ques que l'opérateur y burine. La pensée du magiste s'y 
inscrit dans le choix et la disposition des caractères; son 
vouloir est sigillé à même le métal par l'effort matériel 
de la gravure, qu'il doit exécuter lui-môme. Enfin, les 
deux Puissances génératrices du talisman, influx astral 
et volonté humaine, célèbrent leur union secrète dans la 
cérémonie de la consécration, effectuée par le magiste, 
à T heure astrologique voulue, avec l'aide des élémentaux 
et des génies planétaires invoqués. 

Presque toujours le fabricateur du talisman, de l'amu- 
lette ou du pentacle n'en est pas l'inventeur premier ; il 
faut, en ce cas, pour obtenir un résultat efficace, que la 
pensée et le vouloir potentiels de l'inventeur (déjà liés à 
l'hiéroglyphe astral), passent en acte, réactionnès par 
l'intention et la volonté conformes du magiste, qui, tirant 
d'un ancien modèle un exemplaire nouveau, consacre ce 
dernier pour son usage (!). 

odeur agréable qui, portée par l'homme au talisman, se fait sentir de 
tous ceux sur qui ses desseins sont jetés ; ... que cette même odeur 
puissante renvoyé naturellement le venin qui veut approcher le pos- 
sesseurdu talisman, sur celui qui le lui lanco, etc.. » (Etteilla, Philo- 
sophie des hautes Sciences. Amsterdam, 1785, pages 137-138, passim). 

(1) Les talismans peuvent être aussi fabriqués et consacrés pour 
autrui. — Les charlatans du plus bas étage en procurent volontiers aux 
badauds, ■ pour huit ou dix louis «,et même pour beaucoup moins... 
Quand donc ces excellentes dupes comprendront-elles, qu'un soi-disant 
occultiste qui exploite fructueusement sa science et fait payer, fût-ce 
un sou, les services qu'il rend, ne peut être à coup sûr qu'un impos- 
teur ou... un pauvre diable? 

La Doctrine et ses bienfaits se donnent ou se refusent, mais ne se 
tendent jamais. 



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428 



LA CLEF DE LA MAGIE >OIRE 



La vertu secrète attribuée très anciennement aux Ca- 
maïeux ou talismans naturels, nous marque l'origine pro- 
bable des talismans créés par l'artifice humain, et frap- 
pés au cachet de la volonté humaine. En toute chose, et 
surtout en magie, la Nature a toujours été l'institutrice 
de l'homme. 

Ces longues dissertations qu'on vient de lire, tant sur 
l'origine des signatures physiques, que sur la vertu des 
signes d'appui, permettent de comprendre l'usage ma- 
gique de la Volonté, soit dans le bien, soit dans le mal. 
Car, — nous ne nous lassons pas de le redire, — la 
Magie n'est rien autre que l'exercice du pouvoir créateur, 
récupéré dès cette vie terrestre; et si l'homme, ayant 
reconquis cette prérogative, peut l'exercer ici-bas même, 
c'est parla magie cérémoniale, dont le symbolisme com- 
porte pour base la science des signatures, et dont la pra- 
tique exige, pour condition primordiale, l'emploi du signe 
d'appui. 

Point de limite alors, pour ainsi dire, à la royauté que 
le Vouloir humain peut étendre sur le plan matériel. 

C'est ainsi qu'on peut voir l'adepte entraîné produire 
de toutes pièces des corps sensibles, par objectivation de 
la substance universelle, qu'il aura spécifiée en une ma- 
tière et moulée en une forme également voulues delui. La 
première condition d'un tel phénomène est, pour le thau- 
maturge, d'imaginer nettement l'objet qu'il veut obte- 
nir; puis, l'image étant bien évoluées dans sa pensée, la 
deuxième condition sera de savoir compacter la lumière 
astrale en mode voulu, sur la forme évoquée cérébrale- 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



ment, — laquelle sera tout ensemble, et le signe d'appui 
de la Volonté créatrice, et le patron idéal de l'objet créé. 

Ce tour de force occulte s'observe rarement, soit que 
les thaumaturges capables de le réussir soient eux- 
mêmes assez rares, soit pour tout autre motif. On peut 
considérer d'ailleurs ce phénomène comme le nec plus 
ultra de la puissance magique. 

A l'inverse, il est loisible au magicien de désintégrer 
tout objet matériel, en ramenant la matière qui le com- 
pose à l'unitédela substance radicale et non différenciée. 

Il peut aussi rendre l'objet invisible, en « l'éthérisant * . 
Dans cet état, la matière passe aisément à travers la 
matière, quitte à reprendre son apparence concrète et 
impénétrable, dès que l'Agent universel qui la subtilisait 
cesse de lui être appliqué. C'est le phénomène qui se 
produit autour de certains médiums, par le ministère 
des Élémentaux, dont le pouvoirsur l'Astral est si grand. 
Un pot de fleurs, placé sur une table, s'évanouit sou- 
dain aux regards des assistants qui ne l'ont pas perdu 
des yeux une seconde; puis, au même instant, le bruit se 
fait entendre sous la table, d'un léger choc contre le par- 
quet : c'est le pot de fleurs qui, en phase d'éthérisation, a 
traversé les pores du bois, et qui se rétablit aussitôt de 
toutes pièces, dans sa forme et sa matière primitives. 

Ce que le médium obtient avec l'aide des Invisibles 
évoluant dans son nimbe, l'Adepte le peut réaliser, soit 
par la même voie, soit par l'application pure et simple, à 
l'objet, de la Lumière astrale au rouge, Aôd, dont sa vo- 
lonté dirige la vertu expansive et dilatante. 

L'action du vouloir sur les fluides impondérables se 



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430 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



traduit par un grand nombre de phénomènes prodigieux, 
qu'on n'aura garde de détailler tous, leur mécanisme 
occulte ne variant guère. 

Tels sont les apports d'objets matériels, ces « bouquets » 
de rigueur, au terme de toute séance spirite un peu 
réussie. L'apport s'effectue d'ordinaire invisiblement . 
c'est-à-dire que l'objet subit, pendant le transport, la 
métamorphose moléculaire de l'éthérisation, jusqu'au 
point d'arrivée où il redevient visible, l'Agent astral cessant 
de lui être appliqué. Tant qu'agit cette force sur les corps, 
il sont réduits à l'état de formes fluidiques, impondéra- 
• bles : nulle matière en apparence dure et compacte, qui 
ne devienne, grâce à ses pores invisibles, perméable à la 
matière rendue subtile pour un temps. Le métal même 
passe à travers le métal. Enfin, — merveille qui se con- 
çoit à peine, mais se vérifie par l'expérience, — les 
corps organisés et vivants se désintègrent et se réin- 
tègrent ainsi, sans souffrir la moindre altération ; un 
bouquet de fleurs récemment cueillies se reconstitue 
dans toute sa fraîcheur, avec une goutte de pure rosée 
au creux de chaque corolle!... 

Des témoins dignes de foi affirment avoir vu le mé- 
dium Dunglas Home, en chair et en os, se fondre et 
disparaître au seuil d'une porte close; quelques instants 
après, ils relevaient le téméraire expérimentateur de 
l'autre côté de la porte, profondément évanoui, mais sans 
une égratignure ni même une ecchymose. Or, que les 
tissus vivants et délicats, constitutifs du corps humain, 
se réintègrent de la sorte après s'être soudain désinté- 
grés, et qu'il n'en résulte aucun dommage, la chose est 



FORCE DE LA VOLONTÉ 



431 



déjà bien difficile à concevoir; maisqu'un homme survive 
à pareille épreuve, que le 6ang se remette à circuler 
normalement, que chaque organe reprenne aussitôt sa 
fonction coutumière, voilà, nous le déclarons, qui nous 
semble passer les limites de l'intelligence et braver la 
raison. Et pourtant, cela est. 

Combien de phénomènes, du reste, bien constatés par 
les savants, portent à l'intelligence et à la raison d'aussi 
formidables défis ! Prétendra-t-on, de bonne foi, com- 
prendre le mécanisme de la génération spontanée ? L'ex- 
pliquer, on le tentera peut-être ; mais le comprendre /... 
Et quand la vue mentale se porte aux confins sacrés du 
temps et de l'espace : cette conception de l'éternité, 
d'une part, qui, en deçà et au delà de l'instant actuel, 
semble créer deux infinis ; d'autre part, ce fait universel 
de la vie dans la vie, qui s'affirme et s'observe du haut 
en bas de l'échelle des êtres, et de cercle concentrique 
en moindre cercle, jusqu'à l'atome (réduit peut-être au 
point géométrique, c'est-à-dire à n'exister pas!) Sont-ce 
point là autant de mystères, révulsant la logique et l'en- 
tendement humains Ne nous hâtons jamais trop, en 
matière phénoménale, de crier à l'impossible, à l'absurde. 
L'impossible nous assiège, l'absurde nous étreint; et la 
raison de l'homme, lorsqu'elle veut tout contrôler par 
A-f B, est alors plus cruellement victime de l'inexpli- 
cable; car l'absurde l'investissait naguère, et maintenant 
il est en elle. 

L'apport magique peut s'effectuer visiblement aussi, 
soit par extériorisation partielle du corps astral, soit par 
1 l'office des Élémentaux. 



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432 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Fabre d'Olivet, chez qui la science était doublée d'un 
entraînement magique considérable, affectionnait ce genre 
d'expériences. L empereur Napoléon, son ennemi per- 
sonnel, avait pourvu à ce que nul message de la part du 
théosophe n'arrivât jusqu'à son cabinet des Tuileries. 
L'auteur des Vers dorés de Pythagore ayant intérêt, lors 
de la publication de ce chef-d'œuvre, à forcer le blocus, 
fut lui-même, en corps astral, porter une lettre à TEm- 
pereur. Napoléon crut qu'on avait violé la consigne et 
s'en irrita fort ; mais il ne put jamais découvrir le coupa- 
ble. On trouve une allusion à ce fait curieux, dans le 
deuxième tirage des Notions sur le sens de l'ouïe (1 i 
(1819, in- 8°). — Cet opuscule, publié d'abord en 
1811, sous ce titre : Guérison de Rodolphe Grivel, relate 
et commente six cures de sourds et muets de naissance, 
opérées par l'auteur, d'après les procédés des mages 
de l'Egypte, dont Moïse a condensé la science aux dix 
chapitres du Sépher. Toutes les pièces à conviction dési- 
rables font suite au texte principal : elles ne peuvent lais- 
ser aucun doute sur la réalité de ces guérisons magiques. 
D'Olivet les avait entreprises sur le défi de M. de Mon- 
talivet, alors ministre de l'Empire, qui avait mis le magiste 
en demeure de justifier, par quelque phénomène décisif, 



( 1 ) « Mais ce n'était pas tout de l'avoir écrit (ce livre des Vers dorés), 
il fallait le faire imprimer, et Napoléon y consentirail-il ? Je le sondai 
par une lettre flatteuse, qui, malgré les obstacles qu'il opposait à ce 
que rien do moi lui pût parvenir, lui arriva néanmoins par une rouie 
tout extraordinaire, et faite pour piquer sa curiosité. Il jeta ma lettre 
au feu après l'avoir lue ; et, quoique je le priasse instamment de me 
répondre oui ou non, il ne me répondit ni l'un ni l'autre. » (Notions 
sur le sens de l'oufe, pages 20-21 J. 



FORCE DE LA VOLONTÉ 



de la science qu'il prétendait incluse au seul Berœshith. 
L'impression, aux frais de l'État, du grand ouvrage qui ne 
vit le jour qu'en 1815, la Langue hébraïque restituée, de- 
vait être le trophée de la victoire. Une préface ajoutée à 
l'édition de 1819, Notions sur le sens de Vouïe, relate les 
détails de cette piquante aventure. — Nous lisons d'autre 
part, dans la Notice biographique la plus complète que 
nous connaissions sur Fabre d'Olivet, ces lignes signifi- 
catives : « Il attachait une si grande foi au pouvoir de la 
Volonté, qu'il assurait avoir souvent fait sortir un volume 
de sa bibliothèque en se plaçant en face, et cri s'imagi- 
nant fortement qu'il avait l'auteur devant les yeux. Cela, 
dit-il, lui arriva souvent avec Diderot (1). » Nous citons 
sans commentaires cette allégation, certainement vraie 
pour le fond des choses, bien que sans doute incorrecte 
dans les termes que nous avons transcrits... 

La lévitation, ou déplacement visible et suspension 
aérienne des objets, par l'acte de neutraliser leur pesan- 
teur, s'obtient en réfrénant Hereb, le principe de la force 
centripète. 

On connaît les expériences célèbres de Daniel Dunglas 
Home, s'élevant sans appui jusqu'au plafond de la salle 
où il donnait ses séances. Le médium Eglington renou- 
velait naguère (1887), à la cour de Russie, le même pro- 
dige, entre beaucoup d'autres. Nous empruntons quel- 



(I) Dictionnaire de la conversation et de la lecture. Paris, 1837, 
in-8* (Tome XLi, page 16). La notice concernant Fabre d'Olivet a 
paru sous la signature <le M. Charles <hi Rozoir. 

28 



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- 1 

434 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



ques lignes au récit très circonstancié et certainement 
sincère que lui-même en publiait à cette époque. 

« 1/1 mpératrice prit place à ma gauche. la Grande-Duchesse 
d'Oldenbourg à ma droite. A gauche de l'impératrice, le Grand- 
Duc d'Oldenbourg, puis le Czar, la Grande-Duchesse Serge, le 
Grand-Duc Vladimir, le Général Richter, le Prince Alexandre 
d'Oldenbourg et le Grand-Duc Serge. Nous joignîmes nos 
mains, l'Impératrice saisit fortement la mienne, puis les lu- 
mières furent éteintes. Aussitôt, les manifestations commen- 
cèrent ; la plus frappante fut une voix qui s'adressa à l'Impé- 
ratrice, et avec qui elle s'entretint pendant quelques minutes. . . 
Une forme de femme se matérialisa entre le Grand-Duc Ser^e 
et la Princesse d'Oldenbourg, mais elle ne resta qu'un instant 
et disparut. Je ne menlionne pas les phénomènes moins impor- 
tants, si familiers aux spiritualisles;je dirai seulement qu'une 
énorme boîte à musique, pesant au moins 40 livres, fut trans- 
portée autour du cercle, jusqu'à ce qu'elle se posât sur la main 
de l'Empereur, qui demanda alors qu'on l'enlevât, ce qui fut 
fait de suite. Pendant ce temps, les nombreuses bagues qui 
couvraient les doigts de l'Impératrice s'enfonçaient dans ma 
chair, si bien que je dus la prier de ne pas serrer si fort nia 
main. Je commençai à m'èlever en l'air; l'Impératrice et la 
Princesse d'Oldenbourg me suivirent. La confusion devint 
indescriptible, à mesure que je m'élevai plus haut et plus haut, 
et que mes voisins grimpaient comme ils pouvaient sur des 
chaises. II n'était guère favorable à l'équilibre mental du 
médium de savoir qu'une Impératrice se livrait à une gymnas- 
tique si insensée et qu'elle pourrait se blesser ; et je ne cessai 
de demander, tout en m'élevant en l'air, que l'on me permît 
de mettre fin à la séance. C'était en vain, et je continuai à 
m'élever jusqu'à ce qu'à la fin, mes pieds se trouvassent en 
contact avec deux épaules sur lesquelles je restai, et qui se 
trouvèrent être celles de l'Empereur et du Grand-Duc d'Olden- 
bourg. Comme une personne le fit remarquer malicieusement 
après: « ("était la première fois que l'Empereur de Russie se 
trouvait sous les pieds de quelqu'un ! » Lorsque je descendis, 
la séance prit lin... 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 435 



(Suit la narration d'autres phénomènes). 

«... L'Empereur se leva de son siège, et me serrant forte- 
txient la main, il médit: - Tout cela est vraiment extraordi- 
<c uaire et je vous remercie d'avoir été l'occasion de me faire 
<* voir ces manifestations... » J'ajouterai qu'avant de quitter 
la. Russie, je reçus deux paires de solitaires en diamant et en 
saphir, que je porte en souvenir des événements que je viens 
de raconter, et à cause de l'honneur qui y est attaché... (1). » 

Il n est pas rare d'assister dans l'Inde à des expériences 
analogues. Ces phénomènes que nos médiums réussissent 
quelquefois avec l'aide des Élémentaux, les Fakirs et les 
Voghis les réalisent, soit en s'assurant des mêmes auxi- 
liaires, soit par l'action directe de h volonté sur l'Akasa. 
11 est juste d'observer pourtant que plusieurs de ces 
thaumaturges hindous prétendent avoir recours à l'assis- 
tance des Pitris, ou des âmes de leurs ancêtres... Bien 
des voyageurs ont pu vérifier ce surprenant prodige de 
l'élévation sans support. M. Louis Jacolliot, qui a été 
longtemps magistrat dans nos possessions françaises de 
PInde, a publié un livre des plus curieux, où il relate, entre 
autres merveilles accomplies par les Fakirs, ce phéno- 
mène, si rare en Occident, de la soi-lévilation (2). 

Nous aurions fort à faire, s'il nous fallait rechercher 
l'emploi magique de la Volonté partout où elle joue un 
rôle, puisqu'il n'est point d'œuvre, soit de lumière, soit 
de ténèbres, où elle n'intervienne : tantôt pour exercer 
son empire (ainsi procèdent les adeptes), et tantôt pour 

(1) Le Spiritualisme en Russie, par W. Eglington [V Aurore du i\\ 
juillet 1887, pages 432-434, passim). 

(2) Le Spiritisme dans h monde. L'Initiation et les Scienres accu t tes 
dans l'Inde ; Paris, Larroix. 1871». in-8 (pages 287-288 et 307-308). 



W) LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



l'abdiquer au profit des Larves et des lémures (dont le 
sorcier devient finalement l'esclave). 

D'autre part, notre intention n'est aucunement de dis- 
séquer par le menu les œuvres mauvaises, ni d'enrichir 
de gloses le Rituel du Mal, en sorte de rendre sa pratique 
ou plus facile, ou moins dangereuse. Si Ton trouve en ee 
tome, comme au précédent, l'analyse de certains malé- 
fices, nous ne la proposons que pour exemple des lois 
occultes, saisies sur le vif de leur application ; non point 
à titre de commentaire cérémonial, offrant des armes au 
service des passions coupables ou des mauvaises curio- 
sités. 

La Justice immanente des choses édicté et exécute, 
dès ici-bas, la sentence du maléficiant. La norme du choc 
en retour, presque impossible à éluder pour lui, le frap- 
pera sur cette terre, — sans préjudice des abominables 
horizons karmiques dont il s'ouvre le cycle posthume. 
Le sorcier ne l'ignore point : assurance d'un présent mi- 
sérable et pressentiment d'un sinistre futur, — il y a là 
un frein salutaire. Dieu nous garde de l'affaiblir! 

Celui-là serait déçu, qui demanderait à notre Clef de 
la Magie Noire des moyens pratiques de nuire au pro- 
chain, tout en réduisant pour soi les risques au mini- 
mum. Ceux qui savent nous rendront ce témoignage, que 
dans le détail des plus perverses opérations, mentionnées | 
en ce livre, nous primes soin, — sans rien omettre du 
nécessaire à l'intelligence doctrinale, — de négliger tou- 
jours l'indication de quelque procédé pratique, de nature 
soit à garantir le succès expérimental, soit à en suppri- 
mer le péril, au prolit de l'opérateur. 




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FORCE DE LA VOLONTÉ 437 



Chez le commun des hommes, les passions animiques 
sont assez intenses pour réactionner la volonté et la ren- 
dre magiquement efficace. Rien n'est plus fréquent, d'un 
individu à l'autre, ou d'un groupe humain à une commu- 
nauté soit amie, soit rivale, que les volitions bienveillan- 
tes ou hostiles, exprimées ou tacites, sous la forme de 
bénédictions, d'anathèmes, de souhaits, d'imprécations, 
le « • « 

S'il suffisait de lever le doigt au ciel pour frapper son 
ennemi à distance, on verrait bien des morts soudaines. 
On n'a pas oublié l'hypothèse fantasque d'un philosophe 
du siècle dernier, peut être Jean-Jacques : il suppose 
qu'un simple geste, exécuté par Paul, toutes portes closes, 
au fond de son cabinet, ait la vertu de faire mourir aux 
antipodes un très riche mandarin, dont l'héritage soit 
acquis à Paul, sans que nul puisse jamais soupçonner la 
cause de cette mort(l). Combien de civilisés, conclut le 
sophiste, répudieraient pareille tentation? Qui oserait, 
en semblable occurence, répondre de sa prud'homie?... 



( i ) Voici la phrase attribuée à Jean-Jacques par Balzac et Protat : 
« S'il suffisait, pour devenir le riche héritier d'un hoiniiie qu'on n'au- 
rait jamais vu, dont on n'aurait jamais entendu parler, et qui habite- 
rait le fin fond de la Chine, de pousser un bouton pour le faire mourir, 
qui de nous ne pousserait ce bouton et ne tuerait ce mandarin? » 
C'est presque en termes identiques que Chateaubriand formule cette 
même hypothèse, qu'il semble présenter comme de lui (Génie du 
Christianisme. f« partie, vi, 2). D'autre part, M. Jules Claretie. faisant 
allusion a ce célèbre paradoxe, remarque avec raison que jamais on 
n'a su au juste qui l'avait inventé (Cf. Jean Montas, page 13). — Un 
fait constant, c'est que la locution * tuer le mandarin • est passée en 
proverbe, dans le sens de « commettre une mauvaiso action, avec la 
certitude de n'être jamais soupçonné. » 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIUK 



Nous avons de la majorité des humains une opinion 
meilleure. Mais à écarter ce mobile ignoble de la cupi- 
dité motivant un lâche assassinat, — resteraient la liaine, 
l'envie, la colère, la jalousie d'amour, toutes passions 
très capables d'égarer la Volonté jusqu'au crime, ainsi 
qu'on le voit tous les jours. Un froid calcul déciderait les 
natures mauvaises à se venger ainsi sans risques; quel- 
ques natures généreuses même subiraient l'entrainement 
au crime, dans un premier mouvement d'indignation, de 
fureur ou de dépit. 

Héritage et impunité à part, le maléfice peut faire une 
réalité terrible de la folle hypothèse du mandarin. — Voilà 
encore une de ces choses qu'ignoraient profondément, 
avec Rousseau, tous ces « génies universels du xvni e siè- 
cle », badineurs des superficies philosophiques et mora- 
les, à qui le bel esprit, l'ironie facile ou le paradoxe élo- 
quent tinrent lieu si souvent de science et de conscience. 

Supposons la possibilité du maléfice universellement 
admise, comme elle le sera peut-être à la fin du xx e siè- 
cle. De cette conviction à l'essai curieux, puis à l'essai 
profitable, sans doute pour le plus grand nombre n'y au- 
rait-il pas très loin. Spontauée ou préméditée, l'intention 
ne manquerait pas; c'est le détail pratique, le procédé 
immédiat qui feraient défaut à beaucoup d'hommes, pour 
exercer la magie noire. 

Non qu'il y faille grande science : quand bien même 
de dangereuses recettes ne traîneraient pas dans les gri- 
moires populaires, à la portée de chacun, — la malice 
humaine, l'intuition perverse, l'ingéniosité de la haine et 
de l'envie suffiraient à y suppléer. Malheureusement au 



FORCE DE LA VOLONTÉ 



439 



gré des mauvais, pour eux la mêlée occulte n'est pas 
sari s risque à courir : c est donc du bouclier qu'i ls seraient 
en peine, bien plus que de la lance ou du poignard. Le 
privilège de l'impunité immédiate, le moyen pratique et 
sûrement eftieace de conjurer le péril, voilà ce que les 
grimoires ne fournissent guère, et ce que les adeptes de 
la. science pourraient seuls garantir au maléficiant. Mais 
eeux-ci ne parleront pas. Que la loi formidable du choc 
en retour demeure suspendue sur qui veut mal faire, 
comme le glaive sur Damoclès ! 

Quant à la théorie générale, elle est la même pour 
l'œuvre à accomplir par le mage, le sorcier ou le thau- 
maturge sacerdotal. L'intention seule varie, et le décor, 
et les accessoires prescrits; mais le fond des choses ne 
saurait changer. En toute opération magique, la volonté 
de l'homme, exprimée par un signe qui lui sert à la fois 
de formule et d'appui, agit sur les fluides impondérables 
ou sur les Invisibles, à la faveur du médiateur plastique 
ou corps astral. 

La Volonté dans le Bien s'exerce presque toujours col- 
lective, parce que la division, l'isolement, la limite, cons- 
tituent en quelque sorte l'essence même du Mal; ce qui 
revient à dire, les qualités susdites étant privatives, que 
le Mal est dépourvu de réelle essence. 

Dans le Mal, souvent le Vouloir individuel tente d'agir 
isolé; mais ce Vouloir s'exerce aussi collectivement. 

Alors il faut compter sur TÉgrégore, ainsi que nous 
l'avons expliqué au chapitre précédent. L'Êgrégore a 
une volonté propre; il exploite et utilise, sans les consul- 



MO 



LA CLEF DE LA MAGIE NolîlK 



ter, les individualités de son groupement; il se joue de 
leurs douleurs ou de leurs joies, et jongle à son caprice 
avec leurs existences; mais en retour, ces infimes vou- 
loirs individuels peuvent évoquer l'Égrégore et s'en ser- 
vir. — Solidarité et réversibilité magiques. 

Est-il besoin de revenir sur nos enseignements anté- 
rieurs? — Rappelons alors que les grands courants de 
vertu ou de perversité, de fanatisme ou de foi, dont une 
chaîne magique plus ou moins artistement tendue est tou- 
jours la pile génératrice, sont régis par les Dominations 
collectives de l'Invisible, ces anges du Ciel humain. 

De ces arcanes relève la création des grandes religions, 
comme la genèse des associations ténébreuses. 

Les verbes créateurs : bénédictions, anathèmes, puisent 
là leur force et leur efficacité. On ne bénit, on ne réprouve 
qu'au nom de quelque Principe, et conséquemment de 
quelque Puissance, traduction vivante du Principe abs- 
trait. Par ces actes solennels, enfin, l'on attache à celui 
qui en est l'objet la protection ou la vengeance de l'É- 
grégorc, recteur de la Collectivité au nom de laquelle on 
prononce. 

L'excommunication est, à la lettre, l'acte d'expulser 
un homme du groupe vivant auquel il participait jusqu'a- 
lors : communion des saints ou communion des pervers. 
C'est l'élimination d'une cellule animée, hors de l'orga- 
nisme à quoi elle se rattachait. L'analogie est exacte; 
car, si les Églises et les Associations occultes possédaient 
encore la sève et la virtualité de leur prime jeunesse; si 
TÉgrégore qui constitue leur âme ne s'abâtardissait ou 
ne se civilisait à la longue, tandis que leur corps social 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



441 



se débilite à sommeiller dans la nécropole de la lettre 
morte, — l'excommunication serait encore, comme elle 
Ta été, une sentence capitale, à délai plus ou moins bref. 

Que d'exemples on pourrait citer, qu'il vaut mieux 
taire!... 

L'excommunié d'une collectivité quelconque, soucieux 
de conjurer le verbe de réprobation qui pèse sur lui, ne 
doit point rester dans l'isolement. Il convient, ou qu'il 
se réconcilie de suite avec ses frères, si tant est qu'on 
l'admette à résipiscence; au cas contraire, ou encore lors- 
qu'en son for intérieur, il juge néfaste l'œuvre à laquelle il 
avait cru devoir collaborer jusque-là, il devient urgent 
qu'il s'attilie, de fait ou d'intention, dans un groupe si- 
non positivement hostile au premier, du moins autre. 

L'individu qui brave, isolé, une Puissance collective 
adverse, sera fatalement brisé, — ou converti, — en un 
mot, vaincu. 

C'est pour le soustraire aux courants des volontés ad- 
verses, et lui permettre de délier le pouvoir des Collec- 
tifs qui les gouvernent, que la Magie ordonncà l'opérateur 
de s'enclore dans un cercle, avec les hiéroglyphes de sa 
religion gravés au pourtour. Ces cercles, véritables for- 
teresses pentaculaires, symbolisent la communion spiri- 
tuelle dont il fait partie, et la protection ctîicace que lui 
vaut son adhésion au verbe collectif. Toujours le signe 
d'appui de la Volonté! S'il sait bien en tirer parti, l'oc- 
cultiste centuple sa force en la multipliant par celle de 
tous ses adelphes vivants; et même, comme nous l'avons 
énoncé ci-dessus, il peut évoquer l'Égrégore qui régit la 
collectivité, et se couvrir de son égide. 



44-2 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIHK 



Le baron de Gleichen, dont les Souveyiirs posthumes 
sont si précieux pour l'histoire de l'Ésotérisme au 
xvm e siècle, raconle un fait des plus significatifs, qu'on 
sera bien aise de nous voir enregistrer à l'appui de nos 
dires. Il en tient le récit de la bouche du sieur de la 
Chevallerie, le personnage même de l'aventure. Les lec- 
teurs du livre très documenté de Papus sur Pllluîninisme 
en France(\) n'ignorent point comment Martinès de Pas- 
qually prescrivait à ses disciples de disposer le local de 
leurs évocations. Rappelons, en deux mots, que chaque 
néophyte « travaillait » seul, dans un segment ou quart de 
cercle tracé à l'Orient, avec de mystérieux monogrammes 
inscrits et des cierges allumés aux angles. A l'opposite oc- 
cidentale, se trouvait un cercle plus grand, dit Cercle de 
retraite, qui symbolisait le Maitre absent et la Puissance 
suprême de la chose (2). . Les œuvres magiques de l'Ordre 
consistaient surtout en d'opiniâtres luttes contre les forces 
inversives des cercles mauvais. Ces batailles se livraient 
aux solstices et aux équinoxes (3). Or, il advint qu'un 



(i) L'/ffuminisme en France, Martinès de Pasquatly. etc.. (pages 
XO-82). 

{i) Les disciples de Martinès désignaient sous cette énigmatique 
appellation le Collectif invisible de l'Ordre, et généralement tout prin- 
cipe des manifestations occultes : « la Chose veut (disaient-ils volon- 
tiers), la Chose permet, la Chose a défendu..., Obéissons à la Chose. 

etc. » 

(3) « Les travaux magiques de ces Messieurs ont pour objet sur- 
tout de combattre les démons et leurs satellites, sans cesse occupés à 
répandre les maux physiques et spirituels sur toute la nature par leur 
magie noire. Les combats se font particulièrement aux solstices et aux 
équinoxes, de part et «l'autre. Ils travaillent sur des tapis crayonués, 
sur lesquels ils établissent leurs citadelles, qui consistent en un grand 
cercle au milieu pour le grand maître, et deux ou trois plus petits pour 



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FORCE DE LA VOLONTE 



jour, la Chevallerie, contrevenant aux prescriptions de 
FÉcole, voulut accomplir les saints rites en dépit d'une 
souillure récemment contractée. C'était une imprudence; 



ses assistants. Le chef, quoique absent, voit toutes les opérations de 
ses disciples, quand ils travaillent seuls, et les soutient. » (Souvenirs- 
dé Charles- Henri, Baron de Gteichen ; Paris, Techenor, 1868, in-8, 
page 152.) 

Quelques détails diffèrent, si l'on compare les renseignements four- 
nis par Gleichen et ceux que donne Papus. Mais ce ne sont pas des 
contradictions. La place assignée au grand cercle variait certainement, 
d'après le grade de l'affilié et la nature des opérations : il n'y a donc 
rien d'étonnant à ce que l'un de ces auteurs le localise au centre, et 
l'autre à l'occident Quant aux petits cercles mentionnés par Gleichen, 
ils correspondent certainement aux quarts fie cercle, ou segments, de 
la correspondance de Martinès, éditée en substance par les soins de 
Papus. U est d'ailleurs vraisemblable, et c'est l'hypothèse que nous 
avons admise, qu'un petit cercle était inscrit dans chaque segment, et 
devenait ainsi la citadelle du néophyte. De la sorte, tout est concilié. 

Les œuvres magique* des disciples de Martinès ne variaient pas seu- 
lement d'après le grade, mais aussi selon l'idiosyncrasie occulte de 
chaque disciple. Quelques-uns pratiquaient la Sortie en corps astral, 
comme nous le témoigne la correspondance de Saint-Martin avec Liebis* 
torff. Le Bernois écrit à son maître, à la date du 25 juillet 1792 : 
« L'Ecole par laquelle vous avez passé pendant votre jeunesse me rap- 
pelle une conversation que j'ai eue, il y a deux ans, avec une personne 
qui venoit d'Angleterre et qui avoit eu des relations avec un franeois 
habitant ce pays, nommé M. d'Hauterive. Ce M. d'Ilauterive, d'après ce 
qu'elle me disoit, jouissoit de la connoissance physique de la Cause 
active et intelligente; qu'il y parvenoit à la suite de plusieurs opéra- 
tions préparatoires, et cela pendant les équinoxes, moyennant une 
sorte de désorganisation dans laquelle il voyoit son propre corps sans 
mouvement, comme détaché de son àme ; mais que eette désorganisa- 
tion étoit dangereuse, à cause des visions qui ont alors plus de pou- 
voir sur lame ainsi séparée de son enveloppe, qui lui servoit de bou- 
clier contre leurs actions, etc... » ( Cor resp., page 19). — Saint-Martin 
répond, à la date du 25 août: <« M. de Hauterive, qui a eu le mémo 
maître que moi, s'est donné plus que moi à cette partie opérative, et 
quoiqu'il enaitreru plus de fruits que plusieurs de nous, je vous avoue 
cependant que je n'en ai pas vu de sa façon qui m'aient engagé à chan- 
ger d'idées. U a assez d'autres mérites à mes yeux. » (Ibid., page 30). 
— Dans une lettre ultérieure, du 6 septembre, Saint-Martin explique 



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Ui LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



il ne tarda guère à s'en repentir. A peine avait-il engagé 
le combat, dans son quart de cercle, qu'il sentit la vie 
refluer de son cœur, et une mortelle angoisse l'envahir 
et 1 etreindre. La force de ses adversaires l'accablait, il 
était près de succomber. Soudain, une brusque inspira- 
tion se lit jour en lui, et il trouva la force de s'élancer 
dans le cercle de retraite. Dès qu'il y fut, une réaction 
s'opéra, salutaire : son cœur se remit à battre, la cons- 
cience lui fut rendue avec la vie. En même temps, une 
délicieuse sensation de tiédeur moite et parfumée l'enve- 
loppa comme un bain... Le péril était passé... A quel- 
ques jours de là,Martinès écrivit à son disciple qu'il veil- 
lait sur lui de loin, et l'avait assisté dans sa détresse, en 
lui suggérant de se jeter ainsi « dans le grand cercle de 
la Puissance Suprême (l) ». 

L'emploi du cercle magique est indiqué, toutes les fois 
qu'on affronte des colères ou des haines collectives, et 
qu'on s'expose en butte à la réprobation d'une Puissance 
constituée (2). 

L'aphorisme bourgeois qu'/7 ne faut pas braver Vopi- 



que la séparation du corps et de l'àrue ne saurait être absolue qu'à la 
mort, et qu'ainsi « il y a quelque chose d'exagéré » à soutenir que M. de 
Hauterive se dépouillait de son enveloppe corporelle : « l'âme ne sort 
du corps qu'à la mort; mais pendant la vie, les facultés peuvent s étendre 
hors do lui et communiquer à leurs correspondants extérieurs sans 
cesser d'être unies à leur centre, etc.. » (Ibid., page 38). ïci, Saint- 
Martin est au-dessous de la vérité, et l'on voit bien qu'il ne connait que 
par ouï-dire le phénomène dont il parle. 

(!) Cf. Souvenir* du Baron de Gleichen (pages 152-153). 

[i) On entend bien que nous parlons occultisme, et qu'il ne s'agit 
point d'enfermer dans un cercle un gros propriétaire en bisbille avec 
le Conseil municipal de ça commune, ni un braconnier rebelle au 
garde-champétre. 




FORCE DE LA VOLONTÉ 445 



nion, n'est point aussi ridicule qu'on serait tenté de le 
croire. La Volonté active détermine sur le plan astral 
des courants fluidiques évaluables, si Ton peut dire, en 
Toits et en ampères : aussi, — magiquement parlant, 
— un vouloir isolé, si énergique soit-il, ne brave pas sans 
risques un faisceau de vouloirs hostiles, groupés avec in- 
telligence et dirigés selon la norme dont nous avons dit 
la formule. La volonté humaine est une puissance formi- 
dable; mais il est dans sa nature de se diviser aisément : 
alors elle s'oppose volontiers à elle-même, cependant 
qu'elle croit encore agir dans une direction unique. C'est 
ce qui arrive quelquefois dans les ententes pour le bien, 
toujours et presque aussitôt dans les coalitions pour le 
mal. 

Voilà qui nous ramène de nouveau, ainsi que le Lecteur 
Ta sans doute compris, au mysière de la chaîne sympa- 
thique. Lorsqu'un concours de Volontés unanimes ne 
produit que de faibles résultats, et n'a point raison d'un 
Vouloir isolé, c'est que les éléments de la batterie hu- 
maine sont anormalement disposés. La chaîne est mal 
tendue : c'est comme si, en amorçant des piles électriques 
de Daniel, le garçon de laboratoire reliait les zincs aux 
zincs et les cuivres aux cuivres, au lieu d'alterner, sui- 
vant la règle. Dans ce cas, les courants se neutralisant, 
le résultat est nul. 

Quand, à l'inverse, les multiples Vouloirs, correcte- 
ment agencés en chaîne d'influx, réalisent leur maximum 
de rendement, l'être isolé qui veut leur tenir tète n'a 
d'autre ressource que d'entrer virtuellement dans une 
autre chaîne : soit qu'il s'enferme, s'il veut combattre, 



446 " LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 

dans une citadelle occulte (le cercle); soit en mode pas- 
sif, et s'il lui suffit de se garantir, qu'il se fie à la vertu 
d'autres signes, également expressifs des Puissance 
collectives amies, tels quepentacles, talismans, rites sa- 
cramentaux, etc.. 

L'excommunication majeure, telle qu'on la prononce 
dans le catholicisme, ressemble fort à un maléfice sacré, 
avec les anathèmes imprécatoires et le lugubre cérémo- 
nial dont on l'accompagne. 

Il n'était point rare, aux époques de foi militante et 
d'intransigeance religieuse, de voir le malheureux que 
l'Église avait frappé de ses foudres (c'est le terme reçu) 
dépérir en des maladies singulières et terrifiantes, où la 
vengeance du Ciel semblait s'inscrire et transparaître. 
On cite des cas de mort soudaine : d'autres fois, c'est la 
lèpre qui ronge le réprouvé, ou des vers qui le dévorent 
tout vif. 

Combien l'histoire ecclésiastique n'enregistre-t-elle 
point de cas analogues! Bien avant la consolidation du 
Pouvoir pontifical, les premiers Pères relatent plusieurs 
exemples des anathèmes d'un thaumaturge, sentences 
immédiatement exécutoires et traduites en mortelles 
catastrophes; et sans sortir du Nouveau Testament (ni 
redescendre à l'ancien, où les épisodes similaires abon- 
dent), les Actes des Apôtres nous montrent Ananias el 
Saphira foudroyés, dans l'instant que Saint Pierre leur 
signifie la sentence du Ciel. 

M. Joséphin Péladan, ce grand artiste excentrique de 
qui les œuvres, inégales et de rédaction trop hâtive, 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



U7 



étincellent d'étranges et captivantes beautés, propose 
dans Istar un procédé de chaîne monastique bissexueile, 
pour l'extermination des ennemis de l'Église, — concep- 
tion moins paradoxale qu'il n'y parait à l'abord. On nous 
permettra de transcrire, à titre de curiosité, ces lignes 
assurément peu banales. 

DBS CONDAMNATIONS CAPITALES 

<f Lorsqu'il sera nécessairede frapper un ennemi de l'Eglise, 
— et pour cela il faudra le double assentiment du Sacré-Col- 
lège cardinalice et du collège gnostique des vingt-deux, — on 
réunira deux cents moines et nonnes, cent de chaque sexe ; 
ils se tiendront tous par la main ; au moment où le prêtre 
élève l'hostie, ils s'uniront de volonté avec Pofliciant : celui- 
ci alors élèvera l'hostie contre le condamné, — qui tombera 
roide mort en n'importe quel lieu du monde où il sera. 

« Attendu que la somme de force nerveuse de cent volontés 
bissexuelles représente un mouvement électrique d'une force 
déterminable, et que l'officiant est à la fois le point convergent 
•H l'excitateur électrique, il projettera un courantd'une vitesse 
énorme et de la puissance d'étincelle d'une pile excitable à 
vingt mètres. 

c Ceci est de la physique pure : en hyperphysique, il y a 
bien autre chose (I). » 

Cette ébauche de magie sacerdotale (2) donnerait à 



(1) Istar, Paris, 1888, 2 vol. in- 8 (page 130). 

La théorie apparaît claire et correcte, en dépit de quelque inexacti- 
tude dans l'expression scientifique. Ce qui parait plus critiquable, c'est 
l'emploi de l'hostie rédemptrice comme arme de mort. 

(2) Une autre théorie d'envoûtement sacré so peut lire dans l'ouvrage 
d'un initié, d'ailleurs sujet à caution, M. Adolphe Bcrtet, qui a cru 
trouver dans Y Apocalypse de Saint Jean le rituel complet de cette œuvre 
de colère. 

Cette page, dont chacun peut penser ce qu'il veut, est incontestable- 



U8 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIR F. 



rêver de quelque Grégoire VII, dont Técusson portât en 
sautoir les clefs d'Hermès croisées avec celles de Saint- 
Pierre. Mais quand un politique doublé d'un adepte s'as- 



ment très curieuse, et comme le volume est fort difficile à trouver, 
nous la reproduirons sous toutes réserves. Il est bon de prévenir qu*» 
l'auteur commente le vin« chapitre de l'Apocalypse, et que par * U- 
Microcosme », il entend le Mage officiant, vicaire du Christ... 

« Ici (dit M. Bertet), comme nous allons le voir, il ne s'agit pas 
d'une œuvre de miséricorde. Il faut, au contraire, rompre l'équilibre 
de la balance qui est entre les mains de Dieu, forcer le plateau qui re- 
présente la miséricorde à céder à celui qui représente la justice, qui 
est chargé de tous les crimes qui ont lassé la patience des saints. 

« Pour déterminer l'œuvre magique de justice et de vengeance, le 
Microcosme réunit dans son encensoir tout le feu qui est resté dans la 
cassolette sur l'autel des parfums ; puis il le répand sur la terre, en de- 
hors du cercle magique dont il a eu soin de s'entourer, en invoquant 
le bras ou l'appui du Très-Haut pour le châtiment des coupable*. 
(Echesiel, chapitre x, verset 2; ch. wiv, v. 3 et suivants; chap iv. 
v. 3). 

« Le cercle doit servir à graver dans le souvenir des anges chargés 
de l'exécution de la vengeance, qu'en frappant les hommes, ils doivent 
épargner tous ceux qui sont marqués au front du signe de la ré- 
demption, et qui sont mentalement censés placés dans le cercle, sous 
l'égide et la protection immédiate du Microcosme: c'est là l'égide ou le 
bouclier du Seigneur, qui doit préserver toute sa milice sainte sur la 
terre des atteintes de l'armée de Satan. C'est là une opération analogue 
a celle que Jésus enseigne à ses apôtres, lorsqu'il leur dit de secouer, 
en signe de malédiction, la poussière de leurs souliers contre ceux qui 
les rebuteront (Matthieu, chap. \, v. 14). 

.( C'est là la plus redoutable et la plus périlleuse des opérations ma 
ffiques: elle est analogue à celles par lesquelles nous avons vu précé- 
demment Élie attirer le feu du ciel sur l'autel, et faire tomber la foudre 
sur deux compagnies de cinquante hommes chacune; Jésus sécher le 
figuier, et les apôtres demander à Jésus la permission de foudroyer ceux 
qui refusaient de les recevoir, lorsqu'il les gourmanda vertement sur 
l'abus qu'ils se préparaient à faire de cette vertu ou puissance [Luc, 
chap. i\, v. ,'i;i). 

« Si la prière est agréée par la justice de Dieu, des signes se mani- 
festeront à l'instant dans le ciel : les éclairs sillonnent les nues ; la 
foudre éclate ; les vents soufflent avec impétuosité îles quatre points 



■ 

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FORCE DE LA VOLONTK 



449 



seoira-t-il sur le trône du Prince des Apôtres ? La chose 
serait-elle heureuse et désirable, à tout prendre? Ce 
rôle de théocrate agressif apparaitrait-il congruent au 
caractère d'un pontife romain?... Le césarisme et l'a- 
gression ne furent point, sans doute, incompatibles avec 
la tiare : l'histoire est là pour en témoigner. Toutefois- 
la question semble de droit strict, nullement de coutume 
reçue... 

Nous ne disputerons point si l'essence du Christianisme 
comporte le despotisme théocratique tel que Moïse l'ins- 
taura, ou même si elle le tolère sous un mode plus adouci, 
Il y a deux points de vue à prendre en considération : 
celui de l'absolutisme divin et celui des possibilités hu- 
maines... « Quiconque frappera du glaive (a dit le grand 
Maître) périra par le glaive; — Si l'on te donne un souf- 
flet sur la joue droite, présente l'autre joue... » Ces 
maximes se passent de commentaires. Il n'est pas moins 
évident d'ailleurs, qu'à considérer les choses de moins 
haut, tout gouvernement a le droit et le devoir de se dé- 
fendre. Or, en fait, la hiérarchie romaine est couronnée 
par un Pouvoir centralisateur, qui est un gouvernement 
au premier chef. Et si les armes mystiques sont jamais 



cardinaux ; un grand tremblement de terre semble annoncer la fin du 
monde (Luc, ch. xxi. v. 25)... 

« Si, au contraire, la prière est rejetée, comme téméraire, le châti- 
ment retombe sur celui qui a vainement invoqué le nom cl le courroux 
du Très-Haut, suivant ce précepte du Décalogue : a Dieu en vain tu ne 
jureras ou conjureras... » 

(Apocalypse du Bienheureux Jean. .., dévoilée, par Adolphe Bertet, 
Docteur en droit civil et en droit canonique, avocat près la Cour 
d'Appel de Chambéry. — Paris, Arnauld do Yresse, 1861, in-8, chap. 
vin. v. 5 et suiv., pages 170-172). 

29 



450 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



1 



légitimes, c'est assurément au service d'une théocratie. 
Telles semblent se balancer les raisons , pour et 
contre. 

L'ancien monde a vu plus d'une fois l'épée flamboyante 
de Michaël dans la main du pontife ou du prophète thau- 
maturges. L'antinomie ne s'accusait pas plus alors entre 
l'Ésotérisme et la Religion, que l'antagonisme entre la 
loi humaine et le droit divin : toutes ces choses n'en 
faisaient qu'une, — la Vérité, — dont l'arche était le 
tabernacle. L'hiérophante cumulait dès lors tous les droits 
du prêtre qui officie, du Docteur qui enseigne, du juge 
qui statue et du monarque spirituel qui gouverne les 
intelligences... Toute la question est de savoir si le Droit 
sacerdotal s'est périmé à Pavènement du Fils de l'homme, 
et si leglaive magique est fait pour le bras du Serviteur 
des Serviteurs. Ce problème, un pape initié pourrait le 
résoudre, avec l'aide d'un Sacré-Collège qui prit sa part 
delà responsabilité qui découlerait d'une solution, pro- 
mulguée dans un sens ou dans l'autre. 

La solution positive ne semblerait acceptable qu'à la 
condition qu'on fit voir, à la lumière supérieure de l'Éso- 
térisme, (dont l'Église transfigurée se réserverait le 
flambeau), l'accord non seulement possible, mais néces- 
saire, entre la Science et la Foi. Leurs enseignements de 
la veille, trop analytiques d'une part, et de l'autre enve- 
loppés de symboles à l'usage des peuples adolescents, 
trouveraient leur harmonieuse synthèse dans l'initiation 
progressive, désormais offerte aux hommes de race 
adulte. Tous seraient appelés, et non plus, comme 
aux siècles antiques, quelques-uns. Ainsi se trouverait 



FORCE DE LA VOLONTÉ 



rétablie, et resplendirait après une longue éclipse, 
l' Unité Doctrinale, qui est la sanction lumineuse et le 
sceau divin de la Vérité. Alors seulement le pape, vi- 
vant sommet de la hiérarchie spirituelle, exercerait l'em- 
pire légitime sur les intelligences : bien plus, la souve- 
raineté dans sa plénitude impliquant droit de vie et de 
mort, ne deviendrait-il pas juste que le Pontife se pût 
servir, contre les irréconciliables adversaires de la Vérité, 
des armes que la Vérité môme place entre ses mains ? 

Qu'on ne s'y trompe point, du reste. Le Souverain 
Pontife n'exercerait un tel pouvoir qu'en des conjonc- 
tures exceptionnellement graves, dans l'hypothèse d'un 
péril collectif imminent. Un gouvernement fort ne sup- 
pose pas de toute nécessité une suite de mesures violen- 
tes, et les actes tyranniques sont souvent les indices 
d'un gouvernement faible. Nous ne concevons la théo- 
cratie, (ou, pour parler comme Saint-Yves,la Synarchie) 
qu'assurant aux individus la plus grande somme de li- 
berté compatible avec la vie organique de l'État social. 
— Si nous allons plus loin dans l'ordre actuel des choses, 
(mettons le désordre, pour peu qu'il vous plaise) ; si, 
n'admettant d'autres bornes à la licence individuelle que 
le préjudice directement causé à autrui, nous revendi- 
quons la liberté absolue, non pas seulement de parler 
et d'écrire, mais d'entreprendre, même contre les pré- 
rogatives de l'autorité, c'est que celle-ci nous apparaît 
dépourvue de sanction légitime; c'est que la plus large 
initiative laissée aux individus est la première condition 
qui permette à quelques-uns d'entre eux l'espoir de 
substituer un jour l'ordre absolu à l'ordre relatif; et l'au- 



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45-2 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



torité radicale et légitime à la pseudo-autorité légale et 
contingente. 

Étant donnée la réalisation d'un État synarchique fondé 
sur les lois mêmes de l'Universelle Nature, on conçoit 
qu'un Souverain Pontife aurait le droit de brandir le 
glaive du Kéroub contre les ennemis de l'Ordre social... 

Si jamais le siège apostolique était occupé de la sorte, 
nous ne doutons pas que les apôtres à redingote de qua- 
ker, les petits Jésus du Messianisme huguenot, — veni- 
meux, au demeurant, comme pas un ! — ne qualifiassent 
un tel pape d'Antéchrist, et n'étiquetassent ses œuvres 
de légitime défense : lâche assassinat, opérations satani- 
ques, envoûtement... 

Ce dernier mot nous fait songer qu'à part l'analyse et 
le commentaire des sortilèges décrits et symbolisés tout 
ensemble par le * Philosophe inconnu », dans son épo- 
pée du Crocodile, nous avons omis de passer en revue 
les multiples efforts de la Volonté mauvaise. Nous ne le 
regrettons pas, n'ayant été précédemment que trop ex- 
plicite à cet égard. 

Néanmoins, entre les innombrables opérations que l'on 
peut cataloguer sous celte rubrique de la Volonté dans 
le Mal, nous retiendrons à l'étude un exemple, — l'En- 
voûtement, — dont il est traité assez au long déjà dans 
notre précédente Septaine. 

L'Envoûtement constitue bien le maléfice. par excel- 
lence. 

Multiforme comme le Mal même, variable de siècle eu 
siècle et de climats en climats, il se retrouve partout 



FORCE DE LA VOLONTÉ 



453 



sous un mode ou sous l'autre. Le Temple de Satan en a 
fait connaître quelques-uns ; à les énumérer tous, il fau- 
drait une patience de bénédictin glossateur et plusieurs 
rames de papier blanc. 

On sait qu'un savant physicien français, le colonel 
Albert de Rochas, administrateur de l'École polytechni- 
que, a scientifiquement contrôlé et reproduit ce phéno- 
mène, dont le nom seul faisait pouffer naguère les princes 
de la Science. A cette heure, ils secouent la tète d'un air 
pensif, mais ils ne rient plus, — ou c'est d'un rire qui 
sonne faux. Dans cinquante ans, peut-être, ils enseigne- 
ront gravement du haut des chaires officielles la possi- 
bilité de nuire à distance, par l'envoûtement. Rien ne 
manquera sur leurs lèvres à l'exposé de la vieille tradi- 
tion magique ressuscitée par Rochas, sauf le nom de la 
chose, qu'on aura pris soin de changer, et le nom de 
l'inventeur, dont on escamotera plus soigneusement en- 
core la mention. 

Nous comptons transcrire, pour clore ce chapitre, quel- 
ques extraits d'une relation où M. de Rochas a consigné 
son étonnante découverte : c'est la démonstration du 
sortilège célèbre par le volt ou l'image de cire, tel qu'ail- 
leurs nous l'avons détaillé (1). Mais il nous parait cu- 
rieux d'esquisser auparavant quelques variétés pittores- 
ques et moins connues de l'Envoûtement. 

On mène grand bruit, aux environs de Naples, de la 
Jettatura, ou sort jeté par le regard ; c'est le mauvais 



(!) Le Serpent de la Genèse, I. Le Temple de Satan (pages 185 
et suîv.). 



454 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIR F. 



œil, également redouté en d'autres pays. Cette pratique 
peut constituer l'envoûtement par suggestion : mais elle 
ne sert d'habitude qu'à établir le contact, à créer le rap- 
port, à tendre le lien fluidique entre le maléficiant et le 
maléficié. 

Il résulte d'un rapport officiel, rédigé par ordre des au- 
torités françaises en Annam, qu'un envoûtement fort 
étrange a fait nombre de victimes dans la province de 
Quangbinh. Le sorcier qui en est coutumier annonce à 
jour fixe, plusieurs mois d'avance, la mort de ceux qu'il 
va frapper. Il se promène toujours armé d'un sabre ou 
d'une lance indigène. Sous un prétexte quelconque, il 
engage la conversation, en plein soleil, avec sa future 
victime, que, durant l'entretien, il dévisage avec persis- 
tance ; puis, dès qu'elle tourne le dos pour s'éloigner, il 
fiche vivement son arme en terre, sur l'emplacement 
où se découpe encore l'ombre de son interlocuteur. 
Quelques paroles marmottées à voix basse accompagnent 
ce geste et en soulignent l'intention. Il est remarquable 
que ce n'est point alors que la victime se sent frappée; 
mais à l'heure précise où le magicien noir arrache du 
sol le fer qui a encloué V ombre : un jour, — un mois, — 
un an s'écoulent... Puis la mort subite du pauvre diable 
marque l'instant où l'enchanteur a repris son sabre ou 
sa lance (I). 

L'ombre physique, antithèse négative du corps et me- 
sure proportionnelle d'Hereb par rapport à lui, a cons- 

(I) Extrait d'un rapport de M. C. D...d, vice-résident de France a 
Donghoï, à M. le Résident supérieur en Annam (12 mars 1892, 
pièce n<> 3); document transmis par M. de l'ouvourville. 



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FORCE DE LA VOLONTE 



455 



tamment joué en Goëtie (naturelle Ou diabolique) un rôle 
trouble et néfaste. C'est ainsi qu'au dire d'Agrippa, t les 
sorciers observent que leur ombre couvre celui qu'ils 
veulent ensorceler ; c'est ainsi que l'hyène, par l'attou- 
chement de son ombre, fait taire les chiens (1) ». 

J.-A. Vaillant, quia si curieusement étudié les mœurs 
des Rômes ou Bohémiens de race pure, nous décrit un 
rite d'envoûtement en faveur parmi ces tribus demi-sau- 
vages de devins-nés, pour qui, au sentiment du popu- 
laire, le monde occulte n'a plus de secrets. Avant que de 
relater cette bizarre cérémonie, notons au passage une 
superstition de plus, relative à l'ombre corporelle et aux 
maléfices dont on accuse les bohémiens à son sujet : « Si 
quelque jeune garçon passe assez près d'eux pour que 
son ombre se dessine sur la muraille au pied de laquelle 
ils sont assis, où toute une famille mange et repose au 
soleil : Au large, enfant, lui crie son pédagogue, ces Stri- 
goï (vampires) vont prendre votre ombre, et votre âme 
ira danser avec eux le sabbat toute V éternité (2). » L'au- 
teur des Contes fantastiques songeait peut-être à cette 
singulière tradition, lorsqu'il écrivit la légende de l'homme 
qui a perdu son ombre. 

Voici maintenant comme, au récit de Vaillant, le Rôme 
vindicatif fait travailler la Data (sorcière), pour la ruine 
de l'impitoyable dame du château, qui a fait périr une 



(1) Agrippa, Philosophie occulte, édition française de 1727 (tome I, 
page 125). 

(2) Vaillant, les Rômes, Histoire des vrais bohémiens, Paris, 1857, 
in-8° (page 209). 



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4ofi 

< 



LA CLKF DK LA MAGIE NOIRE 



jeune bohémienne qu'il adorait. C'est la nuit; Purvo 
frappe à la chaumière de la vieille. 

Celle-ci « était alors occupée à distribuer par tas de trois, 
quatre et sept, quarante-deux grains de maïs, qui semblaient 
courir et sauter, comme malgré elle, sur un crible renversé. 

— Que veux -tu? demande-t-elle à Purvo, en le voyant entrer. 

— Je veux, lui répond Purvo, que tu enfonces le couteau : 
et si le sort me seconde, je te donne mes gages decetle année. 
A celte promesse, la Data se sent émue, laisse là son crible 
et ses grains, et le regardant : — Tu le veux ; eh ! bien, reste 
là, je reviens. Ce disant, elle éteint la chandelle et sort. A 
minuit précis, elle rentre, tenant en main un pot dans lequel 
elle a fait infuser trois simples dont elle ne dit pas le nom, 
s'approche du foyer, rapproche trois tisons, les allume, et 
quand la flamme s'en échappe, elle délie sa ceinture, dénoue 
ses cheveux, et, le couteau à la main, elle appelle Purvo. 
Purvo se lève et s'approche. Alors elle enfonce le couteau 
dansla terre et, posant le pied dessus : — Souffre-t-elle assez? 
demande-t-elle à Purvo. — Non, répond-il. — Et, appuyant 
le couteau : — Souiïre-t-elle assez? lui demande-t-elle encore. 

— Non ! répond encore Purvo. — Et maintenant? s*écrie-t-elle 
en appuyant plus fort, es-tu content? — Non, daïa, non ! — 
Tu veux donc qu'elle meure ? — Tu Pas dit, elle et les siens, 
et si elle ne meurt pas, je la tue. En ce moment, un des tisons 
se détache, renverse le pot et roule hors de l'aire. — Malheur î 
s'écrie la data; cl à Purvo : — Va î tu rouleras comme ce 
tison ; le feu de la vengeance s'éteindra dans le sang, et le 
sang de la vie sera renversé. Ainsi dit le Sort (1) î » 

Un mode d'envoûtement fort usité jadis, est le scopé- 
listne. Il consistait dans l'acte de déposer une pierre 
dans Fenclos de son ennemi ; le maléficiant prenait soin 



(1) les fiâmes, etc. (pages 408-409). 



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FORCE DE LA VOLONTE 



«Ty joindre quelques paroles enchantées (I), afin de pré- 
ciser son intention et d'inscrire en astral le verbe de sa 
haine, tendant soit à la ruine, soit à la maladie, soit à la 
mort de la victime désignée. Pour vouer toute une famille 
h la ténèbre occulte, il devait déposer, ou mieux planter 
en terre ennemie, autant de moellons rancuneux que la 
famille comptait de membres. — Le scopélisme ne se 
pratique plus guère ; à peine quelques vieux bergers ont- 
ils gardé souvenance de ce rite imprécatoire, dont bien 
des érudits ignorent jusqu'au nom. Et pourtant ce sorti- 
lège parait l'origine d'un dicton bien usuel. Que de fois, 
lorsqu'un causeur enveloppe dans renonciation d'une 
généralité, ou déguise, sous une phrase polie et souvent 
complimenteuse, quelque malice, — allusion mordante 
ou critique acérée, — l'interlocuteur témoigne qu'il n'est 
point dupe, en s'écriant : Ah! ceci est une pierre dans 
mon jardin ! 

Ce cliché peut faire le pendant de l'adage que nous 
avons signalé déjà: Qu'un tel se garde ! f ai une dent 
contre lui. L'une et l'autre locution, n'en déplaise à 
MM. de l'Académie, dérivent du grimoire en droite ligne. 

Inutile de pousser plus loin la description des procé- 
dés d'envoûtement. On les peut varier à l'infini; car, 
nous ne saurions trop le redire, les rites extérieurs ne 
valent que comme signes d'expression et d'appui pour la 
Volonté ; et toute vertu magique (ainsi qu'on en verra 



(1) Toujours la volonté exprimée et le siffne d'appui; c'est-à-dire la 
forme et la matière du maléfice, comme nous l'avons expliqué au tome 
précédent (le Temple de Satan, pages 172-174). 



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4o8 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 

encore une preuve tout à l'heure) réside au Verbe du ma- 
gicien ou du sorcier, c'est-à-dire en son Vouloir, que le 
signe traduit et manifeste. 

Les expériences de M. de Rochas, dont les conclusions 
paraissent applicables, à titre indirect, à toutes les formes 
du maléfice, ont trait plus immédiatement à certains 
procédés classiques d*envoûteinent,que nous avons décrits 
au tome premier de cet ouvrage. Cependant, nous avons 
promis de consigner ici les détails de sa mémorable dé- 
couverte, tels que lui-même les a rédigés. Il est temps de 
tenir notre parole et de clore, avec cette relation d'un 
exceptionnel intérêt, le présent chapitre iv, allongé outre 
mesure par des digressions d'ailleurs indispensables à 
l'intelligence de nos doctrines. 

Nous empruntons les extraits qui vont suivre à 17m/- 
tiation (n° de novembre 1892). 

EXPÉRIENCES DE M. LE COLONEL DE ROCHAS 

« La plupart des sujets, quand on hyperesthésie leurs yeux 
par certaines manœuvres, voient s'échapper, des animaux, 

des végétaux, des cristaux et des aimants, — des lueurs 

(/est ce qu'a constaté pour la première fois, il y a une cin- 
quantaine d'années, parde nombreuses expériences, un savant 
chimiste autrichien, le Baron de Reichenbach. 

« Chez l'homme, ces effluves sortent des yeux, des narines, 
des oreilles et de l'extrémité des doigts, pendant que le reste 
du corps est simplement recouvert d'une couche analogue à 
un duvet lumineux. Quand on extériorise la sensibilité d'un 
sujet, le sujet voyant voit cette couche lumineuse quitter la 
peau et se porter précisément dans la couche d'air, où l'on 
peut constater directement la sensibilité du patient par des 
attouchements ou des pincements. 

« tën continuant les manœuvres propres à produire l'exté- 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



riorisation, j'ai reconnu, à l'aide de divers procédés, qu'il se 
produisait successivement une série de couches sensibles très 
minces, concentriques, séparées par des couches insensibles, 
et cela jusqu'à plusieurs mètres du sujet. Ces couches sont 
espacées d'environ cinq à six centimètres, et la première n'est 
séparée de la peau insensible que de la moitié de cette dis- 
tance 

« ... Ce que je considère comme nettement établi, c'est que 
les liquides, en général, non seulement arrêtent VOd (l),mais 
le dissolvent : c'est-à-dire qu'en faisant traverser, par exemple, 
un verre rempli d'eau par une des couches sensibles les plus 
rapprochées du corps, il se produit une ombre odiquc, les 
couches suivantes disparaissant derrière le verre sur une cer- 
taine étendue; de plus, l'eau du verre devient entièrement 
sensible et émet même au boul d'un certain temps (probable- 
ment quand elle est saturée) des vapeurs sensibles qui s'élèvent 
verticalement de sa surface supérieure. Enfin, si l'on éloigne 
le verre, l'eau qu'il contient reste sensible jusqu'à une certaine 
distance, au delà de laquelle le lien qui l'unit au corps du 
sujet semble se rompre, après s'être graduellement affaibli. 
Jusqu'à ce moment, le sujet perçoit, sur la partie la plus rap- 
prochée de l'endroit où était l'eau lorsqu'elle s'est chargée de 
sa sensibilité, tous les attouchements que le magnétiseur fait 
subir à cette eau, bien que la région de l'espace où l'on a 
transporté le verre ne contienne plus, en dehors de ce verre, 
de parties sensibles. 

a L'analogie que présente ce phénomène, avec les histoires 
des personnes qu'on a fait mourir à distance, en blessant une 
figure de cire modelée à leur image, était évidente. J'essayai 
si la cire ne jouirait pas, comme l'eau, de la propriété d'em- 
magasiner la sensibilité, et je reconnus qu'elle la possédait à 



(1) Aôd, Od (Tn), lumière astrale positive : c'est la force psychi- 
que de Crookes. — Rochas a conservé ce nom, que M. de Reichcnbacli 
avait attribué aux effluencos lumineuses dont il est question plus haut. 

Vu la longueur de cette relation, nous supprimons tout ce qui no 
tend pas directement au but. Plusieurs points, chaque fois, signalent 
la coupure. 



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■H$0 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRK 



un haut degré, ainsi que d'autres substances grasses, vis- 
queuses ou veloutées, comme le cold-cream et le velours de 
laine Une petite slatuelte, confectionnée avec de la cire à mo- 
deler et sensibilisée par un séjour de quelques instants en 
face et à une petite distance d'un sujet, reproduisit les sensa- 
tions des piqûres dont je la perçais, vers le haut du corps, si 
je piquais la slatuelte à la tète, vers le bas, si je la piquais 
aux pieds... Cependant je parvins à localiser exactement la 
sensation, en implantant, comme les anciens sorciers, dans la 
tétede ma figurine, une mèche de cheveux coupée à la nuque 
du sujet pendant son sommeil. C'est là l'expérience dont noire 
collaborateur du Cosmos a été le témoin et même l'acteur; il 
avait emporté la slatuelte ainsi préparée derrière les casiers 
d'un bureau, où nous ne pouvions pas la voir, ni le sujet, ni 
moi. Je réveillai Madame L #, \ qui, sans quitter la place, se 
mit à causer jusqu'au moment où, se retournant brusquement 
et portant la main derrière la tête, elle demanda en riant qui 
lui tirait les cheveux ; c'était l'instant précis où M. X*** avait, 
à mon insu, tiré les cheveux de la statuette. 

« Les effluves paraissant se réfracter d'une façon analogue 
à la lumière, qui peut-être les entraîne avec elle, je pensai 
que si l'on projetait, à l'aide d'une lentille, sur une couche 
visqueuse, l'image d'une personne suffisamment extériorisée, 
on parviendrait à localiser exactement les sensations trans- 
mises de l'image à la personne. Une plaquechargée de gélatino- 
bromure et un appareil photographique m'ont permis de 
réaliser facilement l'expérience, qui ne réussit d'une façon 
complète que lorsque j'eus soin de charger la plaque de la 
sensibilité du sujet avant de la placer dans l'appareil. Mais 
en opérant ainsi, j'obtins un portrait tel, que si le magnétiseur 
touchait un point quelconque de la figure ou des mains, sur 
la couche de gélatino-bromure, le sujet en ressentait l'impres- 
sion au point exactement correspondant ; et cela, non seule- 
ment immédiatement après l'opération, mais encore trois 
jours après, lorsque le portrait eut été fixé et rapporté près 
du sujet. Celui-ci parait n'avoir rien senti pendant l'opération 
du fixage, faite loin de lui, et il sentait également fort peu 
quand on touchait, au lieu du gélatino-bromure, la plaqur 



FORCE DE IK VOLONTÉ 



461 



de verre qui lui servait de support. Voulant pousser l'expé- 
rience aussi loin que possible, et profitant de ce qu'un méde- 
cin se trouvait présent, je piquai violemment, sans prévenir 
*>t par deux fois, avec une épingle, l'image de la main droite 
de Madame L**\ qui poussa un cri de douleur et perdit un 
instant connaissance. Quand elle revint à elle, nous remar- 
quâmes sur le dos de la main deux raies rouges sous-cutanées 
qu'elle n'avait pas auparavant, et qui correspondaient exacte- 
ment aux deux écorchures que mon épingle avait faites en 
glissant sur la couche gélatineuse. 

« Voilà les faits qui se sont passés le 2 août, non pas en pré- 
sence de membres de l'Académie des Sciences et de l'Académie 
<le Médecine, comme on l'a raconté, mais devant (rois fonc- 
tionnaires de l'École (polytechnique)... Je partis le soir même 
pour Grenoble. 

« ... A mon retour de Grenoble, j'ai retrouvé Madame L***, 
et j'ai pu recommencer l'expérience de la photographie, qui a 
réussi sans tâtonnements en suivant le mode d'opération re- 
connu bon le 2 août. 

« L'image ayant été immédiatement fixée, je fis avec une 
épingle une légère déchirure sur la couche de col ludion, à 
l'emplacement des mains croisées sur la poilrine : le sujet 
s'évanouit en pleurant, et, deux ou trois minutes après, le 
stigmate apparut et se développa graduellement, sous non 
yeux, sur le dos d'une de ses mains, à la place exactement 
correspondante à la déchirure. 

« Le cliché n'était, du reste, sensible qu'à mes attouche- 
ments ; ceux du photographe n'étaient perçus que lorsque 
j'établissais le rapport, en touchant sa personne, soit avec le 
pied, soit autrement. 

« Le 9 octobre, une épreuve sur papier ayant été tirée, je 
constatai que cette épreuve n'avait qu'une sensibilité confuse, 
c'est-à-dire que le sujet percevait des sensations générales, 
agréables ou désagréables, suivant la manière dont je la lou- 
chais, mais sans pouvoir les localiser. Deux jours après, toute 
sensibilité avait disparu, aussi bien dans le cliché que dans 
l'épreuve. 

« Le IV Lnvs m'a dit que, pendant mon absence, il avait 



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462 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



essayé de reproduire le phénomène dont on lui avait parlé, et 
qu'il avait pu obtenir la transmission de sensibilité à 35 mè- 
tres, quelques instants après la pose... » 

^ 

(Paris, le 15 octobre 1892). 

Cette suite d'expériences, ordonnées avec autant de 
sagacité que de logique, révèle si clairement la nature 
du sortilège, que tout commentaire ne ferait qu'en amoin- 
drir la portée. Mieux vaut laisser l'éloquence des faits 
convaincre le Lecteur. Aussi nous bornerons-nous à 
quelques brèves remarques. 

Le colonel de Rochas, bien que familiarisé avec ren- 
seignement des Écoles mystiques, et très au courant 
des traditions populaires de la Goëtie, n'admet toutes ces 
données qu'à titre de simples renseignements à vérifier. 
Bref, il est et veut demeurer un pur expérimentateur, 
un simple physicien. Les occultistes ne sauraient trop 
s'en réjouir, car c'est ce qui décuple auprès du public 
profane l'autorité de ses expériences. Ainsi M. de Rochas 
est amené par la force des choses et par la stricte induc- 
tion scientifique, au contrôle progressif des secrètes 
doctrines, plus de cent fois séculaires, de l'universel Èso- 
térisme, toujours invariable sous la multiplicité des my- 
thes et des emblèmes. 

Il vérifiera de la sorte, une à une, les notions tradi- 
tionnelles qui forment la base de la physique et de la 
physiologie occulte. 

Mais de pareilles expériences ne sauraient être sans 
danger. 

La loi de répercussion traumatique, si magistralement 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



démontrée par Rochas, lui réserve peut-être de désagréa- 
bles surprises. 

Tant que ses sujets en seront quittes pour une sensa- 
tion douloureuse, des égratignures sous-cutanées et un 
évanouissement de quelques secondes, l'inconvénient sera 
minime, et de qualité négligeable. Mais il est des organes 
essentiels à la vie, auxquels la moindre lésion serait fu- 
neste. Le fait de la stigmatisation répercussive, effectuée 
à distance, sous certaines conditions, est désormais hors 
de doute; mais le secret mécanisme en demeure obscur. 
Quel expérimentateur oserait répondre qu'accidentelle- 
ment, un jour, par suite de quelque réfraction imprévue 
ou d'une interférence de plans dynamiques, le cœur ou 
le cerveau du sujet ne deviendront pas le siège du phé- 
nomène encore inexpliqué ?... 

Il parait certain que la plupart des cas d'envoûtement 
criminel, préparés d'avance par des menaces, se bor- 
naient à un système de piqûres ou de brûlures quotidien- 
nes et superficielles. Un état d'obsession en résultait 
pour le maléficié ; une angoisse de chaque instant cen- 
tuplait chez lui les maux physiques par leur répétition 
auto-suggestive. Son esprit se frappait; il perdait l'appé- 
tit, le sommeil... La mort enfin pouvait s'ensuivreà lon- 
gue échéance. — Mais il appert de pièces authentiques, 
et plusieurs dossiers de procès de sorcellerie en font foi, 
que souvent aussi la mort occulte frappait la victime, à 
distance, d'une sorte instantanée et foudrovante. Lacer- 
titude d'une possibilité semblable doit servir d'avertisse- 
ment à tous les investigateurs, curieux de contrôler au 



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464 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 

laboratoire les expériences de M. de Rochas. Tout Im- 
monde ne peut se flatter de joindre, comme lui, à des con- 
naissances spéciales, une habitude et une prudence indis- 
pensables en ces recherches. 

Lui-même nous a fait part d'un accident regrettable, 
arrivé à l'un de ses sujets ; accident qui, grâce au Ciel, 
ne comportait pas de suites bien graves. Un soir que le 
physicien avait terminé la suite de ses expériences, i! 
jeta par la fenêtre le contenu d'un verre qui avait servi 
à Tune d'elles : c'était de l'eau, chargée de la sensibi- 
lité d'un sujet. On était alors en plein hiver, et l'eau 
vivante se congela dans l'instant qu'elle fut répandue. 
Rochas referma sa fenêtre et n'y songea plus. Aussi ne 
fut-il pas médiocrement stupéfait d'apprendre, le lende- 
main, que son sujet de la veille avait passé une nuit 
affreuse. Transi jusqu'aux moelles, rien n'avait pu \e 
réchauffer dans son lit, où il s'était tordu, en proie à de 
douloureuses tranchées. Par bonheur, l'indisposition fut 
passagère, et l'accident n'eut pas de conséquences plu? 
fâcheuses. 

Peut-être l'expérience des plaques sensibilisées serait- 
elle sujette à réserver de pires surprises, à l'essai de 
procédés où Ton fait usage de substances extrême- 
ment vénéneuses. Nul doute que la loi de réversibilité 
magique ne s'exerçât identiquement, de l'objet sensibi- 
lisé h l'orgmisme humain, — soit que le fluide vital fût 
répandu sur une plaque, ou qu'il saturât l'eau d'une 
éprouvette. On fera bien d'y prendre garde. 

C'est ce même principe de la réversibilité qui, d'un 
être vivant à l'autre, préside au transfert d'un état neu- 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



465 



rologique, — phénomène étrange et positif, dont le méde- 
cin en chef de la Charité, M. le D r Luys, fait à la théra- 
peutique une application quotidienne. Il a des sujets 
sensibles, auxquels il communique en apparence la mala- 
die des valétudinaires en traitement. Pour effectuer ce 
transfert, il fait usage d'aimants, de couronnes magnéti- 
ques d'une certaine puissance. Tous les symptômes patho- 
logiques du malade se manifestent chez le sujet influencé, 
et c'est sur ce dernier que le D r Luys opère, au lieu 
d'agir sur le malade : ce qui fait songer au grand Para- 
celse, réalisant des cures merveilleuses, non point, il est 
vrai, sur une tierce personne, mais sur une statuette de 
bois ou de cire, en rapport sympathique avec son client 
malade ou blessé(l). Contre-envoûtement, sortilège pour 
le bien, et Ton serait tenté d'écrire « bénéfice », n'était le 
mot consacré dans un autre sens. 

Pour en revenir à l'envoûtement par l'image photo- 
graphique, observons qu'il ne serait pas impossible d'ob- 
tenir, au moyen d'un cliché dont on redressât l'image, 
un véritable spectre de pénombre, un pseudo-corps astral 
de la personne absente, et d'agir directement sur ce fan- 
tôme comme sur un volt. 



(i) Souvent, lorsque le ma! était bien localisé, et ne ressortissait 
pas à un état pathologique général, Paracelse moulait en cire ou 
sculptait en bois la représentation exacte du membre malade, qu'il 
traitait par les caustiques, ou par la poudre de sympathie, selon les 
cas, après avoir établi le rapport entre l'organe malade et son 
image. — Cette méthode curative était décriée comme absurde, et les 
confrères du grand Auréole s'en égayaient fort. Celui-ci n'en conti- 
nuait pas moins, avec sérénité, à guérir tel genou malade en appliquant 
• des cautères sur une jambe de bois ». De là le proverbe, apparem- 
ment. 

30 



46(3 



LA CLEF DE LA MAGIE K01KK 



Les Lecteurs du Temple de Satan se rappellent sans 
doute que les anciens sorciers faisaient entrer dans la com- 
position du volt des débris d'ongles, une dent, des che- 
veux, — en un mot, quelque détritus provenant du des- 
tinataire du sortilège, — et qu'ils habillaient, si possible, 
la figurine avec des étoffes qu'il eût beaucoup portées. 
Cela était en vue d'établir le rapport, à défaut de quoi 
toutes les cérémonies sont en pure perte. Il est présuma- 
ble que ces brigands soulignaient de paroles ambiguës, 
ou qu'ils aggravaient par une attitude menaçante, l'acte 
ostensible de soustraire à leur future victime quelque 
objet usager, pour la composition ou le costume de la 
« manie ». La terreur, comme nous l'exposerons au 
prochain chapitre, a pour conséquence une immédiate 
déperdition de fluide vital, effluve que peut-être avaient- 
ils l'artde concentrer sur l'objet de leur larcin manifeste. 

Ce qui rendait dangereuse au sorcier même la prati- 
que de l'envoûtement, — et en raison directe de sa pos- 
sible efficacité, — c'était la passion féroce qu'il dévelop- 
pait en lui jusqu'au délire, dans le rite de l'exécration . 
Lui-même, à son insu, saturait le volt de sa propre vie 
extériorisée ; et, pour peu que le destinataire de ses haines 
ne se trouvât pas en phase de passivité réceptive, c'était 
alors Texécrateur qui devenait victime de son malengin. 
La loi du choc en retour le surprenait désarmé, dans la 
période de dépression et de lassitude, consécutive à celle 
de fièvre et d'exacerbation physiologique. 

Pareil effet répercussif était surtout à craindre, dans 
les cas de vénéfice, ou d'envoûtement par les fluides 
empoisonnés. Les anciens bergers, à qui ces pratiques 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 



semblent avoir été familières, jetaient la contagion ma- 
gique sur tout un pays, ou seulement sur une famille, 
ou sur les bestiaux d'une seule étable. Nous avons résu- 
mé au tome précédent la curieuse affaire des Sorciers de 
la Brie (1), à la fin du xvir siècle, et nous prions 
le Lecteur d'y reporter les yeux. La charge d'empoison- 
nement magique (ou « gogue », ou o gobbe (2) ») usitée 
par ces bandits, avait nom le Beau-Ciel-Dieu; ils l'appe- 
laient encore le magistère des neuf conjuremenls. Nous 
n'insisterons pas sur sa composition, qui, selon toute 
vraisemblance, ne se bornait point au mélange des in- 
grédients bizarres dont ils ont livré le détail à leur pro- 
cès (3). Ce qui est hors de doute, c'est l'effroyable 
efficacité de ces malengins ; les pièces authentiques de 
l'enquête ne laissent place pour aucune incertitude à cet 
égard. Les gogues, enterrées dans le voisinage desétables 
proscrites, ne dégageaient leurs effluves mortifères qu'à 
la condition d'être arrosées de temps en temps de vinai- 
gre: les laissait -on se dessécher, le mal cessait de sévir; 
dès qu'on y versait à nouveau le liquide voulu (4), la con- 
tagion reprenait de plus belle. 

(1) Le Serpent de la Genèse, I. Le Temple de Satan, pages 176- 
181 et suiv. 

(2) Cf. Thiers, curé de Vibraie, Traité des superstitions qui regar- 
dent les sacrements, Paris, 1741, 4 vol. in- 12 (tome I, page 132). 

(3) Le Serpent de la Genèse, I, Le Temple de Satan, pages 180-181 . 

(4) Peut-être les sorciers ont-ils parlé de vinaigre pour donner le 
change à leurs juges : nous avons tout lieu de croire que le liquide 
dont on humectait les gogues renfermait du purin ou du lait des bes- 
tiaux voués à mourir... 

Cette hypothèse nous remet en mémoire une pratique abominable, 
relatée par L.-A Cahagnet. dans sa Magie magnétique. lien tient l'indi- 
cation d'un maitre-ouvrier chez qui il a exercé quelque temps son état 



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4()S LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



L'aventure sinistre de Bras-de-fer, que nous avons 
produite et dont on aurait mauvaise grâce à suspecter 
l'authenticité Jémoigncdes foudroyantes atteintes du choc 
en retour. A la moindre étourderie, cette mort affreuse 
menace le magicien noir, dans la pratique de l'envoûte- 
ment en général, du vénétiee en particulier. 

C'est pour conjurer ce péril, que les fauteurs de sorti- 
lège ont imaginé l'envoûtement réversible sur un tiers, à 
titre conditionnel. Tel est le tnalé/ke de dJvialhn. Le 
ricochet de l'influx mortel, qu'un obstacle a brusquement 
détourné du but, peut alors rebondir sur une victime 
subsidiairement désignée d'avance, et qui sera tantôt 
un homme, tantôt un animal (I). 



do tourneur. Nous allons transcrire, dans son réalisme naïf, le récit 
du patron do Cahagnet : « Encore très jeune, lorsque je faisais mon 
tour do France, je trouvai de l'ouvrage dans une boutique dont la 
maîtresse devint amoureuse de moi. Je ne tardai pas, vu mon «âge et 
mon peu d'eip irience, à obtenir délie ce qu'elle m'offrait volontiers; 
mais comme elle était vieille et qu'elle avait une lillc de mon âge en- 
viron, je me sentais plus amoureux de la fille que de la mère, aussi le 
lui laissais-je apercevoir; je fis même une condition de notre liaison, 
de les connaître toutes les deux. La mère me promit tout; mais elle 
voulait m' ; pouser elle -m 'me avant de m accorder sa fille. Je trouvai la 
proposition d'autant plus étonnante, que le mari de cette femme exis- 
tait et dirigeait notre atelier. Je lui en fis l'observation. Kilo me dit : 
.< Tu vois quelle mine il a, il va descendre la garde au premier jour, 
e travaille à nous en débarrasser. Il était un dur à cuire; voilà plus 
de quinze mois que je fais cetle besogne; mais avant trois mois.il sera 
parti! — Eh! quelle besogne fais-tu donc, lui demandai je ? — Pardié, 
me répondit-elle, tous les matins il va faire sou cas sur le fumier : 
et moi, j'y vais jeter une pincée de... Tu vois, reprit la femme, quelle 
courante il a,... il n'y a plus qu'espoir. » (Magie magnétique, Paris. 
1858, in 18, pages 441-442.) 

(1) N. S. Jésus-Christ, délivrant une possédée, envoie les démons 
dans les corps d'une troupe de pourceaux. Cette allégorie évangélique 
a certainement trait à la loi occulte de substitution. 



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FORCE DE LA VOLONTÉ 469 

.Quiconque ne craint pas les envoûteurs se trouve par 
le fait même à l'abri de leurs atteintes. Cette règle géné- 
rale comporte, à notre connaissance, une exception, — 
presque négligeable, en raison de sa rareté. L'une et 
l'autre reposent d'ailleurs sur des données qu'il vaut 
mieux taire. 

Quant à ceux qui ont peur des sortilèges el qui se sa- 
vent des ennemis capables de recourir à ces criminelles 
pratiques, l'emploi des talismans, des pentacles leur sera 
utilement conseillé, ainsi que l'exact accomplissement de 
leurs devoirs religieux. Les personnes pieuses s'en tien- 
dront même avec raison à ce dernier moyen de défense, 
qui est peut-être le meilleur, car il renferme aussi les 
autres. L'usage des sacrements et des sacramentaux ne 
fera-t-il point participer ces fidèles à la chaine sympathi- 
que de leur communion religieuse, tandis que chapelets, 
Agnus dei, médailles miraculeuses, etc., leur devien- 
dront d'efficaces amulettes? Un dernier conseil, d'une 
capitale importance, aux timides et aux passifs : qu'ils se 
gardent, sur toute chose, d'aliéner leur ascendant, par 
leur complaisance à servir de sujets au premier venu, 
qui se montrerait désireux de reproduire à tâtons quel- 
que expérience de magnétisme ou d'hypnose ! Le consen- 
tement, en pareil cas, peut équivaloir à une abdication 
positive de la volonté, et même à quelque chose de pis. 
Un pacte tacite peut être conclu de la sorte. Avec qui ? 
Avec l'Inconnu... 

Les faits aussi paradoxaux qu'incontestables, de l'ordre 
de ceux que Rochas a contrôlés et décrits, sont infini- 
ment plus complexes qu'on ne le croit ; ils restent mys- 



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1 

470 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



térieux dans leurs causes et dans leur mécanisme secret. 

Peut-être un lecteur superficiel de la relation rédigée 
parce savant, en conclurait-il que l'envoûtement consiste 
en un phénomène fort analogue à ceux qui relèvent de 
l'électricité dynamique, ou des autres forces occultes de la 
Nature. Un tout petit détail lui prouverait sa bévue, pour 
peu qu'il y réfléchit un moment. 

« Le cliché, dit Rochas, n'était sensible qu'à mes at- 
touchements; ceux du photographe n'étaient perçus que 
lorsque j'établissais le rapport, en touchant sa personne, 
soit avec le pied, soit autrement. » — Ainsi, lors des 
expériences de Rochas, la sensibilité du sujet, insépara- 
ble de la force occulte qui lui sert desubstratum, imbi- 
bait en réalité la pellicule gélatineuse où l'image était 
empreinte : et néanmoins, — qu'on nous passe l'expres- 
sion, — cette sensibilité n'était sensible et vulnérable que 
pour le magnétiseur, ou pour ceux auxquels un acte de 
sa volonté, traduite par un signe (le contact), concédait 
le privilège d'influer sur la couche sensible ! 

Soutiendra-t-on que (le courant n'étant transmis, du 
sujet à l'objet, et vice-versâ, que par l'intermédiaire du 
magnétiseur seul), le cliché perde toute sensibilité dès la 
cessation du contact, direct ou non? — L'hypothèse n'est 
point recevable, puisque mainte expérience a prouvé qu'il 
s'agit bien d'une saturation de fluide statique, perma- i 
nente plusieurs jours durant. 

Supposera-t-on que, — lors d'un accident relaté plus 
haut, quand le malheureux sujet grelotta la fièvre toute 
une nuit, — M. de Rochas ait sournoisement passé cette 
nuit entière à la belle étoile, par on ne sait combien de 



FORCE DE LA VOLONTÉ 



471 



degrés de froid, pour ne pas rompre le rapport fluidique 
avec l'eau répandue sur le sol glacé ? 

Non ! Cet ordre de phénomènes composites, où les 
forces de la Nature et de la Vie ne se manifestent que 
maîtrisées, maniées, ou tout au moins évertuées par le 
vouloir humain, relèvent de la Magie proprement dite, 
non point seulement de la physique secrète. 

Paracelse invoquerait ici les spécialités de son merveil- 
leux Aimant, le Magnes intérieur et occulte, qui n'est au- 
tre que le Verbe adamique. 

« La Naturecst en somnambulisme », pour emprunter 
à Saint-Martin son étonnante métaphore, qui peut-être 
n'en est pas une. Elle dort, et c'est à la Volonté de l'homme, 
cette divine Essence (c'est-à-dire à l'homme même), qu'est 
dévolue la mission de l'éveiller. 

L'homme « rendra le verbe » à la Nature muette, — 
à la Belle-en-l'Univers-Dormant, — entraînée jadis avec 
lui dans le gouffre de déchéance. Tel se formule le 
Ministère de V Homme-Esprit. 

Que la volonté soit créatrice et la spiritualité malheu- 
reusement active dans le mal comme dans le bien, c'est 
une conséquence inévitable du libre-arbitre. La décou- 
verte de Rochas (révélatrice de criminelles manœuvres, 
longtemps reléguées par la Science dans le domaine de 
l'absurde) n'en porte pas moins témoignage, par les 
réflexions qu'elle suggère, de la royauté mystique du 
Vouloir humain 

L'époque actuelle, — où émergent au grand jour de 



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1 



472 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRK 



la publicité ces notions mixtes d'une Science qui subju- 
gue les Forces naturelles au service du Vouloir, — mar- 
que l'ouverture d'un nouveau cycle : 

Magnus ab integro sxclorum nascitur ordo ! 

Le point tournant est doublé ; la nuit de la matière tire 
à sa fin : une pâle blancheur dénonce, à l'horizon orien- 
tal, l'aube future de réhabilitation et de délivrance. 

L'Adam kabbalistique apparaît, dans l'exil de Malkouth, 
un céleste monarque détrôné, à qui la souveraineté d*en- 
bas fut offerte en dérisoire compensation. Mais le vérita- 
ble empire de l'Homme, plus tard lui sera rendu... 
Déjà certains indices font pressentir, selon la parole de 
l'Écriture, que son royaume nest pas de ce monde. Déjà 
Tàpre diadème d'acier qui déchirait son front s'éclaire 
par intermittences depiphaniques reflets. Un jour vien- 
dra, de gloire et d'apothéose, où sur sa tête la couronne 
terrestre étincellera, transmuée dans un nimbe en fleu- 
rons d'or fluide et mélodieux. 

Ce sera le Symbole de la Volonté triomphante ; et le 
Monarque, remis en jouissance de son légitime héritage, 
assumera, dans sa transfiguration, l'universelle Nature 
régénérée. 




support, 
.euillet. 
ête en bas, 



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f 





s 

(Section 12). 

Le Pendu (douze) = Sacrifice volontaire = 
Interférences de plans. (L'Esclavage Magique). 

Chapitre V 

L'ESCLAVAGE MAGIQUE 




olrnons un feuillet du Livre des Arcanes. 

(l'est une déconcertante et bizarre énigme 
iiue nous propose sa douzième clef. La 



légende, au bas de l'emblème, naïve et brutale, ne nous 
apprendra rien: LE PENDV. 
Mais quel étrange pendu ! 

Sur un tertre s'élève le gibet improvisé, en forme de 
Thau hébraïque. Il se réduit à une traverse horizontale, 
que maintiennent a hauteur voulue deux supports verti- 
caux, fichés en terre. Ce sont de jeunes troncs d'arbre, 
encore munis de leur écorce et grossièrement ébranchés : 
six rameaux, abattus d'un coup de hache à leur naissance, 
forment autant de nœuds artificiels sur chaque support. 
En tout, cela fait douze nœuds, le nombre du feuillet. 

A la poutre transversale, un homme, la tête en bas, 



LIA 




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'f"(> 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIIU. 



est suspendu par le pied droit. La jambe gauche repliée 
forme la croix avec l'autre jambe. Deux sacs d'argent 
pendent de chaque côté, sous l'aisselle ; il s en échappe 
des écus. Les bras du patient semblent liés derrière son 
dos, en sorte que les coudes dessinent, avec le chef ren- 
versé, un triangle la pointe en bas, triangle que la croix 
des jambes surmonte... Au premier coup d'œil, s'impose 
l'hiéroglyphe bien connu des alchimistes y (i). Il s'enca- 
dre ainsi dans le carré que forme le gibet avec la ligne 
du sol : 




La douzième clef du Tarot nous initie aux gloires et 
aux misères de l'Esclavage magique. 

C'est qu'il y a, en magie, deux sortes d'esclavages, le 
bon et le mauvais, celui de l'Esprit et celui de la Matière : 
— l'esclavage du devoir, de l'altruisme et du dévouement ; 
l'esclavage des passions, de l'égoïsme et de la routine. 

L'adepte de la haute science est ce supplicié symbolique. 
Retenu entre ciel et terre par les exigences de la mission 
qu'il s'est choisie, il reste exilé du Ciel à cause du corps 
périssable qui le soumet k l'attraction physique ; et ses 
pieds ne fouleront plus les avenues de l'Illusion terres- 
tre, dont les doux mirages lui sont interdits désormais: 



(i) Nous pourrions, à ce propos, dire quelque chose du Grand- 
OKuvre ; mais le chapitre vu du présent tome. Magie des transmuta- 
tions, nous a paru niîfiux qualifié pour des notes de ce genre. La Clef 
de la Migie noire se fermera sur quelques données très précises d'Al- 
chimie proprement dite. 



l'esclavage magique 477 

car la discipline qu'il pratique a dessillé ses yeux. Il ne 
peut plus de bonne foi s'enivrer aux caresses de la char- 
meuse Maïa, si éblouissante dans l'éclat de sa parure men- 
songère, et si désirable aux hommes dans l'imposture de 
sa souriante beauté ! 

C'est l'adepte parfait que nous peignons là, l'être sur- 
humain qui, parvenu au sommet du triangle de sapience, 
n'a plus rien à recevoir de la terre, mais peut avoir en- 
core beaucoup à lui donner : ce (pie figurent les pièces 
d'argent, tombant en pluie sur le sol. Ses bras, liés pour 
le mal, sont encore libres pour la bienfaisance et l'amour. 

Si rare est le mage véritable, surtout à notre époque 
d'initiés spéculatifs ou incomplets et de médiums dou- 
teux, que cette interprétation marque plutôt un idéal à 
poursuivre, qu'une réalité fréquente à inscrire au livre 
d'or des fils de la Science et de la Volonté. 

L'esclave de la matière pullule, en revanche. 

Pour ce qui le touche, les détails du pentacle XII se 
commentent d'eux-mêmes. Si nos Lecteurs sont curieux 
néanmoins d'un déchiffrement analytique, nous laisse- 
rons cette fois leur ingéniosité satisfaire à cet exercice, 
en appliquant la loi bien connue de l'analogie des con- 
traires. Et puis, le chapitre entier va paraphraser copieu- 
sement l'interprétation désastreuse, bien plutôt que le 
sens faste et glorieux de l'emblème. 

Deux remarques semblent pourtant essentielles à met- 
tre en valeur. 

On sait que le Thau n, dernière lettre de l'alphabet 
sacré, signale toute période consommée, toute opération 



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478 LA CLKF DE LA MAGIE NOIRE 



accomplie, et aussi chaque tour successivement révolu 
dun'e spirale sans fin. Le Thau s'inscrit ici dans la forme 
de la potence qui signifie la mort et la régénération mys- 
tiques ; il marque la clôture du cycle duodénaire, pre- 
mier que de reparaître pour symboliser, dix lames plus 
loin, la révolution intégrale des XX.II hiéroglyphes cla- 
viculaires du Tarot. Notez que cette figure du Thau se 
retrouve, invariablement, au chiffre de clôture de tous les 
cycles mineurs : elle s esquisse dans la forme du chariot, 
à l'arcane septénaire ; dans le support de la Roue de For- 
tune, à l'arcane dénaire. Cela est caractéristique. 

Notez enfin qu'à l'examen de la carte qui nous occupe, 
si nous complétons le carré, en supposant droite (et non 
sinueuse) la ligne du sol qui ferme le thau par la base, 
nous obtiendrons le symbole des quatre éléments, enca- 
drant la figure humaine, circonscrite dans la geôle de 
l'existence élémentaire. 

Sans revenir sur ce que nous avons notifié au seuil du 
Mystère (I), il semble à propos de souligner, en consé- 
quence, que l'arcane XII concerne exclusivement l'homme 
descendu dans la déchéance de la chair. 

En effet, lorsqu'on songe aux destinées de l'homme 
universel avant sa chute, ou même au sort de l'homme 
individuel dans les libres espaces de la vie éthérée, l'in- 
carnation terrestre apparaît la mise en captivité préludant 
au plus dur esclavage. 

Du haut du Ciel profond, vers le monde agité 
S'abaissent les regards des âmes éternelles : 

(l \ Pages 137 et suiv. de In 3 # édition. 



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L ESCLAVAGE MAGIQUE 



47!) 



Elles sentent monter de la terre vers elles 
L'ivresse de la vie et de la volupté ; 

Les effluves d'en bas leur dessèchent les ailes, 

Et, tombant de l'éther et du cercle lacté, 

Elles boivent, avec l'oubli du Ciel quitté, 

Le poison du désir, dans des coupes mortelles (I). . » 

La flamme vivante, descendue en voltigeant vers un 
mirage embaumé de fleurs merveilleuses, a roulé, brus- 
quement captive, dans la boue : sa lumière parait s'y 
éteindre et sa conscience s'y noyer : c'est un engloutis- 
sement morne. Les fleurs séductrices masquaient la glu 
fangeuse.... Et voici ! Un ange est mort au Ciel, un en- 
fant naîtra sur la terre. 

Étrange mystère, en vérité, que celui qui préside à la 
descente des âmes au cloaque de l'existence matérielle, 
où elles doivent subir l'infamante incarnation. Étrange 
mystère, — et lugubre. L'Amour en tient les clefs (2). 

A n'envisager l'Amour qu'au point de vue du Désir 
qui le manifeste, est-il rien de plus insondable quel'essence 
de cet obscur attract, dont le magnétisme se fait égale- 
ment sentir sur les deux rives de la Vie? C'est la force 
d'Iônah, terrible et douce ; elle gouverne le flux torren- 
tiel des générations... 



(1) Louis Ménard, Rêveries d'un païen mystique, Paris, Lemerre, 
1890. 3- édition, page 30. 

Qui donc a dit que le verbe poétique répugnait à renonciation de 
l'austère Doctrine ? Il parait impossible d'en mieux formuler l'enseigne- 
ment sur ce point, en moins de mots, et plus sobrement expressifs. 

(2) Cf. Au Seuil du Mystère, pages 143-144. 



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480 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Vlônah de Moïse équivaut à VAphroditè d'Homère, à 
Val ma Venus (1) de Lucrèce. 

Évocatrice des âmes sur le rivage de l'illusion physi- 
que, la Charmeuse couvre d'une parure mensongère les 
tristes réalités de la chair et du sang. Sur tous les plans 
de l'existence, son rôle est de séduire. 

Sa fantasmagorie fait scintiller l'illusion d'un paradis 
au fond du gouffre de l'enfer physique, et les âmes se 
laissent prendre à son piège d'incarnation, comme, une 
fois incarnées, elles se laisseront prendre à son piège d'u- 
nion sexuelle. Vénus a besoin d'exercer parallèlement 
cette double et complémentaire fonction séductrice, afin 
de garantir, par les flots successifs de la génération, la 
perpétuité du transitoire objectif. Que la déesse veuille 
capter les âmes ou accoupler les corps, ses moyens ne 
varient guère : le Désir est sa voix solliciteuse, et son 
divin piège, c'est la Volupté. 

Car il faut bien formuler enfin ce que notre Public a 
déjà pressenti, peut-être; c'est qu'à l'appel de Vénus, un 
trouble sensuel très intense, une irrésistible soif de jouir 
envahit les âmes au déclin de leur vie arômale. Exceptons 
celles de qui la nature, entièrement spiritualisée, n'offre 
plus de prise au flux rétrograde des générations. Toutes 
les autres, quand l'heure a sonné d'une nouvelle épreuve, 
se laissent charrier au torrent : le monde physique où il 
aboutit leur apparait un éden de lascive béatitude; bien- 
tôt la passion succède au désir et le centre animique est 
envahi. L'incurable amour dont ces âmes brûlent alors 



(1) Notez que Vénus est l'épouse de Vulcain, principe du feu terrestre. 



l'esclavage magique 



pour la matière marque l'agonie de leur existence supé- 
rieure. Dès qu'elles ont consenti à leur déchéance, le 
courantles entraine etles roule en ses remous : leur men- 
talité se trouble, leur conscience s'affole, leur substance 
s'épaissit. Ravies par l'attraction fluidique de la planète 
prédestinée, un vertige indescriptible leur voile l'horreur 
d'une dégradation imminente, et lorsqu'enfin la matière 
les engloutit, elles perdent connaissance dans l'ivresse 
des voluptés. 

Il s'en faut d'ailleurs qu'en tous les cas l'incorporation 
suive immédiatement la chute Les Psychés demeurent 
parfois un temps très prolongé en instance d'incarnation ; 
elles errent alors, dans une demi-inconscience, aux régions 
inférieures de l'Astral planétaire. Elles peuvent influencer 
les médiums, posséder les faibles, et môme, en des cas 
heureusement assez rares, s'incarner par surprise, comme 
nous l'avons dit. Ordinairement, tout étourdies et dépay- 
sées, le serpent fluidique d'Ashiah (qui s'enroule autour 
du globe) les emporte en cercle ; — jusqu'à ce que, les 
exigences physiologiques étant satisfaites, elles trouve- 
ront à s'incorporer, selon des lois inconnues d'appropria- 
tion et de sympathie sélective. Ces lois gouvernent les 
rapports entre ces âmes errantes et les couples humains 
qui leur livreront l'accès du monde matériel. 

La même ardeur que les âmes éprouvent à descendre 
dans la chair, elles l'inspirent aux terrestres géniteurs 
désignés pour leur en ouvrir la porte. 

a On ne peut expliquer la sélection naturelle par le hasard, 
car un mot n'explique pas un fait. S'il y a choix, il y a dis- 
cernement; toute énergie suppose une volonté. Mais est-ce la 

31 



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482 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



nôtre? Non, c'est une volonté étrangère (l) ; l'amour n'est pa> 
une action, c'est une passion. Les Puissances cosmiques nous 
l'envoient pour nous employer à leur œuvre créatrice, en fai- 
sant descendre des âmes dans la naissance. L'Amour.c'esl un 
enfant qui veut naître ; les anciens l'appelaient de son vrai 
nom, le Désir (Erôs, Cupido), parce qu'en effet c'est le Désir 
qui appelle les germes à l'existence. Il y a autour de nous des 
âmes qui veulent s'incarner : pour cela, elles se changent en 
désirs et sollicitent les vivants de leur donnerun corps. L'Art 
grec les représente par des enfants ailés : ce sont les désirs qui 
voltigent autour des amants. 

a La Beauté est mère du Désir, d'après la mythologie. 
Qu'est-ce que la heauté ? C'est une harmonie de lignes, une 
pondération de formes qui annonce l'aptitude à l'éclosion des 
germes et au perfectionnement de la race. L'ampleur des han- 
ches, la fermeté de la gorge sont des garanties pour l'enfant 
qui naîtra. Les Âmes errantes nous poussent vers nos com- 
plémentaires ; elles choisissent pour entrer dans la vie les 
conditions organiques dont elles ont besoin, et elles nous im- 
posent leur choix sans nous consulter. Ce choix est rarement 
d'accord avec nos convenances sociales ; ce n'est pas leur 
faute, elles ne connaissent que les convenances physiologi- 
ques (2). » 

Peut-être ne faut-il pas interpréter trop à la lettre la 
prose délicieuse et poétique de Louis Ménard (3), plus 
précis tantôt, quand il chantait. Nous n'avons pu nous 
défendre de transcrire ces lignes pour la satisfaction de 



(1) Étrangère à l'homme individuel qui la subit. — Cf. Chap. iv. 
pages 345 et suiv. 

(2) Rêveries d'un païen mystique, p. 80-81. 

(3) Les àines qui « se changent en désirs et ■ choisissent les condi- 
tions organiques dont elles ont besoin » ; la Beauté réduite à une pro- 
messe de fécondité, etc., constituent des à-peu-près d'expression ; mais 
les théories n'en semblent pas moins belles et profondes. 



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l'esclavage magique 



nos Lecteurs ; car elles sont suggestives et révélatrices à 
qui sait lire et comprendre. 

• 

La préexistence de FAme, sa défaillance et son nau- 
frage au gouffre de la matière étaient bien connus, dans 
l'Antiquité, des adeptes de toute école. L'Art auguste 
s'empara de ces notions. Pour traduire en une langue 
accessible aux profanes la doctrine universellement reçue 
dans les temples, les rhapsodes-initiés la transposèrent 
en emblèmes : leur verve prodigua toutes les parures de 
la poésie et du rhythme, aux cent fables, gracieuses ou 
terribles, f dont les scribes du sanctuaire, ces maitres 
gardiens du Symbole, avaient formulé le Ihème initial. 
Ainsi partout se trouvèrent brodées, sur un canevas 
théosophique invariable, les multiples images de tant 
d'éclatantes Mythologies. 

Dans la légende édénale, que Moïse inscrivit en fron- 
ton à son édifice du Berœshith, il ne semble point témé- 
raire de voir le prototype de toutes celles analogues, et 
relatives au même arcane. La déchéance d'Adam-Ève est 
une tradition mystique, vraisemblablement empruntée 
aux Égyptiens, qui la tenaient des Hindous. Peut-être 
Moïse en recueillit-il même la notion originaire dans la 
crypte madianite, où Iélhro conservait pieusement le tré- 
sor doctrinal des premiers âges. Elle remonterait ainsi jus- 
qu'à la synthèse scientifique issue du génie de la race noire, 
et se rattacherait par elle à la symbolique antédiluv ienne 
des Atlantes, au cycle primitif de la race cuivrée (l). 

(1) Cf. Fabre d'Olivet, Histoire philos, du genre humain, tome 1, 
pages 326-327 ; — et Saint- Yves, Mission des Juifs, pages 414 etsuiv. 



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484 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Quoi qu'il en soit, cette fable a des correspondances 
dans tous les symbolismes. La désobéissance de Pandore, 
celle de Proserpine, sont en stricte analogie avec la dé- 
sobéissance d'Ève. Ici, c'est un fruit dont il ne faut pa> 
goûter, là c'est une boîte qu'il est défendu d'ouvrir, ou 
encore une fleur dont il faut respecter la tige. Mais la 
curiosité féminine remporte, et la pomme est mangée, et 
la boite est ouverte, et le narcisse cueilli. La prévarica- 
tion d'Ève exile du paradis terrestre le premier couple 
humain; celle de Pandore fait pleuvoir sur le monde des 
maux qu'il n'aurait dû jamais connaître; celle de Pro- 
serpine aboutit à son enlèvement par Pluton, qui Ten- 
traine aux gouffres infernaux. 

La fable de Psyché recèle un sens identique, sous un 
symbolisme qui diffère peu, et l'analogie s'impose... 

Que d'autres mythes on pourrait invoquer, expressifs 
de la même doctrine, quoique d'une similitude entre eux 
moins rigoureuse, quant à la forme? Partout, c'est le ré- 
cit d'une catastrophe humiliante, joint à la promesse d'une 
réhabilitation de l'être déchu ou dépossédé. L'ésotérisme 
des anciens mystères, toujours immuable dans son dogme, 
comportait invariablement pour support symbolique une 
fable de ce genre (1). 



(J ) « Partout c'est un Dieu tué, déchiré, démembré par lesgéans ; c'est 
une dée*se qui le cherche; qui. en le cherchant, parcourt le monde; 
qui, en le pircourant, Aonne les mœurs, les lois, fonde les cités, donne 
la nourriture, donne les art?, le culte, les rites : c'est un Dieu tué. 
démembré par les gëans. qui, après bien des combats et des douleurs, 
ressuscite et demeure enOn triomphant et victorieux. 

• C'est, en l'hrygie, Cybèle désolée de l'infidélité d'Atys. qui parcourt 



l'esclavage magique 



485 



C'était, à Éleusis, l'enlèvement de Persephonê (ou Pro- 
serpine) et les infructueuses pérégrinations de Dèmêter, 



le monde en furieuse, et le force à se mutiler de désespoir de l'infidélité 
qu'il lui a faite. 

« En Egypte, c'est Isis, désolée de la mort d'Osiris, que Typhon a tué 
en trahison, en lui faisant essayer son cercueil ; que les géans ont dé- 
chiré en pièces ; qui pircourt le monde pour en rassembler les mem- 
bres, qui les rassemble tous, hors le membre viril dont elle consacre 
une image; et en parcourant le monde, elle lui donne les lois, les arts, 
le culte, la nourriture ; et Osiris, après bien des peines et des combats, 
est vainqueur de Typhon et des géans, et ressuscite pour le bonheur 
du monde. 

« En Phénicie, c'est Vénus désolée de la mort d'Adonis, que le cruel 
Mars a tué, déguisé en sanglier; qui parcourt le monde pour retrouver 
son corps; miis Adonis terrasse enûn l'immonde animal, ressuscite 
glorieux et console Vénus. 

■ En Assyrie, c'est Salambo et Bélus, à qui il arrive les mômes aven- 
tures. 

« En Perse, c'est Mythras et Mythra. 

« Chez les Scandinaves, c'est Freya et Balder, à qui il arrive les 
mêmes accidens. 

« A Samothrace, à Troie, en Grèce, à Rome, c'est Cérès, désolée de 
l'enlèvement de sa fille, qui parcourt le monde, qui ne peut se conso- 
ler que lorsqu'elle a vu le gouffre par où Pluton l a enlevée. C'est Bac- 
chus tué, déchiré, démembré par les géans.dont Pallas a trouvé lecœur 
encore palpitant.dont Cérès rassemble les membres. qui ressuscite, par- 
courttoutes les nations, remplit lemondedo ses exploits, demeure vain- 
queur et prend sa place parmi les dieux. » (Q. Aucler, la Thréfcie, p. 
34-36.) 

On conçoit assez que le dieu démembré par les géants (forces bruta- 
les de la Nature physique), c'est le Principe ontologique de l'homme, 
qui se désintègre par sous-multiplication, à travers le temps et l'espace. 
La déesse qui lui vient en aide, et qui prépare son apothéose en ras- 
semblant ses membres épars. c'est l'Humanité céleste et providentielle, 
descendue au secours de l'huinmité souffrante et terrestre, lui envoyant 
des Messies, lui enseignant lïnt-gration sociale pendant l'existence et 
la réintégration mystique après la mort. Enfin, la résurrection du dieu, 
son apothéose, c'est le retour des sous-multiples à l'Unité, de la ma- 
tière différenciée à la substance première, du temps à l'Éternité, de 
l'espace à l'Infini : c'est l'horame-synthèse rendu à la gloire de ses 
destinées divines. 



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1 



486 LA CLEF DE LA MAGIE .NOIRE 



(ou Cérès), parcourant le monde à la recherchede sa fille. 

Persephonê, vivante image de l'Ame humaine, déso- 
béit à sa mère (la Nature céleste). Séduite par les con- 
seils du perfide Érôs, elle cueille et porte à ses lèvres le 
narcisse étoile, emblème du désir. A peine en a-t-elle 
respiré le parfum, qu'une défaillance la saisit : le sol 
tressaille, s'entr'ouvre et livre passage au char de Pluton, 
attelé de sinistres chevaux à la crinière de ténèbres. Le 
dieu des expiations s'empare de Persephonê, la ravit sur 
son char d'ébène, et tout s'effondre dans la nuit. L'abime 
s'est refermé (1)... Voilà bien l'attraction du feu terres- 
tre, qui, trouvant prise sur toute âme alourdie par la con- 
cupiscence, l'entraîne au fond du gouffre des générations, 
dans le royaume de la vie physique et de l'épreuve ! 

Proserpine épouse Pluton (le principe de l'attraction 
ignée), et devient reine du monde inférieur. 

Sur ces entrefaites, Jupiter, attendri par les prières et 
les larmes de Cérès (la Nature céleste), décide que Pro- 
serpine lui sera rendue, si pourtant elle a su s'abstenir 
de toute nourriture, au séjour des enfers. La malheureuse 
n'a rien pris, si ce n'est trois grains de grenade : c'en est 
assez pour qu'elle appartienne au dieu noir!... Mais Zeùs 
mitigé la rigueur de la sentence primitive. Persephonê 
partagera son existence entre Dêmêter et Aïdonée : elle 
vivra six mois au Ténarc, près de son époux, et six mois 
au Ciel, près de sa mère. 

Le sens occulte de l'ingénieuse allégorie transparaîtra 



(1) Lire dans les Grandi Initie* (pages 422 et suivantes), la scène 
de l'enlèvement de Persephonê, très habilement remise au point par 
M. \i louarJ Schurë, selon l'esprit dos Éleusines. 



l'esclavage magique 



487 



mieux au prochain chapitre, — la Mort et ses Arcanes. 
Qu 'il suffise d'observer que la nourriture est ici l'emblème 
d'une assimilation des choses terrestres à la pure sub- 
stance de l'àme. Si l'àme s'est entièrement matérialisée 
durant son épreuve corporelle» les enfers la retiendront 
pour jamais captive, à la sortie du corps ; si elle a su se 
préserver de toute macule, elle sera pour jamais rendue 
k la vie du Ciel. Mais au cas plus ordinaire où l'àme 
ne s'est assimilé, comme Proscrpine, qu'une plus ou 
moins faible portion de l'aliment défendu, la Terre aura 
sans doute acquis des droits sur elle, sans que sa nature 
céleste ait abdiqué pour si peu. Ses destins se partage- 
ront dès lors, comme nous le pourrons voir, entre le Ciel 
et la terre, dans la succession de ses existences alternées : 
jusqu'au jour de son épuration totale et de son retour à 
l'essence. 

Le mystère de l'incarnation des âmes a inspiré Saint- 
Yves, qui lui doit une de ses plus belles pages, de celles 
où le noble poète se souvient qu'il est un grand initié. 
Les austères leçons de la science y sont transposées en 
matière d'art, avec une maitrise et un tact exquis ; et ce 
nous est scrupule et presque remords d'avoir du mutiler 
cette prose lyrique, afin d'en tirer de profitables extraits. 

L'àme descendue dans la prison du corps nous conte 
l'odyssée de sa chute individuelle. La voici sur la terre. 

«. . Ainsi celte âme est née au monde des effigies et des 
épreuves ; et elle en crie. 

« Son élément était le fluide céleste, la lumière intérieure 
de l'Univers, l'éther spiritueux, le dedans et l'endroit de la 
substance cosmogonique. 



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LA CLEF DE l\ MAGIE .NOIRE 



« La voilà à l'envers, au dehors, en pleine nuit. 

c Elle ne voit plus son corps céleste : il s éclipse. 

« Elle en a perdu la science, la conscience, la vie réelle. 
Son intelligence se ferme, sa clairvoyance directe ne voit plus, 
son entendement n'entend plus, sa sensibilité psychurgique 
est partout accablée. 

c Entre elle ot l'Univers s'interpose un obstacle terrible : 
quelque chose d'obscur et de limitant, de courbe, d'obtus, 
d'àcrc et de chaud, étrange composé qui bruit et fourmille, 
voile savamment et artistement tissé, replié sur lui-même et 
sur elle, dont toutes les conlextures animées, images de l'Uni- 
vers, en communion précise avec lui, figures des facultés de 
l'âme, en conjonction substantielle et spécifique avec elle, s'en- 
lacent et l'enlacent dans les méandres tortueux des organes et 
des viscères : c'est le corps. 

« Si le corps crie, c'est que l'ame soulTre. 

< Elle veut fuir, mais elle retombe sous une irradiation qui 
lui rappelle la lumière vivante, Iônah, la Substance céleste : 
c'est un baiser maternel. 

« Parfois il lui semble qu'elle est morte. Elle se rappelle 
comme dans un songe l'immensité de cette lumière secrète où 
elle se baignait nue dans des tourbillons resplendissants ; les 
croupes, les vallons éthérés d'un astre aimé, sans atmosphère 
élémentaire, sans attraction physique, mondedes essences, des 
arômes et des parfums de la Vie, d'où elle entendait monter et 
descendre les harmonies et les mélodies intérieures des temps 
et des espaces; d'où elle s'élançait, frémissante, à la voix intime 
des bien-aimés et des bien -aimées, pour contempler S/ia- 
maïm, l'élher, la mer azurée du Ciel, les Iles, les flottes sidé- 
rales, les mouvements de leurs Génies animateurs et de leurs 
Puissances animatrices. 

« Comme un reflet d'étoile sur une eau qui frissonne, un 
souvenir tombs et tremble encore en elle de la grande réalité. 

« Elle exhale encore la céleste ambroisie des Mystères éter- 
nels du Saint-Esprit, et les effluves de l'autre monde ne 
s'évaporent que lentement de sa balsamique essence que la 
mère boit, respire et b iise, avec une ivresse étrange pour les 
profanes. 



V 



L ESCLAVAGE MAGIQUE 



489 



« Ne t'envoie pas, doux reflet de l'astre des mages î Immor- 
telle, souviens-toi î 

4 Elle croit les voir encore, les blanches, les divines, hom- 
mes et femmes, déesses et dieux, diaphanes, lumineuses for- 
mes, types de la Beauté, calices de la Vérité, se mouvant, pla- 
nant, s'enlaçint dans les ondes magiques du céleste Amour, 
dans les communions éblouissantes de la Sapience. 

« Ne sont-ce point encore les théories sacrées, les poèmes 
vivants du Verbe occulte, les hymnes des Pensées créatrices, les 
symphonies des sentiments animateurs, les enseignements 
hiérarchiques des cercles psychurgiqnes, le trouble saint des 
grands Mystères, les Dieux, rayons du Dieu dont la lumière est 
l'ombre, le sillon lumineux, le vol arômal des Génies, des 
Envoyés, des Intelligences parfailes, des Esprits immortels, 
des Ames victorieuses et glorifiées. 

« 0 vertige ! là n'est-ce pointencore le quadruple cercle in- 
férieur des âmes montant et descendant, l'océan fluidique, 
étincelant, sur lequel passe la brise de l'Amour, dans le fond 
duquel crient la Naissance et la Mort? 

« N'est-ce point encore... ? Mais qu'allais-je dire? 
« Que s'est-il donc passé? Chante, fille des Dieux î 
« Ecoutez î 

« Un grand trouble, un vertige, un enivrement subit, 
une lourdeur étrange, un magnétisme lointain, une attrac- 
tion douce et terrible, une incantation des astres, un mot 
d'ordre, un cri de sphère en sphère, des adieux déchirants à 
la vie supérieure, aux bien-aimés, une prière, une cérémo- 
nie solennelle aux rites funèbres, une dernière étreinte, 
un dernier baiser, un serment de se souvenir et de revenir, 
un Génie aux pieds ailés qui prend l'Immortelle et l'entraîne 
vers les gouffres, l'immensité d'en haut qui se ferme, celle 
d'en bas qui s'ouvre avec fracas, l'océan tumultueux des 
générations, abîmes d'âmes gagnant ou quittant la cime 
ou le fond de l'atmosphère d'un autre astre, bataille élec- 
trique des passions et des instincts de la terre... puis... quoi 
donc? 

« ("est l'orbe de la terre, c>st l'océan métallique déroulant 
ses flux, enroulant ses reflux. 



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490 



LA CLEF DE LA MAGIE NOM! F. 



« On traverse des tourbillons d'àmesqut montent et s'abais- 
sent 

c Ce sont dans l'atmosphère, les nuées, les grands courants 
polaires, les sou mes de l'orient, les rafales de l'occident, les 
fleuves aériens secouant l'écume des nuages, enroulant leurs 
serpents électriques; c'est l'océan inférieur de l'air, avec ses 
quatre régions, celle des aigles, des grands migrateurs, des 
alouettes et des colombes. 

« Dans cette dernière, commence le règne de la substance 
plastique sur la terre, avec ses quatres nomes : minéral, vé- 
gétal, animal, nominal, et ses sept tourbillons de Puissances 
génératrices et de générations spécifiées. 

• Après les cirques et les amphithéâtres vertigineux des 
montagnes blanches, après la féerie éblouissante des glaciers 
et des abîmes, voici venir à l'infini les molles ondulations des 
collines vertes, l'écoulement écumeux des torrents, le serpen- 
tement écaillé des rivières et des fleuves métalliques, le balan- 
cement des forêts sonnantesj'immensité circulaire des campa- 
gnes herbeuses, où courent et se jouent des frissons. 

« C'est la terre, l'une des mille citadelles du royaume de 
l'homme, fils immortel et mortel de Dieu-les-dieux... 

« Voici les cercles de pierres de métropoles, des cités, des 
villes et des villages, avec le bourdonnement des voix d'airain, 
qui, du haut des dômes et des clochers, scande et annonce, 
au-dessus du fracas des grandes eaux populaires, la Nais- 
sance et la Mort. 

« Llmmorlelles'arréte brusquement ; s'attachant avec force 
à la clarté des astres, elle mesure l'espace parcouru, la dis- 
tance qui la sépare des cieux 

« — ... Où suis-je ? Ciel, terre, tout a disparu ; mais une 
attraction invincible m'enchatne tout entière. 

a — Ame immortelle, voici ta mère ! 

« Au nom de Dieu, au nom de la Nature, au nom d'/ot* et 
de Hévah, voici ta patrie vivante ici bas. 

<c Sois unie à elle par toutes les Puissances magiques de la 
Vie ! 

« Adieu ! — 

« Elle se rappelle encore ses entretiens avec l'ame mater- 



l'esclavage magique 



491 



rtelle, leur indivisible et mutuelle pénétration, leurs commu- 
nions mystérieuses, pleines de souvenirs et d'espérances sur- 
terrestres, douleurs et joies, frissons, extases, musiques 
muettes; le long enroulement des neuf cercles séléniques, l'in- 
cantation des épigénèses, puis... une souffrance cruciante, 
terrible, une vapeur sulfureuse, un effluve ferrugineux mon- 
tant brusquement desgouffres ignés de la terre, tourbillonnant, 
l'arrachant à l'àme maternelle, la clouant à un vide pneuma- 
tique, à un antre pulmonaire chaud, mouvant, ... un cri dans 
cet antre, dans celte effigie creuse, et... le Souvenir rentre 
dans ses profondeurs avec les Innéïlés célestes. 
* Il ne revivra plus que par la Science (1) !.., » 

Ainsi, la naissance physique est la véritable mort des 
âmes, et la mort physique leur véritable renaissance. 

L'initiation, — ce réveil de l'âme en somnambulisme 
ici-bas, ce Remember de la grande réalité ultra-terres- 
tre, — l'initiation était considérée par les anciens adep- 
tes comme figurative de la mort, et procurant un avant- 
goût de l'existence arômale, intérimaire aux incarnations. 

•« ï/àme (nous dit Slobbée), éprouve à la mort les mêmes 
passions qu'elle ressent dans l'initiation, et les mots mêmes 
répondent aux mots, comme les choses répondent aux choses. 
Mourir ou être initié, s'exprime par des termes semblables : 
ce n'est d'abord qu'erreurs et incertitudes, que courses labo- 
rieuses, que marches pénibles à travers les ténèbres épaisses 
de la nuit. Arrivé aux confins de la mort, — ou de l'Initiation, 
tout se présente sous un aspect terrible; ce n'est qu'horreur, 
tremblement, crainte, frayeur; mais dès que ces objets 
effrayants sont passés, une lumière miraculeuse et divine 
frappe les yeux, etc.. (2). » 



(1) Le Testament Lyrique, par Alexandre Saint-Yves, Paris, 1877, 
in 8 (pages 5 à 10, passim). 

(2) Stobbèe, cité par l'abbé Richard. Recherches sur les initiations 
anciennes et modernes, Amsterdam, 1779, in-8, pages 42-43. 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Apulée s'exprime en termes analogues (1). 

Un initié du vieux monde, quand on l'interrogeait sur 
son âge, répondait volontiers : je suis mort en telle 
année (celle de sa naissance corporelle); à telle date 
(celle de son initiation), je renaquis en e*p rit. Et il comp- 
tait son âge, non point d'après son grade, comme nos 
francs-maçons ont coutume de le faire, mais à dater de 
son admission aux mystères des dieux. Alors, comme de 
nos jours, il n'était point rare d'entendre un homme fait, 
un vieillard même, annoncer qu'il avait trois ans. Cette 
énigmatique réponse, qui veut dire à notre époque : Voyez 
en moi un simple apprenti, signifiait alors : il y a trois 
ans que je suis initié. 

Mais revenons aux arcanes de la Naissance. 

L'incorporation matérielle delà Psyché ne compromet 
aucunement les rapportsqui la faisaient participer à l'har* 
monie des mondes invisibles ; mais cet accident astreint 
l'Immortelle à une communion indirecte avec l'Univers 
physique, dont elle devait ignorer les servitudes. 

Les âmes humaines appartiennent par essence à la 
région animique du grand Tout, cet organisme colossal 
dont l'univers matériel n'est que le corps visible. En pre- 
nant corps elles mêmes, les âmes tombent dans le domaine 
propre de la Nature naturée, et sous le joug plus étroit 
du Destin qui la gouverne. 

Désormais, l'Univers possède intégralement l'être hu- 
main : des rapports d'anatomie et de physiologie occulte 



(i) Cf. L'Ane d'or, in fine. 



l'esclavage magique 



493 



rattachent et homologuent l'individu dans son ensemble 
au total Cosmos, et chaque détail de la constitution 
humaine au détail correspondant de l'organisme universel. 

On voitsur quelles bases, à la fois mystiques et ration- 
nelles, les anciens théosophes édifiaient leur système d'a- 
nalogies, quand ils qualifiaient l'homme terrestre de Micro- 
cosme (ou de petit monde), rigoureusement assimilable, 
en son tout comme en ses parties, au grand monde ou 
Wacrocosme (1). 

Cette possession de l'individu humain par la Nature 
déchue s'affirme à l'instant même de la conception, et se 
confirme à chaque nouveau stade, dans l'évolution et le 
développement du fœtus. 

On peut dire que ce rudiment corporel, progressive- 
ment élaboré sur le patron fluidique du corps astral, est 
le terrain où se règle un compromis entre les Puissances 
du Ciel et de la terre. Tandis que les virtualités latentes 
de l'espèce et de l'individu s'eiForcent de produire une 
enveloppe aussi appropriée que possible à l'être qui prend 
corps, il semble que le Génie de l'univers physique, con- 
trôlant cette auto-genèse, veille à en maitriser de toutes 
parts, ou du moins à en répartir la libre expansion. Ainsi, 
au fur et à mesure de la croissance, il rattache par d'in- 
visibles liens chaque cellule, chaque fibre, chaque organe 



(1) Il semble qu'une lumière puisse jaillir du rapprochement de 
cette théorie avec celle, précédemment émise, des signature* spontanées, 
que nous définissons : les hiéroglyphes où la Nature des choses consigne 
leurs propriétés et révèle leur origine Peut-être les penseurs recon- 
naîtront-ils, en juxtaposant les deux théories, qu'elles n'en font qu'un»* 
au total; mais que ce sont là deux manières dillercntes de faire valoir 
une même vérité. 



m 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



naissants, aux diverses régionsdel'Univers qui leur sont 
analogues et correspondantes; il distribue harmonieuse- 
inent en lieux utiles les influences des astres, des élé- 
ments et des orbes magnétiques de la planète, et règle, 
par rapport au fœtus, la juridiction naturelle des Puissan- 
ces occultes qui président à l'activité formatrice, sous les 
divers inodes applicables au plan matériel. 

La connaissance de ces rapports, et la mise en œuvre 
raisonnée des lois dont ils témoignent, constituent la 
science et Part que les anciens auteurs englobaient sous 
l'appellation de Magie naturelle. Cette magie serait, à les 
entendre, celle qui permet à l'homme d'accomplir des 
œuvres en apparence miraculeuses, par l'emploi des 
seules forces de la Nature, et sans recourir à l'évocation 
des Esprits, ni même côtoyer la limite du « Surnaturel ». 

Incorrecte définition, qui s'étaie d'une conception très 
fautive de l'Univers, de son principe, de ses lois et de sa 
fin. Un tel langage serait, sur les lèvres d'un adepte, la 
marque certaine d'une initiation foncièrement erronée, — 
si lesdures exigences des temps de persécution et de fana- 
tisme ne justifiaient assez les meilleurs théosophes, d'avoir 
adopté la terminologie reçue des scolastiques alors pon- 
tifiants. 

Nos Lecteurs savent déjà que le Surnaturel n'est point, — 
puisque la Volonté de l'homme et la Providence même, 
ces facteurs de miracles, constituent l'âme et l'intelligence 
de la Nature spirituelle, comme le Destin constitue la loi 
de la Nature corporelle. 

La totale Nature, c'est la grande Isis des sanctuaires 
égyptiens. Sa glorieuse image se profile à travers les trois 



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l'esclavage magique 



mondes : sa tète rayonne au Ciel intelligible; son divin 
cœur bat au Ciel des âmes, ses flancs augustes engen- 
drent au Ciel éthéré l'esquisse des apparences ; le monde 
élémentaire lui fait un piédestal.... Et les philosophes 
qui bornent la Nature à Tordre des choses sensibles, ne 
voient même pas les talons de la Grande Déesse, mais 
seulement l'ombre qu'ils projettent. 

Hors de la Nature, miroir manifestatif de la Divinité, 
l'esprit ne conçoit que l'Absolu, c'est-à-dire Dieu dans 
son impénétrable essence. 

Tous les êtres finis, jusqu'aux anges des plus sublimes 
hiérarchies, vivent et se meuvent dans le sein profond 
de la Nature. Ainsi, quels que puissent être les auxiliaires 
spirituels que le magicien évoque à son aide, si surpre- 
nants qu'apparaissent les miracles qu'il opère grâce à 
leur concours, sa théurgie n'a rien de surnaturel (i). 

Le cadre tout arbitraire d'une « Magie naturelle » et 
licite, en contraste avec la Magie illicite et démoniaque, 
résulte de cette fausse conception du Surnaturalisme, 
dont plusieurs sont encore férus. En somme, la Magie 
naturelle des anciens auteurs n'est que la science posi- 
tive (ou prétendue telle), appliquée à la justification de 
certains phénomènes déconcertants et paradoxaux. 

« Celte magie (déclare Porta), douée d'vne plantureuse 
puissance, abonde en mystères cachez et donne la contempla- 
tion des choses qui gisent sansestre appréhendées, et la qua- 
lité, propriété et cognoissancede toute nature, comme sommet 
de toute philosophie. Encore enseigne-elle que, par l'aide des 
choses et parla mutuelle et opportune application, elle fait des 

(1) Voyez f Avant-propos, pages U et suivantes. 



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496 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



œuvres que le monde estime miracles, surpassans toute ad 
ration, et capacité de tout humain entendement (1). » 




L'instruction n'était point jadis aussi généreusemen: 
prodiguée qu'aujourd'hui. Les expériences dont la curio- 
sité de nos enfants s'égaie sous le nom de Physique 
amusante (depuis les applications élémentaires de chimie 
ou d'électricité, jusqu'aux tours de gobelets, qui, en dé- 
finitive, appartiennent à la science de l'optique, puisqu'ils 
reposent sur une illusion des yeux), toutes ces expérien- 
ces eussent passé pour prodiges de Satan, au gré des 
badauds du moyen âge, (témoin le bon rabbin Jéchiel et 
la légende de son clou merveilleux et de sa lampe en- 
chantée) (2). Or, tout n'était pas rose alors, dans le per- 
sonnage, d'ailleurs considérable, du sorcier. Lorsque 
des physiciens s'avisaient de publier quelque recette sur- 
prenante, peu curieux de récolter sur un bûcher la menue 
monnaie d'une réputation de nigromans, ils prenaient 
soin de cataloguer leur découverte sous la rubrique de 
magie naturelle, ou de physique occulte. 

C'est sous ce dernier titre que l'abbé de Vallemont 
remplit six cents pages de sa prose, pour disculper de 
diabolisme les praticiens de la fameuse baguette divina- 
toire, encore contestée de nos jours : savoir, une fourche 
de coudrier, influençable, dans la main des sensitifs, par 
certaines émanations, telles que l'aura des sources et des 



(1) La Magie naturelle, qui est les secrets et miracles de nature. 
mise en IV livres, par Ican Baptiste Porta, Xeapolitain. A Lyon, par 
Iean Martin, 1565, in-8, p 2. 

(2) Cf. Au Seuil du Mystère, page 5o. 



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l'esclavage magique 



497 



ninières. L'expérimentateur saisit les branches bifur- 
juées de la baguelte et la maintient horizontale : l'autre 
Dout fléchit à point nommé, et se tourne vivement dans 
a direction de la masse liquide ou de la veine métallique 
i découvrir. Il y a là sans doute un phénomène d'attrac- 
tion objective (1); mais il s'y mêle vraisemblablement 
un phénomène tout subjectif de psychométrie, puisque la 
baguette n'est sensible qu'en de certaines mains ; — et 
que Jacques Aymar, pour ne citer qu'un cas célèbre et 
d'ailleurs exceptionnel, a pu, muni de sa baguette, suivre 
à la piste un meurtrier, sur terre et sur mer, depuis Lyon 
jusqu'à Beaucaire, puis de Beaucaire jusqu'en vue de 
Gènes (1692) (2). On expliquera difficilement pareil fait 
par l'action directe des corpuscules de l'aura sur la four- 
che de coudrier. 

Aussi, bien que la baguette divinatoire ait été souvent 
élue pour type des applications de la Magie naturelle 
(comme l'entendaient les vieux auteurs), nous est avis 
qu'on pourrait mieux choisir. 



il) Jean Bodin nous est garant que la baguette divinatoire était con- 
nue et usitée, plus d'un siècle auparavant. Ht ce démonographe, qui 
pourtant voit le diable partout, conclut à un phénomène physique : 
« Encores ya-t-il la Phytoscopie, qui est la prédiction des choses 
occultes par les plantes, comme la verge dcCoryles ou Coudres, diuisée 
par moictié, tenue en la main, inclinée de la part où il y a des métaux. 
Et c'est chose assez expérimentée parles métalliques... Toutes ses pré- 
dictions cogneuës par l'expérience, encores que les causes soient occultes 
et ignorées, neanlmoins elles sont naturelles, et la recherche d'icelles 
descouure la grandeur et beauté esmerueillable des œuuresde Dieu.» 
(Demonomanie des Sorciers, Paris, 1587, in-4 (feuillet 38 6 et 39 a, 
passim). 

(2) Voy. la Physique occulte ou traité de la baguette divinatoire, 
Paris, 1793, in-12, fig., pages 37 et suiv. 

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LA CLEF DK LA MAGIE NOIRE 



L'influence du monde extérieur sur les sens, — action 
mal définie, dont les puissants effets sont banaux à ce 
point, qu'on n'y porte plus attention, — semblerait un 
meilleur exemple. L'harmonie captivante des formes, 
renehantement des parfums, des sonorités, des jeux de 
lumière et de couleurs, cette permanente féerie de la 
grande Maïa (l'Illusion physique), — voilà bien des mer- 
veilles d'une magie non seulement naturelle, mais spon- 
tanée. 

Nulle science humaine n'a su démasquer les prestiges 
de la charmeuse ; nulle Puissance ne Ta détrônée encore, 
la Reine des fantastiques apparences! 

Lorsqu'aux premiers soleils de printemps, toute chose 
créée tressaille et s'égaie sous la caresse du ciel bleu, les 
organismes les plus blasés prennent leur part du grand 
jubilé d'Érôs et de Cybôle. La Nature, prodigue de sé- 
ductions, exhale toute sa poésie latente avec ses énergies 
cachées ; elle nous assiège par tous nos sens. Ni vieillard, 
ni valétudinaire, ni même hypocondriaque ne s'en défend: 
c'est irrésistible. Le corps sent travailler en lui les fer- 
ments réactionnés de la vie et du désir; un alanguisse- 
ment indéfinissable l'envahit, fait de bien-être et d'op- 
pression, de vertige latent et de volupté diffuse ; le cœur 
est plein, l'allégresse déborde. Toute l'animalité vibre à 
l'unisson de l'homme ; la nature végétale y répond de 
son mieux en participant au concert. Une puissante mon- 
tée de sève fait éclater les bourgeons et les feuilles éclore. 
Sous l'impulsion de l'éi éthisme universel, êtres et choses 
fraternisent, fusionnent en quelque sorte, et l'on sent 
positivement à cette heure-là quel lien occulte et profond 



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l'esclavage magique 



499 



les rattache et les assimile, confondus en la vivante unité! 
G* est là le côté lucide de cette singulière extase, d'ailleurs 
si féconde pour tous en illusion et pour plusieurs en dé- 
boires. 

Les liens mystiques et physiologiques à la fois, qui 
rattachent l'homme au grand Tout vivant comme lui, 
s'imposent alors; ils sont intuitivement perçus. L'accord 
des sphères célestes se fait pressentir, — comme dans le 
Songe de Scipion. Alors se révèle la savante orchestration 
d'influences qui nous enveloppe, êtres et choses, dans les 
mailles sonores du Destin ; tandis que, découpée sur ce 
fond harmonique, l'universelle incantation des volontés 
fait participer ce qui est libre dans l'homme au concert 
providentiel des mondes. Nulle part, en effet, du haut en 
bas de l'échelle, l'homogénéité de la Nature ne se peut dé- 
mentir : son essence est une, si son mode varie. Elle con- 
tient toute chose, et rien de manifesté ne se conçoit en 
dehors d'elle. Ainsi, des libres sommets de l'apothéose 
aux abîmes de la déchéance et de la servitude, tout vibre 
et donne sa note, spontanée ou contrainte, consciente ou 
non. Ainsi les dissonnanecs de l'enfer contribuent elles- 
mêmes à la symphonie du Total Cosmos. 

Pareille extase, bienfaisante à l'homme dégradé, par 
le témoignage des correspondances glorieuses dont elle 
trahit l'inaliénable empire, n'en présente pas moins, au 
point de vue des communions inférieures qu'elle dénonce 
évidentes, l'indubitable symptôme de la possession de 
l'homme par la Nature naturée. 
' Voilà Yesclavage magique, dans son expression natu- 
relle et spontanée. 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Cet esclavage se traduit, au jour le jour, par lesexigen- 
ces du corps et toutes les suggestions de la matière : la 
faim, la soif, le sommeil, les appétits brutaux, etc.. . 

Il ne se révèle que trop clair, au jeu des sympathies et 
des antipathies, dont nous sommes volontiers les ma- 
rionnettes. Le raisonnement compte pour bien peu dans 
nos déterminations coutumières : tantôt c'est un « mou- 
vement du cœur » qui nous emporte en son irrésistible 
et déraisonnable élan, ou quelque répugnance qui nous 
barre le sentier, brusque effluve jailli des profondeurs 
mystérieuses de l'Instinct. Dociles à ces obscures et sou- 
daines impulsions, sans même nous être enquis de leur 
pourquoi, nous modifions notre itinéraire moral vers la 
droite ou la gauche, et n'en restons pas moins convaincus 
d'avoir librement opté pour ou contre. Si fréquente est 
la confusion entre notre volonté propre et celle de notre 
Inconscient, qui est un autre Moi, ou qui plutôt en ren- 
ferme deux (l)î IS'apparait-elle pas doublement esclave, 
la créature qui, contrainte d'agir, croit à sa franche ini- 
tiative? 

Sans doute, et nous l'avons dit, la liberté est dévolue 



(1) Est-ce à dire qu'il faille se rendre sourd a la voix des deux In- 
conscients, inférieur et supérieur, savoir: aux avertissements de l'Ins- 
tinct, d'un côté ; et de l'autre, à l'inspiration de la Providence? — Il 
s'en faut tellement, que nous devons, au contraire, apprendre à discer- 
ner ces voix, les étudier et les éprouver, s'il le faut, afin de savoir tou- 
jours qui nous parle. Car, à défaut de bien saisir le langage respectif 
de ces deux conseillers occultes, nous serions sujots à négliger les pro- 
fitables avis de l'un, comme à subir sans contrôle le despotisme parfois 
intempestif de l'autre. 



l'esclavage magique 



501 



& l'homme, ici-bas, pour un tiers environ de ses actes, 
tandis que, pour les deux autres, il obéit à des détermi- 
nations étrangères. Mais cette relative liberté ne lui ap- 
partient qu'en puissance, à charge pour lui de la faire 
passer en actes, par l'exercice et le constant effort du 
vouloir : alors seulement l'homme jouit du tiers d'ini- 
tiative qui lui est concédé. Mais s'il néglige de con- 
quérir son domaine légitime, le Destin l'envahit et s'en 
empare. 

Supposons, par contre, un homme ayant pris posses- 
sion de son héritage, et — comme le Béarnais, — deux 
fois maître chez lui, 

« Et par droit de conquête et par droit de naissance. » 

Que cet homme évoque en son intérieur l'action 
providentielle, et défère aux inspirations qu'il en rece- 
vra : non seulement, grâce à pareille alliance, il aura 
élargi au double le champ de son activité, et par là, 
restreint à un tiers le fief de l'adverse Destin; mais il 
pourra, jusque sur le territoire ennemi, éluder une part 
des embûches fatidiques, sinon les affronter de face et 
les réduire de haute lutte. Voilà dans quel sens on peut 
motiver cet adage d'assez paradoxale allure et qui n'en 
est pas moins juste : « La véritable liberté consiste 
invariablement à faire son devoir ; la réelle servitude 
consiste à s'en affranchir. » Il est d'ailleurs dans l'es- 
sence de l'Inspiration providentielle de se proposer à 
l'assentiment, et c'est de choix délibéré qu'on y accède ; 
au contraire, le joug du Destin, s'infligeant à 1 être qui 



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m 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



lui a donné prise, s'appesantit brutalement sur lui (l_>- 
Ainsi, sans se soustraire entièrement aux entraves de 
la Nature naturée, qu'il ne parviendrait à rompre qu'avec 
les liens de l'existence physique, l'homme peut néanmoins 
distendre ces entraves, et lesréduireau minimum d'em- 
pêchement. 

C'est la première œuvre, et la plus difficile, de IV 
deptat. 

Entre toutes les sujétions qui composent ici-bas le ser- 
vage de l'homme, le tribut sexuel mérite une mention à 
part. 

Le despotisme dont il témoigne est d'autant plus si- 
gnificatif de notre déchéance, qu'à tout prendre, ce n'est 
point chose matériellement impossible, que d'y contre- 
venir. La faim, la soif, le besoin de sommeil ont cela de 
brutalement inéluctable, qu'on encourt la mort à leur re- 
fuser satisfaction périodique ; toute la résistance qu'on 
y peut faire, c'est de réduire au moins, le plus des conces- 
sions forcées. Il est donc loisible au sage de restreindre 
l'exigence de ces tyrans et de régler l'impôt quotidien 
qu'ils prélèvent : nullement, d'en abolir en soi la norme 
assujettissante ; tandis qu'avec une bonne méthode d'en- 
trainement et beaucoup de volonté, le sage se rendra 
maitre de l'instinct sexuel. 

Cet instinct repose pourtant, comme les autres besoins 
somatiques, sur une fonction spéciale de l'organisme. 
C'est assez dire que lui dénier à jamais toute satisfaction 

(I) Gf. Histoire philo*, du genre hum'iin, tome II, page 107, — et 
Caïn, page 247. 



l'esclavage magique 



serait une imprudence grave; bien plus, un outrage à la 
Nature: et nous avons mentionné les multiples périls 
d'une continence absolue (1). Mais l'homme peut se sous- 
traire au joug sexuel, en ce sens qu'au lieu d'obéir h la 
chair, il lui commandera, et lui imposera même silence 
durant une période indéfiniment extensible. 

Il est bien puissant alors, ayant réalisé en lui la condition 
du grand œuvre ésotérique. Il a triomphé à la fois d'une 
exigence physiologique de son organisme, et déjoué Tem- 
bûche de la Vertu démiurgique qui lie l'esprit à la ma- 
tière. Dans l'occulte séduction qu'il a vaincue, git l'essence 
même de Maia, la grande Illusion, dont la permanence 
fait toute la réalité de l'univers physique. 

Telle se dévoile la véritable raison, ou du moins la 
principale, qui légitime ces prescriptions de continence, 
si fréquentes à toutes les pages des Rituels, magiques ou 
sacerdotaux. Le prêtre ou l'épopte, avant de franchir la 
frontière des mondes au delà, doivent avoir maîtrisé la 
chair, non point que « l'innocence soit agréable au Sei- 
gneur », ni que « le Très-Haut se courrouce » d'un acte 
congruent à l'ordre actuel des choses et à l'économie de 
la Création ; le prêtre ou l'initié le doivent pour des mo- 
tifs très précis, oserons-nous dire, de positivisme trans- 

(i) Cf. Chapitre n, Mystères de la solitude, pages 217-230. 

La continence est si peu de règle inflexible en haute magie, que telles 
œuvres théurgiques d'un ordre très relevé impliquent l'acte vénérien 
comme condition expresse de leur accomplissement. L'amour sexuel, 
non pas subi.miis volontaire, se révèle uno des forces les plus efficaces 
dont le magiste puisse ritualiser l'emploi, en vue do certains résultats 
d'exception. Au surplus, co sont là des arcanes que l'Ésotérisme doit 
envelopper de son triple voile . gardons-nous d'y porter une main scan- 
daleuse. 



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504 i 



LA CLEF DE LA MAf.IE NOIRE 



cendental. C'est en passant dans la lettre morte, que ces 
préceptes ont revêtu le caractère de sentimentalismepié- 
tiste qu'on leur connaît aujourd'hui. 

Il en fut de même pour l'abstinence de certains ali- 
ments, prescrite dans la période de préparation à quel- 
ques œuvres mystiques. 

Nous avons insisté plusieurs fois dans nos ouvrages sur 
la vertu magnétique du sang, et subsidiairement de la 
chair qui s'en trouve imprégnée. Le sang attire les Larves 
et les génies nélastes, avides d'acquérir, par cela même 
qu'ils s'en abreuvent, la force de se manifester un instant 
sur le plan objectif. C'est pourquoi les juifs, obéissant au 
précepte de Moïse, ont en abomination toute viande qui 
n'est pas rigoureusement exsangue. Quant a la défense 
solennelle de goûter à la chair des animaux immondes, 
desquels le Pentateuque fournit la minutieuse nomencla- 
ture, cette proposition semble justifiable à la lumière d'un 
autre arcane, bien connu des hiérophantes de la gentilité. 

« Les Théologiens (dit Porphyre) ont observé avec une 
grande attention l'abstinence de la viande. L'Egyptien nous 
en a découvert la raison, que l'expérience lui avoit apprise. 
Lorsque l'àme d'un animal est séparée de son corps par vio- 
lence, elle ne s'en éloigne pas, et se tient près de lui. 11 en est 
de môme des âmes des hommes qu'une mort violente a fait 
périr ; elle reste près du corps : c'est une raison qui doit em- 
pêcher de se donner la mort. Lors même qu'on tue les ani- 
maux, leurs âmes se plaisent auprès des corps qu'on les a 
forcées de quitter ; rien ne peut les en éloigner ; elles y sont 
retenues par sympathie ; on en a vu plusieurs qui soupiroienl 
près de leurs corps. Les âmes de ceux dont les corps ne sont 
pas en terre, restent près de leurs cadavres : c'est de celles-là 
que les Magiciens abusent pour leurs opérations, en les for- 




l'escuvage magique 



çantde leurobéïr, lorsqu'ilssont les maîtres du corps, ou même 
d'une partie. Les Théologiens qui sont instruits de ces mystè- 
res ont avec raison défendu l'usage des viandes, afin que 

nous ne soyons pas tourmentés par des âmes étrangères, qui 
cherchent à se réunir à leurs corps, et que nous ne trouvions 
point d'obstacles de la part des mauvais génies en voulant 
nous approcher de Dieu. 

c Une expérience fréquente leur a appris, que dans le corps 
il y a une vertu secrète qui y attire l'Ame qui Ta autrefois 
habité. C'est pourquoi ceux qui veulent recevoir les âmes des 
animaux qui savent l'avenir, en mangent les principales 
parties, comme le cœur des corbeaux, des taupes, des éper- 
viers. L'àme de ces bètes entre chez eux en môme teins qu'ils 
font usage de ces nourritures, et leur fait rendre des oracles 
comme des Divinités (1).» 

Cette citation de Porphyre semble piquante et instruc- 
tive, bien que l'absolutisme des termes où elle s énonce 
confine à la naïveté. Les théosophes d'Alexandrie outre- 
passaient fréquemment la Vérité, par le fait d'une intran- 
sigeance fort en désaccord avec leur éclectisme ; — intran- 
sigeance qui s'affichait d'ailleurs bien plus dans l'expres- 
sion que dans la doctrine. Au reste, il n'est pas douteux 
que cette proposition assez suspecte, des « animaux qui 
savent l'avenir » et dont la chair « fait rendre des ora- 
cles », ne fût presque universellement reçue dans la tra- 
dition exotérique des sanctuaires. L'Aruspicine, l'Orni- 
thomancie et les autres pratiques augurales des nations 
furent-elles jamais autre chose que des arts occultes dé- 
générés, en passant des mages de la Science secrète aux 
prêtres du culte extérieur? 



(t) Porphyre, de l'Abstinence, traduction Burigny, 1767, in-12, pa- 
ges 153 1 55. 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Quant au surplus des opinions de Porphyre, la Haute 
Magie a toujours enseigné : — 1° que le sang attire Larves 
et Lémures, qui s en abreuvent et lui empruntent la vir- 
tualité passagère de se rendre visibles ; — 2° qu'un lien se- 
cret rattache les âmes récemment désincarnées à leur 
dépouille matérielle, en sorte qu'on puisse altraire ou 
môme évoquer ces âmes, par des opérations magiques 
célébrées sur les cadavres ; — 3° qu'à se nourrir habi- 
tuellement de la chair d'un animal, on risque de s'ap- 
proprier, dans une certaine mesure, les passions et les 
instincts dominants qui faisaient le fond de son naturel. 
Ainsi, celui-là contracterait une tendance à l'hypocrisie, à 
la cruauté, à la luxure, qui consomme à son ordinaire la 
viande d'animaux rusés, ou féroces, ou lascifs par tem- 
pérament. 

Tel est sans doute le secret mobile qui détermina Moïse 
à interdire la chair d'un certain nombre de créatures vi- 
vantes, frappées dans leur forme extérieure des stigma- 
tes du mauvais principe. Car il est très remarquable que 
le Législateur des hébreux fonde nettement, sur la théorie 
des signatures naturelles, sa distinction dogmatique entre 
les espèces pures et impures (1). 

Consultez sur ce point la doctrine ésotérique des nations 
païennes, dont l'érudit Quantius Aucler s'est fait, à la fin 
du siècle dernier, le scrupuleux organe, — et vous y 
verrez peu de différence (2). 

La justification des préceptes de continence et d'absti- 



(1) Cf. Lïriti'/ite, chap. xi, et Pentateuque (passim). 
(i) Cf. la Thrèïcie, pages 343-347. 



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L ESCLAVAGE MAGIQL'E 



507 



nence, inscrits aux rituels sacerdotaux ou magiques, né- 
cessiterait, pour être complète, des développements à te- 
nir tout un volume. Les exigences de notre cadre nous 
astreignent à de nombreuses réticences : nous posons 
surtout les principes; pour l'application, le Lecteur pourra 
consulter les ouvrages spéciaux, qui ne manquent pas. 

La lettre morte, s'emparant du régime rationnel des 
abstinences, Ta enlisé sous un arbitraire amoncellement 
de réglementations puériles et de prohibitions excessives. 
De là provient le célibat ecclésiastique, dont le principe, 
essentiellement d'exception, comme ailleurs nous l'avons 
dit, ne devait se voir généralisé à aucun titre. De là découle 
l'obligation des jeûnes et des abstinences, périodique 
pour les fidèles, permanente à l'usage d'un grand nom- 
bre de religieux et de moniales (Chartreux et Trappistes, 
Bernardines, Clarisses et Carmélites, etc.). D'équivalen- 
tes austérités se pratiquent partout, chez les Derviches 
mahométans et les Fakirs de l'Inde ; car, dans toutes 
religions comme à toutes époques, le culte extérieur a 
corrompu l'esprit de la Science secrète, à l'égard des abs- 
tinences et de leur usage normal, fondé sur les exigen- 
ces passagères des œuvres mystiques. Le sacerdoce a 
toujours universalise ce régime d'exception, en faisant 
un pieux mérite de ce qui n était qu'une condition pour 
réussir, et en promulguant la doctrine sentimentale et 
foncièrement erronée, — nous allions mettre scanda- 
leuse, — des « sacrifices méritoires » et des « mortifi- 
cations agréables à Dieu ! » 

Chacun sait quelle importance Pythagore, — ce grand 



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*;08 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



génie de l'Ésotérisme,— attribuait au choix des aliments ; 
les Vers dorés de Lysis en témoignent, et le commenta- 
teur Hiéroclès nous en détaille les motifs (1). Le princi- 
pal avait trait à l'élaboration du corps spirituel ou «char 
subtil de l'âme », dont la genèse, compromise par une 
alimentation défectueuse, peut être favorisée par un ré- 
gime convenable. 

Sans nous attarder à la confusion que nous signalâmes, 
chez les Pythagoriens mêmes, entre le corps astral péris- 
sable et la forme glorieuse qu'ils nommaient le char sub- 
til, — observons que la faculté plastique, leur matrice à 
l'un comme à l'autre, ne peut, dans la condition terres- 
tre, faire éclore la forme immaculée, qu'à mesure que la 
forme astrale s'élimine. C'est ce double labeur, inverse- 
ment proportionnel, que le sage exécute pendant sa vie 
terrestre, en vue d'une délivrance immédiate et du re- 
tour à l'essence, dès que cette vie aura cessé. 11 obtient 
ce résultat, dit Hiéroclès, par l'épuration progressive et 
parallèle de l'âme et du corps lumineux. L'âme se sublime 
en acquérant la science, et le corps lumineux en se pur- 
geant des souillures contractées dans son union avec le 
corps matériel (2). La première condition de cette puri- 



(1) Cf. Hiéroclès, tome II de la Bibliothèque des anciens philosophes 
de Dacicr, pages 230-246. 

(2) On voit qu'Hiéroclôs lui-même n échappe point à la confusion 
que nous avons dite. Le corps glorieux n'est pour lui que le corps 
astral purifié et qui, de ce fait, a conquis ses ailes. 

La Vérité, c'est que le Sage, pour élaborer dès ici-bas son corps glo- 
rieux, doit faire rentrer en quelque sorte le corps astral périssable dans 
l'organisme matériel, qui, loin d'en pàtir,en deviendra plus subtil. Cette 
résorption ne se peut effectuer que très lente, et, pour ainsi dire, atome 
par atome. A mesure qu'une molécule astrale se sera assimilée en corps 



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l'esclavage magique 



fication consiste en un régime approprié, qui proscrit 
tous aliments impurs. 

Moïse, qui donne une classification si minutieuse des 
animaux mondes et immondes, ne semble point avoir 
étendu cette nomenclature aux exemplaires des règnes 
végétal et minéral. 

Pythagore avait à coup sûr comblé cette lacune, en fa- 
veur de ses initiés ; mais il n'en reste exotériquement 
que certains préceptes, formulés en sentences énigmati- 
ques. Exemples : — « Fabis abstine. — Herbam molo- 
chinam fere, ne tamen edas (I) ». Le premier de ces pré- 
ceptes, qui interdit Pusage des fèves, prouve que cette 
nomenclature, demeurée occulte, était basée, comme celle 
du Pentateuque, sur la théorie des hiéroglyphes naturels. 
C'est que (nous dit Aucler, tardif interprète d'une anti- 
que tradition pythagoricienne), « les fèves font lire sur 
leurs fleurs les portes mêmes de l'Enfer (2) ». 

Les produits dangereux des trois règnes portent ins- 
crit dans leur forme extérieure l'aveu de leur malice la- 



physique, celui-ci éliminera une molécule de sa plus grossière sub- 
stance. Inversement, à mesure que le corps astral se résorbera, la forme 
glorieuse, se développant petit à petit, occupera la place laissée libre. 
A la mort du Sage, tout ce qui est périssable, l'organisme matériel et 
le corps astral fusionnés se dissoudront ensemble, et lame, rcvélue de 
la forme glorieuse des élus, sera immédiatement assumée au royaume 
du pur Ether. 

(1) Pythagorœ Philosophi Symbola (feuillet 37 a, des traductions 
latines de Marsile Ficin, sous ce titre : lamblichus de Mysteriis, etc., 
Venetiis, in œdibus Aldi et Andretc soceri, 1516, in-folioj. 

(2) La Thrèïcie, page 347. 

Les fleurs de fève affectent la forme ctéine. Or le Ctéis féminin est 
la porte de l'engloutissement des âmes, la porte de l'Enfer terrestre. 



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1 



510 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



tente. Quel naturaliste assez sourd au langage muet des 
choses le contestera ? La physionomie, révélatrice des 
vertus bonnes ou mauvaises, est une réalité sur chaque 
échelon de la vie ascendante. Du bas en haut, la noirceur 
des âmes transparaît sur les visages. Tout Caïn porte un 
signe au front. 

L'aspect du poulpe et du scorpion, de la hyène et du 
crocodile dénonce leur nature ; évoquant la crainte et la 
nausée tout ensemble, ces monstres dégagent une aver- 
tissante horreur. Il n'y a point à s'y méprendre. D'autres 
bêtes meurtrières n'inspirent que l'eflroi, chez qui le 
stigmate delà violence n'exclut pas une allure noble, par- 
fois une réelle beauté : tels les grands félins, lion, tigre 
ou panthère ; tels les oiseaux de proie, aigle, épervier, 
grand-duc et condor. Ils portent l'estampille de la féro- 
cité, plus que de l'ignominie ; mais tout, dans leur figure 
et dans leur geste, tout dit à l'observateur: garde-toi ! 

Les exemplaires dangereux du règne végétal n'ont pas 
un aspect plus trompeur, pour qui sait observer et voir. 
Élancées, ou bien courtes et trapues, les Solanées véné- 
neuses ne savent point mentir: l'avertissement est dans 
leur port, dans leur feuillage sombre ou blême. Voyez la 
Belladone, la Mandragore et le Datura: fleurs livides, 
pommes épineuses ou baies fades. Observez la Jusquiame 
aux feuilles velues et dentelées, à l'odeur vireuse et ré- 
pulsive: quelle menace éloquente sur les lèvres de ses 
corolles! — Les Ombellifèrcs toxiques n'ont pas un air 
plus engageant. Les Ciguës épanouissent un feuillage 
agressif; des macules de pourpre ensanglantent leur tige; 

la Ciguë vireuse et IVEnanthe safranée répandent, quand 
» 



l'esclavage magique 



on les brise, un suc jaunâtre comme du pus. Toutes ces 
plantes se décèlent malfaisantes par la fétidité de leur 
haleine. — Des Euphorbiacées, sinistres à la vue, gicle 
à la moindre égratignure un lait corrosif. — Issues de deux 
familles très distantes, la Sabine et la Rue trahissent di- 
versement, par leur physionomie antipathique et le relent 
qu'elles dégagent, leur emploi d'antiques avorteuses. — 
Les roides dentelures de l'Aconit, d'un vert presque noir 
et livide par en dessous, encadrent bien la fleur élégante 
et triste, d'un bleu vénéneux d'azotate de cuivre. — La 
Digitale pourprée est aussi singulièrement lugubre, en 
dépit de ses charmes : sa feuille gaufrée, sombre et 
poilue n'impressionne pas moins que le tigridement in- 
terne de ses corolles. — Le Colchique d'automne montre 
à niveau du sol sa fleur violacée, sans tige ni feuillage : 
c'est la « veilleuse » des deuils prochains. L'Arum obs- 
cène étale sous bois son phallus malade, d'un lilas ma- 
culé. — La Renoncule scélérate rampe à terre et se cache 
à demi sous l'herbe et la mousse, comme un serpent. 
D'autres végétaux mortels affectent une allure moins 
cynique, une physionomie plus composée ; mais à les 
étudier en détail, ils portent tous des stigmates de répro- 
bation. 

Il n'est pas jusqu'au règne minéral, moins expressif 
en faveur de l'homme, parce qu'il s'éloigne davantage de 
lui, où le déchiffreur de signatures spontanées ne puisse 
découvrir les caractères bénéfiques ou maléfiques, et lire 
sur les écorces les propriétés des essences. La cassure 
des minéraux, les formes cristallines et leurs modes de 
groupement, les couleurs, la saveur, l'odeur même sont 



512 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



autant d'indices. Demandez au minéralogiste, si des 
échantillons de laboratoire savent refuser à son instinct 
l'aveu tacite de leurs propriétés, avant même qu'il en 
ait fait répreuve ! 

Naguère encore, la toxicologie participait des sciences 
occultes, moins peut-être à cause du fari nef as, que 
parce que les seuls intuitifs s'y rendaient experts, guidés 
par la lecture des hiéroglyphes naturels, autant et plus 
que par l'expérience proprement dite. Les livres sur le 
discernement des poisons étaient rares alors, et souvent 
mystificateurs. Pour acquérir cette doctrine maudite, il 
fallait aller de l'avant et payer de sa personne. Il nous 
reste des fragments significatifs d'un poème d'IIéliodore 
sur les Poisons ; le début solennel ressemble à un ser- 
ment d'initié : 

Non mihi, per sacram venerandœ Pal lad i s artem, 
Non per luciferum Solem, mortalibus œquum, 
Non per te, divi cui subsunt, Juppiter, omnes, 
Muneribus quisquam, nec vi, nec gratià amoris, 
Adduxit me aliis lethalia prodere versu. 
Sed sacras pahnas splendentia ad œthera tendo, 
Nullius atque mali mens est sibi conscia nostra(l) I 

Mais la toxicologie, telle que nous l'entendons aujour- 
d'hui, n'était qu'une section de la science des venins, 
comme elle était enseignée dans les cryptes de l'antique 
Ésotérisme. Tous les initiés du vieux monde, — Moïse 
et Pythagore en particulier, — pensaient que la gnose 



(I) Apud Galeiiura. 



l'esclavage magique 



513 



des poisons ne se limite pas à ceux qui détruisent la santé 
physique. Comme il y a des substances nuisibles ou mal- 
saines pour le corps, il y aurait, selon leur dire, éparses 
dans les trois règnes, des substances non moins funestes 
pour l'àme et pour l'esprit. Théorie singulière, mais qui 
ne répugne en rien à la logique de leur doctrine : car, en 
conséquence de la chute, les trois mondes se pénètrent 
par intersections de plans, et trop souvent se confondent. 
En vertu de cette théorie, ces théocrates prohibaient Tu- 
sage de certaines viandes tenues pour très saines de nos 
jours, et même de substances végétales, qui, telles que 
les fèves, comptent parmi nos légumes les plus appré- 
ciés. 

Les docteurs contemporains classent bien certains pro- 
duits sous la rubrique de poisons de l'intelligence ou de 
la volonté ; mais en tant qu'ils peuvent, ou léser les or- 
ganes matériels par quoi ces facultés se manifestent, ou 
provoquer des troubles physiologiques immédiatement 
appréciables. — Tel n'était pas le point de vue des anciens 
sages, pour qui le corps astral, ce lien régulateur des vies, 
cet intermédiaire entre Thomme-essence et l'homme 
matériel, constituait une réalité perpétuellement à la 
merci de leur subtile analyse. Ils classaient les produits 
de la Nature, soit médicamenteux ou simplement alimen- 
taires, d'après Faction, non pas apparente et manifestée, 
mais interne et profonde, que ces produits exerçaient sur 
le médiateur plastique. 

Ainsi, guidés à priori par l'indication des signatures 
spontanées, dont la langue leur était familière, et s'étayant 

à posteriori du contrôle que leur offrait l'étude du corps 

33 



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la Clef de la magie noire 



astral (i), — appareil de précision susceptible de s'affi- 
ner ou de pâtir, selon le régime auquel est soumis le corps 
matériel, — les Adeptes avaient pu établir une nomen- 
clature des êtres et des choses, sous la double rubrique 
de pur et d'impur, c'est-à-dire de faste ou de néfaste à la 
triple santé physique, morale et intellectuelle de l'homme. 

C'est en modifiant le corps astral, que le plus grand 
nombre des substances assimilées au corps physique réa- 
gissent durablement sur lui ; exceptons celles dont l'action 
est mécanique, donc immédiate, non point physiologique 
et partant médiate. 

Le corps astral est sujet à s'appesantir ou à se subtili- 
ser, premier point qui requiert surveillance. Il est sujet 
ensuite à s'amalgamer des Larves et des âmes animales, 
qui n'épaississent pas seulement sa substance, mais en 
quelque sorte la dénaturent. Les lecteurs du prochain 
chapitre sentiront l'importance capitale de cette possible 
altération du périsprit. 

Enfin nous avons déterminé, dans une note ci-des- 
sus (2), comment l'acquisition dès ici-bas du corps de 
gloire (ou char subtil de l'âme) se trouve subordonnée à 
la résorption progressive et lente du Périsprit dans le 
corps visible : voilà le grand œuvre d'immortalité, dont 
l'homme est à la fois la matière, l'œuf philosophai et 
l'athanor, tandis que sa Volonté fait l'office du feu secret. 

Cette mystique et sublime chrysopée de l'enveloppe 



(I ) La science occulte leur offrait, en dehors m.^me de l'extase, diffé- 
rents critères très sûrement révélateurs des variations du corps astral. 
(2) »>agos 508-500. 



l'esclavage magique 



lumineuse requiert, pour atteindre sa perfection, un ré- 
gime (Tune exceptionnelle sévérité ; car la forme astrale 
subit les contre- coups d'une alimentation défectueuse. Sa 
substance alors s'épaissit : trouble de mélanges étrangers 
et lourde d'acquisition lémurienne, elle s'acoquine bien 
à l'organisme matériel, en s'homologuant avec lui : mais 
ellenesauraitplus, —telle une liqueur subtile, — impré- 
gner cet organisme jusqu'à saturation ; ni le quintessen- 
cier ensuite, en lui faisant éliminer à mesure ses gros- 
sières molécules. 

Ainsi s'expliquent les variables degrés d'abstinence 
prescrits à l'initié, selon l'œuvre à quoi il se consacre, et 
tel se justifie le régime scrupuleux imposé par les anciens 
Sages au postulant du suprême arcane réalisable sur la 
terre : celui de l'auto-création, qui aboutit à l'apothéose 
posthume. 

S'il fallait énumérer et répartir normalement les pro- 
duitsde la Nature, selon qu'assimilés au corps de l'homme, 
ils exercent sur son âme, son esprit, sa volonté ou ses 
instincts une influence répercussive, à peine un traité 
spécial y suffirait-il. 

Le Lecteur trouvera, disséminés au tome précédent, 
des notions intéressantes et généralement peu connues, 
sur les propriétés occultes de quelques productions des 
règnes inférieurs ; nous n'y reviendrons pas ici. Nous 
avons tout lieu de croire que ces renseignements ont été 
appréciés pour curieux et instructifs; car on y a largement 
puisé : nous avons eu le plaisir de relire notre prose 
sous la signature de tels de nos confrères, qui nous ont 



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1 



516 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



fait l'honneur d'emprunts textuels (1) ; il n'y manquait 
que des guillemets et l'indication d'origine du texte 
qu'ils avaient transcrit... 

Pour peu qu'on veuille réfléchir à ces secrètes proprié- 
tés des simples sur les facultés supérieures de rhomrne t 
on conviendra que ce sont autant de symptômes dénon- 
ciateurs de l'esclavage hominal en ce bas monde, puisque 
ces vertus impliquent une sujétion au moins indirecte de 
l'intelligence, du vouloir, de la sensibilité, au despotisme 
de la matière (2). 

L'esclavage magique, tel que l'homme est coutum ier de 
le soulfrir ici-bas, se conçoit quadruple et peut se formu- 
ler : élémentaire, hyperphysique, hominal, enfin spirituel. 

ï. — L'esclavage élémentaire, sur quoi nous avons 
insisté, s'affirme la conséquence fatale de l'incarnation. 
L'àme humaine, engloutie dans la matière, subit toutes 
les exigences de l'organisme charnel et toutes les sédue- 



(1^ Citons, entre autres, la très recommandable étude de M. Peter 
Davidson, sur le Gui et sa Philosophie (Chap. h, Plantes mystiques et 
leurs propriétés), 1893, (traduiten françaispar P. Sédir, Paris, Charnue). 
1896. in-8). Nous ne fûmes pas médiocrement flatté de relire, sous la 
signature du plus haut officier de 17/. B. of. L. f des pages entières de 
notre Serpent de la Genèse, tome I, textuellement traduites, sans la 
moindre mention d'emprunt. — Quoi qu'il en soit de cette méthode 
américaine de silencieuse appropriation des idées et même des phra- 
ses glanées sur autrui, nous nous sommes retrouvé en si excellente 
compagnie, qu'il y aurait ingratitude à nous plaindre. 

(2) Ces propriétés des simples sont assurément dues aux virtualités 
des Élémentaux qui les régissent ; mais ces Élémentaux sont les Ar- 
chontes obscurs ou inférieurs de la théurgie alexandrino (Voy. Iam- 
blique) : ils appartiennent à la sphère de la Nature naturée, où l'homme 
originairement n'était pas destiné à vivre. S'il s'est ravalé jusque-là, 
c'est la conséquence de la chute adamique. 





l'esclavage magique 



tions de l'illusoire Maïa: celle-ci déploie les prestiges de 
sa magie fantasmagorique, pour appesantir davantage sur 
la créature déchue le joug de la Nature naturée. 

H. — L esclavage hyperphysique apparaît la résultante 
du Karma terrestre ; son instrument principal est l'habi- 
tude. On sait comment les images astrales qui peuplent 
le nimbe individuel et constituent par leur enchaînement 
les archives des pensées, des volitions, des actes de cha- 
cun, réagissent sur celui qui leur a donné naissance, et 
l'inclinent à persévérer dans sa voie (i). L'initiative est 
enchaînée d'autant, et c'est ainsi que, limitant l'essor du 
libre-arbitre, le passé d'un être commande son avenir, 
dans une très notable mesure. 

III. — L'esclavage hominal résulte de l'aliénation de 
l'Ascendant individuel, au profit d'un autre individu, ou 
d'une collectivité humaine. Notre Public sait ce que nous 
entendons par ces termes. L'aliénation peut être partielle 
et passagère, ou totale et définitive. C'est le magnétisme 
(soit qu'on l'exerce en mode instinctif ou conscient, ou- 
vertement ou par des procédés clandestins) qui se révèle 
l'instrument principal de cet ordre d'esclavage. 

IV. — L'esclavage spirituel, enfin, consiste dans la 
sujétion d'un homme à une Puissance invisible, qui le do- 
mine, l'obsède ou le possède, comme on n'en voit que 
trop d'exemples. La médianité est la forme la plus ordi- 
naire qu'affecte ce genre de servitude. 

Nous dirons quelque chose de ces modes divers que 
revêt l'esclavage magique. 

(1) Voyer nos Mystères de la Solitude (Chap. h du présent tome). 



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518 LA CLEF DE LA MAGIE N01RK 



La répartition que nous en avons proposée peut servir 
de fil d'Ariane, dans ce labyrinthe d'influences qui se 
croisent et s'enchevêtrent sur le sentier de l'initiative hu- 
maine, et qui tantôt entravent celle-ci et tantôt la déna- 
turent. Toutefois pareille classification ne rime à rien 
d'exclusif, comme on va le voir par deux exemples. 

Les magiciens, pour seconder leurs manœuvres ma- 
gnétiques, mettent souvent à contribution les secrets de 
la Magie naturelle : ils savent d'autant mieux appesantir 
sur autrui les entraves de l'illusoire Maïa, qu'eux-mêmes 
ont mieux réussi à s'y soustraire. La servitude qu'ils in- 
fligent à leur prochain rentre ainsi dans la première 
et la troisième catégorie tout ensemble. — D'autre part, 
il est souvent difficile de marquer la frontière entre les 
phénomènes dépendant de la seconde et de la quatrième 
rubrique. Le jeu des passions humaines, en effet, aboutit 
à générer dans le nimbe individuel de véritables Puis- 
sances invisibles; l'homme peut même évoquer, par 
sympathie et sans le savoir, des Esprits qui désormais 
s'attacheront à son destin. De leur côté, les Êtres spiri- 
tuels, parvenus à s'emparer d'un homme, n'ont garde 
parfois de lui rendre sa dépendance manifeste et de pa- 
raître à ses regards : ils n'influenceront leur esclave in- 
carné que par d'anonymes suggestions, ou en faisant 
surgir, au miroir de son translucide, des images astrales 
qu'il puisse prendre pour les reflets de sa propre pensée. 

Des deux premières formes qu'affecte le servage magi- 
que, nous avons suffisamment discouru. Les pages pré- 
cédentes ont décrit les entravesdont le Destindela Nature 



ôigiti, — • 



l'esclavage magique 



519 



matérielle nous charge et nous empêche, dès le ventre de 
nos mères. Quelques chapitres plus haut, les Mystères de 
la Solitude avaient donné à entendre combien l 'atmo- 
sphère individuelle de chacun, toute hantée des vivants 
reflets de ses concepts, de ses passions et de ses rêves, 
réagit sur l'intelligence, sur l'âme et l'imagination qui ont 
donné l'être à ces fantômes : si bien que, pour borner 
l'initiative de tout homme ici-bas, son futur psychologique 
se décalque le plus possible sur le modèle de son passé. 

On peut dire que la troisième forme (esclavage homi- 
nal) implique virtuellement les trois autres. C'est que 
l'homme, placé sur la frontière des mondes physique et 
spirituel, participe à l'un par son corps, à l'autre par son 
âme ; à tous deux, son corps astral sert de « médiateur 
plastique », pour faciliter les transitions. Ainsi l'homme, 
actif sur tous les plans, peut se servir tout à tour, et 
même à la fois, des divers instruments qu'il y rencontre. 
Rien n'apparaît donc variable et complexe, comme la 
domination qu'il est capable d'acquérir sur son prochain, 
et dont les pratiques du magnétisme nous offrent le type 
le plus ordinaire et le plus frappant. 

D'abord, — et c'est la magie psychique dans toute sa 
pureté, — l'àme peut agir directement sur l'âme, au mé- 
pris des distances ; elle peut la dominer, la contraindre et 
même la frapper de paralysie, pour se substituer à elle. 

On sait que les âmes humaines, encore qu'originelle- 
ment égales, puisqu'elles sont d'identique essence, ont 
subi, en fait, un développement plus ou moins poussé; 
nous en avons fait connaître ailleurs la loi régulatrice. 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Elles se sont accrues ou amoindries, fortifiées ou débili- 
tées, selon que le Vouloir, instrumentde leur élaboration, 
les a sublimées dans le royaume de l'intelligence, ou 
ravalées dans le domaine de l'instinct. Cette alternative, 
qui pose la condition de la perfectibilité des âmes, ou de 
leur déclin, dénonce en même temps la raison de leur 
inégalité présente. 

Ces différences animiques favorisent le phénomène de 
la substitution de personnalité, — un mode supérieur de 
magnétisme qui n'est connu et pratiqué, en occident, que 
d'une élite d'expérimentateurs psychologues, et géné- 
ralement confondu avec la suggestion pure et simple. 

Quelle différence, pourtant! 

Suggérer, c'est faire naître, par un moyen ou par un 
autre, dans le cerveau d'un sujet (éveillé ou endormi), une 
pensée d'origine étrangère,— pensée potentielle, ou non, 
soit d'un acte, soit d'une série d'actes à accomplir. N'est- 
ce point la définition la plus large de ce phénomène, tel 
que le conçoivent et se l'expliquent, ou du moins cher- 
chent à l'expliquer, les savants officiels? Nous revien- 
drons sur cette manière de voir, en vue de la contrôler et 
de leclaircir, au flambeau de l'Occultisme. 

Se Substituer à un sujet, c'est exproprier l'organisme 
d'autrui, au triple point de vue de la volonté, de l'intelli- 
gence et du sentiment, pour y installer son propre vou- 
loir, son propre penser, son propre sentir, aux lieu et 
place des mêmes facultés qu'on déposséda. Celles-ci 
semblent dès lors frappées de léthargie, sinon en elles- 
mêmes, du moins dans leurs fonctions corporelles, c'est- 
à-dire dans le rapport normal qui les liait à l'organisme. 




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l'esclavage magique 



C'est à un étranger que cet organisme obéira, pendant 
toute la durée de cet état extraordinaire. Disons mieux : 
le corps du sujet ne sera pas seulement soumis à l'ex- 
périmentateur, mais c'est l'expérimentateur lui-même 
qui agira, dans ce corps et par ce corps exproprié. 

Il agira même à distance, pourvu qu'ayant établi au 
préalable le contact sympathique, une invisible chaîne 
de communication rattache sa personne à celle du sujet, 
qu'il se propose d'envahir. Absent, il possédera le sujet 
par le seul acte de sa volonté lointaine, et sans une parole 
et sans un geste, il le fera parler et se mouvoir. 

Pareille puissance, rare en occident et presque ignorée 
des savants européens, n'en est pas moins cultivée et 
connue des orientaux, nommément aux Indes, où tant 
de pandits et même de fanatiques procèdent à l'entraî- 
nement du fakir, par des exercices quotidiens à peine 
croyables : ils pratiquent ainsi le développement, l'édu- 
cation, l'essor ubiquitaire de la volonté; c'est quelque- 
fois au détriment de l'intelligence, et par là, de la liberté 
véritable, toujours proportionnelle à la spiritualisation 
du vouloir humain. 

Le prodige de la substitution psychique n'a point 
échappé à Jules Verne, cet ingénieux conteur doublé d'un 
érudit, dont l'œuvre restera comme les Mille et une Nuits 
de la Science exacte. Il a crayonné dans M a tthias Sandorf 
l'esquisse du phénomène en question, et ses lecteurs n'ont 
pas oublié l'audacieux enlèvement du traître Carpena, 
que le D r Antékirtt, simple visiteur du bagne de Ceuta, 
possède, anime et meut à distance : il le fait choir, à point 
nommé, du haut d'une falaise dans la mer, où une embar- 



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522 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



cation le recueille. Pour tous les fonctionnaires du pré- 
side, le bandit s'est noyé; les courants ont emporté son 
cadavre au large... L'escamotage passe pour un accident, 
et tout est dit. 

Une variété beaucoup moins rare du • Magnétisme » 
humain, consiste dans la suggestion proprement dite. 

Nos Lecteurs savent déjà que « toute pensée humaiue 
survit comme une intelligence active, comme une créa- 
ture engendrée de l'esprit, pendant une période plus ou 
moins longue, et proportionnelle à l'intensité de l'action 
cérébrale qui l'a générée ». Ce sont les propres paroles 
de Koot-Hoomi (1) : nous les préciserons encore, en 
ajoutant que ces êtres potentiels se perpétuent, vivaces 
et persistants, en raison â'mctedu verbe volitif, conscient 
ou obscur, qui a présidé à leur émission. En effet, le 
Concept, dynamisé par le vouloir du penseur, se vivifie 
en se combinant avec un Élémental, de grade variable, 
mais toujours en affinité avec l'essence du concept. 

Si la volition génératrice est consciente, il est loisible 
à l'émetteur, non seulement de dégrossir, de corriger et 
d'affiner en quelque sorte l'Être spirituel qui s'engendre 
ainsi, mais encore de le modaliseràsa guise, en ledouant 
de propriétés particulières, ou de virtualités qui se déve- 
lopperont ultérieurement, soit d'une manière soudaine, 
soit d'une façon lente et progressive. 

On se gardera de confondre ces créations préméditées 
et vouluesdu Verbe humain, avec les Larves et les Lému- 



(1) Voy. page 189, en note. 



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l'esclavage magique 



523 



res proprement dits, qui se génèrent abondamment, 
comme on sait, au hasard aveugle des passions surexci- 
tées ou satisfaites. Nous avons été assez explicite, à l'égard 
de ces distinctions (t). 

Quoi qu'il en soit des Puissances très diverses dont 
l'homme peuple son sillage astral et grossit son Karma 
terrestre, elles ont cela de commun, qu'elles sont trans- 
raissibles d'un individu à l'autre, — et là se fonde le 
principe, communément ignoré, de toute suggestion... 

Nous avons vu comment Lémures, Images astrales et 
Concepts vitalisés, réagissent sur leur auteur, soit 
qu'ils hantent son nimbe occulte (mode indirect), soit 
qu'ils s'assimilent à sa substance psychique (mode im- 
médiat). — Ces entités peuvent de même, à condition que 
le vouloir humain s'y emploie, passer dans l'atmosphère 
astrale d'un autre individu ; et, qui plus est, envahir son 
être intime et porter 1 antagonisme en lui. Obsession ex- 
terne ou possession intérieure. 

La suggestion n'est rien autre que l'acte de faire pé- 
nétrer, soit dans le nimbe, soit dans la substance psychi- 
que d'une autre personne, quelqu'une de ces entités de 
hiérarchie plus ou moins haute, qui, résultant du fonc- 
tionnement instinctif, ou passionnel, ou mental de l'ex- 
périmentateur, ont été dynamisées par sa volonté, cons- 
ciente ou non. 

Les contrastes qui différencient de tels êtres parasitaires 
expliquent d'ailleurs la diversité des suggestions, soit en 
nature, soit en puissance, soit en durée. 



(1) Cf. Chapitres n et m. 



LA CLEF DE LA MAGIE N01KK 



Le phénomène auto-suggestif ne se distingue du phé- 
nomène de la suggestion transmise, que par l'intra-genèse 
des Pensées vivantes, par opposition à leur extra-genèse 
et à leur transfert d'un individu à un autre. 

Nous invoquerons la gravité de ces notions, et la dan- 
gereuse portée de leurs conséquences pratiques, pour 
excuse de nous maintenir, ici du moins, dans l'aridité 
des définitions abstraites... 

Les théoriciens de l'hypnotisme s'abusent étrangement 
sur la cause et les conditions latentes du phénomène 
suggestif, dont ils ont, à la faveur d'une si patiente et 
minutieuse analyse, déterminé le mécanisme apparent. 

Sur le rôle secondaire du sommeil provoqué, relative- 
ment au fait capital de la suggestion, les auteurs avertis el 
compétents en ces matières tombent aujourd'hui d'accord. 

Le phénomène de l'hypnose offre, à ses différents de- 
grés, une foule de particularités physiologiques d'un haut 
intérêt ; il peut sans doute, au point de vue thérapeutique, 
mériter les honneurs du premier plan ; enfin il est hors 
de conteste que, chez la plupart des sujets, le sommeil favo- 
rise le développement de la suggestion. Aux divers sta- 
des de l'hypnose, le sujet semble présenter au façonnage 
suggestif une glaise plus malléable à pétrir. Cela dit, il 
n'en est pas moins certain que la suggestion réussit à mer- 
veille sur des sujets parfaitement éveillés; du reste, à en 
croire les savants modernes qui rejettent l'hypothèse du 
tluide, le sommeil artificiel ne s'obtient lui-même que par 
l'effet d'une suggestion, exprimée ou tacite... Le phéno- 
mène suggestif n'implique donc pas nécessairement 
comme condition celui de l'hypnose. 



l'esclavage magique 



A tout instant de la vie courante, les pratiques sug- 
gestives s'exercent dans les relations d'homme à homme, 
presque toujours à l'insu de celui qui émet la sugges- 
tion, aussi bien qu'à l'insu de celui qui la subit (1). 

S'il suffisait, pour imprimer une suggestion dans l'es- 
prit d'un autre individu, d'émettre un conseil à son 
adresse ou même de lui intimer un ordre, tous les avis 
seraient reçus en bonne part, d'où qu'ils vinssent; tous 
les ordres seraient obéis. Nous voyons chaque jour qu'il 
en est autrement. 

— Mais les hommes, nous objectera-t-on, se révèlent 
plus ou moins dominables; les idiosyncrasies morales 
différent entre elles par une réceptivité plus ou moins 
grande à l'influence suggestive, comme les tempéraments 
physiques se distinguent par leur variable susceptibilité 
à l'action physiologique des médicaments. 

— Il est facile de répondre, qu'en vérité, s'il en était 
ainsi, Pierre, très accessible et très malléable à l'influence 
suggestive de Paul, obéirait de même aux suggestions 
toutes pareilles qui lui viennent -de Jean, et ne diffèrent 
ni par l'idée émise, ni par l'expression qui la traduit. 
Pierre, en effet, très sensible (ou très réfractaire) à l'ac- 
tion du sirop de Chloral, ingéré à dose constante, ne su- 
bira-t-il pas cetle action également intense (ou mitigée), 
que la drogue provienne de telle ou telle pharmacie ? 

— Sans doute, répliquera notre adversaire ; et il en 
serait de même encore pour des granules d'Aconitine, 



M) Qu'est-ce donc que l'éducation des enfants, si ce n'est la mise en 
œuvre d'une savante méthode de suggestions graduées? 



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1 



526 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



par exemple : parce que le Chloral et l'Aconitine sont des 
substances fixes et nettement définies. Mais prenons, 
s'il vous plait, la teinture d'Aconit, sujette à de nom- 
breuses variations qualitatives, selon le climat où la plante 
a poussé, la date et les conditions de la récolte, le point 
de siccité des feuilles lors de leur macération dans l'alcool, 
la qualité même de l'alcool employé, etc.. Telle sugges- 
tion, dites-vous, efficace sur Pierre à la voix de Paul, a 
totalement échoué sur lui à la voix de Jean : elle ne dif- 
férait pourtant ni par l'idée, ni par l'expression. De même 
cette teinture ne diffère, d'une officine à l'autre, ni par 
la plante qui en fournit la base, ni par le véhicule appro- 
prié ; quant à la façon, le Codex en règle minutieusement 
les détails. L'action n'en sera pas moins variable sur le 
même organisme, selon que la drogue aura été préparée 
en des conditions favorables ou médiocres, et par un 
pharmacien soigneux ou négligent. Cela est si vrai, que 
les praticiens ont presque délaissé cette préparation peu 
fidèle. Ils lui préfèrent l'emploi du principe actif, de l'al- 
caloïde, de l'Aconitine enfin, administrée à d'invariables 
degrés de trituration, comme à des doses précises... La 
suggestion est comparable aux produits galéniques et 
mal définis de l'ancienne pharmacopée, non point aux 
produits chimiques, fixes et constants, de la nouvelle. 

— Il est bien certain qu'analogie n'est pas similitude, 
comme dit Molière, et que notre comparaison, reprise 
sous ce nouvel aspect, semble donner gain de cause au 
contradicteur que nous avons introduit. A vrai dire, nous 
ne sommes pas loin de nous entendre... 

Les suggestions varient de qualité, quoique identiques 



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l'esclavage magique 



en apparence, quant à la pensée et à l'expression, c'est- 
à-dire quant au fond et à la forme. En dépit de cette 
double parité, le fait est qu'elles se révèlent efficaces ou 
sans vertu sur le même sujet, suivant la source d'où elles 
émanent. 

De ces prémisses, il faut nécessairement conclure que 
dans la suggestion, formulée ou tacite, il y a autre chose 
qu'une simple idée, exprimée ou signifiée. Il y a une force. 

Derrière l'idée transmise, palpite une Énergie vi- 
vante qui, inséparable de cette idée, l'anime et l'évertué. 
C'est le Daïmon, l'être potentiel dont nous parlions tout 
à l'heure. Il obsédera ou possédera la personne, dans l'at- 
mosphère ou dans le centre psychique de laquelle il sera 
transféré. Le « fluide magnétique » sera l'instrument, 
l'intermède, le véhicule de ce transport. 

Pour qu'une suggestion réussisse, il est nécessaire : 
P Que la pensée qui en fait la base soit vitalisée, au- 
tant dire doublée d'une àme vivante, de hiérarchie plus 
ou moins haute, de volonté plus ou moins intense, de 
nature plus ou moins éphémère ou consistante, — et qui 
agira diversement, selon son grade originel et ses desti- 
nées, conformes aux intentions de son créateur adamique. 

2° Il faut que la volonté du « suggéreur » surpasse en 
énergie, en décision, en autorité celle du patient ; ou du 
moins, qu'elle s'exerce plus active que la sienne, à l'heure 
où le phénomène s'accomplit. Exceptionnellement, à sup- 
poser que le sujet consentant se maintienne en état de 
réceptivité passive, une suggestion peut lui venir d'un 
homme dont le vouloir serait inférieur au sien. 



• 



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I 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



3° Il importe que le rapport fl indique soit établi d'avance 
entre l'agent et le patient. L'influx magnétique (manifesta 
ou non par des passes, ou par toute autre pratique raef- 
mérienne) constitue le véhicule habituel de la pensée vi- 
taliséc, le canal dont elle a besoin pour que s'effectue 
son transfert, de celui qui émet la suggestion à celui qui 
la reçoit. 

Le sommeil, qu'en principe il n'est pas indispensable 
de provoquer chez un sujet, pour le rendre accessible à 
la suggestion, — n'en favorise pas moins ce phénomène, 
dans la plupart des cas. 

On peut voir dans l'hypnose, à ses divers degrés, le 
résultat d'une sorte d'ivresse astrale ; le somnambule 
cuve, en dormant, la lumière magnétique qu'il a digérée 
en excès. Car il ne suffit pas, pour endormir un sujet, de 
projeter une certaine quantité de fluide vers lui, avec l'in- 
tention de le frapper de sommeil : il faut encore que le 
médiateur plastique de cet individu assimile ce fluide et 
le digère. Et comme il est loisible à la volonté de l'homme 
d'influer sur son propre corps astral, afin de le rendre 
réceptif, ou de le maintenir impénétrable et rebelle aux 
influences du dehors, il en résulte que, les premières 
fois surtout, un magnétiseur ne peut endormir un sujet 
que de son consentement, à moins que le praticien 
n'abuse d'un prestige inné (I) ou d'une supériorité volitive 
qui s'impose. Il se peut qu'il recoure aussi à de certaines 

(i) Prestige est encore un terme magique, très pertinemment adapté 
au langage usuel. La faculté d'imposer aux hommes est un don fort 
complexe : quelque virtualité magnétique native y met en valeur des 
avantages corporels qui puissent impressionner et éblouir; mais presque 
toujours un art instinctif s'y ajoute, qui contribue à la séduction. 





l'esclavage magique 



■ 

529 



pratiques occultes qu'il vaut mieux taire, à des adjuvants 
connus et trop exploités en Goëtie... 

On rencontre souvent d'ailleurs des sujets absolument 
réfractaires à l'hypnose. Ce n'est pas qu'ils s'obstinent 
dans une volonté d'inhibition ; mais, sans effort de leur 
part et tout naturellement, leur périsprit demeure imper- 
méable aux influx extérieurs. 

D'autres hommes, à l'inverse, possèdent un périsprit 
constamment accessible à de tels influx ; en sorte que ces 
somnambules prédestinés deviennent la proie du premier 
magnétiseur de rencontre qui voudra les endormir. Ce 
sont d'ailleurs de débiles natures, qui se laissent investir 
et dominer tour à tour par les premiers venus, au hasard 
de la vie coutumière. Esclaves-nés, ils tissent de leurs 
mains les mailles de leurs entraves : de simples pensées, 
émises sans effort volitif, leur deviennent suggestions, 
car ils sont sujets à vitaliser eux-mêmes les concepts qui 
leur sont transmis. Par bonheur, le verbe incontinent et 
diffusible de ces somnambules étant de virtualité faible, 
les suggestions générées de la sorte ont peu d'avenir. 
Puis elles pullulent, contradictoires autant qu'adynami- 
ques, et se neutralisent ou s'abolissent mutuellement. 

Toute suggestion aboutit donc à la possession — ou à 
l'obsession — d'un individu par une entité parasitaire. 
Mais ces entités, nous espérons qu'on l'a bien saisi, pro- 
fondément dissemblables quant à leur puissance et quant 
à leur durée, diffèrent également quant au mode de la 
tyrannie qu'elles exercent, infinitésimale ou complète, 
périodique ou continue, éphémère ou perdurable. 

34 



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530 



LA CLEF DE LA MAGIE 30IRE 



Un hypnotiseur suggère à son sujet qu'en ouvrant le 
surlendemain le tiroir de son secrétaire, il verra une mé- 
sange s'en envoler. Si l'annonce se réalise, si le sujet 
voit ou croit voir ce qu'on lui a prédit, c'est que l'expé- 
rimentateur a su dynamiser le concept, et l'a transmis au 
sujet sous forme d'une image astrale vitalisée. Cette image 
astrale, à défaut de quoi la suggestion échouerait, possède 
au plus bas degré une consistance ontologique ; cette 
image constitue un être potentiel, latent du reste et in- 
saisissable, jusqu'à l'heure préfixe où il se manifestera, 
en passant de puissance en acte. Mais là se bornent ses 
destins. L'entité occulte va donc mourir dans l'instant 
même de sa manifestation, le rôle étant rempli que lui 
assignait l'acte de volonté conscient qui avait présidé à 
sa naissance. — Voilà un exemple de possession, tout épi- 
sodiquc et transitoire, par le fait d'un être infiniment ins- 
table et éphémère. 

D'autre part, bien des cas de folie, de monomanie, 
d'idiotisme, sont des exemples de possession par le fait 
d'un dannon puissant et durable (1). Les lésions qu'on 
relève à l'autopsie des malheureux aliénés n'invalident en 
rien notre théorie, car les savants contemporains se mé- 
prennent, selon nous, qui voient en ces lésions la cause 
du mal : elles n'en sont souvent que le résultat. Il ne 
messied point de noter au passage, que le terme reç\x<V alié- 
nation mentale semble contenir étymologiquement un 
aveu tacite bien conforme à la thèse hermétique, en ce 

(1) Quant aux crétins et aux idiots «le naissance, il y a là un mys- 
tère de substitution psychique, pendant la grossesse. Nous le signa- 
lons, sans prétendre y insister. 



l'esclavage magique 531 



qu'il sanctionne la dépossession de l'organisme humain, 
au bénéfice d'un étranger, — alienus. 

Quelquefois le despote étranger, le formidable agent 
possesseur qui aliène à son profit un corps humain, dont 
il expulse, paralyse ou tourmente l'âme légitime, peut 
être engendré d'une suggestion ou d'une opération ma- 
gique, d'un envoûtement moral. 

Parfois aussi, dans certains cas décrits sous la rubrique 
de « dédoublement de la personnalité », l'intrus n'est 
autre qu'une âme humaine en instance d'incarnation : 
elle s'est introduite par surprise en un corps passagère- 
ment déserté du légitime possesseur. C'est durant une 
phase d'hypnose ou de léthargie, que s'est consommé ce 
viol mvstérieux ; soit encore à la faveur d'un évanouisse- 
ment, consécutif à quelque émotion foudroyante, à quel- 
que ébranlement du système nerveux : toutes circons- 
tances où Tàme du sujet s'abmatérialise en astral. Fiez- 
vous aux commentaires des hommes de l'art : si quelque 
lacune compromettait l'enchainement de leurs déductions, 
ils auraient bientôt fait de la combler avec des mots dé- 
rivés du grec. Quant aux clichés qui satisferont le public, 
vous les entendez d'ici : — « Ce pauvre X ! Curieux d'ex- 
périences bizarres, ne s'était-il pas mis entre les mains 
de ces charlatans de magnétiseurs ? Sa raison n'a pas 
résisté à de telles pratiques. » Ou encore : — « Quand 
le malheureux a su la mort soudaine de son unique en- 
fant, il est tombé en syncope ; à son réveil, il était fou ! » 
Ou bien enfin : — « Vous savez l'accident, arrivé à Z... ? 
Il a fait une chute dans son escalier, et si fâcheuse, qu'on 
l'a relevé sans connaissance. Il n'a pas succombé sur le 



f)32 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



coup, mais la secousse nerveuse a été terrible : une lésion 
du cerveau est à craindre. On parle d'internement dans 
une maison spéciale... » — En réalité, la catastrophe 
qu'on désigne pour la cause du mal n'en a été que l'occa- 
sion (i). Deux âmes se disputent un seul corps, voilà le 
fait. C'est désormais un antagonisme continuel ou par 
intermittences, entre l'ancien propriétaire et le nouvel 
occupant. 

Ce fait anormal constitue un désordre dans la nature. 
Souventes fois, il dépend d'une ténébreuse alliance : 
quand les âmes qui se pressent, étourdies et affolées, aux 
portes de la vie terrestre, se sont laissées circonvenir par 
les émissaires des cercles mauvais constitués dans l'In- 
visible, parallèlement aux aréopages de magiciens noirs 
qui fonctionnent ici-bas. Les Élémentaires et les mauvais 
Daimones, avides d'objectivité, font usage aussi pour 
eux-mêmes de l'incorporation par surprise. Les maîtres 
Kabbalistes désignent, sous le terme assez équivoque 
â'embryonnat des âmes, la calamiteuse anomalie qui en 
résulte. 

Les cas de possession radicale et définitive, heureuse- 
ment assez rares, ne sont point le fait, indistinctement, 
de tous les bandits du plan astral. On sait que les Lému- 
res parasitaires de certaine provenance demeurent dans 
le nimbe à titre obsessif, ou s'amalgament avec la subs- 
tance de l'âme, qu'ils alourdissent et dénaturent à la lon- 
gue, mais sans entrer en lutte ouverte avec la person- 



(1) Nous ne voulons pas dire que la folie ne puisse en aucun cas 
résulter d une lésion cérébrale; nous pensons seulement que l'effet 
souvent fut pris pour la cause, comme nous l avons marqué. 



l'esclavage magique 



533 



nalité légitime. C'est ce que nous avons déjà fait entendre, 
et sur quoi nous reviendrons à propos des arcanes delà 
mort (chapitre vi). 

En combien de sortes l'homme peut-il devenir indirec- 
tement l'esclave de son semblable? Elles se multiplient 
à tel point, que nous n'en pousserons pas plus avant la 
nomenclature. 

La servitude où les Esprits peuvent réduire la nature 
humaine est parfois de leur part un fait spontané ; d'au- 
tres fois, la tyrannie spirituelle ne s'exerce qu'à l'instiga- 
tion d'un magicien. On n'a pas oublié qu'en effet il est 
permis à l'homme, actif sur tous les plans de la nature, 
de mettre en œuvre tous les ressorts qui la font agir. 

Mais sur le point de clore ce discours par quelques 
remarques, touchant l'esclavage magique en son mode 
spirituel, nous rappellerons pour mémoire la souverai- 
neté que déploient les êtres collectifs, que nous avons 
qualifiés d'Égrégores. Ces invisibles Dominations du Ciel 
humain possèdent et meuvent les cohortes de leurs ter- 
restres esclaves, sans que ceux-ci soupçonnent le plus 
souvent que leur libre arbitre est enchaîné. C'est le ser- 
vage inconscient et machinal, la subordination de la par- 
tie au tout, du membre isolé à la volonté qui gouverne 
l'ensemble du corps. Nous en avons assez dit, au chapi- 
tre m, sur la génération, l'essence et le rôle de ces grands 
Collectifs humains (Cf. la Roue du Devenir). 

Présentement renseigné sur la nature du fluide astral 
et les Puissances motrices de ses flux et reflux, le Lec- 
teur, à coup sûr, n'aura garde de confondre les courants 



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LA CLEF DE LA MAGIE IVOIRE 



cosmiques spontanés, avec les courants artificiels qui 
fonctionnent au circuit des chaînes sympathiques. Les 
uns comme les autres sont saturés de Lémures et d'Ima- 
ges flottantes ; mais ces êtres se succèdent sans ordre, 
dans le premier cas, au gré de leurs volontés obscures, 
ou suivant les combinaisons multiples, résultant des sym- 
pathies et des antipathies mutuelles ; tandis que, dans 
l'autre cas, évertuées, au cours des chaînes d'influx, par 
le vouloir de l'Égrégore recteur, ces êtres se groupent, 
vivants reflets de sa pensée, et se répartissent harmo- 
nieusement en vue d'une action commune ; ils devien- 
nent des messagers, des artisans ou des soldats. D'une 
part, le règne du désordre et de l'antagonisme, c'est l'anar- 
chie spectrale ; de l'autre, la distribution des énergies 
synthétisées, c'est la hiérarchie dynamique, utilisant jus- 
qu'aux écorces de l'existence, jusqu'aux ébauches de l'idée. 

Voilà ce dont le magiste doit tenir compte, lorsqu'il 
prétend utiliser les courants divers de l'Astral : car il peut 
se servir ries uns comme des autres, et faire ainsi beau- 
coup de bien, ou beaucoup de mal... Seulement, il s'y 
prendra différemment selon les cas. 

Lui-même joue gros jeu. — S'il affronte les courants 
cosmiques, le péril à conjurer pour lui, c'est l'émiette- 
ment, la desintégration partielle ou même totale ; s'il 
pénètre dans le circuit d'une chaîne puissante, le péril 
qui le menace est l'asservissement, l'absorption (parfois 
inconsciente !) de sa personnalité dans celle de l'Égré- 
gore qui régit la chaîne. Mais si, téméraire, il s'oppose 
au courant pour le combattre, sans avoir pris le soin 
préalable de tendre une chaîne magnétique adverse, et 



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l'esclavage magique 



de force à neutraliser la première, il court même risque 
d'être foudroyé, au sens le plus positif de ce terme. — 
Négligeons ici les commentaires : après ce que nous avons 
précédemment énoncé, cette triple indication suffira. 
Au chapitre m se trouvent éclaircis le système des 

chaînes de sympathie, et la genèse des êtres collectifs. 

Qu'on prenne la peine d'y réfléchir, et les obscurités se 

dissiperont. 

On pénétrera du même coup divers arcanes, relatifs à 
la vie intellectuelle des sociétés. On s'expliquera mieux, 
non seulement l'énorme essor qu'un acte isolé, un livre 
ou une parole publique impriment tous les jours à l'opi- 
nion et même aux mœurs ; mais encore Téclosion spon- 
tanée d'idées nouvelles, germant tout à coup en mille 
cerveaux à la fois. 

Vers de certaines époques, des pensers inédits, des 
vues neuves émergent soudainement à fleur d'opinion : 
sur toutes les lèvres, sous toutes les plumes se retrouvent, 
sans qu'on sache pourquoi, tels concepts jusque-là fort 
ignorés. On donnecréditet autorité à ce qu'on méprisait; 
Ton formule de tous côtés ce qui, la veille encore, ne se 
fût jamais offert à l'esprit. Et couramment des penseurs, 
qui s'ignorent l'un l'autre, témoignent des mêmes pré- 
occupations imprévues : ils profèrent à la fois, ils pré- 
conisent d'identiques idées, et, chose plus étrange encore, 
les habillent des mêmes vocables. Il semble qu'au ser- 
vice des idées nouvelles, si brusquement écloses, un 
nouveau langage ait surgi... 

— Ces idées4à étaient dans l'air, opine la sagesse des 
foules. Et le bon peuple n'a pas tort; il est rare du reste 



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LA CLEF TtE LA M A ( '. I E NOIKE 



que ses clichés les plus naïfs n'enveloppent point de hau- 
tes vérités. 

Les brusques virements d'opinion se décèlent à Têso- 
téricien comme résultant d'influences occultes. Ne sait-il 
pas que les fraternités de lumière et les cercles de mages 
noirs luttent sans trêve au Ciel de l'Invisible humain, et 
que la direction politique tient moins immédiatement au 
cœur de ces champions, que le gouvernement des intelli- 
gences? L'antagonisme est imprescriptible entre Satan 
et Saint Michel-archange, représentés par leurs terrestres 
et spirituelles milices. 

Que l'opinion évolue toutd'uncoup à droite ou à gau- 
che, qu'elle s'épure ou se déprave, c'est dans les aréopa- 
ges occultes que s'est dessiné le geste initial du mouve- 
ment nouveau. De ce que tant de gens croient marcher 
au hasard, qui, ne sachant point qu'on les mène, igno- 
rent doublement où ils vont, il ne résulte pas que celui- 
là qui les fait marcher ignore où il les conduit. 

On agit sur Y ascendant global des foules comme sur 
Y ascendant propre des individus : on y détermine des 
courants d'idées, on y crée des cercles d'images ; il suf- 
fit que l'atmosphère y soit réceptive à la semence invi- 
sible. C'est ainsi qu'à la faveur des chaînes sympathi- 
ques, se développent à foison des formes intellectuelles 
et se propagent des concepts vitalisés. Ainsi se justifie le 
poncif des idées qui sont dans Vair... Ajoutons que l'un 
des secrets de la puissance, autant sur les multitudes que 
sur les hommes isolés, trouve sa formule dans un autre 
proverbe, non moins populaire, non moins profond, et 
que voici : prendre chacun par son côté faible... . 





l'esclavage magique 



Après avoir discerné, à travers les stries du fluide 
astral, les entités erratiques qui peuplent ses ondes, la 
mention s'impose à nous des Invisibles localisés, gouver- 
neurs des énergies latentes de la matière. Ce sont les 
genii loci de TÉsotérisme antique ; ils comprennent plu- 
sieurs classes d'Élémentaux, conscients, semi-conscients, 
et purement instinctifs. 

Pas une pierre, dit la Kabbale, pas un brin d'herbe au 
monde, sur quoi ne règne un Esprit. 

Un écrivain de race, qui avait l'intuition de ces mysté- 
rieuses Puissances et qui est mort leur victime, — Gérard 
de Nerval les célèbre en ses Vers dorés, (le XII e sonnet 
du surprenant poème des Chimères). 

* Hé quoi! tout est sensible ! • 

(PYTHAGORB.) 

Homme, libre penseur, te crois-tu seul pensant 
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ? 
Des forces que tu tiens ta liberté dispose, 
Mais de tous tes conseils l'univers est absent. 

Respecte dans la bête un esprit agissant : 

Chaque fleur est une âme à la nature éclose ; 

Un mystère d'amour dans le métal repose, 

« Tout est sensible », et tout sur ton être est puissant. 

Crains dans le mur aveugle un regard qui t'épie ; 
A la matière même un verbe est attaché. .. 
Ne la fais pas servir à quelque usage impie ! 

Souvent dans l'être obscur habite un dieu caché. 
Et, comme un œil naissant couvert par ses paupières, 
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres. 

1845. 



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538 LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



Ces agents occultes, dont nous avons discouru plus 
haut (I), riches en variétés très diverses, se laissent 
difficilement circonscrire dans une définition générale. 
Répartis sur tous les échelons de la Nature manifestée, 
ils forment contrastcau moral, autant que se ressemblent 
peu au physique les objets sur quoi ils régnent : la fon- 
dre et la fleur, la houille et le zoophyte, etc.. 

Les Esprits élémentaires, qu'ont rendus célèbres les 
vulgarisateurs d'une Kabbale exotérisée, ne représentent 
que les moins sédentaires d'entre ces Agents : ce sont les 
Gnômes, les Ondins, les Sylphes, les Salamandres, etc- 

D'autres, plus ou moins étroitement liés aux choses 
matérielles qui dépendent d'eux, ne leur sont point 
immanents d'une sorte rigoureuse, puisqu'ils peuvent la 
plupart, — sous lesconditions requises pour l'objectivation 
des Invisibles en général, — se manifester dans le voisi- 
nage de ces objets. Chose étrange au premier examen, 
mais logique si l'on prend la peine d'y réfléchir, plus ces 
êtres s'élèvent sur l'échelle de l'évolution, moins ils de- 
viennent libres de s'éloigner du corps qui tend de plus 
en plus à devenir leur enveloppe. 

L'antiquité mythologique a poétiquement personnifié 
certains d'entre eux ; elle en a fait d'innombrables demi- 
dieux (Faunes, Sylvains, Dryades, Néréides, Cyclopes, 
etc.). Quant aux noms que ces êtres ont reçus au moyen 
âge, dans les pays chrétiens et musulmans, dont ils encom- 
brent les légendes, on remplirait plusieurs pages à les 
juxtaposer. 



(1) Voyez chapitre u, et passim. 




l'esclavage magique 



La plupart des Élémentaux ne sont hostiles à l'homme 
qu'autant qu'il envahit leur domaine, et, sciemment ou 
non, travaille à les déposséder (1). Explosions au labo- 
ratoire, éboulements à la mine, accidents à la fabrique 
peuventêtre alors les marques de leur colère. Cependant, 
l'homme est né leur maitre : il les asservit paria Science, 
et comme l'empire que ces êtres exercent sur la matière 
est subordonné à des lois régulatrices qu'ils ne peuvent 
transgresser, l'observateur de qui ces lois sont connues 
parvient, avec de la prudence et du sang-froid, h conjurer 
chez eux tout mauvais vouloir. 

Le savant n'agit pas directement sur les Élémentaux ; 
c'est en manipulant la matière qu'il les force à venir 
l'élaborer, suivant un plan préconçu par lui. 

Le sorcier procède à l'inverse ; il cherche à se conci- 
lier la bonne grâce et la sympathie de ces Archontes 

(1) 11 faut liro dans le Lotus (seconde année, pages 650-658) la remar- 
quable étude où, sous le titre de Magie, M. Guymiot aborde, avec une 
grande sûreté d'intuition, le problème qu'ici nous effleurons. « Le 
monde astral (écrit-il) n'est pas moins varié que le monde physique; 
tout comme celui-ci, il est peuplé d'une foule d'êtres qui ont en lui leurs 
conditions d'existence, commo nous avons les nôtres dans le monde 
matériel. Imaginez un être souterrain, qui vienne prendre à l'homme 
ses moyens d'existence. Que fait l'homme? Il cherche à tuer cet être 
qui lui cause un dommage grave. Le fait se passe tous les jours. La 
taupe cherche les racines des plantes et les mange, sans faire de distinc- 
tion entre celles qui poussent librement et celles que l'homme a semées. 
Le jardinier, dont elle dévaste les légumes, la surveille ot la tue. L'in- 
venteur joue quelquefois le rôle de la taupe dans le monde astral. Tout 
ce qui existe dans ce monde y a son utilité ; l'inventeur, en allant 
s'emparer des forces du monde astral, peut porter préjudice aux êtres 
qui emploient ces forces à leur usage ; quand ils le surprennent en train 
d'opérer, ils font ce que le jardinier fait à la taupe : un coup do bêche, 
et c'est fini; comme la taupe est mise à l'air qu'elle no cherchait pas, 
l'inventeur est attiré dans le mondo astral et y reste... » (Page 654). 



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LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



inférieurs, et les amène parfois à travailler à son profit: 
il dispose par là sur la matière d'une puissance indirect/. 
dont les manifestations apparaissent merveilleuses et 
inexplicables aux profanes. La légende désigne plusieurs 
enchanteurs, auxquels la collaboration des génies était 
ouvertement acquise. A quel prix ? C'est ce que nous 
avons marqué plus haut, en donnant une idée de l'hu- 
miliante servitude qui en résultera pour le magicien, si 
jamais il vient à fléchir. 

L'adepte affranchi, de son côté, ne dédaigne point 
laide des Élémentaux ; seulement, il les domestique à 
son service, loin de se livrer à leur merci, comme fait le 
magicien noir. La haute Magie enseigne de sûrs procédés 
à cet effet, et prescrit une méthode d'entraînement qui 
constitue l'un des arcanes de la Doctrine (1). Le présent 
ouvrage contient des notions claires et positives, dont le 
rapprochement permettra d'y parvenir. Mais qu'on ne 
s'y trompe pas : autre chose est de retrouver une mé- 
thode efficace ; autre chose de la mettre avantageuse- 



(1) Laproscription traditionnelle du secret, dans l'accomplissement 
des œuvres magiques, est mystérieusement relative au rôle des Élé- 
mentaux auxiliaires... «Toute expérience de magie (dit l'auteur de la 
Philosophie occulte) abhorre le Public, veut être cachée, réussit par le 
silence et avorte par la divulgation, et le plein effet ne s'ensuit point..- 
Il faut donc que l'opérateur des œuvres occultes demeure secret, s'il 
veut qu'elles soient fructueuses. Il importe qu'il ne révèle à personne 
ni la nature do l'opération, ni le lieu, ni le temps, ni ce qu'il désire, ni 
ce qu'il veut : si ce n'est à son maître, à son coadjuteur ou à son as- 
socié, qu'il devra choisir fidèle, confiant et taciturne, enfin digne de la 
scionce par sa valeur innée ou par son instruction acquise. En effet, 
labavarderie d'un collaborateur, son scepticisme ou son indignité en- 
travent le résultat de l'œuvre et. le réduisent à néant. » (Cornelii Agrip- 
pée de Occulta philo&ophià, lib. III, cap. h, in fine). 



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l'esclavage magique 



ment en pratique. La Science a des couronnes pour tels 
adeptes spéculatifs, qui n'ont jamais su forger à leur 
profit le sceptre de la maîtrise opératoire... 

Il est traité au tome premier de l'intelligence de Té- 
clair (1) : les Élémentaux du feu, — vulgô Salamandres, 
— comptent parmi les plus puissants et les plus dange- 
reux. — Ils collaborent avec les Ondins et les Sylphes, 
pour susciter les tempêtes, les trombes et les cyclones, 
quand l'ouragan se marie à la foudre, dans l'éclaboussure 
des baves de la mer. Ils peuvent encore animer et mou- 
voir de traîtres feux-follets, guides infidèles du voyageur 
égaré, vers les précipices ou les marécages. 

Les Esprits élémentaires, avons-nous dit, ne souffrent 
pas aisément qu'on envahisse leur domaine. Périsse 
l'intrus ! Ils lui tendent des embûches. Le vertige des 
altitudes est le perfide appel des Sylphes ; l'attirance de 
l'eau, celui des ondins, symbolisé dans les fables grec- 
ques de Narcisse et d'Hylas. Quant aux gnomes des ca- 
vernes souterraines, ils invitent l'homme au suicide, en 
lui inspirant un morne désespoir. 

Au demeurant, rien n'est plus réel que la fatalité 
inhérente à certains lieux, hantés par des Larves insti- 
gatrices de suicide. 

Qui n'a entendu mentionner, à propos du camp de 
Boulogne, cette fameuse guérite que Napoléon dut faire 
brûler, parce que plusieurs sentinelles, coup sur coup et 
sans mobile apparent, s'y étaient donné la mort ?... On 



(1) Le Temple de Satan, pages 207-215. 



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542 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



parlait aussi, vers la même époque, d'une certaine cham- 
bre de caserne, où il était « de tradition » de se pendre i 
l'espagnolette. L'empereur, qui pressentait d'instinct 
les choses mystérieuses, à défaut de toujours les connaî- 
tre, fit murer la pièce, et cette singulière épidémie de 
la corde cessa tout aussitôt. 

Nous connaissons une famille où le suicide par immer- 
sion semble à l'ordre du jour, de père en fils. Les hommes 
de ce sang finissent par se noyer, tôt ou tard, et toujours 
au même coude d'une même rivière. Chose étrangement 
lugubre î Le dernier qui s'y jeta, il y a quelques années 
à peine, s'était longtemps roidi contre la mortelle impul- 
sion ; mais il ne se dissimulait point que la fatalité héré- 
ditaire le saisirait un jour ou l'autre, trop impérieuse 
pour qu'il s'y dérobât. Il va sans dire qu'il évitait les aj>- 
procliesde la berge d'où son aïeul, puis son père, s'étaient 
précipités ; mais à de certains jours, il se sentait poussé, 
entraîné jusqu'à ce lieu par une force irrésistible comme 
le Destin, et passait des heures à s'hypnotiser, perdu dans 
la contemplation muette des stries, moirantle fil de l'eau 
profonde. Parfois, il se cramponnait aux broussailles, 
pour conjurer la tentation qui grondait en lui; mais un 
jour enfin, il fit le saut, et se noya. 

Cet exemple, dont nous sommes garant (1), parait 
curieux à double titre, car l'influence néfaste y est loca- 
lisée deux fois : d'une part, elle s'attache aux mâles d'une 
lignée, aux mâles seuls; d'autre part, à un point de l'es- 
pace nettement défini... 



(1) Nous pourrions citerlenoui dclafamillcctaussile nom de la rivière. 



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l'esclavage magique 



543 



Sont-elles assez fréquentes, si Ton y songe, ces singu- 
lières et sinistres influences ? La légende a-t-elle eu tout 
à. fait tort de les personnifier, en les poétisant, dans les 
contes de Nixes, de Sirènes, de Dames blanches; dans 
l'histoire du petit Sauteret (ou Sauteriot) et d'autres gé- 
nies dont les attributions ne varient guère, mais qui 
revêtent différents noms, suivant les temps et les pays?... 
Cependant, en face des catastrophes les plus significati- 
ves, on invoque les caprices de la folie, héréditaire ou 
spontanée. C'est une réponse à tout. 

Quand nous retracions, il y a cinq ans, au premier 
tome de cet ouvrage, l'impressionnant épisode du pres- 
bytère de Cideville, nous étions loin de prévoir que l'a- 
venture de Valence-en-Brie (1896) allait en offrir la 
réédition. Notre ami le D r Papus a suivi ces saturnales 
de phénomènes, qu'il analyse en leurs péripéties principa- 
les, avec la sagacité d'un occultiste érudit et l'autorité 
d'un témoin oculaire. Il suffira de renvoyer le Lecteur 
aux termes du rapport publié dans V Initiation (1), sans 
qu'il soit besoin de résumer à nouveau l'affaire. Les phé- 
nomènes semblent calqués sur ceux de Cideville, et at- 
testés, ici comme là, par des centaines d'observateurs. 
Dans les deux cas, l'infestation provient d'un maléfice ; 
mais à Valence, le médium était une pauvre valétudi- 
naire, dont les sorciers, présents quoique invisibles, as- 
piraient en larve astrale la vie extravasée. C'est à l'inter- 
vention de Papus et d'un autre occultiste expérimenté, 



(4) No d'août 189G. 



LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE 



M. l'abbé Schnébelin, que la malade doit son rétablisse- 
ment.Tous les remèdes prescrits parles médecins avaien 
été inefficaces : le traitement magique emporta un plein 
succès. Ricane qui voudra ! L'emploi des pointes métal- 
liques délivra la maison de ses impalpables visiteurs, et 
l'on put, à plusieurs reprises, constater les phénomènes 
lumineux qui signalent la rupture d'un coagulât fluidi- 
que. Les coups portés dans la direction où la Voix se 
faisait entendre ont provoqué des pluies d'étincelles... 
Finalement, les phénomènes ont cessé tout à fait, — eî 
la malade est guérie. 

On avait pu craindre un instant qu'à Valence l'auteur 
principal de la hantise ne fût un Élémentaire haineux, ou 
un Daimon malfaisant : la chose eût été pire ; car alors 
on aurait eu affaire à une coalition de magiciens noirs, 
ramifiée dans l'Invisible avec quelqu'un des cercles mau- 
vais ; en d'autres termes, à des bandits occultes encore 
vivants, liés par un pacte